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1873 a augmMité les droits • e (^iranlie dj 50 pour 100 sur Vorct (1« 60 pour 100 sur rargent ; Ks droits sonl donc aujuuid'liui de 30 francs par lii-clogiamme ù'or ouvré et de 1 franc 60 ceatimes par licctograinuie d'aigcnt.
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conqytoir : rpccs^éaGs dhn 1» («Dfc. ■(nwii'iwii <iM^ ^. BwMîitt, fattAier» Aeg ktHabflMfc é^ mmm k^ ^ banquier a été prindfhauail ma tàtiÊUipsiie i i^^r s'installer Bnr k plâ» pubtiqu^* at«^ nu i«^ mt* ««. quel il ei^N^siil les mfoiDaMffc ilivsrMic t|tf <^' yi»u-^M\. aToir à lui defBander : pev ti peu il jffit W i^^iilk^ *^ ' 4^
pôt, fit des avances sur caution, sur marchandises, sur gages, sur titres de propriété, sur papiers de famille S et devint bien réellement ce que nous nommons aujourd'hui un banquier. Lorsqu'il avait manqué àsesengagetiients, que, par suite de sa mauvaise foi ou de spéculations hasardeuses, il causait un tort manifeste à ses créanciers, on brisait son comptoir. On disait de loi alors qu*ii était Thomme du banc rompu : banco rottOt d*où nous avons fait le mot banqueroute. Selon plusieun écrivains, les trapézUes et les mensarii auraient ignoré toutes les opérations des banques modernes. Cette opinion peut paraître exagérée, et Plante lui donne un démenti, lorsque, dans les Captifs^ il fait dire à Hégion :
Vbo intro, atque intus subducam ratiuncalain, Quantillum argenti milii apud trapezitam siet.
« Je rentre, et vais voir un peu ce qu'il me reste d'argent chez mon banquier. » Et dans le Trinumusy lorsque Stasime dit :
Trapezitae mille drachumarum olympicom Quas de ratione debuisti, redditae.
« De compte fait avec le banquier, tu restais débiteur de mille drachmes olympiques; elles sont payées. »
11 n'est pas douteux que depuis l'antiquité bien des banques n'aient fonctionné en Italie, mais il est difficile et il serait hasardeux de leur assigner une date positive. Venise prétend avoir possédé une banque dès la première moitié du quatorzième siècle. Barcelone trouve dans ses archives quelques traces d'une banque installée en 1549 par la corporation des drapiers; mais il faut,
*■ Lorsque Louis-Philippe fit peindre au palais de VersaiUes la salle des Croisades, on retrouva à Gênes une grande partie des papiers appartenant aux croisés. Ces titres avaient été engagés chex lâs banquiers génois par les seigneurs français comme garantie de Fargent qu'ils empruntaient pour pouvoir se rendre en Terre sainte.
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intérêt meosuel de 2 1/3 pour 100, Fescompte des d^
fets descendit à six, à dnq et même à quatre par an.
Jamais telles facilités n'avaient été ofTertes au négoce, qui se hâtait d'en profiter.
Malheureusement le succès grisa Law, il englobait banque' dans la Compagnie d'Occident et voulut mettre eu pratique le fameux système, rêverie socialiste autoritaire par excellence» qui devait amener la banque à être Tunique dispensatrice de tout crédit, de toute richesse, de tout travail. Pour satisfaire les besoins factices qu'oa venait de créer, pour répondre aux demandes d'une spéculation chauffée à blanc, on émit une quantité folle d'actions, actions-mères, actions^lles, actions-petitesfilles. Pareille fureur d agiotage ne s'était jamais vue'. Les grands seigneurs marchaient en tète de cette année pleiui* de convoitises malsaines : le comte de Horu, un parent du Régent, assassinait en plein jour, rue Ouincamjpoix; à la fin de février i7!20, le duc de Contifait enlever 14 millions d'or à la Banque, et, le 2 mars, le duc de Bourbon en retire 25. Pour remédier à une catastrophe imminente, on arrive, non pas seulement à vouloir imposer le cours forcé de ce papier qui, de minute en minute , perdait de sa valeur, mais à interdire la circulation des espèces métalliques, à défendre de placer des fonds à Télranger, et même à prohiber Tachai des diamants ou de la vaisselle plate.
Quand une institution en est là, elle est morte, et nul pouvoir ne saurait la ressusciter. Le désastre fut immense. On n'en riait pas moins, et l'esprit parisien n'abdiquait pas au milieu d'un tel cataclysme. Comme audessus de l'hôtel de la Compagnie* on avait gravé deuxL
• « Ces jours cy (1719) on a dû envoyer des gardes chez les tailleurs pour les forcer à travailler aux babils du roy. » Tous les tailleurs avaient déserté les ateliers et étaient occupés à l'agio. Voir Revue det Deux-Mondes, \" janvier 1872, p 194. Une marquise sous la Régence, correspondance manuscrile de 1704 à 1725. Cbarles Aubertin, renvoi aux mnnuscrits de la Bibliothèque Mazarine, n* 2790.
■ Ancien hôtel de Nevers, annexé aujourd'hui à la Bibliothèque impé-
fl^juscules, initiales du nom de Louis XV, un plaisant rivit sur la muraille : Vt citius aufugiat : « afin qu*il se uve plus vite. » Law se sauva en effet, mais à grand' line : c'est miracle qu il n*ait pas été écharpé ; deux ou ois fois il avait été obligé d'aller chercher refuge juste dans les appartements privés du duc d'Orléans. Le I octobre 1720, on publia un arrêt du conseil, rendu 10, portant suppression des billets de banque à parr du 1®' novembre. D'après la récapitulation qui suit le lellé, il est constant que les billets émis s'élevaient à somme de 2,696,400,000 livres.
La chute avait été si profonde qu'on en resta étourdi us longtemps que de raison. Le seul mot de banque louvantait tout le monde, et l'on attendit cinquante-six is avant de voir reparaître une institution qui rappe- It de fort loin la première et féconde tentative de Law. I arrêt du 24 mars 1778 concéda au sieur Bernard un ivilége en vertu duquel il pouvait établir une caisse acompte au capital de 15 millions de livres. Elle vita, plutôt qu'elle ne vécut, entre les exigences du •uvernement et la défiance du commerce. On peut oire que ses opérations n'étaient pas très-fructueuses, r en 1784 il fut de mode pour les femmes de porr des chapeaux sans fond, qu'on appelait des chapeaux la caisse d* escompte ; néanmoins elle subsista tant bien 18 mal jusqu'à la Convention, qui la supprima, par déet du 4 août 1793. Sous le Directoire, des particuliers, igociants et banquiers, créèrent une caisse de comptes urants qui émettait des billets, faisait diverses opéra- )ns avantageuses pour le commerce et qui disparut rsque Bonaparte, devenu premier consul, appréciant i immenses services que pouvait rendre à la popula- »n un établissement de crédit sagement mené, contenu
le, récemment restauré, s'étendant entre les mes Vivienne et Riche 1, avec façade sur la rue Meave-des-Petits-Ghamps.
Li BIGOTE DE Hunes.
par «DP M ooDstîtulive dans des limites séyèremei filé», fonda la Banque de France.
Eji i^M, le 24 f^oYiôse an VIQ, plasieors banqaien à laléce des^^nels se présentent Perregeanx, le CouteuL CanleieQ. Mallet aine, Récamîer, le fabricant de tabac lUbîllard, se concertèrent ponr arrêter les statuts d*ur an capital de 50 millions, réparti en 30,0C nominatÎTes. Les opérations devaient être Te le reoouTreroent des efifets, les dépôts et cens les comptes coorants, et enfin rémission ( billets an porteor et à Tue. Tout antre commerce qi eàm de Tor et de Targent lui était interdit. Dans 1( slalnis prîmitils, on retrouve d'une façon rudimentair« nais dé}à très^^i^te, le système de gouvernement qi devait assurer à la Banque une stabilité que rien jni qa*à ce jour n'est parvenu à ébranler. Dés le 28 nivôs (18 janvier 1800), un arrêté consulaire ordonnait qu toos les fonds rpçus à la caisse d'amortissement fîisseï Tosès à la Banque de France. C'est là une consécratio importante et qui peut déjà faire préjuger du succès d 'entreprise. Celle dernière attendit cependant trois ai nées avant de recevoir une constitution organique; c fut la loi du 24 germinal an XI (14 avril 1803) qui I lui donna.
Par cette loi. le capital est porté à 45 millions, k coupures des billets sont fixées à 1,000 et à 5001ranci Le privilège est accordé pour quinze années ; Tunivei salité des actionnaires est représentée par les 200 pic forts d'entre eux ; convoqués en assemblée générale un fois par an, ils nonmient au scrutin quinze régents qi administreront la Banque, et trois censeurs qui la sui veilleront ; les régents et les censeurs réunis forment! conseil général. L'un des régents est nommé préside) pour deux ans par le conseil, et pendant toute la duri de ses fonctions il exerce en quelque sorte le pouvo
exécutif. Ainsi qu'il est facile de le voir, nous sommes en république, car dans cette constitution très-libérale on n'aperçoit pas l'ingérence de l'État. 11 ne révèle pas son influence par des signes extérieurs ; s'il l'exerce, «'est d une façon amiable, mais sans aucun droit reconnu dans les statuts délibérés au Corps législatif. Les actionnaires de la Banque, représentés par les administrateurs élus, étaient maîtres chez eux, sans contrôle direct, et pouvaient n'avoir d'autre guide que leur intérêt particulier.
