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QuDDt à ceux qui demeurent daos l'aveDue des Champs-Elysées elle-même, et ne sauraient par conséquent éviter de parcourir une partie plus ou moins étendue de cette voie meurtrière, ils n'ont, s'ils sont prudents, qu'un parti à prendre : mettre tranquillement pied à terre, et tirer leur cheval par la figure, sans autre souci du « qu'en dira-t-on n .
Je me permets de conseiller celle sage manière d'agir pour l'avoir vu pratiquer à uo sporlsmao 1res connu el très expérimenlé.
Comme je lui demandais, en le voyant reolrer dans cet équipage à l'hôtel qu'il habite auprès du rond-point, s'il lui était arrivé quelque accident : u — Pas le moindre, me répondît-il, mais c'est précisément pour n'en point avoir que je prends mes précautions, n
J'avoue que, pour ma part, la vue d'uD cavalier marchaat aux allures vives, daus cerlaines conditions climalériques, sur celle surface exirapolie, m'inspire le même sentiment d'appréhension qu'on éprouve à voir des couvreurs balifolaul sur ua loit, ou des enfants se pencbanl au balcon d'un cinquième étage pendant l'absence de leurs parents.
Je m'attends toujours à un désastre I
Et j'ai, selon le cas, l'impérieux désir de rappeler h la sagesse l'imprudent cavalier, d'interpeller les couvreurs, ou de monter fesser les enfants afin de leur inspirer une salutaire circonspcclion.
Puisque la pernicieuse application du pavé de bois, bien supérieur à l'asplialte pour la perpétration des accidents hippiques, a fait de la chaussée des Cliamps-EIysées le chemin le plus redoutable de tous ceux aboutissint au Bois, 011 comprendrait difficilement p9ur quelle raison un grand nombre de cavaliers le suivent de préféreace au Cour j -la-Reine, dont le terrain est ahsolument excellent, si l'on ne savait pas qu'il conduit directement à l'avenue du Dois de Boulogne.
Du pavé de bois et de ses conséquences les plus Iiabilucllcs.
Or, pour les cavaliers par ostentation, et ce sont les plus nombreui, il n'est pas de dangers qui puissent les détourner d'un chemin garni dans (oui son parcours d'un public qu'ils supposent idolâtre, bien qu'en réalité il soil plus que sceptique
Il y aurait tout un volume à faire sur les imprudences commises dans le seul but d'exciter l'admiration des spectateurs, et un curieux chapitre de statistique établissant par des cbiffres la part que le désir de briller exerce sur la multiplicité des accidents.
Tout axiome ayant besoin, pour être plus Tacilement compris, d'être expliqué par UQ fait, voici un exemple absolument véridiqueà l'appui de l'observation qui précède.
Théâtre de l'accident. L'avenue du Bois, par une magniQque matinée de printemps.
Un dimanche, un de nos hôtes les plus exotiques, très jeune encore, conduisait, assisté d'un groom, un 1res remarquable cheval gris alielé à un
busay-
Les actions de l'animal, d'une hauteur exceptionnelle, attiraient les regards de Ions, et le jeune automédon, fier du succès de son attelage, oe faisait que remonter et descendre l'avenue.
li PARIS AU BOIS.
Dans ces allées et venues répétées, le cheval, qui sentait le voisinage de son écurie, s'excitait davantage à chaque nouveau voyage et déployait une énergie croissante.
Au nombre des curieux se trouvait un enfant dNine dizaine d'années qui dévorait des yeux le brillant équipage : son malheur voulut que le conducteur le reconnût à Tun de ses nombreux passages, et, flatté par l'admiration qui se peignait dans les yeux de l'enfant, lui proposât de prendre la place de son groom. L'offre étiiit trop séduisante pour le jeune garçon, et la personne qui l'accompagnait ne soupçonnant pas ce qu'elle pouvait avoir de dangereux pour lui, Taulorisation demandée fut, hélas! immédiatement accordée.
Je vois encore l'air radieux du pauvre enfant, quand le cheval partit au grand trot dans la direction de l'Arc de triomphe.
