XX. — LA
Bureau du change. — Registre. — C. D. M. P. — Les balances. — Tréwn. — Argenterie et bijoux. — 1848 : Panique. — La fonderie. — Prendre la goutte. — La lingoliére. — Les lames. — Les laminoirs. — U recuite. — Le dragon. — La bande. — Les remèdes du poids et de 1 raloi. — Le découpoir. — La cisaille. — Les flans. — Le décapage. -^ | Une brève. ~ (îontrôle. — La salle des presses. — Mécanisme. — One pièce par seconde. — Pluie d'or. — Total. — Division d*un million. — Prise d'échantillon. — La coupellation. — Le poids. — Le son. — | L'apparence. — Monnaies pratiques. — Desiderata. — La machine i peser. — Californie et Australie. —Ce qu'on a frappé au dix-fauitiàne siècle. — Ce qu'on a frappé sous le second Empire. — Augmentatioii de quantité, diminution de valeur.
Lorsque le graveur général a fait les coins et les viroles indispensables à la fabrication, la manutention des métaux commence, et nous en suivrons les détails, car il est intéressant de voir conunent un lingot devient pièce de monnaie. Toute matière précieuse apportée à l'hôtel pour être convertie en espèces doit d'abord passer au bureau du change^, qui est situé au rez-de-chaiissée, et dont les fenêtres garnies de fortes grilles de fer s'ouvrent sur le quai Conti. L'ameublement en est trèssimple : une longue table de bois qui ressemble à un établi, munie de rails arrondis qui facilitent le déplacement des lingots, un comptoir où sont fixées les balances et quelques larges sébiles de cuivre. Le change ne reçoit jamais que des métaux affinés; on peut y ap-
* Cette disposition est absolue : il est même dit, dans Vlnstruetkm générale de la commission des monnaies pour Vexécution de Vorionr nance royale du :26 décembre 1827 : c Le directeur de la fabrication ne peut, sous aucun prétexte, employer dans les travaux, si ce n'est pouf.alliage, d'autres matières que celles enregistrées au bureau de chanf^ lesquelles doivent toujours être converties en espèces. » .:••
LiriiSKlXUfL u^
rter les plus riches péy l ci, <d[i» «ennC nteM»:: il iccepte que le métal furUat Ji» luapqii^ «^ m >ennenté on des piéoes de sManaut. ^i» aii irgenterie, des iHJoax b ^^ii ii m fniiiawa 4ii& I qui en détermine le titre exucS.
Un registre imprimé diaie l> I toutes les pièces d'or H iinivers qui ont été essavè» aii laMmutr» igt É» iie de Paris, et énooee tm repart b idÉi»nv ^ir-ia officiellement recouBae. Le fuiiçHi i^eituat 4» s^^ ères d or et d'argent utm%iip^ éAawam: €sl yiffiyi Drte la sonmie qu'elles mf/rtstsaéfOÊL I411C incKt <»( evêtu de la marque de fal 'an chiUire indiquant le titre, fmat mÊts^ «eâuiSp» ant le poids. Cette lite^iiâmm mSÊÊ. as «imur^ iqm lit pas Térifier la qualité nmitiMUtt ém jn^sjt^ ijt ot, mis sur les balancer, est pesé, pu» X rwât mm Mk léro d'ordre et est fnppè ém ymm^m^ forticnCcr ém nreau : G. D. M. P. fMimmiiiiiia é*» «ucunuet^ Farii^ .. n échange, on remet an propriétaor*:. aaffep»» mia— urnt 'un reçu détaillé, imlwnpopAie^yfc mau g Vj Mii j i t jtlwiit mrs de me et par lequel l'iéÊÊmmt\*nâi¥m ^«m^;»*: 4 aidre en espèces réqufiiknidu fiHéi éfê'Hte wnâ et eceroir; seulement on retient d'ava«^ fesi ln»i 4e 1»ricatîony qui sont, «oonne mm Fa d^ diC 4k I fr. ^ arkilognunme d'argent Hiet fr. ?• for ScilmrsMMae or.
