‹ Paris--atlasChapitre 9 sur 339 · LE PALAIS DE JUSTICE ET LA CONCIERGERIE VUS DU PONT AU CHANGE · texte numérisé non relu

LE PALAIS DE JUSTICE ET LA CONCIERGERIE VUS DU PONT AU CHANGE

l'hôtel Carnavalet, des Tuileries.

II est vrai que l'administration parisienne fit, vers le même temps, appel à un artiste italien. Pour la construction de l'ancien Hôtel de Ville, dont la première pierre fut posée le 15 juillet 4533, elle avait agréé les plans et modèles de Dominique de Cortone, dit le Boccador. La preuve en est faite par plusieurs extraits des comptes de la Ville, et c'est en vain qu'on s'est efforcé de démontrer que ce bel édifice était l'œuvre de Pierre Chambige, « maître es œuvres de maçonnerie », qui ne fit qu'en diriger les travaux. C'est aussi, paraît-il, le Boccador qui fournit les plans de l'église Saint-Eustache, un des meilleurs spécimens de l'architecture religieuse du xvi® siècle. Nous ne parlons pas, bien entendu, de la façade, et encore moins de l'affreux corps de garde qui déshonore « la pointe Sainte- Eustache ».

A ces œuvres si importantes que Paris vit s'élever dans le xvi^ siècle, il convient d'en ajouter une, également belle et utile : le Pont-Neuf. Jusqu'au règne de Henri IV, quatre ponts seulement existaient : le Petit- Pont et le pont Notre-Dame, le pont Saint-Michel et le pont au Change. On s'en était contenté depuis Charles le Chauve, mais cela était réellement insuffisant, même en tenant compte des nombreux passeurs d'eau qui, en amont et en aval, [offraient leurs services aux piétons, moyennant quelques deniers. La construction du Pont-Neuf fut décidée en 1577, moins encore pour l'utilité des Parisiens que pour la- commodité du roi, qui voulait pouvoir aller en carrosse, sans faire de détour, du Louvre à Saint-Germain-des-Prés, voire même à la foire Saint-Germain. Henri III ne put pas en jouir cependant, car c'est en 1602 seulement que, pour la première fois, son successeur put traverser du quai de l'École au bourg Saint-Germain.

C'est le lieu de parler du blason de Paris, de ce fameux vaisseau symbolique que les flots ballottèrent si souvent sans qu'il ait jamais sombré. Fluctuât nec mergitur, telle est sa fière devise, plus vraie que correcte grammaticalement (un bon latiniste aurait dit : sed non). On a longtemps pensé que ces armes parlantes avaient été inspirées par la forme même de l'île où fut fondée Lutèce, forme qui, en effet, se rapproche assez de celle d'un navire dont la proue se terminerait en face du Louvre. Il faut renoncer à cette explication ingénieuse, mais

inexacte : la cité n'avait pas, jadis, cette forme régulière que lui ont donnée les murs de soutènement de ses quais; en outre, du côté d'aval, elle se continuait en quelque sorte par plusieurs îlots que la création de la place Dauphine et du terre-plein du Pont-Neuf a eu pour effet d'atterrir, et quand cela se fit, les armoiries parisiennes existaient déjà depuis longtemps.

Le vaisseau, c'est l'emblème de cette corporation de bateliers, de marchands de l'eau, puissants dès le XII® siècle, qui, nous l'avons dit, avait son siège à la Grève et d'où naquit la primitive administration municipale de Paris. Les Archives nationales conservent une charte de l'an 1200, dont le sceau de cire représente un « bateau antique avec mât soutenu à droite et à gauche par trois cordages ». Au siècle sui-

PARIS DANS LE PASSE

LA BASTILLE ET LA PORTE SAINT-ANTOINE AU XVIIIe SIÈCLE.

yant, la voile avait la forme quadrangulaire. Sous Gharles/V, le bateau pst surmonté d'un semé de fleurs de lis, c'est-à-dire les anciennes armes de France (les nouvelles furent simplement: d'azur à trois fleurs de lis d'or). La devise latine appartient au xvp siècle et la couronne murale au premier Empire.

