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conseil d’Étal. Sa grande salle , d’une décoration quelque peu sombre et lourde , mais riche et imposante, cependant, est entièrement consumée, et, avec elle, les beaux portraits historiques de Sully, de Colbert, de Vauban, de Richelieu, de Turgot, de Suger, de Portalis et de Cambacérès. Nous regrettons davantage encore une grande toile de Paul Delaroche dans la salle de la législation , et dans la salle du contentieux un des plus beaux tableaux d’Eugène Delacroix, représentant l’empereur Justinien, auteur des Instilutes, docte ennui de notre jeunesse.
Nulle part, peut-être, les fédérés n’ont déployé une rage plus féroce! On les voyait puiser à plein seau dans des tonnes de pétrole emmagasinées depuis quelque temps dans la grande cour. Ils inondaient les murailles, les escaliers et les parquets.
Après avoir abrité quelque temps le citoyen Peyrouton, délégué au conseil d’État, et son secrétaire Pelletier, le palais d’Orsay, au moment de l’entrée des troupes à Paris, fut occupé militairement par les assassins Eudes et Mégy, qui venaient de se replier précipitamment de la Légion d’Honneur, avec leurs hommes.
Pour accomplir plus sûrement et plus méthodiquement leur tâche odieuse, ils s’étaient divisés en six escouades , qui travaillèrent sans relâche et • *
avec le triste succès que l’on sait.
Mais, comme si leur œuvre de destruction
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n’avait pas été suffisante encore, ils mirent aussi le feu à la maison de la rue de Lille portant le numéro 85, et où se trouvaient déposées toutes les archives de la Cour des comptes, — c’est-à-dire toute la comptabilité française depuis le premier Empire. Tout le monde comprendra qu’une pareille perle est vraiment irréparable. C’est ce que l’on voulait... Ici le but sinistre est atteint!
N’oublions pas un détail étrange, et dont Paris ne comprit pas tout d’abord la signification. Au moment où le feu qui dévorait les archives atteignit son maximum de violence, un grand vent s’éleva. Alors, par les toits eflondrés, par les fenêtres qui se brisaient en éclats, on vit s’échapper, s’envoler par milliers, toutes ces pièces que les comptables enveloppent sous leurs chemises, empilent dans leurs cartons, entassent dans leurs casiers. Plus légers que l’air, ces papiers de toutes formes, comme un tourbillon, montèrent au-dessus du monument en flammes, tournoyèrent un moment dans le ciel, puis, comme une nuée de papillons noirs, redescendirent sur Paris, s’abattant sur les balcons, entrant dans les appartements étonnés, jonchant les rues. Nous avons recueilli, pour notre part, deux lignes d’un rapport sur un emprunt de la ville de Caen, signé Saleb de Chaslanet... Un certain nombre de ces feuilles aventureuses, jaunies, à demi consumées, sont allées achever de mourir à plus de trente lieues de Paris... Il en est arrivé