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laire. En 1814, les gardes du corps de Louis XVIII en prirent possession à leur tour. Depuis 1830, on y a presque toujours caserné un ou deux régiments de cavalerie légère. La caserne du quai d’Orsay conservera longtemps encore cette destination, malgré la bonne volonté de la Commune.
Cette infortunée rue de Lille a été le théâtre de scènes vraiment horribles. Le malin même du jour qui, pour elle, devait être le dernier, un commandant des fédérés l’avait parcourue dans toute sa longueur, en répétant sans cesse à ses hommes :
— Vous entendez! Que tout soit fait comme j’ai dit : n’épargnez rien; le feu partout!
Et partout, en effet, le pétrole ruisselait, elle feu dévorait !
Des scélérats, que les fédérés appelaient des francs-tireurs et des enfants-perdus, éventraient à coups de crosse de fusil les devantures des boutiques, dans lesquelles ils jetaient des étoupes enflammées, ou des compositions incendiaires qui produisaient les plus affreux ravages; d’autres badigeonnaient avec des pinceaux trempés dans le pétrole les volets, les portes et toutes les boiseries des maisons, puis ils y mettaient le feu avec leurs torches. Des femmes et des hommes que l’on ne connaissait point dans le quartier parurent à la suite des fédérés, et profitant du désarroi des malheureux qui s’échappaient de leurs maisons en flammes, ajoutèrent le pillage à l’incendie — deux
fléaux pour un ! Des pompiers, casque en tête, excitaient les foyers réfractaires ou trop lents. Les enfants-perdus de l'incendie, dont je parlais tout à l’heure, portaient le petit chapeau des francstireurs, avec une plume rouge. Ils n’étaient nullement pris de boisson, comme on l’a bien voulu dire, et ils travaillaient méthodiquement et avec ordre. Personne n’ignorait dans le quartier qu’ils avaient touché une haute paye, variant de trente à cinquante francs. On a trouvé sur ceux d’entre eux qui ont été faits prisonniers une petite carte de police avec ces mots imprimés en tête :
Carte d’ identité et de sûreté!
De temps en temps des groupes sinistres passaient dans la rue en criant : Fermez vos fenêtres et allezvous-en, tout brûle, tout brûle ! ! !
Au vol et à l’incendie déchaînés on voulait ajouter la terreur — qui paralyserait les secours. Les communeux ne sont pas scélérats à demi.
Si quelque chose surpasse les atrocités cômmfses rue de Lille, ce sont les horreurs dont, presque en même temps, la rue du Bac était l’objet.
Deux jours après que ses courageux sauveteurs se furent rendus maîtres du fléau, on ne pouvait
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point encore pénétrer dans cette malheureuse rue en débouchant du quai, tant les ruines encombraient la voie. On se sentait saisi à la gorge par une odeur âcre etmalsaine de soufre et de matières calcaires encore chaudes, qui empoisonnait l’air. Deux membres de la Commune, les citoyens Eudes et Mégy, dont l’histoire se trouve dans les dossiers judiciaires du greffe criminel, s’étaient chargés de diriger eux-mémes la destruction de ce petit coin aristocratique par excellence du grand faubourg Saint-Germain. Leurs travailleurs avaient fait les choses en conscience : on eût dit que tout le pétrole de Paris coulait dans ce fameux ruisseau de la rue du Bac, si cher autrefois à madame de Staél, et si regretté de son exil. On n’avait qu’à se baisser pour en prendre ! Aussi on le jetait à flots dans les allées, on en arrosait les façades des maisons, et avec le reste on inondait les caves. Le feu a été mis là avec tant de soin, et à tant d’endroits en même temps, que l’on dut bientôt désespérer de pouvoir s’en rendre maître. Cependant, les pompiers de Saint-Cloud, ceiix de la Seine-Inférieure, luttant d’énergie avec des confpagnies du génie et les soldats du 75' de ligne, ont fait des efforts véritablement surhumains. Trois pompiers de Sotteville, près de Rouen, ont même payé leur zèle de leilr vi
Marchons avec précaution à travers ces ruines eiieore chaudes !
