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CHAPITRE i

Le persil du malin. — Allcltj|es rcmioins, — Los poneys bujj<(ys de ces mcïsicjrs. — Voilures à âne. — Vi^loclpcdes et Irleyrlcs.

Le Dombre des voitures de louage et des simples fiacres est devenu si considérable au persil de raprès-midi que les gens qui aiment à conduire eux-mêmes, et n'ont pas le goût d'cchaugei' des épilfaètes violentes avec les cocliers mécontents d'avoir élé pris à l'heuie, ont du renoncer à une habitude qui les exposait à être accablés d'injures, après avoir été préalablement accrochés.

Le désir de conserver intacts le vernis et la peinture de leurs voitures, comme le souci de leur dignité, les mettant dans l'obligation d'abandonner un

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plaisir qui compromettait également l'un et l'autre, au moins à cette heure encombrée, ils ont dû chercher un moyen d'exercer leur art prcféré sans avoir à craindre des chocs regrettables et des colloques encore plus redoutables.

Il était facile à trouver : céder la place aux envahisseurs et sortir à une autre heure.

C'est ce qui a été fait, et dos lors les gens inoccupés ont eu une nouvelle obligation, celle de prendre piirl au persil du matin.

Comme la mode s'empare de toute institution nouvelle et se modifie perpétuellcmenl, elle ne pouvait admettre que les voitures qu'elle imposait aux cochers gentlemen pour le persil de l'après-midi fussent employées pour le nouveau persil.

L'heure matinale choisie pour cette nouvelle exhibition indiquait tout naturellement qu'elle devait élre moins solennelle que celle qu'elle était appelée à remplacer, qu'elle n'aurait aucun caractère d'apparat, mais au contraire un chic bon enfant, un air campagne et bains de mer.

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Spécimen des relations courantes entre ochers salariés et cochers amateurs.

C'étail TexcIusioD des équipages imposanls, pbaélons et cabriolets huit ressorts, et le triooipbe des peu compliqués, buggys, paniers à salade, boites à cigares et autres roulottes ea bois verni, tous équipages d'une acquisition abordable pour les bourses moyennes.

l'ue fois de plus, la mode avait biea décidé, et son verdict, en laissant à ses sujets une grande liberté dans le choix des véhicules à employer, avait servi les intérêts du pittoresque.

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Cliacua étant libre de choisir le modèle de voiture le plus en rapport avec le genre de beauté du conducteur, beaucoup de femmes qui n'auraient pas osé conduire de grands carrossiers, besogne réservée au vilain sexe, se trouvèrent toutes dispesées à alleler des poneys ou des chevrux de petite taille

dont l'apparence légère et élégaote laisse supposer qu'oa peut les diriger saas avoir recours à la force. Sûres de ue pas êlre comparées à des cliairetiers, Qos demi-mondaines se décidèrent les premières à des promenades matinales qui leur fournissaient l'occasion de se produire en public sous un nouvel aspect, de montrer des toilettes spéciales et de tailler au coin des allées, avec les cavaliers de leur connaissance, des bavettes qui ne sont pas toujours sans résultais.

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Bieulôt les jeunes mères, désireuses de faire prendre Tair à leurs bébés, trouvèrent commode l'emploi de ces voilures-joujoux trainccs par des quadrupèdes inoffensifs, et prirent la file.

Les jeunes femmes qui n'avaient pas d'enfants à conduire donnèrent leur place à leurs maris.

Celles qui n'avaient ni enfants oi maris à promener emmenèrent un groom, et, à l'heure qu'il est, toutes les femmes, jeunes ou vieilles, qui jieuvent nourrir un poney, s'accordent cette inoffensive dislracliou.

Les atnazooes elles-mêmes ont suipi l'exemple et se servenl de ces véhicules microscopiques pour rejoindre les chevaux de selle qui les alleudenl aux monloirs de l'avenue ou de la porte du Bois.