En 1805, pendant la campagne d'Allemagne qui devait trouver un dénoûment si rapide à la bataille d'Austerlitz, la Banque traversa une crise difficile. Elle était alors installée dans l'hôtel Maissiac,'qui occupe actuellement le n? 48 de la rue Pagevin. Chaque jour la place des Victoires était remplie par des gens inquiets qui venaient échanger leurs billets contré des espèces; dans le commerce, le billet de 1 ,000 francs perdait 20 francs; Joseph, qui, sous le titre de grand-connétable, présidait le conseil des ministres en l'absence de -son frère, était fort troul)lé, et parlait de faire venir des troupes pour déblayer les issues de la Banque obstruées dès le Hiilieu de la nuit. La Banque, voyant son encaiâse métallique diminuer à vue d'œil, criait au secours et s'adressait au tribunal de commerce pour qu'il forçât le public à accepter ses billets en guise d'argent. En cette circonstance. Napoléon fut très-net. Le 20 octobre 1805, il écrivit d'Elchingen à Régnier : « 11 faut que la Banque de France échange ses billets contre de l'argent, à bureau ouvert, ou qu'elle ferme ses bureaux si elle manque d'argent. Quant à moi, je ne veux pas de papiermonnaie. ))
Le souvenir de ces désordres passagers a-t-il eu quelque influence sur les résolutions de Napoléon ? Son esprit, singulièrement impérieux, n'a-t-il pu supporter
qu*un établissement qui servait de régulateur au crédit public se mût en dehors de l'action immédiate de l'État? On ne sait, mais le 22 avril 1806 la constitution de la Banque de France est modifiée d'une façon définitive. C'est le type du gouvernement monarchique constitutionnel. Par la nouvelle loi, le privilège est prorogé de vingt-cinq ans au delà du terme fixé d'abord, le capital est porté à 90 millions ; c'est toujours l'assemblée des actionnaires qui élit les censeurs et les régents, mais la présidence échappe à ceux-^i. La direction des affaires, que la Banque, en vertu de la loi de germinal, déléguait à son comité central, est désormais exercée par un gouverneur et deux sous-gouverneurs, qui sont nommés par Tempcreur et prêtent serment entre ses mains. Cette loi, que rien jusqu'à présent n'a modifiée dans ses parties organiques, a été libellée par MoUien, un des esprits les plus fermes et les plus sagaces de son temps. 11 est étrange que Napoléon, dont l'aversion pour le système parlementaire s'était si souvent manifestée, ait établi précisément à la Banque le modèle presque parfait de ce genre de gouvernement ; il faut qu'il ait été entraîné par des considérations bien fortes, ou que sa propre sagesse l'ait emporté sur ses répugnances instinctives. •
Le gouverneur préside les conseils, approuve ou rejette les dispositions adoptées, nomme, révoque, destitue les agents, signe seul, comme un souverain, tous les traités intervenants, fait exécuter les lois et statuts qui régissent la Banque. Il a droit de veto ; il peut empêcher l'accomplissement d'une mesure délibérée par le conseil, mais il ne peut contraindre ce dernier à adopter une résolution quelconque, et il doit lui rendre compte de toutes les affaires. Ces deux puissances, l'une législative, l'autre executive, se côtoient sans se heurter, tant leurs attributions diverses ont été sagement ré-
glées. En cas de conflit, force resterait toujours au conseil des censeurs et des régents, qui votent le budget et peuvent, en le refusant ou en le modifiant, mettre le gouverneur dans Timpossibilité de faire mouvoir le mécanisme de son petit Etat. Heureusement jamais pareille occurrence ne s'est présentée ; le conseil et le gouvernement marchenl d'accord; sur chaque question il y a entente préliminaire. Tout se traite à l'amiable par des gens qui n'ont qu'un but et savent l'atteindre, mettre l'intérêt de l'État en rapport avec celui des particuliers. La Banque de France constitue donc une œuvre publique confiée à une société privée surveillée par l'État. De cette façon, si par hasard l'esprit mercantile et intéresse des actionnaires représentés par les conseils venait à prévaloir, le gouverneur interviendrait pour garantir les droits du commerce et rappeler la Banque à l'esprit de son institution. Cette surveillance de l'État paraîtra en outre indispensable à tous ceux qui estiment que, pour demeurer stable et sérieux, le crédit public ne doit pas se jeter dans les aventures. Les statuts, rédigés par Gandin, en date du 16 janvier 1808, et qui sont l'applicalion développée de la loi de 1806, ont dit très-sagement à l'article 8 : « La Banque ne peut dans aucun cas ni sous aucun prétexte faire ou entreprendre d'autres opérations que celles qui lui sont permises par les lois. )) Rien n'est plus juste que cette prescription res^ trictive. Les gens chargés de maintenir le crédit ne peuvent et ne doivent rien faire de facultatif. Quand une institution de cet ordre se laisse entraîner, par faiblesse ou par convoitise, à une spéculation douteuse, elle ressemble à l'ouvrier dont la blouse est saisie par l'engrenage d'une machine en mouvement; quels que soient ses efforts et son énergie, rien ne le sauvera ; une expression populaire dit nettement le fait : « Il y passera tout entier. »
C'est grâce aux dispositions à la fois très-précises et très-réservées qui ont présidé à sa fondation, grâce à la sagesse expérimentée de ses fondateurs, grâce à ce gouvernement constitutionnel dont le foncticmnement régulier ne s'est pas ralenti une minute, que la Banque a pu traverser des heures singulièrement douloureuses. Elle a vu s*écrouier des trônes, elle a assisté à Tanéantissement du crédit public, à la disparition des espèces métalliques, elle a été englobée dans des crises finanr ciéres qui troublaient les Etats et ruinaient les particuliers, rien n'a pu paralyser son action, ni même affaiblir son mécanisme. Semblable à ces vieilles fées qui, dans les circonstances exceptionnelles, savent conjurer le danger à force de sagesse et de prudence, elle a su faire face à tout avec ses seuls billets, qui sont un talisman dont la puissance dépasse celle des baguettes enchantées.
A un seul jour de notre histoire, elle crut tout perdu et désespéra. En 1814, la veille de l'entrée des alliés, la Banque fut saisie de panique, et pendant que sur la place Vendôme on jetait au feu les drapeaux enlevés jadis à l'ennemi, elle brûlait ses billets sous l'impulsion irréfléchie de Jacques Laffilte. Un si profond désarroi ne pouvait durer, il né! ait point digne d'hommes qui avaient su aborder de front toute difficulté; ils reprirent vaillamment la direction du navire qui portait Paris et sa fortune, ils payèrent à caisse ouverte, et par cette terme mesure ne contribuèrent pas peu à rendre la confiance aux plus timorés. Trente-quatre ans plus tard, une nouvelle crise aiguë et pleine de périls devait fondre sur la Banque. On se rappelle encore l'atonie inconcevable qui suivit la révolution dp Février 1848. L'industrie, le commerce, la finance étaient tombés dans un état comateux qui ressemblait de bien près à la mort. Les clairvoyants avaient beau prêcher la confiance, on
viyait dans une sorte d'inquiétude somnolente dont on ne parvenait pas à sortir. Le bureau du change de l'Hôtel des Monnaies regorgeait de gens effarés qui venaient vendre leurs couverts, et la cour de la Banque était encombrée de personnes réclamant, aux termes de la loi, des espèces contre leurs billets. La Banque paya sans désemparer, malgré Tagio sur Tor, qui était monté à 70 francs ; mais la réserve métallique s'épuisait. La loi du 10 juin 1847, en autorisant la Banque à émettre des Ullets de 200 francs, dont la création était depuis bien longtemps réclamée par le commerce, avait multiplié les signes de la monnaie fiduciaire qui, pour ainsi dire, se trouvait entre toutes les mains. Le péril était grand el pouvait conduire tout droit â une catastrophe.
Le gouvernement de la Banque et le gouvernement provisoire discutèrent la question, et en vertu du vieil adage : « Aux grands maux les grands remèdes ! » un décret du i5 mars 1848, évitant de prononcer les mots de cours forcé, décida que les billets de la Banque de France seraient reçus comme monnaie légale par les caisses publiques et les particuliers. L'article 4 du même décret disait en outre : « Pour faciliter la circulation, la Banque de France est autorisée à émettre des coupures, qui toutefois ne pourront être inférieures à 100 francs. » Il ne manqua pas de gens qui crièrent aux assignats et prédirent la banqueroute. Ces prophètes malavisés en furent pour leurs sinistres clameurs. Nonseulement la Banque ne sombra pas, mais, en 1849, ses billets faisaient prime, et elle prêtait à tout le monde avec la générosité d'une Cybèle dont rien ne peut tarir l'inépuisable fécondité : le 5 juin 1848, au Trésor, 150 millions; le 24 du même mois, iO millions à la ville de Paris; le 29 décembre, à Marseille, 3 millions; \^ 3 janvier 1849, 3 millions au département de la Seine.
Celte mesure extrême de décréter le cours forcé eut
une conséquence qu'on n'avait guère prévue : loin de déprécier le papier, elle en fit reconnaître la valeur ; elle en popularisa Fusage, et il n*est aujourd'hui si pauvre hameau qui ne Taccepte comme argent comptant. Il n'en était pas de même autrefois, et je me souviens qu'en 1847 il me fut impossible de changer un biUet de banque à Vic^hy, qui cependant était déjà une ville d'eau très-fréquentée. A cette heure, non-seulement toutes les coupures de la Banque ont cours en France, mais elles équivalent à For en Allemagne et en Italie. Jamais peutêtre, depuis que des banques ont émis des titres au po^ teur, nul billet n'a obtenu et mérité une telle confiance. Le cours légal ne se prolongea pas longtemps ; il cessa normalement le 6 août i850, par la promulgation d'une loi dont l'initiative appartenait à la Banque elle-même. Le gouvernement provisoire avait aussi pris une excellente disposition par les décrets du 27 avril et du 2 mai, qui réunissaient à la Banque de France les banques précédemment créées à Rouen, à Lyon, au Havre, à Lille, Toulouse, Orléans, Marseille, Nantes et Bordeaux; toutes ces banques partielles étaient indépendantes de la banque centrale ; elles avaient leurs statuts et leur capital, ne considéraient que l'intérêt local, émettaient des billets qui, par suite du vieil esprit provincial et girondin dont la France a tant de peine à se guérir, ne devaient et ne pouvaient être payés qu'au comptoir même d'où ils étaient sortis. C'était en limiter la circulation au point de la rendre illusoire; un billet de la banque de Lyon, ne pouvant être remboursé qu'à Lyon, constituait un instrument d'échange si restreint qu'il devenait inutile. La Banque, prenant à son compte les actions de ces établissements, a fusionné avec ceux-ci et les a remplacés par l'organisation bien plus rationnelle des succursales, qui sont aujourd'hui au nombre de 62. On ne tardera point, d'après l'esprit de la loi de
1857, à en avoir au chef-lieu de chaque départenOent. Dès lors Timpulsion devient unique et part de la banque centrale pour faire mouvoir, pour activer ou modérer tous ces mécanismes éloignés. Aujourd'hui la Banque de France, dont le privilège a été prorogé jusqu'au 51 décembre i897, possède un capital représenté par 182,500 actions nominatives, et a été autorisée à émettre des coupures de 5U francs.
La haute direction est représentée par le gouverneur et les sous-gouverneurs ; tous les employés dépendent exclusivement du gouverneur, qui nomme et révoque sans contrôle. Les régents, choisis par l'assemblée des actionnaires, sont élus pour cinq années, et renouvelés par cinquième. Trois d'entre eux doivent être receveurs généraux et sont autorisés à habiter Paris. Les censeurs, élus pour trois ans, sont renouvelables par tiers. Les fonctions des uns et des autres sont gratuites. La réunion des censeurs et des régents, sous la présidence du gouverneur, forme le grand conseil, conseil souverain qui décide sans appel toute opération de banque ne s'éloig;nantpas des prescriptions de la loi; mais ce conseil se répartit en un certain nombre de comités qui préparent, sur l'initiative du gouverneur, toutes les affaires dont la Banque peut avoir à s'occupera
Ainsi, et pour me résumer, la Banque représente un corps complet ; sa tête, son cœur, ses membres, sont les gouverneurs, les censeurs, les régents et les comités. Ainsi constituée, elle est l'artisan du crédit public ; ses instruments spéciaux de travail sont les billets qu'elle
* Les comités sont aa nombre de sept : 1* le comité des livres et portefeuilles; 2* le comité des succursales; 3* le comité des biUets; 4* le comité des relations avec le Trésor; 5* le comité d'escompte ; 6* le comité des caisses ; 7* le comité de vérification des litres. Tous ces comités fonctionnent à époques fixes, indépendamment des commissions spéciales qui peuvent être inopinément formées pour apprécier des faits provenant de circonstances exceptionnelles.
Si LX ElSQrC DE nUBGL
émer et qui sont aujourd'hui la plus haute eipression de ce que les économistes iqppellent la mouiaie fiduciaire.