Le café d’Orsay, portant le numéro 2 de la rue,
PAfilâ fi KL' LÈ.
a été fort heureusement épargné. On ne saurait dire pourquoi ni comment. Mais, presque en face, les numéros 3 et 7 sont entièrement détruits. L’éloquence du concierge de la maison portant le numéro b a pu faire tomber la torche des mains des incendiaires. Les numéros il et 13 sont brûlés en totalité, et l’on dirait que la façade du numéro 9 a été enlevée à l’emporte-pièce, pour permettre au regard de mieux pénétrer dans son intérieur ' surpris. Le commencement de la rue Royale Saint- Honoré peut seul nous offrir un spectacle aussi lugubre. Si l’on remonte la rue vers les hauteurs du faubourg, on trouve encore un assez grand nombre d’édifices fortement attaqués, sans pourtant que la perte aille jusqu’au dommage irréparable. C’est ainsi que la maison de blanc qui porte le numéro 56 a reçu un grand nombre de projectiles, et a failli brûler; le magasin de laFiLELSE est resté debout sous une grêle de balles. Le magasin du Bon marché n’a pas été touché. Mais le Petit Saint-Thomas, qui avait excité de nombreuses convoitises, et dont les fédérés qui incendiaient la rue de Lille annonçaient déjà la perte, a vu le feu de près; — il a pu, toutefois, échapper au sort qui le menaçait. Des fédérés s’étaient postés sur la terrasse qui le surmonte, pour, de là, tirer sur la ligne; ils avaient fait du rez-de-chaussée' un véritable dépôt de matières dangereuses ; ils avaient rempli la cour de caisses de cartouches et de bombes
PARIS BRULÉ. IbT
à pétrole, et vidé dans l’égout des tonneaux entiers de ce dangereux liquide. Presque en même temps, le gaz faisait explosion chez le coiffeur, dont le mur est mitoyen avec le magasin. 11 y avait là de quoi périr vingt fois!... Et le Petit Saint-Thomas est debout, préservé, intact, un vrai miracle! Voilà un Saint Thomas qui n’a plus le droit d’être incrédule comme son patron.
Ajoutons, car il faut louer le courage partout où on le rencontre, que le personnel de l’établissement a résisté aux menaces et à la pression des fédérés, qui leur donnaient l’ordre de partir, pour piller plus à l’aise ! Hommes et femmes, chacun est resté à son poste jusqu’à la dernière minute — je veux dire jusqu’à la retraite des insurgés ; — après quoi ces braves jeunes gens, ces courageuses jeunes filles sont allés, sous les balles qui sifflaient autour d’eux, porter secours à leurs voisins qui brûlaient encore.
La rue du Bac n’oubliera point que si, au milieu de tant de calamités, et malgré la haine féroce qui semblait comme à plaisir s’acharner sur elle, elle a été sauvée d’une entière destruction, c’est à l’intrépidité, à la bravoure et à l’intelligence du 75 e de ligne qu’elle le doit. Le commandant de ce brave régiment, du moment où il eut pris possession des barricades de cette malheureuse rue, sut mener de front l’attaque des insurgés et le sauvetage des maisons. 11 a fait merveille.
P A 1U S URL LÉ.
Il entrait dans le programme de l’insurrection vaincue de détruire tous les ministères.
La marche rapide de l’armée, maîtresse de la rive gauche, a pu seule les sauver, et sauver avec eux les précieuses collections et les documents de toutes sortes qu’ils renferment. Quelques heures de retard, et la destruction commencée eût été complète, car pour atteindre un but qui semblait si désirable, les agents de la Commune avaient eu recours aux plus terribles moyens. Sous les péristyles, dans les caves, et jusque dans les bâtiments qui les environnent, on a trouvé de grandes caisses pleines de rondelles de sciure de bois, mélangée d’une préparation chimique dont le secret n’est pas encore connu, mais dont l’effet est terrible. Ces perfides engins étaient enveloppés de toile imbibée de pétrole, et ils étaient préparés de façon à produire en môme temps l’explosion et l’incendie.
Ce n’est point par l’incendie, mais par 1‘explbsion, qu’ont été ravagées les rues Vavin, Notre- Dame des Champs et Bréa.
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Maisons incendiées à la Croix-Rouge.