Très heureuse combinaison, qui leur évite les embûches du pivé de bois, le Toisioage des omnibus, en un mot, tous les ennuis d'un parcours à cheval à travers les rues.

Et HDtt pou l( ckinpigDSP 4i Bull

Parvenues à destination, elles confient leurs voilures à l'homme qui a amené leur monture, limitant ainsi le personnel qu'il leur aurait fallu déplacer pour se faire conduire dans un équipage plus sérieux.

La façon ingénieuse dont les amazones esquivaient les ennuis de Féquilalion dans les quartiers infestés par les tramways ne pouvait pas se pratiquer bien longtemps sous l'œil attentif des cavaliers sybarites, sans que la pensée leur vint de suivre l'intelligenl exemple qui L>ur élail donné.

En adoptant ce système, ils alleignaieni un triple résultat.

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La parlic ennuyeuse de leur (n-onienade se trouvait radicalemeol supprimée.

Ils gagnaient un temps considérable en Taisant rapidement en voiture le trajet qu'ils acconij lissiienl précédemment au ])as sur leurs chevaux.

Enfin, ils s'élevaient d'un degré au (liermomètrc du chic en montrant qu'ils disposaient d'un moyen de transport supplémentaire.

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Pour n'oublier personne, menliounons les quelques voilures à âne qui figurent régulièrement au Bois pendant la matinée ; elles se divisent en deux catégories : celles destinées à l'enfance, remplies de minois épououis, bondées de nourrices, éyayées par les robes blanches des bébés cl les couleurs ultra voyantes des rubans de leurs surveillanles alimentaires.

VOITURES DU MATIN

Le prince du chic ! Tanl qu'il n't pu idopté une mode nouvelle, on pcul doulcr de 9* durée, et les geni prudenli l'absticnnenl latit qu'il n'a pu donné l'eicmpli;. Il faul sa consécration aux innovations de la mode; elle eil l'équivalent, pour Ici lois de l'él^jfance, de lu publication i \'0/ficiel pour les lois générales. Tanl qu'il n'a pu parlé, il n'y a rien de fait. Il conduit un buggy-poney, ce véhicule csl donc décidément classé, /lussi, si j'étais fabricant de quelque objet super lativemenl mcrvcillcui et que je voulusse le lancer rapidemeul, je me perncltrais de lji en oITrir un spécimen, el je me traiocnis & ses genoux jusqu'au inimcat où il conscnlirûl i l'arborer.

VOITURES DU MATIN

.4 é(é cxceuivcmcnl brillant pendanl les deroitrei aiméei du dernier règoe. S'eit Imu peaduil UD certaio lenip* i l'écu-C, — probtlilemeDl dani set terres, — « ftil récemmeot la rentrée, auiii jeune que jamaii et paraiiiant n'avoir changé ni son tailleur ni aoD ba'bier.

Tel il était au moment de tOD érlipie, tel il a'eit montré au moment de sa réapparition. Uonle peut-être moins volontiers à cheval qu'il ne le faisait il y a une vint|t«ine d'années, mais cette paresse est certainement le seul ifmptdme de fatigue qu'on ail pu constater au retour. La tournure, les cbeveux, la barbe, rien n'a bougé. L'élégance de la taille est reniée intacte, cl c'est un plaisir, alors qu'on voit tant de ses contemporains, et même de ses cadets, déformés par ua embonpoint ridicule, de constater l'admiralile conservation d'un devancier qui n'a cepen* dant pas la réputation de s'être eiceptionnellemcnt ménagé.

VOITURES DU MATIX.