Si jamais il y a eu au monde des initruwtf irfi de pr^ ision, ce sont les balances de ee burean. Clie» sont l'one sensibilité sans pareille, m chereu les Uii déier, un souffle les dérange; à m bruit qui ribre dan» tir, les plateaux oscillent. Chaque jour un ajosteurilancier appartenant au serriee de Y\Me\ rient les Hpecter, constate que le fil à plomb est parfaitement ^cal et Térifie l'horizontalité de la table arec des en-
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gins si perfectionnés, si impressionnables, que toute chance d'erreur parait devoir être évitée. Parfois on apporte là des masses de vieilles monnaies dont la teinte primitive a été altérée par le temps, mais dont Tempreinte régulière est aussi nette que si la pièce venait d*étre frappée. Ce sont des trésorê trouvés ou précieusement gardés, légués de main en main, et qu'on se dé- ' cide eafii) à faire rentrer dans la circulation générale. J'ai vu un monceau de pièces d or de Charles 111 d'Espagne et de doubles Louis XVI qu'on venait échanger contre de la monnaie courante. Dans ce cas, comme poar l'argenterie et les bijoux, on reçoit immédiatement la valeur représentative; le bureau retient seulement l'intérêt d une semaine, correspondant au délai moyen de huit jours accordé pour convertir les lingots en espèces.
Les apports d'argenterie et de matières d'or travaillées sont beaucoup plus rares qu'on ne le croit généralement. En 1868, le bureau du change a reçu 66,055 kilogrammes 052 grammes 90 décigrammes d'or, et 140,945 kilogrammes 240 centigrammes d'argent. Dans le premier chiffre, les bijoux n'entrent pas pour trois kilogrammes, et dans le second l'argenterie ne compte que pour 618 kilogrammes 125 grammes. Il n'en est pas toujours ainsi, et ce bureau du change, si paisible d'habitude, voit parfois arriver des gens effarés qui tirent do leurs poches des couverts d'argent et des boites de montre. Aux époques de révolution, la peur va beaucoup plus vite que le raisonnement, et chacun parait craindre de manquer du strict nécessaire. L'argent, qui de sa nature est fort timide, se cache si bien, qu'on ne sait où le retrouver, et alors on accourt à la Monnaie. En 1848, 55,255 kilogrammes 877 grammes d'argenterie^
* Représentant une viileur bniie de 7,(U6,7T5 fr. 40 c., et le quadruple au moins, si Ton considère le prix d'achat.
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ont passé par le bureau du change. Les employés contemporains de ce temps de panique et de désarroi parlent encore avec regret des magnifiques pièces de vais* selle plate, des médailles, des bijoux charmants, qu'ils ont été obligés de livrer à la fabrication, qui les a martelés et jetés à la fonte.
Le bureau du change reçoit les métaux précieux, mais il ne les encaisse pas ; il les remet immédiatement contre décharge au directeur de la fabrication, qui dés lors, et pour un certain temps échappant à tout contrôle, devient maître absolu de ses opérations, fait faire les essais, et détermine les allia^e^ comme il Tentend, à ses risques et périls. La fonderie d*or et la fonderie d'argent ne sont pas contiguês; on a eu soin de les séparer, elles ne sont ni dans le même corps de logis, ni au rodïne étage, et Ton évite ainsi toute confusion possible. Les métaux sont expédiés aux ateliers de fonle avec un bulletin indiquant le titre, le poids et la pro- *''! portion précise de cuivre rouge qu'on doit ajouter à For *. I et à l'argent. La quantité de matière est toujours cal- * ' I culée de façon à produire un nombre de pièces déter- '^"J miné par les règlements (10,000 pour les pièces de J 20 francs).
L'atelier des fontes d'argent est une large salle éclairéepar des fenêtres où des grilles et des treillages tout veloutés de poussière ne laissent pénétrer qu'une lumière incomplète; contre les murailles sont bâtis les fourneaux, vastes récipients fermés par une porte de fer, ojj Ton entasse le charbon et dans lesquels on place les creusets en terre rôfractaire. On a soin d échaufler graduellement ces derniers avant de les mettre au feu : les lingots et l'alliage sont pesés et jetés ;iu creuset. Lentesient la consistance du métal s'ébranle, la forme carrée du lingot s'adoucit peu à peu sur les angles, se creuse vers la partie moyenne, semble hésiter, oscille.
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devient de plus en plus indécise, se désagrège, perd ses contours et prend Taspect d'une sorte, de gâteau qui bientôt se liquéfie. Sur cette matière molle on jette des charbons de bois allumés, non pas pour activer la chaleur, comme on pourrait le croire, mais pour brûler sur place les vapeurs de cuivre et éviter Toxydation du métal fin. A 1 aide de longs crochets de fer, on remue le foyer, dont la lueur blanche piquée de tons roses trèspâles est insupportable aux yeux. Les ouvriers, à demi nus, les mains garanties par des sacs de grosse toile mouillée que, par ironie sans doute, ils appellent des gants, vont et viennent, couverts de sueur, devant les fourneaux, les ouvrant, les fermant, brassant le métal avec de grandes cuillers S et rejetant la tète en arrière quand la flamme, poussée par un courant d*air imprévu, s'élance jusqu'à leur visage.