» OlôrdipMr an fnMS. - Oi brise la pUKke «u «wifaK. — Total des assignU émis. — Paai asaiCBsIs. — BéCùte de QMkcroa, — U kOlct modâe. — SigaalesMat da ktilct —Les ilphifccH ~ ffitiplf -ÉtatcîTiL— fréctisM ■MftfTTiH'fi — Le papier. — Feailles rsiséri. — Créatioa d'alphalieis. ^ Lnapnmcrie.— ToUes élises. — Uptaacke des billets de 1.009.
— Gin^ aas pow la plaacke des bUlels de 100. — Opératioa «écrite.
— Marbia» à aaaéroter. — Tiaft jomrs poar imprimer an billet — ROds/tealei. — Comptabilité des billets Si^natnres. — ÉmissioB.
— Borée d u billeC — KrécriMtia«. — Sagaôlé. — Pea de bilkts perdas. — La Saitqae oe profile pas des billets perdus. — Annalatioa des billets. — Si^pies da zodiaqae. — Haaratse odeur. — feestractiea.
— Aato-iia-fé. — Aanolatita bwîbs roasidérable qaela CsbricatîM. — Billets de âW fraacs et de S»000 Craacs. — Ga bomme de lettres. — U pbotdgnraL'bie. — L'impressioB ea blea. — Labontoire d'expériaieatatioa. — Les Caasaaires. — Bistoire iavraisembUble. — Maavaise pkûsaatene. — L'a adversaire redcatable. — Indice révélatear. — Giiaud de Giteboarse. — Ptaacbes à modifier. — Refoate proposée. — Emblèmes soraaacs. — Le beaa est ladispeasable.
Il fallait une singulière hardiesse pour jeter des billets de banque dans la circulation aux dernières heures du dix-huitième siècle, lorsque Ton était encore sous le coup de la ruine causée par les assignats. Tout ce qui avait Tair de papier-monnaie semblait frappé à l'avance de discrédit et de mort. Jamais, en effet, pareille débauche ne s*était encore vue ; la République avait, sous ce rapport, dépassé les folies de la rue Quincampoix. Très-sérieuse dans le principe et appuyée sur des biens nationaux d'une valeur estimée honnêtement à dix milliards, Topération avait sa raison d'être, car le papier émis n était que la représentation mobile de la richesse immobilière possédée par la nation même ; mais on ne sut pas s*arrèter en chemin. Il était si facile de pourvoir ^ toutes les néscessités en faisant imprimer des morceaux
de papier auxquels des lois léonines donnaient un cours forcé, qu on ne put résister à la tentation.
L*État prêchait d'exemple, les individus le suivirent, et chacun se fit, pour son propre compte, fabricant d'assignats. Voici ce que raconte Mercier dans son Nouveau Tableau de Paris : « Le dogme de la souveraineté nationale fut confirmé d'une manière assez plaisante , car il fut un temps où chaque particulier se croyait en droit de battre monnaie. La disparition du numéraire avait donné cours à une foule de billets de petite valeur, émis par d'obscures maisons de commerce. Les épiciers, les limonadiers, écrivaient leur nom sur de petits morceaux de parchemin, et voilà du numéraire. Le délire fut poussé jusqu'au dernier excès; chacun fit son écu'. » Le résultat ne tarda point à se faire sentir. La valeur réelle des assignats n'était plus en rapport avec la valeur nominative. La loi du maximum réussit à peine à les soutenir; après le 9 thermidor, la chute dépassa toute prévision : un sucre d'orge d'un sou se payait 50 francs en assignats. Dès longtemps, les dix milliards de biens confisqués au clergé avaient été dépassés par des émissions ininterrompues. Dans certaines villes, une pièce de six liards valait 300 francs papier. Lorsque le Directoire, ne sachant plus de quel bois faire flèche, lança tout à coup vingt milliards de nouveaux assignats, il ne parvint même pas à leur faire produire cent millions en numéraire. Ce fut le dernier coup ; au delà, rien n'était plus possible, et le 30 pluviôse an IV (19 février i796) on renonça définitivement à un si déplorable sys-
* On fit mieux que le petit écu; on descendit à un sou et à moins encore, le tout assaisonné de rhétorique. Sur un assignat d*un sou qui eut cours dans le déparlement du f<ord, on avait gravé :
Doit-on regretter l'or quand on peut s*en passer?
et sur un assignat de deux liards^ émis par le même département : Ne me refuse pas au pauvre qui t'impiore.
tëme. Pour employer une expression que le langage populaire a consacrée, on brisa la planche aux assignats.
Depuis le décret du i9 avril i790, qui avait autorisé la première émission, les différents gouvernements qui s'étaient succédé en France avaient répandu pour quarante-cinq milliards cinq cent quatre*vingt-ua millions quatre cent soixante et un mille six cent vingt-trois livres en papier-monaaie. Certes il n*y a pas à discuter sur la valeur et la moralité d*une si désastreuse opération; mais il faut cependant reconnaître que Ramel, le ministre des finances, lorsque, le 9 pluviôse, il proposa au conseil des Cinq-Cents la mesure radicale qui allait enfin faire disparaître les assignats, put dire avec sincérité : « Les assigaatsont amené la destruction des ordres et des privilèges; ils ont fait la révolution. » Entre les mains des ennemis de Tordre nouveau, les assignats avaient été un moyen de guerre plus puissant peut-être que rinvasion, car ils avaient découragé la confiance et achevé d'énerver le crédit. 11 est impossible d'évaluer ce qu'on en introduisit de faux en France, mais ce dut être pour des sommes considérables. On en fabriquait publiquement en Angleterre. Le 18 mars 1793, Sheridan dénonçait le fait à la tribune du parlement anglais. « J'ai vu les moulins et les faux assignats, » disait Ruyer le même jour. A Quiberon, après la défaite des royalistes et des Anglais, on trouva dans les bagages de Puisaye une somme de dix milliards en faux papier-monnaie.
On restait pénétré de ces tristes souvenirs ; l'influence révolutionnaire régnait encore dans notre législation, et la peine de mort fut maintenue contre les faussaires. Ce n'était pas cela cependant qui était de nature à les faii'e reculer ; on en avait vu bien d'autres en ces redoutables jours, et les premiers directeurs de la Banque de France s'ingénièrent à dérouler la contrefaçon à force de précautions habiles et de perfection dans la fabrication
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même du billet. On peut l'affirmer sans pécher par excès d'orgueil national, c'est la France qui a créé le plus beau, le meilleur, disons le mot, — le seul modèle du billet de banque.
Avant de parler de l'impression des billets, il est bon d'expliquer le signalement qui les distingue les uns des autres et qui, comme point de repère et de contrôle, a une importance de premier ordre. Lorsqu'on regarde avec soin un billet de banque, quelle quen soit la coupure, on remarque qu'il porte une lettre suivie d'un chiffre et deux fois répétée, un chiffre deux fois répété, et enfin, en petits caractères, un troisième chiffre isolé. Ces chiffres n'ont rien d'arbitraire, ils constatent l'état civil du billet.
Toute émission de billets a lieu par alphabet (c'est le mot technique). Chaque alphabet, désigné par un numéro d'ordre, représente 25,000 billets, chaque lettre en représente 1,000. Selon que la lettre est suivie ou précédée d'une autre lettre, suivie ou précédée d'un chiffre, elle peut produire un tel nombre de combinaisons que nos petits-neveux n'en verront pas la fin. Ainsi chaque billet émis est frappé d'une lettre de série et d'un numéro particulier qui changent pour chaque billet. En outre, le chiffre isolé, adopté seulement depuis un arrêté du conseil en date du 20 juin 1867« représente le numéro du billet dans l'ordre de la coupure à laquelle il appartient.
Prenons pour exemple un billet de 1,000 francs. Audessous de renoncé Banque de France^ je lis ; Paris, 25 mai 1868; cela prouve que ce jour-là le conseil a décidé qu'on émettrait l'alphabet dont ce billet fait partie. A gauche, en haut, sur les rinceaux bleus de la bordure, il porte la lettre T, suivie immédiatement du chiffre 52; lettre et «hiffre sont répétés à droite en bas; je sais dès lors qu'il appartient à l'alphabet 32 et dans cet
alfdiabet à la lettreT; à droite en haut, età gaacheeii bas, je vois le chiffre M9 : c'est le munèro d*ordre du billet, qui est le trois-cent-soixante-neuvième de la série T, 52 ; enfin au centre du billet, sur un étroit eqiace i hJssé libre par Timpression interne des filigranes, j'q)e^ i çois le chiffre 0,793,569, qui m'apprend que depais ^ la première émission des billets de 1 ,000 francs on en a tiré 793,569 ayant celui que j'ai sous les yeux.
Tout billet porte donc avec lui un passe-port muni ^ d'un signalement où l'on n*a pas oublié les signes parti- , culiers. La lettre de série est le nom de fSunille ; le noméro d'ordre est le nom de baptême ; le numéro de coupure donne le rang du billet dans l'espèce générique à laquelle il appartient. 11 est indispensable que le Ie& teur ait connaissance de ces multiples précautions, car seules elles lui feront comprendre conunent toute contrefaçon est déroutée. De deux billets identiques l*un à l'autre, il y en a forcément un qui sera faux, puisque deux billets ne peuvent pas être absolument semblables : ils sont tous jumeaux, d'accord ; mais chacun, au jour de sa naissance, reçoit un trait distinctif qui empêche qu'il puisse jamais être confondu avec ses frères.
Ces combinaisons qui, malgré une extrême simplicité, opposent de très-sérieux obstacles aux tentatives des faussaires, sont, pour ainsi dire, les précautions morales dont on entoure le billet de banque à sa naissance. Il en est d'autriss d'un ordre tout matériel qui concourent aussi à lui assurer une sécurité parfaite. Pour les objets d'une telle valeur, tout est à surveiller : la fabrication du papier, la planche gravée, le tirage, l'impression. Le papier sur lequel on imprime les billets sort de la fabrique du Marais, près de Cqulommiers; il est obtenu par des procédés particuliers que je n'ai point à révéler ici, dans un local exclusivement réservé au service de la Banque, sous la direction d'un commis-
saire nommé par le gouverneur et qui toute Tannée habite le bâtiment d'exploitation. Le papier est fabriqué sur des formes, sur des tamis, comme on disait jadis, à la maîn et feuille par feuille. Chacune de ces feuilles représente un billet et contient à Tintérieur un filigrane visible par transparence et qui varie selon la coupure du billet.
Les feuilles sont étudiées une à une au triple point de vue de la solidité, de la dimension, de la pureté ; toutes celles qui laissent apercevoir une imperfection sont dites cassées et réservées au pilon ; la proportion des rejets est en moyenne de 60 pour iOO. Le papier reconnu bon est divisé en rames de 500 feuilles qui sont ficelées séparément, renfermées dans une caisse de fer dont une double clef esta la Banque, scellées du cachet du commissaire et expédiées à Paris, à Thôtel de la rue delà Vrilliére. Le conseil de régence délègue un comité qpécial pour recevoir le papier, qui est examiné scrupuleusement de nouveau, et, après procès-verbal, remis au secrétaire général et au contrôleur général, puis enfermé dans une caisse manœuvrant à deux clefs qui restent entre les mains des dépositaires. Il faut donc le concours de deux personnes pour ouvrir les énormes serrures derrières lesquelles le papier attend l'heure où il recevra les signes qui en font la valeur.
