COMMUEE DE PARIS
Ce soiri à six heures, un ordre a x‘té donné aux citoyens Deboek (Louis-Guillaume) et Alavoine (André)' il’ejn pêcher, par." tous les moyens en leur pouvoir toute tentative d’incendie qui pourrait être faite aux Archives nationales. , •
Cet ordre a été sollicité par ces citoyens. * - *
' . Le directeur de l’imprimerie nationale , Dkbock. * delègue , Alavoine. *' • • ,
,, P. ü. On ne doit pas igntfrer' que toute désobéissance aux;
BouIcvb'vI TMAtre de la Porte Saint-Martin.
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ordres de la Commune ou du Comité de salut public entraine la peine capitale.
Les Archives étaient sauvées.
L’Internationale, qui sait mieux que personne où il faut frapper pour porter à la France des coups mortels, écrivait il y a quelque temps de Londres à un membre influent de la Commune :
« Surtout, brûlez les Gobelins! »
•Au point de vue des intérêts étrangers, dont pendant cette longue et cruelle lutte les ouvriers français ont été les instruments aussi violents qu’aveugles , la recommandation était bonne. Les Gobelins, en effet, ont une réputation universelle; , il n’est, dans aucun pays, aucune fabrique qui ose sc poser comme sa rivale : partout où se rencontrent ses produits, ils sont mis tout de suite hors de pair. Il leur suffit de se montrer pour vaincre. Que de raisons les autres n’ont-ils pas de les vouloir détruire! Mais auspi, que de raisons n’aurionsnous point, nous, de les vouloir sauver! Qu’importe? L’Internationale a parlé, il faut obéir. Voilà donc où devait nous amener cette peste démocratique! Elle condamne des Français à recevoir le mot d’ordre de Londres et de Berlin, à servir les basses jalousies ou les rancunes intéressées de nos
rivaux À présent , l’on se demande si ces misé-
rables sont ou plus odieux ou plus stupides!
Située dans un quartier perdu, aux rues mal percées, aux maisons mal bâties, auquel seule elle donne la vie, la manufacture des Gobelins, tour à tour royale, impériale ou nationale, offrait à ses visiteurs les plus belles tapisseries et les plus habiles ouvriers du monde.
Dès le quatorzième siècle, des drapiers et des teinturiers en laine s’étaient établis sur les bords de la petite rivière de Bièvre, dont on croyait l’eau particulièrement propre à la teinture. L’un d’eux, Jean Gobelin, réalisa une fortune considérable, et acheta de grands terrains dans le voisinage de son établissement. Son fils et ses petits-enfants perfectionnèrent son industrie,* accrurent sa fortune, et devinrent si célèbres que tout le quartier porta bientôt leur nom : la petite rivière où ils trempaient leurs laines s’appela môme la rivière des Gobelins. La famille devint si riche qu’elle rougit de son commerce, acheta une savonnette à vilain, fit souche de marquis, et grâce à la Brinvilliers, femme de l’un d’entre eux, obtint une seconde Célébrité, qui ne valait certes pas la première !
A la famille des Gobelins succéda la famille Ganeye, qui ne se borna point à la teinture, mais qui commença à fabriquer des tapisseries de haute lisse. Vers le milieu du dix-septième siècle, les Ganeye furent, à leur tour, remplacés par un Hol-
landais du nom de Gluck, qui apporta en France cette magnifique teinture écarlate dite à la hollandaise, et qui obtint toutes sortes de concessions et de privilèges. Bientôt Colbert acquit les terrains sur lesquels s’élevait l’établissement de Gluck, y établit la fabrique actuelle , fit construire des logements pour les artistes, et même pour les plus habiles d’entre les ouvriers, groupa à l’entour des ateliers de bijouterie, d’horlogerie, d’ébénisterie, de sculpture et de marqueterie : en un mot, de cette réunion d’industries de luxe, toutes voisines de l’art, et qui s’inspiraient de lui, il forma une manufacture royale, dont il confia la direction au célèbre Charles Le Brun , premier peintre de Louis XIV. C’était là une grande idée, et cette sorte d’école normale de l’art industriel eut une incontestable influence sur toutes les industries qui s’appliquent à la décoration et à l’ameublement de nos intérieurs. Seulement, comme il arrive trop souvent dans les établissements de l’État — monarchiques ou républicains, — le prix de revient était si élevé que la manufacture royale ne faisait pas ses frais. En 1694 , on fut obligé de fermer tous les ateliers accessoires, et les Gobelins se bornèrent aux grands tissages qui les avaient rendus si célèbres.
Comme fabrique de tapisseries, l’établissement des Gobelins, toujours bien dirigé, pourvu de l’outillage de toutes les industries secondaires qui
en dépendent, fourni d’une équipe d’ouvriers qui valent des artistes, continua de produire des œuvres admirables, tapis de luxe au premier chef, tentures superbes, aussi fraîches et aussi éclatantes que les tableaux mêmes q'u’elles imitent.
Les produits des Gobelins ne sortent point de la manufacture pour entrer dans le commerce.