Lor8q[ue la fonte est parvenue à peu prés au point de fusion» t on prend la goutte. » Qu'on ne se méprenne point sur ce terme, il ne s'agit pas d'eau-de-vie : prendre la goutte, c'est verser une minime portion de la matière liquide dans un mandrin de fer creusé d'une rainure de façon à obtenir un petit lingot qu'on refroidit immédiatement en le trempant dans un baquet plein d'eau. La goutte est portée au laboratoire des essais de la fabrication. On l'expérimente sans retard, et Ton reconnaît si l'alliage ne s'éloigne pas des prescriptions imposées. Si le métal n'est pas au titre exigé ou s'il le dépasse, on y ajoute de l'argent ou du cuivre ; «'il est dans les remèdes^ c'est-à-dire dans les limites acceptées par la commission, on donne ordre de couler en lames.
* Pour éviter toute chance d'alliage étranger, on brasse l'or avec des morceaux de terre réfractaire ayant à peu près la forme d'une douve de tonneau. On ne saurait prendre trop de précautions avec l'or, qui est le métal délicat par excellence ; ainsi le plomb rend cassrnt dix mille fois son poids d'or, et il suffit de mettre du plomb au creuset dans la salle de la fonderie de l'or pour que ce dernier soit « empoisonné >, devienne « aigre », et soit mis hors d'usage.
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Le creuset est alors enlevé du milieu des charbons qui l'entourent de toutes parts ; on le place dans un cercle muni de deux longues barres de fer dont chacune est saisie par un ouvrier qui, marchant rapidement pour éviter le refroidissement du métal, verse ce dernier dans une lingotière qu'on a préalablement graissée avec soin. C'est du feu liquide qui coule, blanc comme du mercure, avec quelques fugitives nuances irisées. Parfois la fonte, rencontrant un peu d'humidité, rejaillit et semble l'éruption d'un volcan de Lilliput. Dans ce cas, les gouttes s'élancent éblouissantes de blancheur, deviennent roses à mesure qu'elles s'élèvent, rougissent brusquement lorsqu'elles descendent, tombent à terre, s'y roulent en mouvements convulsifs, s'imprègnent du poussier noir qui couvre le sol, et bientôt se confondent avec lui.
La lingotière est composée d'une série de moules de fer que le métal remplit, où il se fige, se dardl, et d'où on l'extrait à l'état de lame. Les lames d'argent sont d'un blanc sale et tacheté de noir ; les lames d'or sont d'une couleur magnifique, très-chaude, tirant sur le vermeil et rappelaùt les plus belles combinaisons des palettes vénitiennes. Les lingotières sont disposées de telle façon que dans la même on peut couler vingt lames d'un seul coup. Les bords des lames sont irréguliers, ils ont bavé à travers les interstices du moule et ressemblent assez bien à un énorme couteau ébréché. On les passe alors sur une cisaille circulaire qui avec certitude et rapidité «nlëve toutes les parties saillantes ; lorsque la lame est ainsi ébarbée, elle est portée à la salle des laminoirs.
Cette salle est bruyante,, pleine d'engins retentissants que met en mouvement une machine à vapeur de quarante-six chevaux. Une série de laminoirs gradués reçoit successivement, comprime et écrase les lames qu'on y fait glisser. Quand une lame a passé douze fois sous les
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cjiindres des laminoirs, le métal est écrouU c'est-à-dire qu*il a acquis un degré de densité tel qu'une nouvelle pression le briserait. Alors, pour rendre Téquilibre naturel aux molécules qui le composent, on le met au four afm qu*il soit recuit. Les lames, placées sur une sole tournante, sont alternativement et régulièrement léchées par les langues d'un feu très-clair de charbon qui leur donne une certaine malléabilité ; dix fois encore après cette opération on les soumet au laminage, puis ou recuit de nouveau.