Lorsque la quantité de billets rentrés et reconnus hors de service fait sentir la nécessité d'en émettre de nouveaux, le gouverneur avise le conseil général et lui demande Tautorisation de créer des billets. Le conseil détermine alors le nombre d'alphabets, la date qui leur sera assignée et les diverses coupures. Deux alphabets ne portent jamais la même date. Si, par exemple, dans la séance du 15 février 1869, le conseil a arrêté qu'on émettrait trois nouveaux alphabets de 1,000 francs, le premier sera daté du 15 février, le second du 16 février,
aM Là lASWi OK nuscE.
ie troisf^ne dn f 7 Hsfri». De cette €iÇiB, fl ne pcjDt j a^oîr de daute possible, a plus tard «■ r^iportBàlâ Banque »ies biUets amnés apfarte naMt à oo jlnis- »OQS. Le eifeef de Fimprimene se fût ak»rs Iffiirar, nr récèpiâsê »^iié de loi, les feuilles qai lai sont nècesaalr», et, après les aYotr coniplées, les remet à ses
L imprimerie hit partie des bâtiments mêmes de h Banque ; nul, sH n'appartient à ce senrice spécial, n*t le droit d^y pénétrer. Die est ^aste, très-édairêe, OHnme fl confient à des ateliers pareils, et outillée d'inslnimoits d'Boe préciâon extraordinaire. Les ooTriers chargés de manûrarrer ces presses sont choies a¥ec soin : •D pent dire de tons que ce sont des hommes de confiance. Aux murailles sont appendns de grands cadres où Ton Toit les ^)écimens des billets que la Banque a fabriqués pour les États-Pontificaux et Tex-empire du Mexique ; comme la banque dont ils deraient être Finstrument, ces derniers sont restés à Tétat de projet. Dans un atelier isolé, on estampe sur des toiles en fil d*archal, nommées toiles vélines, les lettres qui doivent former le filigrane intérieur du papier. Les encres et feuilles non distribuées, les matrices des planches, sont gardées et enfennées dans une caisse dont le chef de rimpiimerie a seul la clef et dont il est responsable. La planche qui sert pour l'impression des billets de 4,000 francs a été livrée en 1842 par M. Barre père, à qui elle a coûté trois années de travail ; elle est d'acier et ne passe jamais sous les presses. Elle sert à faire des clichés à l'aide de la galvanoplastie, et ces clichés peuvent sans être trop fatigués tirer 50 ou 60,000 épreuves. C'est là le vieux système ; il est délaissé aujourd'hui pour les nouvelles coupures.
À cette lieure, on dessine un billet de banque à une échelle exagérée ; par la photographie on le réduit aux
dimensions précisément réglementaires, on le grave et onteldt des clichés. Le procédé est plus rapide, plus sûr.Bl'jpioins coûteux. Ce n*est pas à dire cependant que les ^sais soient moins lents et qu*on arrive du premier coup à la perfection. La planche du billet bleu de dOO francs, dont le verso est si gracieux, a ^xigé cinq années de tAtonnements ; mais on reconnaîtra, si on l'examine à la loupe, qu'on a pris à tâche d y accumuler toutes les difficultés que peut offrir la gravure.
Après avoir subi une première opération, dont je ne suis pas libre d'expliquer les détails, la feuille de papier est imprimée par des presses spéciales mues à la vapeur. L'encre est bleue, inaltérable, et la composition doit en être tenue secrète. Gomme on exige que chaque billet soit sans défaut, on ne se dépêche pas. Les personnes qui ont vu l'activité fébrile d'une imprimerie ordinaire ne croiraient guère que ce grand atelier paisible, très-propre et même élégant, emploie les mêmes procédés de travail. Un inspecteur se promène incessamment, allant d'une presse à l'autre, surveillant chaque mouvement, donnant parfois un ordre, et rappelant par la régularité de sa marche contenue dans d'invariables limites, la promenade monotone des officiers de marine lorsqu'ils sont de quart dans la batterie de leur vais- 5eau.
Autrefois le numérotage des billets se faisait à la main, méthode lente, défectueuse, et qui, malgré l'attention qu'on pouvait y apporter, amenait souvent des erreurs, aujourd'hui il n'en est plus ainsi. M. Deriey a inventé une machine qui automatiquement applique aux billets le numéro de série, le numéro d'ordre et le numéro générique. Lorsqu'une fois elle est amorcée par la lettre d'alphabet, elle peut toute seule numéroter 1,000 feuilles sans qu'on soit obligé d'y toucher ; elle fait son travail ponctuellement, sans se tromper jamais; à chaque tu îo
billet qui passe sous son timbre mobile, elle change une unité ; tous les iO billets elle change la dizaine, tous les iOO billets elle change la centaine, et cela «fecc^fte précision qui fait croire à Tâme intelligente de eea êtres de fer et d*acier. A l'appareil est joint une pon^ie pneumatique qui déplace chaque feuille dès qu'elle a reçu d'un seul coup la quintuple empreinte dont elle est marquée.
Ces diverses opérations sont conduites par des honunes qui ont conscience de l'importance exceptionnelle de leur travail, mais il semble qu'ils la font partager à leurs machines, tant celles-ci ont des mouvements doai, onctueux, qu'on dirait intentionnellement aCEaûblis. Qd ne se presse pas, je le répète, car la perfection qu'oa cherche à obtenir ne peut guère s'accommoder d'ime trop vive rapidité. Il faut vingt jours pour qu'une simple feuille de papier» déjà munie des filigranes intenieSy puisse être convenablement imprimée. Est-il nécessaire d'ajouter qu'à chacune des phases différentes qu'elle traverse elle est comptée, étudiée et rejetée si elle n est pas parfiiite sous tous les rapports? Un registre spécial reçoit une sorte de procés-verbal de toutes ces opérations, de sorte qu'en le consultant on pourrait savoir, depuis que la Banque de France existe, combien on a refusé de feuilles à la papeterie, combien ont été foulé» par rinipression en blanc, combien par Timpression i l'encre, combien par le numérotage. C'est un chefd'œuvre de contrôle permanent et de comptabilité.
Tous les bi llets, réunis et classés selon la lettre de série, — mille par lettre, — sont répartis en alphabets ; chaque alpbabet se compose naturellement de vingt-<^înq paquets attacbés à part. Ils sont livrés en cet état par le chef de l'imprimerie au chef d'un bureau particulier qu'on appelle la complabilité des billets. A l'aide d'une machine muepar unepédale et portant un timbre armé d'une griffe
autographique, il fait apposer sur les billets la signature du secrétaire général et celle du contrôleur. Si, en cet état, un billet venait à disparaître iVl était mis en ôreulation, on reconnaîtrait promptement qu*il a été soustrait, car il lui manque encore la dernière signature, la plus importante, celle qui, s*associant aux d^x antres, donne une valeur de i ,000 francs à un chiffon de papier, celle du caissier principaL
Le chef de la comptabilité ouvre un registre particulier à chaque alphabet ; sur des colonnes formulées à Tavance, chaque billet est inscrit par son numéro d'ordre, et Ton constate ainsi ce qu'on appelle une création. Cette formalité étant accomplie, les biUets, réunis et ficelés par paquets séparés, sont remis au secrétaire gè- ■ènd ^ au contrôleur, qui les prennent en garde et les enfierment dans leur caisse à double clef jusqu'au jour oA rémission en sera décidée. Cette dernière mesure est provoquée par le caissier principal, qui juge, lorsque le vide commence à se iisiire dans ses armoires, des be^ soins auxquels il doit faire face. Par Tentremise du goolemeur, il adresse sa demande au conseil, qui arrête qfoe tel nombre d'alphabets lui seront remis. Dès lors il reçoit les billets des mains de ceux qui les avaient en charge, il les fait timbrer de sa griffe, baptême définitif qui les rend viables, et il les livre au public. En général, on fait en sorte d'avoir toujours une grosse masse de biUets en réserve, de façon à ne les faire circuler qu'une année au moins après qu'ils sont sortis de l'impiimerie.
Il n'a pas la vie dure, ce pauvre billet de banque : deux ans, trois ans au plus ; et dans quel état il reprend le chemin du bercail qu'il a quitté si coquet, si pimpant ! Eheu ! quantum mutatus 1 11 revient criblé de trous d'angles, percé à l'angle des plis, gris, terne, mou, vieilli avant l'âge par tant de pérégrinations à travers U
poche des agents de change, des banquiers, des négociants, des filles, des escompteurs, des marchands de bric-à-brac ; il a traversé les mers ; il a voyagé dans h caisse des régiments; il a jauni dans le tiroir secret des sacristies; il a été mouillé de vin de Champagne surit table des restaurants à la mode ; il a payé des toilettes tapageuses, passé entre cent mains différentes un jour de fin de mois ; il a été échangé vingt fois sur la pelouse de Chantilly ; il s*est étalé sur le tapis vert de Bade et deHombourg ; il a fait bien des envieux avant de revenir se reposer et mourir aux lieux mêmes où il a pris naissanee.
il en est qui ont été si bien modifiés par une longue série dMnfoi tunes, qu*il est presque impossible de les reconnaître. 11 faut Tœil exercé du chef de la comptabilité pour ne pas hésiter. J*en ai vu qui n'étaient plv que des débris ; ils avaient été arrachés du feu, avaient été retrouvés à demi digérés dans Testomac d*une chèvre, avaient bouilli dans une lessive avec la veste de toile où on les avait oubliés. Il faut une patience d^Œdipe, une sagacité de Peau-Rouge, pour parvenir à rassembler ces fragments informes, pour y lire un chiffre, pour pouvoir dire avec certitude : C'est tel numéro de tel alphabet; pour réussir, en un mot, à reconstituer Tidentité d'une telle épave. On garde avec soin et Ton montre, non sans quelque orgueil, ces impalpables vestiges, collés, réunis sur du papier gommé, vestiges insignifiants pour tout autre, mais où la Banque, mue par un haut sentiment du devoir, a pu, au prix de peines infinies, distinguer un signe, une apparence qui lui pe^ met de rembourser la valeur intégrale du billet auquel ce reste seul avait survécu.
Se perd-il beaucoup de billets de banque ? Bien moim que Ton ne croit. 11 est certain que les incendies et les naufrages ont dû en détruire une quantité appréciablei mais en remontant aux premières émissions et en con-
sultant le registre qui leur a été consacré, on pouita convaincre que le chiffre des billets non rentrés est minime. Les premiers billets de i ,000 francs, dits premier alphabet romain, ont été créés le 9 messidor an XI ; on en a émis 24,000, sur lesquels 23,958 étaient revenus à la Banque; au mois de janvier 1869/ tt manquaient encore. La première émission des billets de 500 francs est du 24 germinal an XI ; sur 25,000, 84,935 ont fait retour, 65 font défaut. C'est bien peu pour une telle période que Tabsence de 107 billets sur une masse de 49,000. On croit généralement que la Banque profitera des billets détruits par accident ou enfouis dans d'introuvables cachettes, en un mot définitivement disparus. C'est là une erreur fort enracinée, mais inexplicable. Fn admettant que la Banque vînt à liquider, soit parce que son privilège ne serait pas renouvelé, soit parce qu'elle fusionnerait avec une autre institution analogue, on établirait un compte : tant de billets émis depuis l'origine, tant de billets brûlés réglementaire* OBient, tant de billets en caisse ; le surplus serait forcément considéré comme étant en circulation, et la Banque en devrait la représentation en espèces, en rentes ou en immeubles. Ce n'est donc pas elle qui hériterait des billets morts, c'est cet être de raison qui ne prend jamais fin et qu'on nomme l'État.