Dans la langue héraldique, les armes de Paris s'énoncent ainsi : De gueules au navire équipé d^argent, voguant sur des ondes de même, au chef cousu d^ azur à un semé de fleurs de lis d'or, qui est de France ancien.

Napoléon P^ avait ordonné que les fleurs de lis fissent place à des abeilles; Louis XVIII avait, naturellement, rétabli les fleurs de lis. Le conseil municipal fut bien inspiré lorsque, dans sa séance du 14 février 1880, il refusa de supprimer à son tour le «chef» aux fleurs de hs, et décida par des considérations purement historiques, de ne pas modifier le type de ses armoiries, auxquelles, en 1900, a été ajoutée la croix de la Légion d'honneur. Ajoutons que les « couleurs » de la Ville sont également celles de son blason, rouge et bleu.

Veut-on savoir quelle était à cette époque l'administration municipale? Elle se trouvait être très complexe et puissante, mieux armée qu'aujourd'hui — le croirait-on — en face du gouvernement. A l'Hôtel de Ville siégeait ce qu'on pourrait nommer l'état-major : le prévôt des marchands, assisté de quatre échevins et de vingt-quatre conseillers de ville, à qui incombait la direction de toutes les affaires. Voilà pour l'administration centrale.

Depuis la construction de l'enceinte de Charles V, la ville était divisée en seize quartiers :

. D'abord, au centre, la Cité.

Puis, si(r la rive droite: Saint- Antoine ; Saint-Gervais; Sainte-Avoye ; Sainte-Opportune; Saint-Gerinain-PAuxerrois ; Saint-Honoré ; les Halles; Saint-Eustache ; Saint-Denis; Saint-Martin; la Verrerie; Saint- Jacques-la-Boucherie;,la Grève.

Sur la rive gauche: la place Maubert; Saint-André-des-Arts.

Chacun de ces quartiers avait une administration propre, en réalité très démocratique. A sa tête était un quartinier, dont les fonctions correspondaient à peu près à celles d'un commissaire de police et d'un maire. Une de ses prérogatives les plus, appréciées était de prendre part à l'élection du prévôt des marchands. Sous lui étaient placés, dans chaque quartier, quatre cinquanteniers et seize dizainiers, s'occupant de plus près que le quartinier, des détails de l'administration. Ils n'avaient pas de traitement, et cependant l'emploi était très recherché, car il donnait rang dans les cérémonies publiques et droit à porter un manteau officiel, avec des parements en poil de soie.

L'influence des quartiniers fut redoutable pendant les guerres religieuseS'de la fin du xvi® siècle. Ce sont eux que l'on nommait les Seize, et cette dénomination restée dans Fhistoire générale, dit assez quel fut leur pouvoir, car les habitants leur obéissaient aveuglément. C'est à leur volonté que Henri IV dut d'être si longtemps en échec devant les murs de Paris, puis, de pouvoir enfin traiter de la paix.

QueUe période sinistre des annales de la ville que ce siège de Paris!

On en a trop souvent cité les horreurs, vingt mille personnes mourant de faim, des mères dévorant leurs enfants, pour qu'il soit utile d'en refaire ici l'affreux tableau. En aucun temps, le peuple de Paris n'a plus ^ tragiquement témoigné de l'ardeur de ses passions politiques et religieuses, plus rapidement ensuite de l'oubli de ses haines. Il a suffi que le Béarnais ait, un jour, dit-on, déclaré que Paris valait bien une messe pour qu'il devint l'idole de ses sujets. On en jugea plus tard par le degré d'indignation où les porta l'acte de Ravaillac.

Ce roi si détesté, puis si regretté, avait conçu un projet d'embellissement de Paris qu'il n'eut pas le temps de réaliser : la création d'un quartier neuf au Sud du Temple, dont le point central aurait été une

vaste place, la place de France, et dont toutes les rues devaient porter les noms de nos provinces. Cette seconde partie du projet, seule, reçut un commencement d'exécution : de ce temps datent les rues de Bretagne , du Perche, de Picardie , de Beauce, etc., dans le III^ arrondissement.

Au règne de Henri IV appartient aussi l'entreprise de la place Royale (place des Vosges) — qui ne fut achevée

que sous Louis XIII, — sur l'emplacement de l'ancien hôtel des Tournelles.

Désormais, la

Page 1