Sa joie fut de courte durée.
Au croisement de l'avenue Malakoff, un simple fiacre, un petit coupé de la Compagnie générale, avançait au petit trot; le cocher, interpellé par son client, baissait la tête vers la portière de gauche.
Pourquoi le conducteur du brillant buggy voulut-il passer à gauche, alors qu'il y avait à droite un vaste espace libre? Je n'en ai jamais rien su; toujours est-il que la roue droite du buggy passa sur la roue de Tavant-train du fiacre, et que le brillant exotique, son jeune compagnon, l'élégant tilbury et l'admirable cheval se trouvèrent instantanément culbutés sur la piste réservée aux cavaliers, les hommes sur le dos, la voiture reposant sur ses coussins, tandis que ses roues continuaient à tourner dans l'espace ; et le cheval les quatre fers en l'air.
Par bonheur, la chute s'était terminée sur un terrain particulièrement doux, et personne n'en avait trop souffert; mais j'ai peu vu de culbutes aussi soudaines et aussi violentes.
Quant au fiacre, après quelques oscillations pendant lesquelles on s'était demandé s'il n'allait pas verser de son côté, il avait repris sa tranquille allure, s'était engagé dans l'une des rues qui s'amorcent dans l'avenue Malakoff et avait définitivement disparu.
Que conclure de ce véridîque procès- verbal, sinon que l'amour-propre est
souvent aveugle, et nous incite fréquemment à des actions qui tournent contre
lui? Je n'en veux pour preuve que l'air profondémeut piteux qu'avait le
jeune exotique dont il s'agit après sa chute!
Son repentir était manifeste, et les ricbes couleurs de son complet étaient si parfaitement maculées que le vers par lequel un fabuliste termine le récit des aventures d'un papillon, également puni de sa vanité, se mît à trotter dans ma mémoire :
Cette conclusion philosophique, formulée par le grillon de Floriao, peut aujourd'hui paraître exagérée : sans aller aussi loin, sans donner à ses enfants un conseil aussi radical, on peut leur souhaiter de ne pas succomber au cabotinage général qui pousse les plus obscurs à se donner perpétuellement en spectacle.
Les cavaliers modestes (ce ne sont pas toujours les moins habiles) qui trouvent dans l'équitation des joies assez complètes pour pouvoir la pratiquer sans être entourés de spectateurs, préfèrent au piège municipal connu sous le nom de Champs-Elysées, l'avenue du Cours-la- Retne.
Elle est généralement déserte, mais, en revanche, elle est aménagée de façon à donner aux cavaliers qui la pratiquent toute sécurité : bon terrain, ombrages sérieux par les temps de soleil, elle a tout pour elle; et par surcroit, elle est absolument pittoresque.
La Seine, qui la longe à gauche, lui fournit des horizons parfaitement agréables, et les hôtels anciens et récents qui en garnissent le côté droit ne sont point pour être dédaignés.
Le seul point défeclueu^t de ce parcours, préféré par les gens sages, est le passage du Cours-la-Reine à l'avenue du Trocadéro. Il s'agit là de traverser la place de l'Aima et l'aïuorce de l'avenue Marceau. Les tramways y font rage, et, dix mois sur douze, les ouvriers municipaux y pratiquent des travaux souterrains qui nécessitent des zigzags compliqués et forcent le promeneur n recourir à toutes les ressources de son ingéuiosilé pour sortir sans encombre de ce labyrinthe provisoire.
Ce pas difficile une fois franchi, le chemin jusqu'à la Muette est aussi excellent aux pieds des chevaux qu'agréable aux yeux des cavaliers. Les villas qui le bordent, cachées au milieu des arbres, sont plus charmantes les unes que les autres. Seul, le palais du Trocadéro afDige le regard; mais celte horrible bâtisse est vite passée, et son apparence iragile donne l'espoir qu'elle disparaîtra bientôt dans un effondrement inévitable.