I^es billets qui rentrent journellement à la Banque n'en sortent de nouveau qu'après avoir été vérifiés et examinés; tous ceux qu'une déchirure ou des taches mettent hors d^usage sont séparés des autres, réunis en paquets, et, ainsi disposés, soumis à l'action d'un emporte-pièce qui, en y découpant un trou large à peu près comme une pièce de cinq francs, leur interdit toute circulation possible. La place où doit mordre l'eniportepiëce a été choisie de façon à ménager tous les signes ^ni peuvent être utiles pour déterminer la personnalité
9i0 U BANQUE DE PRAKCB.
d*un billet. Lorsque ce premier trayail a été accompli, les billets sont rendus au chef de la comptabilité, qui les fait classer selon les différents alphabets auxquels ils appartiennent.
Dès lors le conseil décide qu'il y a lieu à annulation de tel ou tel alphabet, et avis en est donné au chef de la comptabilité, qui, sur le registre où la création du billet a été relatée, en face même de son acte de naissance, inscrit la date de sa mort; les mois sont désignés par les signes correspondants du zodiaque^. Ainsi blessés par Temporte-piéce, annulés par arrêt du conseil, portés comme défunts au livre de l'état civil, les billets sont enfermés dans de larges coffres de chêne on on les I accumule les uns sur les autres, par ordre d'alphabet 1 et de numéro. Ils reposent là, pendant trois ans, à Ta- | bri des souris, qui ne peuvent parvenir jusqu'à eux, et Us exhalent une très-désagréable odeur de crasse, comme tout objet qui a passé dans des milliers de mains. Au bout de trois années révolues, on procède à l'incinération, opération dernière, formalité rigoureuse, mais qui ne détruit rien ; car le billet de banque est comme le phénix, il renaît de ses cendres.
Au milieu de la cour, située près de l'hôtel du gouverneur, à un endroit qu'on ne peut méconnaître, car les pavés noircis l'indiquent clairement, on amène un vaste brasero de fep sur les montants duquel est emmanchée une énorme caisse oblongue, arrondie, composée de deux tissus de mailles de fer, et qu'on manœuvre exactement comme un moulin à torréfier le café. On allume le feu, un bon feu, bien rouge, de sapin quipé-
' On se sert des signes du zodiaque pour occuper moins de place sur > le r^istre. La banque d'Anglt terre a un autre système, qui est ass» ingénieux. Elle a choisi un mot de douze lettres différentes : ambidextrous ^ et chacune des lettres correspond à un des mois de l'année Les billets annulés en janvier sont indiqués a, en février m, et ainsi de | suite. I
tille. On ouvre les portes de la boîte, et, en présence des trois censeurs, l'on y jette des fortunes à payer des empires par i 00,000 francs pour les billets de 1 00 francs, par 500,000 francs pour les billets de 500 francs, par million pour les billets de 1 ,000 francs. On referme les loquets et Ton se met à tourner. Les mailles des parois sont assez serrées pour que nul fragment de quelque importance ne puisse s*échapper. Les billets se, recroquevillent, se distendent dans les liens qui les enserrent, se noircissent sur les bords, donnent une petite flamme bleue hésitante et pâle au-dessus du foyer rouge qui va les dévorer; puis tout prend feu d*un coup et ce n'est plus qu'un grand brasier. Dans le mouvement de rotation, qu'on ne ralentit pas, les parcelles étincelantes, chassées comme des criblures de blé par une machine à vanner, se frayent un chemin à travers les boucles de la cage, sont rapidement poussées vers le ciel par le courant d'air chaud, passent par-dessus les maisons, flottent et retombent dans la rue de la Yrillière, place des Victoires, et les passants disent, en secouant cette cendre qui s'attache à leurs vêtements : « Tiwis, la Banque brûle ses billets. »
L'annulation est combinée de telle sorte qu'elle laisse toujours une certaine avance à la fabrication. On peut dire qu'en moyenne la Banque imprime 12,000 billets par jour et qu'elle en annule 8,000; de cette façon on est certain de n'être jamais pris au dépourvu. La création fort intelligemment démocratique des coupures de 100 et de 50 francs rend naturellement les annulations et les incinérations plus fréquentes ; il n'est pas de mois où l'on ne brûle de vieux billets ^
* En 1868, la Banque a émis 2,71 l.OUO billete, représentant une somme de 904,750,000 francs; eUe en a annulé 1,739,774, équivalant k 591,250,410 francs, et elle en a brûlé 1 ,927,192, qui de leur vivant avaient valu 76S,85i,U00 francs.
LalÉimii paraa décidée i w plus èi a c Uf e qne des taiHs de l,<Me, de 3»J0, de 100 et de M finmcs. Les bOlrtsde 100 eut icndii les bîlleis de !iOO francs iiratiki; an» Ton relire ces derniers i mesure qu'ils renticiit duB les eusses. D est aussi on autre genre de killets amqnels on a essayé dliahîtoer le public, qui s'y est toujours^ et anec raison, uMMilrè plus qu*indifi&« icni. Je veux parier des billets de 5,000 francs, billets ivt beaux, imprimés en carmin, qui furent créés le S8 mai itM. Oki en a émis 4,0t)0, et, à llieure qu'U est, il n*en reste que buit en circulation. On en opère le ictrait et Toi n'en livre plus. D y a peu d'années cependant, un bomme de lettres pompeux, ayant à recevoir uu i donner une dot de 60,000 firancs, voulut, par excès de belles manières, qu'elle fut payée en billets de 5,000 firancs. La Banque, fort complaisante, lui en remît 13. Le lendemain ils étaient rentrés i la caisse, car an était promptement venu les édianger contre des valeurs moins ambitieuses et plus faciles à faire mouvoir.
Dans le principe, les billets étaient imprimés en noir. L'invention de la photographie a forcé la Banque à renoncer à cette vieille méthode. Bien n*élait plus facile que d employer un billet comme cliché, d'en tirer ane épreuve qui, devenue cliché à son tour, donnait une reproduction exacte du modèle. Deux couleurs sont absolument léfractaires au procédé daguerrien, malgré toutes les améliorations qu'il a subies depuis quelques années : c'est le bleu et le jaune; l'un ne laisse qu'une trace très-peu perceptible, l'autre donne des tons invariablement noirs. Partant de ce fait d expérience, le conseil a décidé, dans sa séance du 4 décembre 1862, que désormais tous les billets, qu'elle qu'en fût la coupure, seraient imprimés en bleu et porteraient une vignette sur chaque face. Les premiers billets de la nouvelle fabrication ont été versés à la caisse le 5 août i 863.
Ainsi disposés, et dans Tétat actuel de la science, ils défient la contrefaçon, — par Ja photographie directe, à cause de l'impression en bleu, — comme clichés reproducteurs, à cause du verso, qui, mêlant la vignette dont il est orné à celle du recto, produit par transparence une confusion de lignes inexprimable. Sous ce double aspect, les billets sont donc à Tabri des faussaires, qui, depuis la loi du 28 avril 1852, ne sont plus punis que des travaux forcés à perpétuité.
On pense bien que la Banque s* ingénie à savoir d'avance par quels moyens on peut l'attaquer. Elle fait étudier, dans des laboratoires particuliers, toutes les manœuvres dont on serait tenté d'user contre elle. Un chimiste fort habile décompose, pour ainsi dire, tous les procédés photographiques connus ; il opère, non-seulement sur les billets de la Banque de France, mais sur tous les emblèmes de monnaie fiduciaire qui peuvent passer entre ses mains. Plus redoutable que les alchimistes du moyen âge, il ne fait pas Tor et ne recherche pas la poudre de projection; son grand œuvre est autrement important : il fait le billet de banque, le signe même de la richesse et du crédit ; mais toute sa science est mise au service du devoir professionnel et du salut de tous, car, découvrant les moyens que les faussaires peuvent employer un jour, il sait dès à présent y porter remède en faisant modifier la fabrication et en y introduisant des éléments nouveaux devant lesquels les plus habiles criminels seront contraints de s'arrêter.
On fait bien de se tenir en garde contre les laussaires, car ils ont parfois livré de rudes assauts à la Banque. Par-ci par-là, il arrive encore quelquefois un billet de 100 francs fait à la main. Le malheureux qui a commis le crime a dépensé vingt fois plus de temps et de talent qu'il ne lui en aurait fallu pour gagner la même somme; ces cas-là sont très-rares, isolés, et n'in-
quiètent guère la Banque, qui garde le faux billet eoinine un spécimen curieux à ajouter à sa collection. Deux fois elle a été attaquée vertement. En 1832, un paquet de douze faux bille(s de 1,000 fr. fut présenté au bureau du change; ils furent reconnus, une instruction ftit commencée, et, à la suite d'une enquête secrète, activement menée, on acquit une conviction si étrange qu'il fut difficile de pousser les choses à l'extrême. Les billets étaient faits hors de France par un homme attaché à la maison d'un souverain expulsé de son pays; un ancien directeur de la fabrication d'un des hôtels des monnaies du royaume le secondait dans cette œu?re peu légitime. Le principal agent pour l'émission des billets à Paris était un marquis, maréchal de camp, et le détenteur n'était autre qu'un homme qui se disait prince et prétendait être le descendant direct d'une illustre famille qui avait régné jadis sur une partie de l'est de l'Europe. Toute cette histoire est un roman des plus invraisemblables; elle eut un demi-dènoûment en septembre 1852, devant la police correctionnelle, oti Tun des inculpés vint s'asseoir. Antérieurement à cette époque, la môme année, vers l'instant où les émeutes politiques et le choléra causaient à Paris une perturbation profonde, un fait très-singulier se produisit: pendant la nuit, on jetait par poignées des billets de banque faux sur le carreau des halles, à la sortie des théâtres, partout enfin où la population se trouvait momentanément agglomérée. Cette fort mauvaise plaisanterie cessa tout à coup, et malgré les investigations de la police on ne sut jamais quel en était l'auteur.
Ce n'étaient là, jusqu'à un certain point, que des accidents; mais vers 1855 la Banque put croire qu'on ; allait faire un siège en règle de son crédit. Des billets ■ de 100 francs faux arrivaient dans ses caisses avec une régularité désespérante; on avait beau stimuler le zèle
des agents du service de sûreté, inventer des moyens de contrôle et diriger de mystérieuses enquêtes sur toute personne qui prêtait au soupçon, la nuit était absolue et nulle lumière ne venait Téclairer. On n'était pas éloigné de croire à une vaste association de malfaiteurs admirablement outillés et aussi hardis qu'habiles. Les billets n'étaient point parfaits, mais ils accusaient une main exercée, et jamais encore on n'en avait vu dont l'imitation fût aussi redoutable. Tout le monde pouvait y être trompé, à l'exception des employés de la Banque cependant, qui, avec leur habileté ordinaire, avaient promptement découvert un défaut qui ne laissait aucun doute. Près de la tète du Mercure qui sert d'ornement à la console supportant le cartouche où se trouve reproduit l'article 159 du code pénal, apparaissait un point noir, trace visible d'une cheville trop longue oubliée dans la planche à graver. Sans cet indice il eût peutêtre été fort malaisé de distinguer les billets vrais et les billets faux. Les années s'écoulaient, les billets étaient présentés avec une persistance inquiétante ; la Banque payait et ne disait mot, car elle craignait, en divulgant ce secret, de voir discréditer toutes ses émissions de 100 francs. Enfin, en 1861, à la suite de péripéties, de fausses démarches, d'hésitations que je regrette de ne pouvoir raconter en détail, les recherches, sur l'indication presque prophétique du secrétaire général, prirent une direction unique, précise, et l'on acquit enfin, après huit années de tentatives infructueuses, la certitude que le coupable était un sieur Giraud de Gâtebourse. L'agent qui fut en partie cause de son arrestation s'appelait Tenaille : deux noms prédestinés. Le métier était bon sans doute, car Giraud menait une vie fort agréable ; il avait onze domestiques, dix chevaux et une meute de chiens de Saintonge. C'était un ancien graveur ; sous prétexte d'apporter
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quelques améliorations à la fabrication des billets, il avait été assez adroit pour s'introduire à la Banque et peut-être pour y surprendre quelques-uns des procédés. Arrêté le 23 août 1861, il passa devant la cour d'assises le 14 avril 1862. Les débats constatèrent qu'il avait mis en circulation 1,603 billets de 100 francs, et 144 billets de 200, que la Banque avait remboursés par la somme de 189,100 francs. Q fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Transporté à Gayenne en vertu de la loi du 50 mai 1854, il y trouva une fin effroyable. Essayant de fuir vers les possessions hollandaises en compagnie de Poncet, qui devait monter plus tard sur l'échafaud, il ne put suivre son jeune et alerte camarade ; englué dans les vases du rivage, il ne parvint pas à s'en tirer et mourut mangé vivant par les crabes.
