CHAPITRE VIII
La pialc d'obalaclca du tir uii pi^eoiu.
Les habitués de celte autre annexe de l'allée des Poteaux ont une tout aulre façon de comprendre l'équitalion que les fanatiques du cirque de la porte Maillot.
Us sont en général beaucoup plus jeunes, et si, comme les précédents, ils aiment à tourner en rond, encore veulent-ils que ce rond soit beaucoup plus étendu et semé d'obstacles qui, sans être d'une grande férocité, demandent de la part du cheval une certaine franchise.
Si inofleDsive qu'elle soit, la piste du tir aux pigeons possède un échanlilIoD réduit de presque tous les obstacles qu'on rencontre en franche contrée, et les jeunes gens viennent s'y préparer aux difficultés de la chasse à courre.
C'est le matin, de très bonne heure, que ce coin du Bois se montre le plus animé.
Les amateurs de saut, qui y exercent leurs chevaux, aiment assez que le nombre des spectateurs de leurs ébats ne soit pas trop considérable.
Quand il s'agit de passer des obstacles, on n'est jamais parfaitement sûr de conserver une coiTeclîon d'attitude absolue, et l'on préfère, en cas d'accident, avoir le plus petit nombre de témoins possible.
Les chutes y sont d'ailleurs assez rares, et l'on y voit peu de cavaliers complètement désarçonnés, mais beaucoup sont plus ou moins déplacés : on n'est jamais satisfait d'être vu cramponné aux crins d'un cheval ou à califourchon sur son encolure, et ce n'est généralement aucune de ces positions qu'on choisit pour se faire photographier.
C'est pourtant ce qui peut vous arriver à votre insu, depuis qu'un certain
nombre d'amateurs se promènent munis des appareils les plus instantanés
et reproduisent inopinément votre silhouette au moment où vous tous y
attendez le moins.
Au suqilus, cette façon de s'emparer à l'improviste et sans leur consentement préalable de la physionomie de ses contemporains m'a toujours paru constituer le comble du sans-géne , et je m'étonne tous les jours qu'on laisse s'établir sans protestations une habitude dont le premier résultai est d'enlever aux promeneurs, et surtout aux promeneuses, la libre disposition de leur image.
Autrefois, quand on voulait avoir le portrait d'une jolie femme, il fallait au moins le lui demander; on se contente aujourd'hui de le faire, et l'on n'a même pas besoin qu'elle vous le permette.
11 y a loin de ces épreuves dérobées aux miniatures de nos grand' mères, qu'on n'obtenait qu'après des années de dévoués services et quelques semaines de pose assidue de la part du modèle.
Encore un progrès qui me parait pour le moins conlestablel
L'améaatjemeDt de la pisle du lir aux pigeons a été très intelligemmeut compris par son auteur anonyme et atteint parfaitemeut le but proposé :
Les haies sont assez élevées pour obliger l'aoimal à bien accuser le saut; la barrière fixe et le mur sont d'une élévation suflisante et d'une assez grande résislance pour que le cheval qui s'y cogne les boulets ait le désir d'éviter à l'avenir le choc douloureux qu'il a ressenti; la petite rivière est assez large pour forcer à s'étendre pour tout de bon un sauteur ordinaire, et la bau-
quette irlaDdaise est faite de façon à apprendre suffisamment au cheval à s'enlever et à se recevoir adroitement en redescendant.
Avec le gué qu'on traverse près de la porte d'entrée du lir aux pigeons, la série des accidents de terrain qu'un cavalier peut rencontrer à la chasse se trouve à peu près complète.
On pent donc dire d'un cheval qui accomplit volontiers et sagement ce petit parcours, qu'il saute très suffisamment pour mériter la qualification de cheval de chasse.
Ce qui peut manquer à cette piste pour l'instruction spéciale d'un cheval appelé à travailler à travers champs, c'est la variété du terrain.
La piste manque de labourés, de bruyères et autres inégalités qui forcent te cheval à choisir, au moment où il s'enlève, la place où il doit retomber.
. Cette uniformité de la pisle peut lui donner l'habitude de ne pas se préoccuper suffisamment de ce détail, qui fait en franche contrée presque toute la sécurité du cavalier.
C'est moins, en effet, le degré d'énergie déployée pour le saut lui-même que l'adresse avec laquelle l'animal se reçoit, qui lait le vrai mérite d'un cheval de chasse.
II doit, avant tout, élre mesuré dans son effort et d'une prudence toujours en éveil, puisqu'il est constamment en présence de l'inconnu, et si, comme dit le proverbe, c'est après le fossé qu'est la culbute, c'est avant de l'ahorder qu'il faut la prévoir.