C'est une consolation I
L'avenue du Tiocadéro, devenue avenue « Henri-Martin n (desimt mptscem), aboulit précisément au o Petit Vésinet » .
C'est une allée circulaire circonscrite entre la pelouse de la Muette, l'allée des fortiBcations et le premier lac.
Elle doit son nom à sa configuration, qui rappelle à s'y méprendre le champ de courses du Vésinet : mêmes tournants brusques, mêmes bouquets d'arbres, qui fout disparaître momentanément les cavaliers qui la parcourent.
Elle est fréquentée à peu près par le même personnel.
Entraîneurs en chambre, jockeys amateurs et propriétaires par actions d'un unique cheval.
Le public erdiatire du Petil Vdiiact
La majorité des cavaliers que l'avenue du Trocadéro amène au Dois appartieuoeDl à l'armée; ils partent, les uns de la caserne du quai d'Orsay, les autres de l'Ecole militaire et avenues environnantes ; quelques civils domiciliés au faubourg Saint-Germain, ou sur les hauteurs de Chaillot, se joignent à eux. Le surplus est fourni par les marchands de l'avenue Montaigne et autres lieuit cîrconvoisîns, qui y font travailler leurs chevaux.
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Li penr It ampl* it UH. Biriltll tai C*.
Mais, pressés par le temps et obligés, par le nombre de chevaux qu'ils ont à exercer, d'ahrcger leurs promenades, il est rare que ces cavaliers professionnels poussent jusqu'au Bois ; ils se contenleal de trotter vivement sous les arbres du Cours-la-Reine , chiffrant le temps écoulé par le nombre de leurs allées el venues.
Outre les Champs-Elysées et le Cours-Ia-Rcioe, qui omènent au Bois les promeneurs du centre et de la rive gauche, une foule de voies moins importantes y conduisent les cavaliers du quartier de l'Europe, Malesherbes et Monceaux.
L'avenue Hoche est la plus généralement adoptée; elle part du parc Alonccaux pour aboutir à l'Arc de triomphe^ et comme elle n'est pas encore envahie par les tramways, on la préfère tout naturellement à l'avenue de Friedland et à l'avenue de Wagram, qui en sont infestées.
C'est le chemin que suivent la colonie artistique de l'avenue de Villiors et la colonie étrangère établie aux environs du parc Monceaux.
La concentration de ces diverses troupes s'opère dans l'avenue du Bois, où la largeur de l'allée cavahère permet de quitter le pas pour les allures vires.
A celte pTace privilégiée, quand le temps est favorable, tous les gens qui
montent à cheval apparaissent processronnellemenl; et, bien que tous ne montent pas également bien et ne soient pas également bien montés, leur réunion n'en constitue pas moins un spectacle unique au monde.
Tout ce que Paris renrermc de personnalités mises en évidence par la fortune, la naissance ou le talent, vient s'y montrer, ne fut-ce qu'un instant.
Dans une ville où la curiosité des babitanls est telle que le moindre accident attire inslanlanément une foule compacte de badauds, le dcfilc régulier, à heures fixes, de la majorité des notabilités parisiennes, devait avoir fatalement ses spectateurs I
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Ils sont nombreux aujourd'hui : amenés une première fois par l'amour du nouveau, ils sont revenus par habitude, puis par vanité ; le chic, en eflet, n'a pas lardé à se mêler de la partie : on est venu en voisin, en tenue du matin, et celle promenade à pied a servi de prétexte à l'exhibition de costumes élonaanls, tant pour les femmes que pour les hommes.
Les i^ens qui prétendent aimer les chiens el abusent de cette affirmation pour tenir prisonniers dans des entresols de malheureux animaux pour les* quels la liberté est le premier des biens, se sont joints aux amateurs de costumes, et sont venus exhiber à leur tour leurs caniches, colleys el autres danois.