La leçon coûta cher, mais elle porta ses fruits ; la Banque a redoublé d'efforts pour amener ses billets à l'état de perfection, et depuis la grande tentative de 6iraud, nul essai sérieux de contrefaçon ne parait avoir été entrepris. Je crois qu'il est difûcile d'accumuler plus de précautions et de multiplier plus d'obstacles. A cet égard, la Banque ne mérite que des éloges : nos billets offrent des garanties presque certaines ; mais au point de vue de l'art, on peut trouver qu'ils laissent beaucoup à désirer Le billet de 1,000 fr. a un verso remarquablement beau, mais le recto a vieilli ; il est froid, poncif, avec d'anciens emblèmes mythologiques : Mercure, Hercule, l'Industrie, la Science, la Justice, la Loi, l'Amour appuyé sur un lion, le coq gaulois et les mains unies ; le billet de 100 fr., dont le verso est un modèle de gravure, a aussi sur le recto des personnages bien durs et bien guindés. Nous sommes dépassés aujourd'hui sous le rapport de l'apparence plastique du billet, ou, pour mieux dire, la Banque s'est dépassée elle-même. Les billets qu'elle a imprimés pour le Mexique et pour les
États du pape sont d*une beauté qui laisse bien loin celle de nos billets.
Je n^ignore pas que c'est une grosse question à résoudre, et que c*est toujours un avantage de laisser à la monnaie fiduciaire Taspect et la forme auxquels le public est accoutumé ; mais ce même public est curieux, il s'est habitué sans peine à toutes les émissions de la Banque, même à celle des billets de 200 fr., qui étaient cependant d'une laideur remarquable. Il se ferait d'autant mieux à de nouveaux billets que ces derniers seraient plus prés encore de la perfection rêvée, car c'est par la perfection seule, par la perfection absolue, s'il est permis de latteindre dans les choses humaines, que les contrefacteurs seront définitivement et pour toujours déroutés. La Banque doit au pays, elle se. doit à ellemême de créer des billets qui soient de véritables œuvres d'art, qui rassen.blent toutes les difficultés que la gravure peut imaginer, et qui offrent une image d'une indiscutable beauté.
Si la Banque adoptait ce parti, si le gouverneur, prenant une haute initiative, arrivait à convaincre le conseil général qu'une refonte de tous les billets ne peut être que glorieuse pour le grand établissement qu'il dirige, si la mesure était décidée, qu'on abandonne pour n'y jamais revenir la mythologie surannée dans laquelle on va chercher des einblèmes qui maintenant sont pour faire sourire, qu'on demande à la vie moderne les nobles allégories dont elle abonde, qu'on oublie une fois pour toutes que, sous prétexte d'être catholiques, nous sommes plus païens que Julien l'Apostat, et qu'à l'aide des documents nouveaux, en se souvenant des merveilleuses découvertes qui rendront le dix-neuvième siècle plus grand que le seizième, on crée une monnaie fiduciaire qui soit aux billets actuels ce que les médailles grecques sont à nos pièces de vingt francs. Malgré le côté
3» LA BINQCE DE FlAfiCL
ment nniable, puisqu'il répMid à des e ii gen ees {dos oa moins accentuées, et satîsÊiît des besoins pins ou moios pressuits. (Test le conseil général qui, consultant le marché monétaire de France et d'Europe, fiie luKméme et en toute liberté d'action à quel taux la Banque consent à escompter les billets. L'argent est une marchandise qui perd ou acquiert de la Taleur, selm qu'il estabondant ou rare.
On peut être certain, lorsque l'escompte de la Banque esttrés-bas, comme eu janvier 1869, où il était à 2 1/S, que les capitaux accumulés engorgent les caisses particulières et ne peuvent trouver aucun débouché leur offirant assez de sécurité pour les attirer*. Tout individa qui fait des affaires et qui par conséquent a besoin de crédit, banquier, négociant, marchand, entrepreneur, s'adresse à la Banque pour avoir la faculté de faire escompter des billets par elle. 11 transmet au conseil une demande qui doit être appuyée par trois notables commerçants. Celte demande est examinée, discutée. Si celui qui l'a signée n'offre pas des garanties de solvabilité suffisantes, elle est repoussée. Au contraire, dès qu'elle est admise, le postulant a, comme on dit, droit de présentation Les billets apportés au bureau * d'escompte doivent être à une échéance maximum de trois mois et être revêtus au moins de trois signatures ; ils sont réunis et placés dans un bordereau imprimé et formulé qui relate le nom des souscripteurs, des premiers endosseurs, la valeur, la date des échéances, le nombre de jours qui restent à courir avant le payement, la somme due pour Tescompte. Chaque bordereau est signé par le présentateur. Les billets ainsi contenus dans une feuille de signalement sont remis avant dix heures du matin au chef de ce service.
' Le taux de l'escompte estacluellem.at (avril 1S75) de 4 p. 100.
Ds sont reçus par des employés dont les doigts habiles comptent les billets avec une rapidité inconcevable et dont les yeux singulièrement perspicaces savent découvrir, au premier regard, si les indications du bordereau sont en concordance parfaite avec les énoncés des billets ; ceux-ci les passent à d'autres agents qui ont pour mission de rejeter tous ceux qui sont entachés d*irré^larités matérielles ; chacun des billets défectueux est mis à part, et Ton y joint une fiche qui indique le motif du rebut : échéance trop longue, trop courte, flomme surchargée, défaut de date, acceptation irrégulière, timbre insuffisant, signature en souffrance, endossement conditionnel. Chaque motif de refus a une fiche spéciale teintée d'une couleur particulière, de sorte qu'à première vue un présentateur peut voir pourquoi ses billets n'ont pas été admis et porter remède à l'irréguhrité dont ils sont entachés. Tous les billets réguliers sont rassemblés alors, réunis au bordereau et expédiés iun bureau mystérieux où ils vont être étudiés, pesés, eût dit Montaigne, non plus sous le rapport des défauts extérieurs, mais au point de vue des qualités morales et delà confiance qu'ils peuvent inspirer. Une grande table couverte d'un tapis vert, contre la muraille des sortes de huches de bois remplies de cartes rangées par ordre alphabétique et qui chacune portent un nom, c'est là tout le mobilier ; mais sur cette table les billets étalés montrent souvent les plaies du crédit de celui qui les a tirés, et ces cartes sont le répertoire explicatif, détaillé de tous les protêts qui ont atteint le commerce de la France entière.
Lorsque je suis entré dans ce cabinet, le travail a cessé immédiatement, et les bordereaux repliés ont caché tous les billets qu'on examinait. 11 devait en être ainsi, cette redoutable opération doit être secrète. Divulguée, elle pourrait pour longtemps compromettre la 0. 21
3» Lk BASQUE DE FRAKCB
réputation commerciale d'un homme. Là on connaît tout ce qui touche au crédit particulier. Pour exercer ceil grades fonctions, qui sauvegardent la responsabilité de la Banque et aus« l'honorabilité du cmnmerce, il finit une prudence irréprochable et une mémcire prodi^ gieuse ; les cartes sont plutôt des «rchives que des dflK; cuments à consulter, et il est assez rare qu'on y ait ra^ j cours. Bien des gens, voulant savoir à quoi s'en positivement sur la situation de tel ou tel n^ sont venus dans ce bureau et ont interrogé le chef i service. Jamais, sous aucun prétexte, une réponse été donnée. La Banque est un établissement de tellttuent hors de proportion avec tous les autres,' est si impersonnelle, elle jouit d'une puissante, que toute parole de blâme émanant meai d'elle est faite pour ruiner d'un seul coup la-i dit le mieux établi. Les employés de ce bureau soiht tenus à une discrétion absolue; ils ont entre les l'Ame du commerce de tout Paris et en saot sables.
Les billets qui, après examen, paraissent aux de ce service ne pas devoir être acceptés par la Banqnecj sont marqués d'un signe convenu et replacés avec kii autres dans leur bordereau respectif; mais ils ne pas refusés pour cela, car le bureau des rensei| ne peut émettre qu'un avis, c'est le comité d'escoi qui décide en dernier ressort. Ce comité, auquel liasses de billets sont immédiatement expédiées a| cette opération préalable, siège tous les jours de mÛi'i une heure. 11 est composé de quatre régents et del actionnaires exerçant le commerce^. Là tous les sont examinés de nouveau, et le comité, dont les
* Ces trois actionnaires sont pris à tour de rôle sur une liste è|i'^ douse commerçants présentés par le conseil général aux oen»>iir<. "il ; ehoi«is^rnL
fiicms sont péremptoires et sans appel, efface sur le bordereau le nom et les somines des billets qu*il ne veut point accepter. On ne réclame jamais, car on sait que nulle explication ne serait fournie. Le total, rectifié selon leâ radiations qui ont été faites, est écrit et consigné par un des régents en tête du bordereau ; un sous-gouverneur écrit le chiffre à une place déterminée, et le gouverneur l'approuve en y mettant son paraphe. Ainsi, pour cette opération, Fentente des deux pouvoirs de la Banque de France, du pouvoir délibérant et du pouvoir exécutif, est indispensable. Les billets et les bordereaux sont alors renvoyés au bureau qui les a reçus le premier ; on y additionne le total des sommes représentées par les UUetsnon rejetés, en ayant soin de défalquer le montant do taux de Tescompte ; on inscrit la sofmme et le nom de h personne qui peut en disposer sur une fiche qu'on famce par une trémie à la caisse spécialement chargéede ee service. On y crédite de la somme indiquée le compte .4u présentateur, qui est prévenu par un avis émanant du bureau de Tescompte, et il peut le jour même utiliser l'argent qu'on tient à sa disposition.