La lame est alors bien près d'être terminée, mais il faut qu'elle subisse une dernière préparation qui la rendra tout à lait propre à être monnayée. Elle est placée sur le dragon^ qui n*est autre chose.qu'un banc à étirer dans lequel le métal, entraîné par une chaîne sans fia à travers une ouverture oblongue ménagée entre deux surfaces d'acier, acquiert une égalité d'é[iaisseur irréprochable. Si mathématiques que soient les mouvements des laminoirs et du dragon, ils peuvent cependant être restés en deçà du but qu'on se proposait d'atteindre ou l'avoir dépassé. On saisit la lame, qui maintenant est devenue une bande ' ; à l'aide d un emporte-pièce on y enlève trois flans, un au centre, un à chaque extrémité, et on les pèse : s'ils sont trop lourds, la lame est étirée de nouveau ; s'ils sont trop légers, elle est reportée à la fonte. Si la dilTérence n'est que minime, on soumet la bande à un découpoir dont la lunette est plus ou moins large, car la tolérance de deux millièmes en deçà ou au delà qu'on accorde à la fabrication, et qu'on nommait, il y a peu d'années encore, les remèdes du poids et de l'aloi, s'applique au poids, au titre et au module.
* L'action des laminoirs et du dragon est considérable : une lame sortant de la lingoliére, ayant 8 millimètres d'épaisseur et 45 cenUmètres de long, a, lorsqu'elle est parvenue à l'état de bande, une épaisseur de 1 millimètre 5 centièmes et une longueur de 1 mètre SO centimètres.
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le découpoir est mû aussi par la vapeur; on n*a ja* mais vu un inslrument plus pressé ; il se dépêche, il précipite ses coups, il fait plus de bruit à lui seul que tous les laminoirs réunis, il secoue l'établi sur lequel il manœuvre, et est franchement insupportable ; mais il peut tailler facilement 100,000 flans dans une journée. L'ouvrier dirige la bande, qui, étant amorcée, passe sous Temporte-pièce ; lorsqu'elle y a été entiéremoit soumise, elle ressemble à une petite planche à bouteilles où il y aurait plus de trous que de bois, et s'appelle de la cisaille; telle qu'elle est, elle ne peut plus être d'aucune utilité et est destinée à être refondue. Tous les flans réunis sont triés avec soin, on rejette ceux qui ont été irrégulièrement taillés par le découpoir; ceux au contraire dont la forme paraît normale sont comptés et remis aux ouvriers peseurs. Ces derniers, assis devant une table à pieds solides, font passer les flans, vn à un, sur de petites balances singulièrement sensibles qu'on appelle trébuchets. Les flans trop lourds sont réduits au poids qui leur est imposé, à l'aide d'une forte lime qu'on nomme écouane. Lorsqu'ils ont été pesés, toutes les opérations préliminaires ne sont pas encore termi* néos, car les scories de la fonte, les huiles des laminoirs et du dragon les ont si bien graissés et noircL«(, qu'à moins d'avoir un œil trés-exercé, il est impossible de reconnaître s'ils sont en or ou rn argent.
Il s'agit alors de les décaper^ c'est-à-dire de les dé* barrasser de toute matière étrangère et de les blanchir. Après avoir été chaufTés au rouge en vase clos, ils sont «téposés dans une sorte de boîte ronde, semblable à un brûloir à café, sauf qu'elle est percée de trous nonu breux. Ajustée sur les bords d'une auge pleine d'eau chaude mélangée d'acide nitrique ou sulfurique, suivant que l'on traite de l'or ou de l'argent, et dans laquelle elle plonge complètement, elle est mue circulairemcnt
par une chaîne de tourae-broche déroulée à la Yapemr. Après un tel bain, les flans brillent comme un pur métal, et on leur donne un faible poli en les agitant de la même façon dans une boite pareille à la première qui renferme de simples morceaux de bois carrés et qui baigne dans de Teau. Le blanchiment étant terminé, on sèche les flans sur une grande bassine de cuivre à doth ble fond, chanflee à la vapeur.
L*ensemble des flans provenant d*une même fonte prend alors le nom de brève. D*où vient ce mot, qui est technique dans Tart du monnayage et qu'on retrouve de tout temps? Il vient du latin brevis avec Tacception de lettre, de bref^ c'est-à-dire de résumé. C'était dans le principe le bulletin, le bref-état, disent les vieux écrivains, sur lequel on détaillait le nombre des pièces destinées à une fabrication. On a pris la partie pour le tout, et l'appellation se maintient encore aujourd'hui. Chaque brève porte un numéro d'ordre qui la suivra jusqu'à l'instant où elle entrera sous forme de monnaie dans la circulation défmitive.