Ceux-ci élaol les plus encomlranls, les plus gauches dans leurs mouvements el les plus épais quanta l'intelligence, sont promptement détenus les favoris de la mode : on les compte aujourd'hui par centaines, et c'est on troupeaux qu'ils s'ébattent sur les pelouses, la chaussée et les bas-côtés de l'avenue, se culbutant les uns les autres, passant avec leurs allures de grands veaux sous le nez des chevaux, et, ce qui est encore plus grave, entre les jambes des piétons.
La possession de ces gigantesques quadrupèdes ne me paraît pas pouvoir apporter dans ia vie de leurs propriétaires une somme de jouissance à mettre en balance avec les ennuis que doivent forcement leur causer l'enlrelicn de ces mastodontes, leur installation el les réel a ma lions des viclimes de leurs ébats. La faveur dont ils jouissent dans le monde élcgant, ou désireux de paraître tel, resterait donc pour moi tout à fait inexplicable, s'il n'y avait pas là une satisfaction d'amour-propre.
Quand on voit un gentleman embarrassé d'un aussi encombrant animal que l'est un danois de la grande espèce, on est en droit de supposer que ledit gentleman possède une installation aussi complète que grandiose, un hôtel avec dépendances, entre cour el jardin. Sans quoi, il souffrirait trop cruellement d'une pareille cohabitation!
Telle doit être, en effet, la première idée de tout homme de bon sens à la vue d'un contemporain accouplé à l'un de ces quadrupèdes géants.
Que ce monsieur doit être bien logé! que d'espace il doit avoir à sa disposition, et quel homme calé ce doit être pour di-iposer en faveur d'un simple molosse, vilain d'aspect et sans aucune quaUté intellectuelle, d'un terrain (et l'on sait à quel prix sont les terrains) sur lequel on pourrait construire une écurie ou un atelierl
Rien n'esl ûalteur comme de susciter sur sod passage de semblables supposilioQS.
Les bourgeois qui souiïreal de l'enlassement de leurs cinq enfants dans un logement de quatre pièces vous regardent avec envie, et l'œil des bourgeoises s'écnrquille adniiralivementi
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Un pareil succès peut faire passer sur bien des ennuis, notamment la nécessité de panser soi-même l'animal qui vous gagne, par ses seules dimensions, le bonheur inappréciable de jeter de la poudre aux yeux des inconnus.
Le besoin de paraître est bien réellement un besoin.
Dans la maison que j'habite au centre de Paris, le dernier étage, quelque chose comme un cinquième au-dessus de plusieurs entresols, est divise en plusieurs logements composés de deux pièces précédées d'une aniicbambre. C'esl (ont ce qu'il faut pour des garçons de revenus modestes. La concierge laïl les méuages, et augmente ainsi un traitement insuffisant. Eh bien, dans l'un de ces réduits, habile avec le principal locataire un de ces énormes mâtins. Il macule les tapis des escaliers, terrorise dans ses allées et venues les enfants des autres locataires et consomme chez son propriétaire les trois quarts de l'air respirable : quand ledit molosse est abandonné par son maître, il remplit l'immeuble de ses hurlements ; de là réclamations, menaces de congé, etc., etc. Quel autre motif, pour supporter de pareils tracas, smon le désir d'en imposer aux masses? Je me lu demanda, et je vous le demande également.
Scènes de la vie intime d'un chien danois et de son propriétaire parisien.
Du jour où le nom, ou toulau moiDS les initiales des persoDaag;e$ marquants qui avaient daigné se promener à pied sur le bas-côté de l'avenue du Bois, firent leur première apparition dans un journal, la Petite Plage, ou club des Pannes, devint une institution. Tous les gens désireux de voir leur nom imprimé avec un qualificatif louangeur, tel que « l'élégant gentleman » , lu belle midame X..., « l'écrivain bien connu > ,elc., etc., se firent un devoir de participer à une exhibition qui pouvait un jour ou l'autre leur valoir les honneurs de la publicité.
Celte façon de faire porter son nom sur les ailes de la renommée en vaut bien une autre, et il ne faut pas blâmer trop sévèrement ceux qui recourent à celte réclame inolfensive pour faire parvenir à \i postérité le souvenir de leur personnalité.