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Les fédérés qui n’avaient point de pétrole à leur disposition y suppléaient à l’aide de la poudre — qu’ils n’ont pas inventée, mais dont ils savent se servir. — Malgré les habitants terrifiés, ils en faisaient d’énormes amas, qu’ils unissaient entre eux par une traînée ; puis, à coups de baïonnette, et au besoin à l’aide de la fusillade, ils contraignaient ces malheureux à rentrer dans les maisons, où les attendait une mort'aussi horrible que certaine. Ce fut un sergent-fourrier du GO* fédéré qui mit le feu à la première traînée de poudre : — ici, on le voit, la destruction avait des allures d’une simplicité primitive. Ses effets n’en ont pas été moins terribles, et l’aspect des rues Bréa, Vavin et Notre- Dame des Champs a quelque chose de véritablement sinistre.
L’explosion par la poudre semble avoir été à la mode dans la partie méridionale du faubourg Saint- Germain.
C’est ainsi que, le mercredi 24, les fédérés, avertis de l’approche de l’armée de Versailles, mirent le feu à la poudrière installée dans la partie du jardin du Luxembourg séparée du reste depuis les grands travaux de l’ingénieur Haussmann , et connue sous le nom de la Pépinière.
Deux jours plus tôt, le désastre eût pris des proportions effrayantes. Mais, par bonheur, la plus grande partie des munitions avait été évacuée sur d’autres points, et, au moment où ce nouvel attentat fut consommé, il ne restait plus à la Pépinière que quelques tonneaux de poudre. Ce n’est pas, en vérité, la faute de ces messieurs s’ils n’ont pas fait mieux. Le quartier n’en a pas moins été ébranlé, comme il l’eût été par le plus terrible tremblement de terre. A un demi-kilomètre de distance, il n’est pas resté une vitre aux fenêtres; un grand nombre de personnes ont été renversées, les persiennes enlevées, les portes arrachées de leurs gonds. Les malades sont morts de saisissement dans leur lit; plusieurs femmes sont devenues folles, et des amputés ont vu se rouvrir leurs artères à demi cicatrisées, et ont expiré à la suite d’hémorrhagies qu’aucun chirurgien n’a eu le pouvoir d’arrêter. Je n’ai pas besoin d’ajouter que les baraquements d’ambulance ont été absolument détruits, et que les pauvres arbres de la Pépinière ne serviront plus aux expérimentations des professeurs de botanique. Ils sont réduits à l’état d’allumettes; un jour ou l’autre ils retourneront au feu !
L’École des Mines n’a pas été incendiée, comme
on l’avait dit. Mais elle a payé cher son compromettant voisinage. Elle a en effet beaucoup souffert de l’explosion. La vibration si violente de l’atmospbère a brisé toutes ses vitres, et un assez grand nombre de pièces de ses collections ont été bouleversées dans leurs casiers. Les dégâts matériels sont faciles à réparer; les collections elles-mêmes sont intactes.
Plus d’une fois, sous le règne de la Commune, l’École des Mines avait été sauvée de l’incendie par le dévouement, le courage froid et la présence d’esprit d’un de ses principaux employés, M. Burier, resté à Paris sur l’ordre du ministre de l’instruction publique. Là, comme partout, l’hôtel de ville avait voulu installer ses agents, dont la présence était si fatale à tous les établissements publics et privés qui avaient l’ennui de les recevoir. M. Burier obtint que l’on n’y installerait qu’un poste de vingt fédérés appartenant aux compagnies sédentaires, et il parvint à les contenir dans le devoir jusqu’au dernier jour. Les insurgés, en s’en allant, eussent bien voulu incendier les bâtiments, — ne fût-ce que par respect pour la tradition. Le temps leur manqua. Ils menacèrent de revenir : on ne les attend plus.
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L’Internationale , ce champignon vénéneux qui a mis plus d'une nuit à pousser, n’avait pas le goût des antiquités : elle les méprisait et les haïssait.
Il n’est donc pas étonnant qu’elle eût voué à la destruction le musée de Cluny, avec la collection sans rivale qu’il renferme, et tous les souvenirs du monde romain et gallo-romain qui l’entourent. Que peuvent faire les souvenirs du passé à ces hommes qui n’ont point de racines dans l’histoire?