VienI prendre ua peu l'air dsDs sod ratilciiM à deux roues et dire bonjour oui camarades, après avoir fait pendant trois heures du drcsiage en liberté. Fera encore une beure d'escrime avant Eon déjeuner, puis, pour faciliter ta dlgeslion, une bonne séance de trapèic. Remuera qucl(iuet ballérei d'un nombre de kilos considérable. Continuera par un assaut de boie ou de canne, puis un peu de sabre, et terminera la série de ses eiercices par une forte passe d'épée i deux mains. Pour se reposer , montera les deux chevaux de haute école qu'il préparc en vue de (a prochaine représentât ton. Apris quoi, répétition générale, pendant liqucUe il mettra i chaque instant la main à la pite, indiquant de quelle façou il comprend l'interprétation de tel ou tel numéro. Se couchera vers deux heures du malin. Jouira-t-il alors d'un repos si bien méritéT C'est douteux, car il est capable d'avoir trouvé quelque autre sport k pratiquer avant de recommeucer le lendemain. Ualjjré ce régime, lui dit à cause de ce régime, il jouit d'une excellente santé. A déji usé à la peine dcui générations déjeunes gens qui ont eu la prétention de suivre ion exemple.

VOITUBES DU MATIN.

liel chique jour en mouvement une demi-douiainc de chevaux de laulc dimcnsioD. S'en va de ce pai monlcr tes hunlcri, qui l'atlendeul au champi^Dan du Bois. Conduira cet après-midi sa chcia'Ji de phaétou, à moint qu'il ne prérère cinmcucr ses ami), dant son coach, dtucr à Robinton au tui élnugi de VilIc-d'Avray. Trouve encore le temps de «'occuper de choses cérieuseï, el même de lire les ouvrages qu'il édile.

VOITURES DU MATIW

IDJUjfiijliJjuM

Toujoun prc»ccs... comme loutcs les personnes quin'onluotoircment riea i Taire. Vienaeiil de Taire aux allures vives leur leur de B«i«. Rentrent «u yalap & l'hAtcl en Tnit«at, pw In petilease de leur allc.'laj[e, l'envie el l'admiraliaQ de tous les babfl qu'elles reocantrent sur leur passage. Hue voilure tout allcliie les allend dans la cour de l'hâlel. Le lempi d'enlever leurs amaiaces et de passer un coslume moins cavalier, et elles vont reprendre leur courie Ji irueri les magasins, les établissements de bienfaisaDce et nutres reTuges pour l'enfance cl la vieillesse. Après quoi ce sera le tour des visites el autres obligalions mondaines. C'est beau, les

VOITURES DU MATIS

Ud de) véhicules Ica plus inluéi et les plus eatourës du persil matinal. Pour ûtre ui39i... élégMmneiit et réyt lièreroent escorté, il Taut que «on ■iilomédoo féminiD appartieDoe à la plus haute aristocratie ou soit terriblement Israélite, car, à première rue, le) charmes de la pby-

siouomie sont mctIoDs contestable), et véritablement ils ne lufCraient pas à eij.liquer l'em-

pre:scroeDi de) notabilités le> plus en vue de la haute gomme. 11 f a certainement un motil qui

m'e:t inconnu : )al(in diflicilemeut accessible, cha))e) prjacière), cuisinier hors ligne en un

mot, autre chose.

VOITURES DU MATIN

CoDucre à Tachât de chevaux épatanti le* bënéficea d'une ealreprite induttrieUe auui lucrative que moderne de ehauITage éconaniique. Accorde trois roues aux vélocipède! sur leiqjell les commis vont livrer «es produits à domicile, maji le coutcnte de deux pour iod usage persoonel. Conduit lrè> crluemeitl, — de* chevaux qui tirent i plein bras. — C'est encore un procédé de chaulTage qui, s'il n'est pas économique, est certainement crUcare.

VOITUBES DU MATIN.

Fait prendre l'air à ion jeune ëpoui avant de le ramener à ton travail. Conduit dlj-mtoe, car cil.; n'a qu'une médiocre conGance dant la Mgesse de ion attocië, et conierve en voiture l'habitude de tout dirij|er qu'elle a prite dans ion ménaige.