La brève de 10,000 flans (fabrication des pièces de 20 francs) est divisée en dix parties égales, placées chacune dans une manne séparée à laquelle on joint un bulletin portant le numéro de la brève, le quantième du mois, le numéro de la manne et le poids reconnu par le directeur de la fabrication. Ainsi préparée, elle est expédiée au contrôleur du monnayage, qui la compte, la pèse et inscrit au bulletin le poids trouvé par lui ; un commissaire vérifie et relate le poids à son tour. Ce triple contrôle a pour but d'éviter toute erreur et de déterminer les responsabilités respectives. Les mannes sont livrées aux ouvriers monnayeurs, et alors on ajoute au bulletin le numéro de la presse qui va transformer les flans en pièces de monnaie. Les ouvriers travaillent pour le compte et aux frais du directeur de
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la fabrication, mais saus la surveillance immédiate des agents de la commission impériale.
La salle où sont contenues les presses est monumentale ; jadis elle était destinée aux balanciers ; elle se termine par une sorte d'abside en demi-rotonde d*où les contrôleurs et leurs employés, embrassant d'un coup d*œil l'ensemble des travaux, ne laissent échapper aucun détail de la fabrication. Les presses, mues à la vapeur, «ont alignées de chaque côté derrière une balustrade qui en défend l'approche ; chacune d'elles est sous la direction d'un ouvrier spécial. Grâce à un mécanisme très-simple et très-ingénieux, la pièèe est instantanément frappée sur les deux faces et sur la tranche. .
Une bielle et un levier déterminent le mouvement d'une colonne à la base de laquelle le coin de pile est fixé ; à la partie inférieure, précisément au-dessous de la colonne qui se baisse et se relève, une boîte jouant «ur une rotule porte le coin de tête entouré de la virole brisée qui, montée sur ressorts, s'écarte et se resserre par un mouvement alternatif. La distance ménagée entre les deux coins est réglée par une vis ; si un flan est placé de façon à combler cet intervalle, il se trouve entre les deux coins qui le pressent simultanément avec une force équivalant, dit-on, au poids de 20,000 kilogrammes, et jeçoit du même coup la triple empreinte nécessaire à toute monnaie garantie. Tel est ce système, surtout précieux par la rapidité de fabrication qu'il permet d'atteindre.
Un godet dressé sur la tablette reçoit de l'ouvrier conducteur une pile de flans qui, saisis par un organe articulé nommé main-poseur, sont poussés dans la cavité circulaire formée par la virole; dès que le flan est frappé, il est remonté par le mouvement de la boîte et dirigé vers une gouttière qui le fait glisser dans une ^sébile posée sur le plancher. La machine a en outre
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Tavantage de débrayer elle-même, c'est-à-dîre de s'a^ réter toute seule, lorsqu*elle rencontre un fVan trop large ou que le godet est vide. La presse monétaire frappe en moyenne 3,600 pièces par heure, une par seconde. 11 tombe là une pluie d'or qui éblouirait bien des Danaés ; c'est un cliquetis métallique qui accompagne de notes aigrelettes le sourd brilissement des roues motrices.
A vue d*œil, la manne des flans se vide, la sébile des monnaies se remplit. Tout neuf, reluisant, «r larme au soleil ravie, » l'or, qui s'entasse dans les larges coupelles de bois, a des reflets verdàtres et pâles qui ne sont pas sans beauté; les ouvriers le regardent d'un œil indifférent, habitués au ruissellement de ces lichesscs, examinant par-ci par-là une pièce à la loupe pour reconnaître si l'empreinte est bien venue, mais ayant par-dessus tout l'air ennuyé d'hommes réduits à surveiller les mouvements automatiques d'une machine. C'est là pourtant et entre leurs mains que passe et repasse la fortune métallique de la France. Pendant l'année 1868, on a frappé aux presses monétaires de cette grande salle 43,059,766 bonnes pièces d'or et d'argent représentant une valeur de 287,235,959 francs*. U fabrication n'est pas arbitraire, le genre de pièces qu'on doit frapper est déterminé par les lois du 6 mai 1852, du 13 juillet 1861, et par l'arrêté ministériel du 10 novembre 1857. Un million d'or doit réglementairement être divisé en 100 pièces de 100 francs, 200 pièces de 50 francs, 37,000 pièces de 20 francs, 19,000 pièces de
* Voici le détaU : Or : poids, 74,229 kilogr. 5i2 gr. 60; valeur, 230,i5l,955 francs. Nombre : pièces de 100 francs, 2,315; de 50 francs, 15,894; de 20 francs, 9,281,061; de 10 francs. 5.416,208; de 5 francs, 1,864,491 ; total, 14,579,969 pièces. — Argent r poids, 285.453 kilogr. 912 gr. 566 ; valeur, 57,102,004 francs. Nombre : pièces de 5 francs, 6,633,998; de 2 francs, 5,762,479; de 1 franc, 14.942,298; de 50 centimes, 2,788,512; de 20 centimes, 352,510; total, 28,479,797 pièces.
