ANCIENNE SALLE DU TRÔNE AU PALAIS DU LUXEMBOURG
pas le rendez-vous des hommes studieux, qui viennent là feuilleter le bouquin nouveau, se tenir au courant de tout ce qui paraît? En vérité, ces quelques mètres carrés constituent l'un des plus immenses domaines de la pensée.
Sur la place de l'Odéon, dont nous venons de dire un mot, le monument élevé par Barrias à la mémoire d'Emile Augier (inauguré le 7 novembre 1895) attire l'attention sans la retenir bien longtemps. On s'étonne que le buste du maître tourne le dos au théâtre où furent jouées ses premières œuvres; en outre, ce buste est un peu grêle pour le haut piédestal qui le porte; en revanche, les deux figures qui l'accompagnent, la Comédie et V Aventurière — le chef-d'œuvre d' Augier— sont d'un excellent effet.
Yis-à-vis la maison du café Voltaire, est celle qu'habitait Camille Desmoulins en 1792.
Palais du Luxembourg' (Sénat). — Le duc de Piney-Luxembourg n'imaginait guère, sans doute, lorsqu'il acheta, vers 1580, un hôtel hors les murs, dans le faubourg, que par ce moyen son nom se transmettrait à travers les siècles.
C'est pourtant ce qui est arrivé, en dépit de multiples changements de propriété, tant la routine a d'empire sur l'esprit humain. Vingt ans après cette acquisition, il ne restait rien ni du duc, ni de son logis, rien que le nom, au palais que Marie de Médicis fit construire, en 1615, par son architecte préféré, Salomon de Brosse, sur le modèle du palais Pitti, à Florence. Nous ne l'en trouvons pas plus mal pour cela. Certes, l'ensemble est dépourvu de légèreté ; le bossage de la pierre ne vaut pas les fines ciselures de l'art du xvi^ siècle, mais cet ensemble
a une grande majesté dans la simplicité; ce n'est pas un mince mérite. De plus, le monument est absolument homogène, chose rare, et une telle harmonie a présidé à son plan que, sous Louis-Philippe, un habile architecte, M. Scellier de Gisors, a pu doubler le palais par une façade neuve sur le jardin sans que Ton s'aperçoive qu'elle est plus jeune de deux siècles. Après Marie de Médicis, « Luxembourg )>, comme on disait, appartint à Gaston, duc d'Orléans, qui en laissa la jouissance à sa fille, Mlle ^le Montpensier, la grande Mademoiselle; c'est là qu'elle souffrit toutes les angoisses, toutes les humiliations *^de son malheureux amour pour Lauzun. Au siècle suivant, le palais resta à la famille d'Orléans, jusqu'à ce que Louis XVI l'ait donné en apanage à son frère