Devrait bien employer li légitime autorité dont elle a au l'emparer à faire couper le* cheveux de ton conjoint. Lue roii tondu, il lerait tout k TaJI correct.

Les autres, conduites par des philosophes parvenus à Page mûr et revenus de toutes les vanilés, présentent un aspect peut-être moins chatoyant, mais certainement aussi original.

La plus étonnante est une sorle de valise à quatre roues conduite par un personnage d'un volume considérable et porteur d'une barbe de patriarche qu'on m'a dit être im de nos peintres les plus connus.

Si le renseignement est exact, il faut reconnaître que son équipage ne peut pas passer plus inaperçu que ses tableaux.

On peut le discuter, il est impossible de ne pas le remarquer.

Des voilures à ânes, qui exigent encore certains frais, nous arrivons tout naturellement aux moyens de Iransporl véritablement économiques, c'està-dire aux tricyeles, bicycles et autres vélocipèdes. Ils sont nombreux.

Des familles entières, atleiDtes du delirium vélocipédique, sillonaeat le Bois dans tous les sens, à toutes les heures du jour et de la nuit, arrivant subitement au tournant des allées sous le nez des chevaux ou dans les jambes des promeneurs.

Autrefois, on était prévenu de l'approche de ces engins par un bruit de ferraille désagréable, mais qui permettait au cavalier de prendre les dispositions nécessaires pour en éviter le contact.

Le progrès aidaol, ils sont devenus silencieux; ils ont pris des allures d'apparitions, des façons d'ombres, et ce n'est plus que par leur choc qu'on perçoit la réalité de leur existence.

Ils sont devenus moins terriliants, la plupart des chevaux ne donnant plus aucun signe de terreur à leur passage, mais infiniment plus traîtres, et je ne serais pas étonné d'apprendre que la proportion des accidents causés par eux eût considérablement augmenté.

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Ce qui n'est pas douteux, c'est que le nombre des adeptes du sport véloci-

pédique se soit considérablement accru. Ils forment une véritable légion, et il

n'est pas impossible que ce soit là l'avenir de la locomotion individuelle,

comme le tramway pour le transport collectif.

Les femmes commencent à l'employer.

Je ne dis pas que son usage soit entré dès maintenant dans les mœurs de l'aristocratie féminine, mais cela peut arrioer, puisque tout arrive.

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Si son emploi se généralise pour le sexe faible, le spectacle qui nous est réservé ne sera pas absolument admirable.

Le mariage des formes humaines aux lignes des engins mécaniques n'a pas donné jusqu'à présent des silhouettes bien harmonieuses, et je crains qu'on n'arrive pas de longtemps à une combinaison satisfaisante.

Je ne crois pas que, malgré toute leur habileté à faire valoir leurs charmes, nos aimables compagnes parviennent jamais à communiquer à un vélocipède, si perfectionné qu'il puisse être, la grâce de leurs mouvements.

J'ai plutôt peur que la pratique assidue d'un instrument aussi baroque n'inÛue d'une manière fâcheuse sur la démarche de nos contemporaines.

On ne peut préjuger l'avenir que d'après l'examen attentif des résultats obtenus.

Ceux que nous voyons ne permettent d'espérer rien de bon pour le plaisir des yeux. Les mouvements précipités par lesquels les amazones vélocipédiques transmettent aux rouages de leur monture l'impulsion indispensable ne paraissent pas devoir augmenter jamais leurs moyens de séduction.

C'est une vilaine gymnastique; elle est peut-être tonique, fortifiante, salutaire, elle ne sera jamais plastique ; et, pour conclure, je ne conseille pas aux mères qui, pour établir leurs filles, comptent moios sur leur dot que sur la puissance de leurs charmes, de les produire sur un vélocipède, fùt-il à trois roues, aux yeux de leurs futurs fiancés.

Il y aurait bieu des chances pour que la première entrevue demeurât unique.

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