Quand on pense au nombre de citoyens que le seul besoin de ooloriélé a poussés à des actes extrêmes , tels que l'assassinat par exemple, on doit être porté à l'indulgence {tour ceux qui se contentent, pour atteindre au même but , de pratiquer quotidiennement une promenade hygiénique.
Uue fois parvenus d^DsTiatérieur du Itois, les promuacurs sescpareat et se dirifjenl par groupes dislincls vers les paraijes, objets de leur prédileclion.
Les cavaliers ont le choix entre l'allée des Poleau\ cl le grand parcours circulaire qui, contouroanl le pavillon d'Armcnonvilie, liuiche nu manè<ic de la perle Maillot, passe au tir aux pigeons, enveloppe l'hippodrome de Longchamps, rejoint l'avenue du Uois après avoir traverse le champ de courses d'/luleuil.
Les piétons se dirigent généralement direcleinent vers les halls qui bordent la piste du cercle des Patineurs.
Quant anx promeneurs en voiture, on ce sont des habitués du Persil qui suivent invariablement l'allée des Acacias, ou des fantaisistes qui n'ont aucun ilinéraire régulier.
Nous les retrouverons chacun à leur heure réglementaire, au lieu de leur promenade quotidienne.
Nous les rejoindrons à chacune do leurs stations habituelles dans les établissements hospitaliers tels que le restaurant Chinois, la Cascade, Madrid, etc., qui leur servent de refuges contre les intempéries imprévues.
Nous étudierons attentivement chacun de ces points géographiques selon l'heure et la saison, et nous vous présenterons au passage : chiens, chevaux, voitures, cavaliers et piétons, avec toute la précision qu'on peut attendre de croquis instantanés.
Deui an pnacipmi iiwpecIcDr* de l'aTeaue du Bai* : irrivenl réguliirenirDt Ici prcmierr, cl ne qaiueat la pUce que lonqVellu eil derepiie comiilélem^nt ddscrie.
Leur Biaiduilé eal lelle que ccrlaini bibiluéa, ^lonuéi du lea rcnconirer k loutc heure à U même place, It-'i accuieut d'avoir é\u iloniicile dini l'un dei tu de lable déposé* eo bordure de l'allâe Ttacnéc Bui piéioui. — Inutile de faire remanjurr que celle hjpollièae al d'ailleun abiolumenl erronée, ijuoique rraiiemblible.
PARIS Ali DOIS. 39
Pour ie moment, conleulons-nous Je Iracer du Bois un rapide apert^u géographique.
Sa superficie est généralement plune.
Toute la partie qui entoure les lacs, et sur laquelle s'aligne l'allée des Acacias, ne présente aucune pente.
C'est seulement aux approches du champ de courses de Longchamps qu'une légère dépression de terrain relie la partie supérieure, qui forme une sorte de plateau 1res peu élevé, aux prairies du bord de la Seine, celles-là mêmes qui ont inspiré madame Deshoulières.
Toutes les allées qui s'ctendent à gauche de l'avenue du Bois, entre les fortifications, les lacs et la route de Boulogne, sont encore en toillis et présentent au promeneur un spectacle peu varié.
Les allées cavalières, percées presque en ligne droite, sont un peu monotones ù parcourir; aussi sont-elles délaissées par le plus grand nombre.
Seuls, les amateurs de galop accéléré les fréquentent ; les cavaliers et amazones qui cherchent moins dans leur promenade quotidienne un exercice énergique qu'une distract'oii hygiénique préfèrent l'allée des Poteaux, dont les courbes nombreuses donnenl aux rencontres plus d'imprévu et, en forçant les cavaliers et les amazones à ralentir l'allure de leurs montures, permettent de proloager l'examen mutuel qu'ils passent les uns des autres. L'allée des Acacias, percée en ligne exactement droite, a l'avan-
ta<ie d'être bordée de grands arbres d'un dessin pittoresque cl d'être &mé~ na<{ée de façon que les voitures , les cavaliers el les piétons y possèdent un terrain spécial où, sans avoir à craindre, les fantassins d'être bousculés par les cavaliers, el les cavaliers de se trouver en contact avec les essieux et les timons des voilures, lous jouissent en sécurité du spectacle qu'ils se donnent réciproqnemenl. Quant aux promeneurs amoureux de la pure nature, ils Iroulent à satisfaire leur amour du pittoresque el de la solitude dans les allées situées plus à droite, au delà du tir aux pigeons, par lesquelles on rejoint les prairies de Bagatelle et celles de Longcliamps.