C’est le Théâtre de Cluny que l’on avait choisi comme .brûlot pour allumer le reste du quartier. Au moment où l’on entendit les premiers coups de la fusillade crépiter sur le boulevard Saint-Germain, un citoyen qui se disait délégué du Comité incendiaire , — car la Commune a Senti le besoin d’ajouter un comité incendiaire au comité central, au comité de salut public, et à tous les autres comités dont elle a gratifié Paris , — se présenta aux portes du théâtre. Il était suivi d’une dizaine d’aides, ses serviteurs et shs auxiliaires, et guidé par un ancien garçon machiniste de la scène. Cette poignée de misérables renversa le concierge, le foula aux pieds, et menaça de le fusiller s’il s’opposait davantage à l’exé-
cution do leur projet, lis entrèrent ainsi, et, toujours assistés du garçon machiniste, qui a joué un odieux rôle de traître dans ce drame lugubre, le délégué et ses complices pénétrèrent dans la salle, entassèrent sur la scène les décors du magasin, amoncelèrent les chaises des loges dans l’orchestre, versèrent le pétrole partout, disposèrent aux bons endroits de grandes quantités de poudre, remplirent de matières inflammables le petit escalier de la scène, et, après l’avoir allumé, se retirèrent en toute hâte pour aller exécuter à l’Odéon, ce théâtre de la jeunesse, les ordres du comité incendiaire, qui n’aime sans doute ni le théâtre ni la jeunesse!
L’arrivée singulièrement opportune des troupes régulières permit, pendant qu’il en était temps encore, de s’opposer victorieusement à l’exécution de ce plan infernal. L’incendie fut éteint avant que le feu eût gagné les poudres; un quart d’heure de retard peut-être, et tout ce riche et beau quartier, victime d’une odieuse machination, était réduit en cendres.
Notons en passant qu’ici encore les fédérés, avec leur méchanceté habituelle, avaient eu soin de mettre les pompes hors d’état de servir. Il ne leur convenait point qu’on pût entraver la marche du fléau déchaîné par eux. Une fois encore leur prévision cruelle a été déjouée par un hasard dont il faut peut-être remercier la Providence.
Les gens naïfs pourraient être tentés de croire que son titre d’ambulance, et les services que de tout temps il a rendus à la population civile et militaire, devaient préserver I’Hôpital du Yal de Grâce des persécutions et des tracasseries de la Commune.
Ce serait méconnaître la Commune!
Perquisitions, réquisitions, vols à main armée, arrestations arbitraires, rien ne manqua au martyre de ses employés, restés fidèles au gouvernement national.
Un détachement du 61* fédéré était venu occuper la cour, avec la mission de confiance de fusiller tout le personnel au moment opportun. Ce moment, grâce à Dieu, n’était pas encore arrivé quand vint la délivrance, sous, la figure d’une compagnie de marins qui pénétra dans la cour le mercredi, vers trois heures et demie Les fédérés ne
l’attendirent pas!
L’Institut a eu peu de chose à démêler avec la Commune. Les hommes politiques de celle-ci n’ont
jamais sollicité les palmes vertes qui tentèrent, en d’autres temps, la vanité de MM. Émile Ollivier et • Jules Favre.
Les académies, sous le règne des Quatre-vingtseize, se conduisirent en filles sages qui ne tenaient point à faire parler d’elles. On les oublia, — c’est tout ce qu’elles pouvaient espérer de plus heureux.
Aussi l’Institut, même sous la Commune, put couler des jours tranquilles. Je connais peu de gens à qui il soit permis d’en dire autant.
Ses tribulations commencèrent juste au moment où celles de Paris allaient finir.
Les Vengeurs de Flourens occupaient le mardi 22 la forte barricade qui défendait ses abords.
Avant que la fusillade commençât, ils sentirent le besoin de visiter — la bibliothèque?
Non : la caisse! La caisse eut l’impertinence de se trouver à sec, ce qui indisposa les Vengeurs. Ne trouvant pas d’argent, ils se rabattirent sur l’argenterie, et demandèrent celle des employés.