On les donne en présent aux cours étrangères, aux ambassadeurs, aux églises, aux grands établissements publics, aux princes, et aux titulaires des hautes fonctions publiques.
On le voit de reste, il n’y avait rien là qui fût de nature à mériter l’indulgence ou la faveur de la Commune. Aussi, elle accorda assez aisément l’ordre d’incendie que demandaient les fortes têtes de Londres et de Berlin. Il paraît, d’ailleurs, qu’on ne discute point avec l’Internationale !
Le projet des incendiaires était de brûler tous les bâtiments, ainsi que les trésors et les merveilles qu’ils renferment. C’eût étéla ruine complète d’un établissement unique au monde; mais ces messieurs n’aiment pas à faire les choses à demi!
Lorsque les incendiaires se présentèrent aux Gobelins, il ne s’y trouvait aucun représentant de l’autorité ; à vrai dire, leur présence eût été fort inutile : il n’y a point à parlementer avec la violence et la brutalité. Quand on ne peut pas les écraser, il ne reste plus qu’à les subir!
Mais, ici encore, le bon grain s’est séparé de
l’ivraie. Les ouvriers des Gobeiins, qui, je le disais tout à l’heure, sont pour la plupart de véritables artistes, ont eu l’intelligence de comprendre l'horreur du crime dont on eût voulu les rendre complices, et s’il ne leur a pas été possible de repousser complètement les émissaires de la Commune, ils n’ont rien négligé pour circonscrire et limiter le dommage apporté par eux. Us ont fait, comme on dit, la part du feu. Hélas! cette part a été bien grande, puisque quatre-vingts mètres de bâtiments ont été dévorés. Cette portion considérable de notre ancienne manufacture comprenait :
1° La galerie ouverte au public;
2° Un atelier renfermant six métiers;
3® Trois salles renfermant des broches chargées de fils teints;
4® L’école de tapisserie;
5® Un atelier de peinture;
6® Une partie du magasin des plâtres destinés à l’enseignement du dessin.
Le désastre le plus irréparable, c’est la perte de la collection des tapisseries fabriquées depuis Louis XIY jusqu’à nos jours, dont quelques-unes étaient justement considérées comme des merveilles. Cependant, môme dans cette série, on a eu la bonne fortune de sauver le portrait de Louis XIY d’après Rigault, qui passe pour un des chefsd’œuvre de la fabrication des Gobeiins, ainsi que le fameux Christ mort , d’après Philippe de Cham-
paigne. La collection des modèles anciens a été sauvée, et l’atelier des teintures, ainsi que les tapisseries de la Savonnerie, réunie aux Gobelins en 1826, ont été également épargnées. Les bâtiments d’administration n’ont pas été brûlés non plus, et, depuis plusieurs jours déjà, le travail a repris dans la ruche industrieuse. L’Internationale aura la douleur de voir encore les admirables productions de nos arts industriels obtenir la première place dans toutes les expositions du monde.
Les quartiers les plus lointains n’ont pas été plus à l’abri de la dévastation que le centre même de la capitale; seulement ils ont été attaqués un peu plus tard, à mesure que la Commune, qui s’était implantée au cœur même de Paris fut obligée de reculer devant l’armée victorieuse.
Ce fut le vendredi 26, quand déjà tout l’ouest de la ville était délivré, qu’une bande déléguée par le 242* bataillon fédéré fit irruption dans les Entrepôts de la Villette, siège de la grande administration désignée officiellement sous le nom de Compagnie des entrepôts et magasins généraux de Paris.
Ici, comme partout, les soldats de la Commune montrèrent une violence poussée jusqu’à la férocité. Après avoir forcé les portes, ils s’emparèrent de tous les employés , les malmenèrent , les batli-
rent, en les menaçant de mort, si on essayait une ombre dp résistance; puis ils exigèrent qu’on les conduisît dans les magasins et même dans les annexes que possède la Compagnie aux numéros 157 et 159 de la rue de Crimée. Ils enfoncèrent à coups de crosse de fusil les portes qu’on ne leur ouvrait pas assez vite.
Surpris par la vive attaque du 119* régiment de ligne qui débouchait à l’angle de la rue de Flandre, les communeux eurent encore assez de temps pour incendier. Ici encore, ils trouvèrent une complicité involontaire, mais funeste, dans la nature même des objets auxquels leur rage venait de s’attaquer. La flamme, en effet, s’en rendit maîtresse avec une sorte d’impétuosité à laquelle on dut comprendre tout d’abord qu’il serait difficile de s’opposer avec quelque succès. Ici on ne pouvait songer à faire la part du feu ; il voulait tout !
On estime la perle à près de trente millions. Le vendredi soir, il ne restait plus debout que les murs à demi calcinés, dont chaque jour un pan s’écroule.
Les membres du Comité incendiaire ne’ se contentaient pas d’assurer la destruction des maisons, des palais, des églises et des monuments de toute sorte qui avaient encouru leur colère. Ils montraient parfois un raffinement de barbarie vraiment infer-