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HANNETON

Journal des Toqués

8o PARIS-CANARD

Electeurs,

Quand mes amis ont vu MM. Havin et Guéroult, rédacteurs en chef de feuilles un peu plus grandes et un peu plus politiques que la mienne, se porter candidats à la députation, ils sont venus en masse me supplier aussi d'nccepter cette candidature nationale.

Fort de ma conscience d'honnête citoyen et de mes principes libéraux, je les ai compris et je pose carrément ma candidature.

Electeurs,

Pas d'abstentions, pas de bulletins blancs !

Supposez que je sois l'abstention vivante et votez pour moi.

N'est-ce pas une manière de vous compter ? Je pose à la fois ma candidature dans les neuf circonscriptions parisiennes.

Si quelqu'un peut avoir au cœur plus que moi Tamour de la patrie et de la liberté, votez pour lui.

Le GuiLLOis.

Cette candidature comique est tojte une épopée.

Afin que les alïiches fussent exemptées du timbre, il fallait que le candidat prête serment dans les délais légaux. Quand Le Guillois se décida à remplir cette formalité, il y avait sept heures que le délai était expiré. Il alla néanmoins à THôt^l-de-Ville : les bureaux allaient fermer. Il fit tant de tapage que le chef de bureau consentit à retarder Theure de la fermeture pour permettre à Le Guillois de chercher un huissier.

Le Guillois frappa infructueusement à la porte de cinq huissiers, qui tous refusèrent sans hésiter

de sommer le préfet de la Seine d'accepter son serment sur papier timbré. Enfin il tomba sur un huissier nommé Monnierqui voulut bien se charger de celte besogne.

Une heure plus tard, M. Monnier, escorté de Le (juillois, faisait son entrée dans les bureaux, dont le personnel, suivant la promesse du chef, attendait; on lui donna acte de sa sommation.

Le rédacteur en chef du Hanneton faisait sa propagande lui-même. Il prenait l'omnibus, montait sur l'impériale, et à chaque station il jetait ses prospectus au public ; il sillonna ainsi tous les quartiers. Ensuite il parcourut les rues, le soir ; il jetait ses prospectus à travers les soupiraux des boulangers et leur criait : — Je suis Le Guillois : mettez mes programmes dans vos pains. Plus d'un prit cette recommandation à la lettre, et le lendemain en rompant son pain frais, la pratique y trouvait la circulaire de l'intelligent candidat.

M. de Persign}^, furieux de cette plaisanterie qui déridait les plus moroses, envoya aux maires de Paris une circulaire leur défendant, le jour du dépouillement du scrutin, de compter comme valables les voix données à Le Guillois, sous prétexte qu'il n'était pas dans la légalité : il ne pouvait digérer le serment jjar huissier.

Le Guillois eut plus de 4,000 voix et le Hanneton augmenta son tirage.

Nadar, quelques années plus tard, fit annoncer son ascension dans le ballon le Géant. Aussitôt^

Le Gaillois saisit l'occasion aux cheveux, il fie apposer sur les murs Taffiche suivante : ASCENSION

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