C'EST A PEU PRES LA MEME CHOSE
Air : Et'voilà comme tout s'arrange.
Pour réussir dans les chansons Il faut s'y jeter, corps et âme, Il faut, en dépit des glaçons, Que leur feu sacré vous enflamme; Mais autrement, croyez-le bien, Si c'est un devoir qu'on s'impose, Soyez ou non épicurien, Tout ce que vous ferez et rien C'est à peu près la même chose.
Chanter, cela me convient mieux, N'en déplaise à nos nouvellistes, Que de me fatiguer les yeux Sur leurs écrits plus ou moins tristes : Dans mes loisirs si je m'abstien De lire leurs vers ou leur prose, C'est qu'en dépit d'eux je soutien Que ce qu'ils m'ont appris et rien C'est à peu près la même chose.
Papas cl mamans, empêchez Que vos filles ne soient seuleltes; C'est lorsque les coqs sont lâchés Qu'il faut veiller sur les poulettes :
Souvent un aimable vaurien Entr'elles et vous s'interpose, El quand une fille aime bien, Tout ce qu'on peut lui dire et rien C'esl à peu près la même chose.
Lorsque vos pas sont chancelants Et que la vieillesse est venue.
Mesdames, de vos cheveux blancs Pourquoi nous dérober ta vue:
N'usez plus d'un pareil moyen, L'hiver vient-il? près de la rose Nous avons beau mettre un soutien, Tout ce que nous mettons et rien C'est à peu près la même chose.
Aux spectacles, dans les salons, Combien de jeunes gens s'observent !
On les prendrait pour des Solons A la gravité qu'ils conservent:
A leur aplomb, à leur maintien.
Avec raison on leur suppose Une têle meublée, eh bien !
Ce qu'ils ont dans la tête et rien C'est à peu près la même chose.
Que d'hommes sages et posés Au ministère l'on accueille, Qui bientôt tombent écrasés Sous le poids de leur portefeuille!
Comme ce conquérant ancien, Avec l'arme dont on dispose On veut trancher le nœud gordien.
Et puis ce que l'on tranche et rien C'est à peu près la même chose.
En dépit de la faculté
Que tout homme sensé redoute,
.le ne connais que la gaité
Qu'on puisse opposer à la goutte :
Le régime quotidien,
Les privations qu'on s'impose.
Le plus habile praticien,
Toute la pharmacie et rien
C'est à peu près la même chose.
Au lieu de chanter, entre nous.
Je ferais bien mieux de me taire; Le talent, vous le savez tous, Esl rarement héréditaire.
Je n'amasserai pas du bien A ce métier-ià, je suppose; Car tout calcul fait, je convien Que l'argent que je gagne et rien C'est à peu près la même chose.
KUIÈNE IIÉSAIGIERS,
Membre honoraire ilu Coreuu.
l'AKIs CHANTANT.
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Aim /.>•» anguilka et let \eunesftllet
i lonune en notre machine ronde L'homme esl fort enclin a faillir, Il esl reçu par tout le monde Qu'un pécheur doit se repentir.
Ayant, las! commis une offense, Je dois chercher à l'effacer; \iism voilà ma pénitence Qui \;i bien vite commencer.
D'abord, pour expier mon crime, Je v;iis me mettre à deux genoux, Maintien qu'il faut à la victime Pour apaiser votre courroux.
Si cette posture, j'y pense.
Par malheur allait vous blesser.
Ne dites rien ; ma pénitence Ne fait encor que commencer.
Je prendrai vos mains dans les miennes; Doucement je les presserai ; Tout cela causé par les peines Qu'alors je vous exprimerai.
Dessus, par une autre licence.
Mes lèvres iront se placer...
Attendez ; car ma pénitence Ne fait encor que commencer.
Mes yeux, que vous verrez humides.
Vers les vôtres se lèveront, ( Iberchant, par leurs regards timides, Si les vôtres pardonneront.
Ils rapprocheront la distance Qu'entre eux nous aurions pu laisser.
Attendez; car ma pénitence Vient à peine de commencer.
Ma xoix alors, faible et tremblante, Chère, implorera mon pardon, l.i puis mou ànie repentante D'un tendre mot vous fera don. Craindriez-vous cette éloquence?...
Par là faudra bien en passer.
Que voulez-vousi' ma pénitence Ne fait rien que bien commencer.
J'irai fouiller jusqu'en votre âme Pour voir comment vous m'y portez.