Dans toutes les parties du Bois, les routes carrossables sont excellentes et très suflisamment entretenues. Par mallieiir, on n'en peut dire autant des allées cavalières. Pour peu qu'il ait plu pendant quelques jours de suite, bon nombre d'entre elles arrivent à l'état marécageux; elles manquent de drainage, el l'on y patauge horriblement. Quelle assemblée délibérante, quel comité ou simplement quel haut fonctionnaire pourrait porter remède à ce regrettable état de choses? Quel qu'il soil, il peut, avec quelques coups de pioche, gagner des milliers de bénédictions I
Le Boi« leloo iei uiions. — Kté, tuloninc, liîvcr. — Le Penil Je l'iklli'* des Acacias, — l>e l'ioflueuce néfute eiercéc sur l'aspecl dct équipages par la silhouctle des cochers «aUriés el autres. — Fârlieui rëiulials de l'indilTéreDCe des possesseurs d'équipages au point de vue pitloresque. — Ite rinllueiice déplorable au même paini de vue des cochers dîls de couriancc.
Pendant l'été, l'automue et l'biver, la personnel du Bois est fort restreint. La plus animée de ces saisons mortes est encore l'hiver.
Le Persil de l'après-midi dans l'allée des Acacias est assez suivi, et bon nombre de Parisiens se croient obligés d'y 6gurer par les frimas les plus
rigoureux, comme par les chaleurs les plus séDégalieanes. Je mentirais en disant que les équipages qui figureat dans celle promenade quolidieune uiérileut une égale admiration.
Le nombre des attelages un peu remarquables devient proportiounellemeut moindre de jour en jour, et la moyenne elle-même ne leud pas à s'élever sensiblement.
On attelle mal à Paris, et la majorité du personnel des cochers et des valels de pied est généralement déreclueuse au point de vue plastique et décoratif. On ne sait pas plus approprier un cocher à la voiture qu'il conduit que le cheval qui la traine, et l'on oublie trop souvent que l'impression produite par la vue d'un équipage est un résultat d'ensemble.
11 y a entre les hommes, la voilure et l'attelage, une proportion nécessaire à garder.
Si l'on n'eu lient pas compte, l'harmonie est rompue, et l'on se trouve, malgré l'argent dépensé, en possession d'une guimbarde ridicule.
Souvent c'est le modèle du cheval qui n'est pas eu rapport avec la conslniclion du véhicule; souvent encore, c'est laronformalion du cocher, sa position sur son siège, qui nuisent à l'aspect général; plus souvent encore, c'est le propriétaire lui-même, dont la pfajfsionomie nuit le plus au tableau.
A cela pas de remède, hélasl On peut changer de cocher, renouveler sa cavalerie, modifier le type de ses voitures, on ne peut changer le sien.
C'est surtout pour les voitures qu'on mène soi-même que le défaut de silhouette du propriétaire se fait le plus gravement senlir.
Tel possède un splendide pfaaéton, Irainé |;ar deux steppeurs de l'allure la plus remarquable, qui dépare par son seul profil Tensemble de l'équipage.
Tel autre, qui attelle à un buggy de la coupe la plus correele un cheval d'un modèle irréprochable, délruit par son simple poids tout l'équilibre du groupe.
Celui-ci concentre sur son étrange physionomie toute l'attention du spectateur, et c'est à peine si l'on s'aperçoit que l'attelage qui traîne son coarh est de premier ordre.
