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CHAPITRE IX

L« Poltnière.

Le nom indique le but de l'institulion et dit clairement ce qu*on vient foire dans ce carrefour très judicieusement choisi pour bien voir au passage les cavaliers et les amazones dont on se propose de critiquer la façon de monter ou toute autre chose.

La route où stationnent les voilures coupe à angle droit l'avenue des Poteaux j elle est bordée dans sa partie droite, du côté du monument consacré à la mémoire du malheureui Catetan, ce premier raslaquouère auquel les embûches du Bois aient été fatales, par des arbres en futaie qui permettent à la vue de s'étendre et dont le feuillage très épais joue, au-dessus de la télé des curieux, le rôle d'un véritable vélum.

Sous cette tente fournie par la nature s'étend un gazon stifOsamment entretenu par les soins d'une municipalité vigilante qui a eu l'attention délicate d'y faire poser un nombre liniilé de bancs de jardin.

Ces meubles grossiers, distribués d'une main économe, Torment le fond du mobilier de ce salon en plein air, dont les habitués, — il s'agît des piétons, — désireux d'un plus grand confortable, apportent eux-mêmes, sons forme de pliants de la construclion la plus compliquée, les sièges volants.

Dans ce décor d'une simplicité rustique, toutes les élégances parisieunes se doiment rendez-vous et s'abandonnent aux dialogues les plus animés.

C'est un murmure de voix, de rires, qui surprend au milieu du silencedes autres allées, comme si l'on rencontrait tout à coup dans un parc désert une volière peuplée des oiseaux les plus babillards; c'est un tapage subit, qui augmente toni à coup et s'apaise iaslantanément sans que le cavalier qui

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Iraverse ces groupes de bavards puisse se rendre compte du motif qui précipile ou suspend les conversations.

Par momeuls, il semblerait que chacun des interlocuteurs s'efTorce de couvrir la voix de tous les autres, (anl le diapason se trouve élevé.

L'instant d'après, toutes les voix sont tombées au ton de la confidence, et chaque groupe a l'air de se transmettre des secrets de la plus haute importance.

Si l'on se mêle aux groupes et qu'on écoute ce qui se dit, on comprend encore moins pourquoi l'on parle tantôt si haut et tantôt si bas.

Dans les deux cas, les nouvelles qui s'échangent ont à peu près la même importance , et l'on ne saisit pas tes raisons qui font qu'on crie à lue-tête pour annoncer la rupture de tel couple, tandis que l'on chuchote à l'oreille de son voisin pour lui faire connailre un événement absolument identique.

C'est une petite Bourse des uouvelles du tout Paris, cancans de coulisses, échos mondains, événements des clubs, tout s'y raconte avec une foule de détails qui ne sont pas dans les journaux, et là où les reporters les plus audacieux se coulenteut de mettre des initiales, on cite les noms tout entiers.

Les témoins du duel de la veille en révèlent toutes les péripéties aussi bien que les véritables motifs, et pour peu que leur récit soit goùlé de leur auditoire, ils poussent la condescendance jusqu'à reproduire avec leurs cannes les passes les plus intéressantes du combat.

Les luttes du tapis vert et leurs résultats y sont également divulgués avec une abondance de détails qui font la joie des personnes désireuses de se montrer bien informées, en même temps que le désespoir des joueurs dont la préoccupation constante est de tenir secrets les totaux de leurs bénéfices et le montant de leurs culottes.

PAIIIS AU BOIS. 28!)

Le lendemaiD d'un scandale uo peu saillant, on peut élre sûr que le personnel de la Polioière sera au grand complet et que les conversations seront parliculièrement animées.

Ces jours-lj, on fait cercle autour des gens qui ont la réputation de puiser leurs renseignements aux bonnes sources, on se presse pour ne pas perdre un mot de leurs révélations, et les auditeurs les plus éloignés du centre se dressent sur la pointe des pieds, ou se dressent sur leurs élriers, selon qu'ils appartiennent à la catégorie des fantassins ou bien à celle des cavaliers.

Tous tendent l'oreille avec une égale curiosité et concentrent toute leur attention, afin de recueillir sans en omettre un seul les détails authentiques que l'oraleur accumule complaisamment.

Tous ces auditeurs^ une fois en possession d'une somme de renseignements suffisants, se changent immédiatement en narrateurs et vont répandre leur récolte dans les allées voisines, allant d'un groupe à l'autre et ne cessant de raconter l'événement avec tous ses commentaires qu'après avoir épuisé la série de leurs connaissances.

Colportée de la sorte, la nouvelle a vite fait le tour du Bois^ et comme^ au retour, tous ceux qui l'ont apprise se font un devoir d'en faire part à leurs amis, il en résulte que tout Paris en est immédiatement informé.

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