LE HANNETON
Journal des Toqués, paraissant le dimanche^ bureaux : rue de Trévtse, 27. mÊ\
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Le Guillois.
PARIS-CANARD Bj
En pleine prospérité, Le Guillois vendit le Haiineton à Polo qui s'adjoignit un associé. Tous deux ne pouvant s'accorder, le journal m.^naçait de tomber; alors Le Guillois le reprit*, le Hajineion recom:nença à bourdonner aux oreilles du gouvernement et il eut un nouveau succès.
Il le céda à M. Jean Passérieu, qui signait du pseudonyme Louis Ariste.
Celui-ci, abandonnant le genre qui avait été la fortune du Hanneton^ voulut en faire un journal sérieux; il fit des incursions dans le domaine de la politique, la fantaisie échevelée n'avait plus droit de cité. Le Hanneton devenait moraliste sans être timbré.
C'est ce qui causa sa perte.
Le 9 juillet 1868 on lisait en tête du Hanneton cette note du gérant :
Les procès sont, paraît-il, de la nature des champignons, dès qu'il y en a un il en pousse dix à la file.
Je sors à peine de la septième chambre du tribunal correctionnel de la Seine, et une assignation de l'huissier Gay m'appelle devant la sixième chambre du même tribunal» audience du 8 juillet i8ô8.
L'exploit de l'huissier m'apprend que je suis prévenu :
« D'avoir en 1868, à Paris^ en publiant dans le numéro du. 1" juillet 1S68 du journal le Hanneton dont il est le
gérant, un article intitulé : Que qu' ça me fait ^ et signé
Louis Anste, puolié dans un journal non cautionné, uri article traitant de manières politiques, délit prévu par l'article 5 du décret du 17 janvier i852.
Les juges de la sixième chambre déciderons.
Louis Ariste.
Voici l'articie
QUK QU'ç\. mVaIT
En parcourant les mille et une gazettes de Paris pour découvrir le vrai mot de la situation actuelle de la France, j'ai lu au moins cinquante fois le document suivant, dernière pâture laissée à ma patriotique curiosité.
On nous écrit du camp de Châlons que l'Empereur est resté cinq heures et demie à cheval aux premières manœu^ vres exécutées en sa présence.
Cinq heures et demie avec un cheval, digne cousin des lions Batty. et avec une selle moelleuse ! Mais sans être empereur, je me chargerais bien d'en faire autant.
Et les rédacteurs du Hanneton aussi;
Et notre imprimeur aussi ;
Et nos plieuses aussi; etc
Cependant le Figaro de dimanche ne dira jamais :
— On nous écrit de Clamart que Louis Ariste est resté cinq heures et demie à cheval, etc., etc....
Pourquoi ce double poids, cette double mesure r
Ce qui est ordinaire et naturel chez le citoyen qui paye des contributions deviendrait-il extraordinaire et surnaturel chez celui qui les perçoit.-'
Car le peuple se recueille, il ne rit plus et médite un....
On lui a tant promis sans réaliser, qu'il ne croit plus à ,.
DomitieHj Commode, Caracalla, bouffons et bourreaux l'ont rendu sceptique...
Que lui faut-il désormais ? le fait accompli et il y a beau jour qu'il ne place plus ses cartes sur le crâne chauve de Bismark ou sur la moustache hérissée de Victor-Emmanuel.
Qu'un souverain se lève à cinq heures du matin ou a midi;
Qu'il vive de radis ou de cervelles de rossignols;
Qu'il se couche en disant majestueusement : A demain madame^ ou qu'il éteigne sa bougie en roucoulant gaillardement : Bonsoir ma petite Sini/
Cela intéresse fort peu la France. J'entends la France qui
Donc un peu moins de Hi^h life là, s'il vous plaît, et un peu plus de lumière sur les mystères! Cela fera mieux l'affaire de tout le monde.
On croit rêver, ma parole d'honneur, en songeant qu'il y a vingt ans, il s'est trouvé en France, des juges pour condamner un journal pour une plaisanterie aussi anodine!
Et tu bourdonnes, n'es-tu pas libre?
Disait un écolier au hanneton fâché D'avoir toujours un fil à la patte attaché. Ainsi parlait Octave à ses sujets du Tibre; Ainsi, naguère encor j'entendais raisonner D'honnêtes gens qui, tous, n'étaient pas sur le trône. La liberté pour eux, cest un fil long d'une aune Au bout duquel on laisse un peuple bourdonner.
Le Guillois, dans la Punaise dans le heurre^ fit ainsi l'oraison funèbre du Hanneton :
Le Hanneton vient de nous quitter, il est sans doute parti pour un monde meilleur.
Son dernier cri, semblable au dernier chant du cygne, fut celui-ci :
Récompense honnête à qui ramènera l'esprit à Paris.
Au moment où la ville de Paris se farde comme une grande coquette qu'elle est, il est pénible de voir la littérature se couvrir dans certains bas-fonds de haillons intects.
Le Hanneton est mort tans souci Je ces vilenies impures. Pieurons le I !
En même temps le qjatr in suivant de Le Guillois courait les boulevards :
Six ans il a vécu sans le moindre accident. iVIais un jour, par malheur, l'insecte à tête folle S'arrêta sur ie nez de certains présidents Et le glaive de la loi lui coupa la parole.
De son cô:é, la rédaction du défunt envoya aux journaux la lettre de faire part que voici :