RÉPUBLICAINS OU C0SAQ.UES
Aujourd'hui nous triomphons, après vingt ans de honte, de combat et de misère, quand tous les corbeaux sont gorgés de notre m.ain.
Nous sommes la force en même temps que le droit.
Pas de faiblesse et pas de pitiél
L'imprimeur prit cette dernière ligne à la lettre. 11 n'eut ni faiblesse niintié'^ il refusa ses presses. La Commune n'était pas assez puissante pour Ty contraindre, ce qui n^empêcha que, quelques jours plus tard, le 2 avril, Maroteau fondait /a Monfagne avec le concours de MM. Francis Enne, Léoui Picard, d'Olorini, Henri Verlet, Gustave Sauger,. Tridon, Georges Sauton, Tibaldi, Maréchal, Protot et Passedouct.
C'est dans le numéro 19 que fut publié le fameux article qui se terminait ainsi ;
Et ne parlez pas de Dieu, le croquemitaine ne nous effraie plus. Il y a trop longtemps qu'il n'est qu'un prétexte à pillage et à assassinat.
C'est au nom de Dieu que Guillaume a bu à plein casque le plus pur de notre sang; ce sont les soldats du pape qui bombardent les Ternes.
Nous biflfons Dieu.
Les chiens ne vont plus se contenter de regarder les évêques, ils les mordront; nos balles ne s'aplatiront pas sur les scapulaires: pas une voix ne s'élèvera pour nous maudire le jour où l'on fusillera l'arche-, éque Darboy.
Il faut que M. Thiers le sache, il faut que M. Favre le marguillier ne l'ignore pas.
Nous avons pris Darboy comme otage, et si l'on ne nous rend point Blanqui, il mourra.
La Commune Ta promis ; si elle hésitait, le peuple tientrait le serment pour elle.
Et ne l'accusez pas !
Que la justice des tribunaux commence, disait Danton au lendemain des massacres de septembre, et celle du peuple cessera
Ahl j'ai bien peur pour monseigneur l'archevêque
de Paris.
Cet article, que les juges du conseil de guerre auraient dû, disaient les organes radicaux, considérer comme un acte de folie, valut à son auteur, Maroteau, une condamnation à mort, laquelle fut changée en déportation.
Maroteau mourut en Nouvelle-Calédonie.
Le Fédéraliste fut fondé Jpar M. Odysse Barot avec MM. V. d'Aigurande et Concerceux pour
collaborateurs ; cette feuille eut deux numéros, 2 1 et 22 mai.
M. Odysse Barot, qui avait pourtant des raisons pour être prudent, choisissait un singulier moment pour entrer en lutte.
Voici les conclusions de son article du dimanche 2 1 mai, jour de l'entrée des troupes dans Paris.
Un triomphe même des troupes versaillaises, triomphe impossible, n'empêcherait pas le gouvernement bombardeur et l'Assemblée fratricide de s'effondrer sous l'indignation de la France entière.
Quoi qu'il arrive, l'avenir appartient à cette double et grande idée : la Commune et la Fédération.
Les troupes françaises étaient au Point-du- Jour au moment où M. Odysse Barot prédisait à la Commune un long avenir.
Pas clairvoyant, M. Barot!
Le Père-Duchêne publia son premier numéro le 20 décembre 1870. Il fut supprimé à son cinquième numéro par le général Vinoy, et reparut le 3o mars 1871 pour disparaître le 21 mai.
Ses principaux rédacteurs étaient MM. G. Vermersch, Maxime Vuillaume et A. Humbert.
Voici un échantillon du style de ces aimables citoyens; n'^ 7, 2 Germinal, an 79 :
Le -père Duchêne est ce matin bougrement en
colère après ce Jean-Foutre de Trochu, général VOiirrive, traître pour de bon, calotin de malheur, cjui vient de baver à Versailles des insultes sur notre bonne ville de Paris qiiil va vendre.
Ah ça! cette infâme crapide, bas valet de Badingue, pilier de sacristie, après nous avoir livrés comme bétail en foire, nest donc pas encore allé se cacher dans un trou jjouilleux de sa Bretagne pour y manger tout Vor ciue Bismarck lui a donné.
Il reparaît! il ose parler ! et cela ptour essayer de justifier Vétat de siège.
Mais.^ misérable lâche ! enragé fuyard, assassin de nos frères cpue tu as fait massacrer par le Prussien, mourir de froid- dans la tranchée ou canarder le 23 janvier ! il ne te reste donc plus, vilain bougre ! une goutte de sang dans les veines !
Plus rien que de Veau bénite ou du fiel ! sale bête ! va !...
Tu ne mérites j)^s la mort, non ! tu es trop vil pour cela.., mais si jamais le jjère Duchêne Vattrajje, foutre ! ton compjte est bon ! Il te déculottera en place publique et te fouettera jiisquau sang... comptes-y !
En attendant, général de carton, licheur de patènes, donneur d'eau bénite, loueur de chaises, rat d'église trichine, tais ta sale gueule et fais le mort, tu as laissé derrière toi trop de larmes,
trop de ssLug et trop de honte, ef, sache-le bien, tu n inspires même à ceux de ton bord que du ■mépris et du d ego fit,
La Mère Duchêne ne publia qu'un seul numéro, le 23 avril. Elle essaya de disputer son mari, mais le public ne fit aucune attention à cette querelle de ménage.
Le Fils du Père Dnrhêne eut plus de succès. Il parut du i'''" Floréal au 14 Prairial, an-79, dix numéros. Ses rédacteurs, M\L Monréalet Blondeau, les fournisseurs habituels des revues de fin d'année à nos petits théâtres, n'étaient pas de dangereux politiques. La Commune les laissa « blaguer » à leur aise, et même Raoul Rigault fournissait à Monréal, qu'il rencontrait chaque soir aux Délassetnents-Comiqiies, des sujets d'articles.
Dans le n° 3 on lisait sous ce titre :