Le travail de l'escompte est un des plus considérables qui se puisse voir; il s'est exercé, en 1868, sur 2,396,752 effets, représentant la somme de 2,221,540,108 fr. 6 centimes ; sur ce nombre, 32,180 billets, équivalant à ^4,724,319 fr. 78 centimes, ont été rejetés par le con- . «eil. La moyenne de la valeur des effets est faible, puisqu'elle ne s'élève pas à plus de 928 francs. C'est là sur^ tout qu'apparait l'importance démocratique de la Banque; si elle reçoit des traites du Trésor s*élevant parfois à plusieurs millions, elle accepte, elle escompte sans hésiter des billets de deux ou trois francs souscrits par de pauvres diables aux abois ^. C'est surtout le petit
'On a présenté à l'escompte, en 1868, 610 effets de 10 francs et au«
9i4 U BANQUE DE FRAKCB.
commerçant, le fabricant isolé, qui a recours à la Banque ; elle se montre bonne mère pour eux et ne les répudie pas. Les hauts financiers, les grands banquiers, ceux qu*on appelle familièrement les gros bonnets, ne s'adressent que bien rarement à elle ; ils ont intérêt à faire eux-mêmes l'escompte et à user de leurs capitaux avant de s'adresser à ceux d'autrui.
Tous les effets acceptés sont rangés par ordre d'échéance et enfermés dans ce qu*on appelle le portefeuille; quel abus de mot ! Je défie Briarée de le mettre dans sa poche. Cette immense caisse, à doubles murailles de' fer, à quadruples serrures, remplit à elle seule une chambre entière, chambre en pierres de taille, dans laquelle elle est scellée par des crampons gros comme des peupliers de vingt ans. Tous les jours on fait remettre au bureau chargé de la recette les effets qui échoient le lendemain. Ce bureau offre une physionomie particulière, on l'appelle la galerie; en effet, il occupe au rez-de-chaussée une salle immense à laquelle un sous-sol provisoire sert de complément. On y lait le tri des billets, on les divise par quartiers; chaque quartier est remis à un brigadier, qui le distribue à ses hommes. Les garçons de recelte de la Banque de France sont bien connus dans Paris. Qui ne les a vus passer, la chaînette du portefeuille pendant à la boutonnière, la sacoche à l'épaule, le tricorne crânement posé sur le coin de l'oreille? qui n*a été frappé de leurs bonnes figures sans moustaches, de leur allure rapide, de l'air de probité qui semble adoucir les traits de leur visage? Leur costume invariable, le grand frac gris à boulons blancs ornés d'une tête de Mercure, est respecté par la population à l'égal de n'importe quel uniforme ; et ce n'est que justice, car tous sont de braves
dessous ; 80,44u de 1 1 francs à 50 francs ; 148,230 de 51 francs à 100 francs ; suit plus d'un septième de l'admission générale.
gens qui manient des fortunes, portent parfois plusieurs millions dans leurs larges poches et sont incapables de voler deux sous. Ils sont au nombre de 170 et divisés en quinze brigades correspondant aux quinze zones par lesquelles la Banque a fictivement partagé Paris.
Au point du jour, ils partent pour présenter à chaque signataire le billet que ce dernier a souscrit et en re* cevoir Téquivalent. Aux échéances du 15 et de la fin du mois, chacun d'eux a en moyenne cent trente maisons à visiter; si Ton réfléchit que chaque billet doit être remis au domicile du souscripteur, que ce soit à Tentresol ou au sixième, on pourra imaginer que le soir ils ont les jarrets singulièrement fatigués par tous les escaliers qu'il leur a fallu gravir. La Banque les autorise à donner une fiche portant leur nom et le numéro de leur brigade aux personnes qui ne peuvent pas payer immédiatement, afin que celles-ci puissent venir acquitter à l'hôtel de la rue de la Vrillière le montant de leur effet. La galerie est curieuse à visiter, surtout aux jours des grandes échéances de la fin de juillet et de la fm de décembre. En attendant que les constructions soient terminées, on assemble dans la cour d'entrée des baraques séparées par des barrières où l'on parque les retardataires; un grand tableau, visible pour tous, indique le nom des garçons qui, étant rentrés, peuvent encaisser à la Banque les recettes qu'ils n'ont point touchées dans la journée.
C'est vers quatre heures que la foule arrive, inquiète, presque anxieuse, dans la crainte d'être venue trop tard et de ne pouvoir éviter un protêt. En cela elle a tort; dès qu'elle a pu pénétrer dans la cour, elle est certaine qu'elle ne sera pas renvoyée au lendemain. Ceci est de principe à la Banque ; on sait qu'on appartient au public, et l'on ne s'y couche que lorsque toute la
5iG LA BANQIE DE FRANGE.
))esogne est faite. La galerie, éclairée par le gaz, qui jette des lueurs blanches sur les murailles neuves, est divisée en 169 petits bureaux. C'est là que le garçon de recette s'installe, à sa table, défendu contre les ardeurs indiscrètes du public par un fort treillis de fer qui fait ressembler sa cabane à une cage. Son nom et son numéro, inscrits en gros caractères, servent d'indication à ceux qui le cherchent. Des plantons, des invalides pris pour la circonstance et qui semblent fort ahuris au milieu de ce monde, en présence de ces billets de banque qu'on feuillette d'un doigt rapide, de ces masses d*or qu'on pèse lestement sur des balances, mettent un peu d'ordre dans la foule, ne la laissent entrer ([ue petit à petit et font parfois des réflexions baroques. — Ah! me disait l'un d'eux en regardant une liasse de billets de banque qui représentait bien 5 ou 600,000 francs, si j'avais cela, je mettrais tous les jours une côtelette de porc frais à Vordinaire! — Si j'étais roi, disait un bouvier de la Sabine, je garderais mon troupeau à cheval !
Les zones sont très-différentes entre elles. Celle du faubourg Saint-Germain est représentée par des domestiques en livrée, qui viennent payer le billet de leur maître ; celle de la rue Notre Dame-de-Lorette montre de petites femmes piaillardes, remuantes, jouant des coudes pour se faire faire place, regardant l'heure à toute minute, tant elles craignent de manquer le dîner auquel elles sont invitées ; elles tiennent en main 25 ou 30 francs qui doivent acquitter le billet fait à la marchande à la toilette pour un faux chignon ou une perruche verte; celle de la rue Notre-Dame-de-Nazareth est fréquentée par un monde assez sordide, en grande redingote traînante, à longs cheveux gras : œil inquiet, regardant par-dessus des besicles, nez pointu, barbe de bouc, mains osseuses et d'une propreté peu
ragoûtante. Au milieu de tous ces gens qui forment queue à chacune des cases et que les garçons de recette se hâtent d'expédier, il y a bien des industriels sans industrie, qui viennent tâter le terrain et les poches du voisin pour reconnaître si, par hasard, ils ne pourraient pas y trouver, sans malencontre, quelques-uns des fafii^ garâtes dont ils sont si friands ^
L*endroit n*est pas sain pour eux d'ailleurs, et j'ai vu rôder là certains bourgeois aux pommettes saillantes, aux larges épaules, aux allures félines, qui pourraient bien avoir dans quelque coin de leur portefeuille une carte d*agent du service de sûreté. Le poisson va toujours à la rivière, et le filou aux endroits où il peut travailler ; il est donc naturel que les salles d'attente de la Banque soient très-fréquentées par les voleurs. 11 y a aussi une autre espèce de gens qui hantent la galerie, se mêlant aux groupes dès qu'un chef de service passe auprès d'eux, flânant, regardant deci et delà avec nonchalance, et qui attendent l'instant propice pour aller demander aux garçons si tels billets, dont ils donnent l'indication, ont été remboursés. Ceux-là sont les petits escompteurs, race véreuse par excellence, écorchant le pauvre monde, faisant faire des signatures d'endossement pour cinq sous par les écrivains publics, marchands de contre-marques à l'occasion, ne reculant devant aucun bas métier, tombant souvent en police correctionnelle et frisant parfois la cour d'assises ; on les appelle les toupiniers. Lorsqu'un haut employé les aperçoit et les reconnaît, il s'empresse de les faire jeter à la porte, sans plus de cérémonie que si c'étaient des chiens crottés.
Quand le dernier souscripteur de billet, le dernier
* Fafiot garaié est le terme par lequel les voleurs désignent les billets de banque : fafiot signifie papier, et garaté rappelle que les billets ont, pendant de lonj^ues années, été signés : Garât
as Là E&sQCE M rmis<z.
\ le denier s^enl de police, le dernier toupiuier ^(■îtlé la gmlerîe, on ferme les portes; mais cepeniMt n^est pis ini, Um de là. Il font régler les ¥oir s^ils ooDcardent entre enx, relever les compter les billets de banque et peser For.
esMNiade fût œ travail, qui est long et mèticalenx« sons la directioB de son brigadier. Lorsqu'on s'est mis d'accord, Targeni est porté à nne caisse, les billets à «le antre : tout est vérifié de nouveau et transmis à la caisse principale. On peut croire que tout alors est te^ miné; mais û faut préparer Téchéance du lendemain et distribuer à chaque homme les effi^ qu'il devra présenter. Cest ainsi que parfois, lorsque les échéances ont été lourdes, la galerie est encore éclairée à deux» à tiXHS heures du matin, et que les habits gris, ainsi que les garnotts de récite s^appellent entre eux, sont occupés autour de leur petite lampe à faire des calculs et à pointer des chiffres. Chaque jour suffit à sa tâche ; quand cette besc^ne a pris fin, les garçons ont mérité d'aller donnir.
Tout n'est pas rose dans leur métier, car ils sont responsables de l'argent qu'ils ont à recevoir, et ils sont obligés d'opérer avec une telle rapidité que leurs erreurs sont fréquentes. l»ans les premiers temps qu'ils sont au service de la Banque, les garçons font école sur école; on a beau ne leur donner ni corvées, ni gardes, ni veillées à faire, les laisser exclusivement se consacrer à la recette, il est rare que leur apprentissage ne leur coûte fort cher, et lorsque au bout de Tannée ils alignent leur compte, ils s'aperçoivent avec stupeur qu'ils ont perdu plus qu'ils n'ont gagné. 11 faut rembourser; c'est une grosse affaire, bien pesante ; ils payent par tempérament, tant par mois qu'on retient sur leurs appointements; peu à peu ils s'y font, prennent l'habitude de bien compter, plutôt deux fois qu'une, et finissent par
avoir des recettes en équilibre ; Iieureuseraent que la Banque les laisse profiter des excédants de recette, et qu'ils peuvent ainsi diminuer leur déficit. Celui qui parvient à ne pas faire de pertes est fort admiré et envié par ses camarades, qui disent de lui : (( C'est un vieux roublard, il n'a pas été refait une seule fois cette année-ci I B
Le fait est douloureux à avouer, mais on les vole beaucoup. Qui? les voleurs qui cherchent fortune dans les mes, les gamins qui se faufilent entre les jambes et excellent à fourrer leurs petites mains dans les poches? Non pas. ils sont volés par les personnes mêmes auxquelles ils ont affaire, et qui, peu scrupuleuses parfois, estimant que tout bien trouvé est un bien gagné, ne s'empressent pas de faire remarquer au garçon de recette qu'il oublie, tant il se hâte, tant il est talonné par l'heure, de ramasser un billet ou un appoint en écus. Ces pertes sont assez considérables pour la galerie, 25 ou 30,000 francs par an au moins. Elles sont personnelles et retombent tout entières, d'un poids souvent très-lourd, sur le pauvre homme qui s'est laissé duper.