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10 francs et i i ,000 pièces de 5 francs. L*argent et le bronze sont soumis aussi a des coupures régulières. Celles-ci ne sont pas absolument obligatoires, et Ton consulte avant tout les exigences du commerce, qui, dans certains moments, a besoin d'un genre de monnaie plutôt que d'un autre.
Au fur et à mesure qu'une sébile est remplie, on la porte au bureau du contrôlçur, où elle est pesée, comptée; lorsque les dix sébiles représentant la brève complète ont été ainsi vérifiées, on fait sur la masse entière des pièces ce que Ton nomme la prise des échantillons. En présence du directeur de la fabrication ou de son délégué, le commissaire de la monnaie etje contrôleur au monnayage prennent au hasard six pièces, dans chacune des dix sébiles ; sur ces soixante pièces, six sont encore prélevées; trois, enfermées sous enveloppe scellée du cachet du directeur, du commissaire et du contrôleur, sont adressées au président de la commission; les trois autres sont remises au directeur des essais, qui les difforme au laminoir, effaçant les marques et les différents, et en confie deux ainsi retournées à Tétat des lingots aux essayeui^ du laboratoire de la Monnaie qui sont chargés d'en constater le titre exact et qui poussent l'art delà docimasie jusqu'à ses dernières limites. La brève est alors encaissée dans une armoire à trois clefs, où elle doit demeurer jusqu'à ce que la science ait prononcé son verdict.
Séparément, les deux essayeurs se livrent à leurs expériences, qui, pour l'or, ont lieu par mode de coupellation. Cet admirable et infaillible procédé nous a été légué par les anciens. Une portion de la pièce en litige est enlevée, fondue au chalumeau, réduite en grenaille et aplatie d'un coup de marteau. Après qu'on Ta pesée, on la place avec une quantité proportionnée d'argent et de plomb dans une coupelle très-poreuse.
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faite généralement d*os calcinés. Le plomo en s*oxydant a la propriété d*absorber tous les métaux qui ne sont pas nobles; il ne respecte que Tor et Targent. Soumis au feu, le plomb oxydé pénètre le tissu de la coupelle, entraînant le cuivre avec lui. Le globule métallique qui reste n'est donc plus qu'un alliage d'or et d'argeat; on le convertit en une petite lame à l'aide d'un laminoir microscopique ; celle-ci est roulée en cornet, puis elle subit successivement trois bains bouillants d'acide nitrique de force croissante, l'argent est dévoré par l'eau-forte, et il ne reste plus dans le matras qu'un cornet spongieux qui est <}e l'or pur; on expose ce dernier au feu pour lui donner une consistance qui permette de le manier sans le détruire, et ensuite on le pèse. L'écart qui sépare le second poids du premier donne naturellement le titre exact.
Si les deux essayeurs obtiennent un résultat analogue, leur expérience est définitive ; si, au contraire, ils différent d'opinion, le directeur des essais opère à son tour sur la troisième pièce qu'il a gardée en sa possession, et l'expérience à laquelle il procède décide en dernier ressort. Lorsque les essais ont constaté que les pièces étaient d'un titre inférieur ou supérieur de deux millièmes au titre légal, la brève tout entière est refondue; si le titre est bon, elle doit, avant d'être reconnue valable, être encore vérifiée au triple point de vue du poids, de la sonorité et de i empreinte. Toutes les opérations dont je viens de parler, prises d'échantillons et essais, donnent lieu à des procès-verbaux détaillés, rédigés d'après une formule invariable et signés par les divers agents, vers qui on pourrait, au besoin, faire remonter la responsabilité d'une erreur.
Les dix sébiles contenant la brève sont portées à la salle de la délivrance, où l'on recommence, mais avec bien plus de soin, l'opération que les flans ont déjà