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en
Celui-là porte un chapeaa d'une forme leltemeut imprévue qu'il détruit à lui seul l'harmonie d'un attelage qui, sanscecouvre-cbef bizarre, serait d'ailleurs pnriàitement correct.
Pour conclure, disons donc que, dans un équipage qui veut être à l'abri de la critique, le contenu doit être en rapport avec le contenant, et que tout ce qui rompt Tbarmouie des lignes, que ce soit le véhicule lui-même, les chevaux, les hommes, voire même le propriétaire, annihile irrémédiablement les qualités les plus incontestables des autres parties de l'ensemble.
La plupart des habitués de l'allée des Acacias ne se préoccupent du reste que médiocrement du plus ou moins de perfection atteint par leur équipage. On a voiture à un ou deux chevaux, avec ou sans valet de pied. Voilà le point capital, ce qui marque le plus ou moins d'importance du personnage.
Quant à la valeur réelle des chevaux, leur condition, leur toilette, ceux qui attachent un prix à ces détails et sont capables de juger le mérite proportionnel de chaque attelage, ils forment une infime minorité.
Le plus grand nombre achète de confiance en se disant qu'une voiture sortant d'une bonne maison de carrosserie est forcément une excellente voilure, et que des chevaux qui ont coûté chez les marchands en renom une somme déterminée doivent former une remarquable paire.
Ils oublient que les harnais sont des accessoires qui doivent être choisis avec goût et appropriés à la voiture aussi bien qu'aux chevaux, que les chevaux eux-mêmes doivent être maintenus dans un certain état et conduits de certaine façon pour conserver leur valeur première.
Od serait souvent étonné si l'on connaissait ce qu'ont coûté certains équipages qui bi-illent peu et clochent par plus d'un côté.
PARIS AU BOIS. n
Les gens qui considèrent que leur situation de fortune exige qu'ils aient une voilure, mais ne se préoccupent nullement des mille détails qui contribuent à en améliorer l'aspect, sont plus nombreux qu'on ne pense. Ils ont voilure et entendent s'en servir à leur guise. Si l'un de leurs chevaux est fatigué, peu leur importe. On attelle à l'heure dite. Si l'un tousse, ils ne s'en occupent pas davantage, et, s'ils boitent tous les deux, ils ne s'en aperçoivent même pas.
Tous CCS indifférents forment un groupe compacte de promeneurs, el leur négligence nuit considérablemeat à l'effet général. L'aFQuence des voitures de louage, dont la cavalerie est recrutée le plus économiquement possible, n'est pas faite pour rehausser sensiblement l'ensemble du défilé. Il en résulte que le premier aspect de l'allée des Acacias donne une impression peu séduisante, analogue à celle causée par l'inspection d'une interminable place de fiacres. Ce n'est qu'à la suite d'un examen approfondi qu'on arrive à distinguer, perdus dans la foule, les quelques attelages un peu exceptionnels qui se mêlent à celte procession démocratique.
Rien ne supplée l'œil du maitre, et, malheureusement, beaucoup sont incapables d'exercer sur leur cavalerie une surveillance efficace. Ceux-là doivent renoncer à posséder jamais un équipage véritablement bien tenu. Mais si, dans l'espoir de suppléer à leur défaut de connaissances spéciales, ils ont la malheureuse idée de s'en rapporter au goùl de leur cocher, ils peuvent être sûrs, non plus d'avoir un équipage insuffisamment soigné, mais de cir-
culer dans un véhicule absolumeot ridicule. Les livrées seront invraisemblables; ils sortiront en coapé trois-quarls avec des harnais faits pour conduire à grandes guides; leurs chevaux porteront des frontails étincelants et des bouflelles monumentales, les sellettes seront de proportions inconnues et soulignées par des lapis multicolores.
Que Dieu vous préserve du cocher dil de confiance; c'est la plaie des maisons bourgeoises qui croient en lui et se laissent entraîner à sa suite aux fautes d'orthographe les plus imprévues en fait d'attelage. Prendre en ces matières conseil de votre cocher, autant vaut charger votre cuisinière de tenir votre correspondance au courant.