Si j'allais... sentir quelque flamme, Mes vœux seraient-ils rejetés?
Non ; vous n'aurez pas l'inclémence De voir tout mon coeur se froisser... ; On doit finir la pénitence Quand on a su la commencer.
Il était jadis un usage
Fort en vogue cbez nos aïeux ;
Usage que je crois fort sage
Et qui me conviendrait au mieux :
Celui qu'avait frappé l'offense,
Le contrit devait l'embrasser... ;
Achevons donc la pénitence,
Dussions- nous la recommencer!
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Un Pécbeur repentant.
NOEMI.
AlK
( )li ! qu'as-lu fait, jeune femme.
De cetic âme
Où le ciel avait jeté
Sa beauté!' Kl de la si douce image
Du village ( )n j'étais ton seul ami,
Noëmi?
Tu n'as donc plus souvenance
De l'enfance Oui nous a laits tant heureux
Tous les deux ?
De nos courses aux prairies
Si fleuries, Où lu m'as dit tant de foi ■
" Souviens-toi ? »
Elle est donc de ta pensée
Effacée 1, 'époque de nos beaux jours.
Doux amours ?
Et la messe en robe blanche.
Le dimanche ?
El la peur aux sentiers noirs,
Certains soirs?...
Oui, tu voles dans la sphère
Qui préfère Le bruit, l'éclat au bonheur,
L'or au cœur.
Pour le monde tu veux vivre .
Qu'il t'enivre.
Sans l'aiguiser quelque dard
Pour plus tard !
Que les plus joyeuses tètes
Te soient faites.
Empêchant tout souvenir
De venir !
Que la foule avec délice
T'applaudisse!
Que tous, par les yeux aimés,
Soient charmés!
Que le tourbillon t'entraîne!
Va ! sois reine!
Que ton Iront soit promené
Couronné!. .
Et qu'à toi, jadis si bonne,
Dieu pardonne!...
.le ne veux que du bonheur
Pour ton cœur !
F. I I lt I I XI I I
a»sa csoaiâwiâ^a s&niENSSa
Air • De Philoclète.
O vous, amis, qui comptez par printemps,
Les jours heureux dont se forme votre âge;
Aimables fous, dans voire voisinage,
On se complaît : on n'a plus que vingt ans.
Obéissez à votre gaiié folle,
Avec plaisir, je la verrai toujours;
Mais, un instant, suspendez \ os discours, i
Les cheveux blancs demandent la parole: f
El nous aussi, sur nos fronts rayonnants,
Nous avons vu la blonde chevelure
S'épanouir, bouclera l'aventure.
Et subjuguer des tendrons de seize ans!
Ce temps n'est plus, mais par bonheur extrême,
L'amour survit aux arrières saisons;
De ce beau feu ménagez les tisons :
Les cheveux blancs n'empêchentpas qu'on aime .
Quand on est jeune, avec quelque impudeur
On rit de tout, sans en être plus sage;
De son esprit on fait mauvais usage.
On est badin, mais on n'est pas frondeur.
A cinquante ans, brisant la tirelire
( )ii notre esprit logea tant de travers,
On ril ii point des sots et des pervers :
Les cheveux blancs n'empêchent pas de rire.
Pour écarter les ennuis, le chagrin,
Pour lire en beau les pages de la vie,
Que faut-il donc à notre aine ravie?
Un peu d'amour et quelques brocs de vin.
Or, le buveur a donc aussi sa gloire?
Eh! bien, enfants, descendez en champ clos,
Buvons ensemble, et puis comptons les pots :
Les cheveux blancs n'empêchent pas de boire.
Sur les débris du boudoir, du salon.
Si quelque jour la chanson peut renaître,
A sa gaîté vous saurez reconnaître
Les souvenirs et l'esprit d'un barbon.
Le vieux Laujon, de sa voix chevrotante,
En gais refrains traduisait le bonheur,
A ses leçons, amis, faisons honneur :....
Les cheveux blancs n'empêchent pas qu'on chante.
La faux du temps se promène au hasard. Et, sous ses coups, jeune et vieux, tout succombe; On voit passer du berceau dans la tombe, L'unique espoir du débile vieillard.
Ce n'est donc pas pour quelque peu de givre Que les hivers se montrent désastreux, Plus d'un bâton supporte un homme heureux: Les cheveux blancs n'empêchent pas de vivre. SALGAT, visiteur.