Ces honnêtes gens avouèrent qu’ils n’en avaient point.
a Vous avez tort de faire des façons! dit le capitaine en prenant un air bon enfant; comme on va mettre le feu ici et que tout va brûler, vous n’en seriez pas plus pauvre pour nous avoir livré une chose dont vous ne vous servirez plus! »
Et comme celui auquel s’adressait le Vengeur ne
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laissait point que de témoigner quelque étonnement et moins de satisfaction :
« C’est comme cela! dit l’autre; à mesure que nous sommes obligés de nous replier, ce que nous ne pouvons plus garder, nous le brûlons! »
Nous savons déjà que le Vengeur disait vrai.
Le mercredi matin, sur les cinq heures, il vint d’autres hommes, coiffés de chapeaux tyroliens. Ceux-ci enlevèrent un des concierges pour le fusiller, parce qu’il leur avait résisté avec une certaine énergie ; un autre de ces modestes fonctionnaires, celui qui tire chaque jour le cordon à mon ami et cher maître Jules Sandeau, fut averti de faire ses paquets et de partir dans les cinq minutes — c’était le délai de grâce — pour éviter les plus terribles catastrophes. On commençait, en effet, à disposer sous l’espèce de porche mal tourné qui s’ouvre au coude de la rue de Seine une certaine quantité de tonneaux de poudre, dont la destination n’était pas douteuse le moins du monde. Les Tyroliens ne dissimulèrent point au pauvre diable, de la bouche duquel je tiens ces détails authentiques, qu’une mine était placée en avant de la barricade, qu’elle se reliait à tout un système de torpilles et autres machines non moins rassurantes, longeant le quai Malaquais, et, par le quai Voltaire et le quai d’Orsay, s’étendant jusqu’à la Chambre des députés. Un fil électrique mettait en communication toutes ces in-
PARIS B R l L É.
ventions plus ou moins diaboliques, et, à un moment donné, toute celle longue ligne d’hôtels et de palais allait disparaître dans un écroulement universel!
Tout cela était vrai! Pendant une heure ou deux, un homme, un seul, celui qui était tout à la fois le serviteur et le confident de l’Internationale, est resté le maître de la vie et de la mort de tant d’êtres innocents, dont, on peut cette fois le dire, sans ligure, la destinée n’a tenu qu’à un fil !
Ce fil, qui l’a brisé entre ses doigts? Peut-on croire au remords? Peut-on admettre une pensée plus clémente succédant tout à coup dans cette àme fière et farouche à l’inextinguible haine qui la dévorait? Ce déclassé de la société régulière vitil briller à ses yeux, comme une lueur, l’espoir, chimérique sans doute, d’y conquérir un jour ou d’y retrouver une place? Nul ne le sait! Quelquesuns prétendent que le roman se mêle parfois à l’histoire d’une façon bien étrange , que rien n’est parfois plus invraisemblable que le vrai, et que les âmes les plus cruelles pouvaient devenir aussi les plus douces. C’était sans doute un miracle : mais depuis quand deux yeux au regard profond et calme n’onl-ils plus le pouvoir de faire des mifaciès? depuis quand n’a-t-on pas vil les plus faibles mains, pourvu qu’elles fussent belles, enchaîner les plus fougueuses colères, et dompter les plus intraitables caractères?
Et voilà comment l’Institut fut sauvé, et comment, non loin de là, nous retrouverons encore l’aimable et cher asile, la maison hospitalière, où tant de fois, et dans les bons jours cl aussi dans les mauvais, ceux qui sont épris des nobles choses, ceux qui aiment le beau et le bon, et qui font du •bien le culte désintéressé et le but idéal de leur vie, ont toujours rencontré l’accueil sympathique qui récompense, encourage ou console
Parmi ces désastres qui ont frappé Paris d’une véritable consternation, celui de tous dont l’influence se fera le plus longtemps sentir, c’est incontestablement la destruction du Palais de Justice.
Les Parisiens sont fiers de leur Palais de Justice, qu’ils appellent tout simplement et par excellence le Palais , tout autant que des Tuileries et de Notre- Dame.
C’est qu’en effet aucun' monument n’est mêlé peut-être depuis plus longtemps ni plus étroitement à la vie même de la cité. Quel est celui de nous qui n’a pas eu, dans le cours de son existence, au moins une fois, quelque maille à partir avec dame Justice? Poursuivant ou poursuivi, demandeur ou défendeur, prévenu ou témoin, la vieille Thémis, aveuglée par son traditionnel et