Si je me suis si longuement étendu sur l'escompte, c'est que de toutes les opérations c'est la plus importante, la plus générale, celle qui fait le plus de bien, qui pénétre jusqu'aux dernières couches de la société, et qui, par les immenses services qu'elle rend chaque jour, suffirait à expliquer l'existence de la Banque de France et à justifier le respect dont elle est environnée. Toutefois cette opération, qui est bien réellement la base du crédit et du travail industriels, n'est pas la seule dont la Banque soit le théâtre.
Il en est d'autres qui, d'un caractère moins universel, offrent cependant une grande utilité pratique et dont il convient de dire quelques mots. En première ligne se placent les comptes courants. Tout individu, pourvu qu'il
ne soit pas failli non réhabilité, peut avoir un compte courant à la Banque : il suffit de remplir certaines formalités faciles et d*adresser une demande au conseil, qui ne refuse jamais. On peut dés lors confier à la Banque les fonds qu'on a sans emploi, en disposer selon ses besoins, à Taide de mandats payables au porteur, à la condition expresse que la valeur du mandat ne dépassera jamais celle de la somme mise en dépôt. La Banque devient donc dépositaire et caissière ; elle est responsable de la somme reçue, touche et paye au lieu et place de celui qui prend lui-même le nom de compte courant. Ce sont les gros négociants, les notaires, les agents de change, qui usent surtout de ce moyen trèssûr de garder de l'argent et de le faire mouvoir sans en avoir l'embarras. Pour beaucoup de ces personnes, principalement pour les notaires et les agents de change, les mandats donnés sur la Banque sont des mandats de virement. Si à la suite d'une liquidation un agent de change doit 100,000 francs à Tun de ses confrères, au lieu de le payer en écus ou en billets, il lui remet un bon de virement qui est envoyé à la Banque ; on débite le compte du premier agent de change de la somme indiquée, et Ton en crédite le compte du second; de cette façon, le payement est effectué sans échange d'espèces.
Ce système est très-pratique, il est d'une sécurité parfaite et apporte dans les relations financières une économie de temps considérable. Les personnes admises au compte courant et à l'escompte ont aussi k faculté de faire toucher par la Banque les effets qu'elles ont à recevoir ; cette opération, qu'on appelle le comptant, est absolument gratuite. Ce service prend un accroissement extraordinaire et pourrait même, par l'encombrement qu'il occasionne, par les frais qu'il entraîne, causer quelques embarras à la Banque, si elle ne savait tou-
jours se maintenir à la hauteur de sa grande mission^ La Banque fait aussi des avances sur des valeurs mobilières qui ont été étroitement déterminées par la loi ; de quelque nom qu'on veuille appeler ce genre d'opération, c*est le prêt sur nantissement. Nulle demande d*avances n'est acceptée, si elle n'est accompagnée d'un certificat signé par une personne ayant un compte courant et attestant que le postulant a toujours fait honneur à sa signature. Dans le bureau des avances, de larges ardoises, fixées à la muraille au-dessous de Ténoncé des titres acceptés, relate le cours à la Bourse de chacune de ces valeurs et la somme proportionnelle qu'on peut prêter dessus, qui est de 60 pour 100 lorsqu'il s'agit d'actions ou d'obligations de chemins de fer et de 80 pour 100 quand on se trouve en présence d'effets publics ou de rentes sur l'État; de cette façon il n'y a jamais hésitation de la part de l'emprunteur ; un seul coup d'œil lui apprend à quoi il peut s'en tenir. Ce service est assez considérable et a entraîné, pour l'année 1868, un mouvement de fonds de 433,415,450 fr. ; le prêt a lieu pour deux mois, avec facilité de renouvellement, et est grevé d'un intérêt annuel de 3 pour iOO. Comparé aux bureaux de l'escompte, du comptant, à la galerie, ce bureau est assez silencieux ; mais il n'en est pas toujours ainsi. Quand l'État se décide à faire un emprunt, c'est à qui viendra apporter là ses titres de rente, ses actions, ses obligations, ses bons du trésor pour avoir de l'argent comptant qui permet de souscrire et de réaliser quelques bénéfices.
* La progression du service du comptant est saisissante; en l'an XI, au début, 58,750 efTets représentant 122.027,633 f^. 72 c.; — en 1848, 368.984 effets et 420.784,165 fr. 03 c; — en 1868, 1,890,515 effets et 2,397,304,296 fr. 35 c. — Cette proportion toujours croissante a obligé la Banque à créer récemment quarante nouveaux garçons de recette, et il est é présumer qu'on n'en restera pas là. (Notre prévision ne s'est pas réalisée ; il v a décroissance ; en 1874, 1,154,394 effets pour 906,584,800 francs.)
Là BASUm K fftâlCZ.
vifeun mMrlingots d*or et cette opëntioa buiqiiîenet ésg momiaies et de les oivo jer à lUlddB qa» Cwai, «mis les iMinf ni irf inmoins eo
i pea près égale à la iraleur da
d*ènniiiérer sont la Unife de France interaent df|iaMliiif et se charge des objets Elle devient alors une SMle la^ndle diacan a le drut de ses bijon, exccfiié toatelanqne le vohnM ne permet pas de les boiles qni la cantiennent dans Tescalia de la caisse. Le droit de garde auquel les d^idts sont nsaqettis est tet ■ûnîme et èqoiiaut jusqu'à un certain prânt à me prime d'assurance. D esl de I fr. 25 ceot pour 1,000 : mais la Tsieur d'un dépôt est toujours censée reprèsenler au moins 5^000 francs. Le déposant signe sur un registre Fade de d^t, en regard duquel il applique un cachet analogue à celui qui scelle la boite rentennant les obj^s qui ont été Térifiés en sa présence. Le dépôt i>st fait pour six mois, c*est-à-dire que, ne serait-il laissé que vingt-quatre heures à la Banque, il est frappé d'un droit représentant une demi-année de garde. Presque tous les diamants appartenant à des personnes qui vont d'habitude à la campagne, passent l'été dans les armoires de la Banque. Si la caisse des dépôts pouvait parler, elle fournirait plus d*un curieux chapitre à l'histoire contemporaine. Elle dirait qu*il y a longtemps, — je me hâte d'ajouter que c*est avant notre expédition du Mexique, — eUe a contenu toutes les dépouilles delà
catliédrale de Mexico : ostensoirs garnis d*émeraudes et de diamants, crucifix, statuettes d'or, encensoirs de vermeil, bagues à chaton d'améthyste, crosses pastorales émaillées. Que sont devenues ces richesses? Il est difficile de le savoir, mais les brocanteurs, les joailliers, les changeurs, les banquiers de Paris pourraient peutêtre en raconter quelque chose.
Nulle prescription ne peut atteindre un dépôt, et il y en a dans les caisses de la Banque qui y sont pour jamais. Ce sont des titres au porteur émis, au moment du grand agiotage de 1838, par des sociétés industrielles pour lesquelles des asphaltes imaginaires, des bitumes problématiques et d'invraisemblables charbons étaient un sûr moyen de vider les poches d'actionnaires plus cupides que clairvoyants. Ces compagnies ont été rejoindre les neiges dont parle François Villon. Quelquesuns des titres dont ces compagnies avaient inondé la place de Paris ont été déposés jadis à la Banque comme un bien précieux. Les propriétaires les y laissent sans mot dire, car ces paperasses n'ont plus aucune valeur, pas même celle du droit de garde qu'il faudrait acquitter, si on les voulait retirer. Tous ces chiffres sont là, dans des portefeuilles respectifs, disparus sous une épaisse couche de poussière qui augmente tous les ans et finira par les ensevelir.
Ce sont jusqu'à un certain point les premières actions dont k Banque ait eu le dépôt ; aujourd'hui un service spécial, créé en 1855 et fort surchargé, est consacré au dépôt des titres qui sont indéterminés et n'ont sous ce rapport aucune ressemblance avec ceux sur lesquels on fait desavances. £n 1868, la Banque a reçu à Paris 22,860 défôis volontaires, formant ensemble 661,939 titres de valeurs françaises et étrangères, de 924 natures différentes. Non-seulement la Banque garde ces actions, ces obligations, mais elle en reçoit les arrérages pour le compte
des propriétaires, qui yierment les toucher lorsque rheure de Téchéance a sonné. La même année, ces arrérages se sont élevés à la somme de 62,903,993 francs. La caisse où les dépôts sont conservés s'appelle la serre; c'est, du reste, le nom que la Banque donne à toutes les caisses qui, n'étant pas destinées à la dépense ou à la recette, sont réservées à la garde des valeurs non circulantes, telles que papiers pour billets, billets imprimés, billets non encore émis. Cette fois, du moins, le nom est bien trouvé, car le local lui-même fait illusion* et c'est bien une serre qu'on a sous les yeux. C'est une vaste salle oblongue assez semblable à une galerie, éclairée par un jour d'atelier et garnie d'énormes armoires dont les légers montants de fer sertissent des glaces transparentes. Là, sur des planchettes de fer, les portefeuilles sont appuyés les uns sur les autres, avec cet air penché et maladroit que les volumes afTectent dans une bibliothèque mal rangée. Le bâtiment est récent, et l'on peut voir quel soin la Banque apporte à ses nouvelles constructions : il ne contient pas un atome de bois ; il n'y entre que du fer, de la pierre, du verre, de l'ardoise. L'incendie serait habile s'il pouvait mordre sur de tels matériaux. On ne saurait, du reste, s'entourer de précautions trop minutieuses pour défendre un tel trésor. Lorsque j'ai été admis à le voir, il représentait 1,240,159,863 francs, au cours de la Bourse du jour, et se composait de 2,385,561 titres.
Non loin du dépôt s'ouvre le bureau des actions, qui sont, d'après la loi, au nombre de 182,500, dont 124,613 inscrites à la Banque centrale, et 57,887 dans les succursales. Le registre sur lequel elles sont relatées en contient l'historique depuis l'origine jusqu'à l'heure présente, et l'on peut, en le consultant, savoir entre quelles mains elles ont passé, combien ont été transférées volontairement, combien à la suite de décès,
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combien atteintes d^oppositions. Elles ont le privilège de pouvoir être assimilées à un immeuble, et, comme telles, d'être frappées d'hypothèques, de servir à un emploi de régime dotal, de former un majorât. L'héritier d'un des grands noms du premier empire a encore aujourd'hui son majorât constitué de la sorte. Le registre est composé de seize énormes volumes qui pèsent chacun une vingtaine de kilogrammes. Us sont en double, et diaque soir, au moment de la fermeture du bureau, (m en met un exemplaire complet sur des brancards et on le porte à l'autre eitrémité de la Banque ; de sorte que, si un incendie se déclarait pendant la nuit, il faudrait qu'il embrasât instantanément tous les bâtiments pour que les titres des actionnaires, — originaux ou copies, — fussent détruits.
Au bout de la galerie des actions, dont l'aspect n'a rien de particulier, le bureau des succursales étale orgueilleusement des salles nouvellement construites. Cest de là que part l'impulsion donnée aux banques de province, et c'est là que ces dernières envoient journellement le procès-verbal de leurs opérations, qui sont, dans des limites naturellement plus restreintes, les mêmes que celles dont, nous nous occupons. Huit inspecteurs visitent à époques indéterminées les succursales, en apprécient les besoins, en examinent le fonc* tionnement et aident à leur donner tout le développement qu'elles peuvent comporter. Lorsqu'une succursale manque de monnaie métallique, on lui en expédie par le chêmiQ de fer en acquittant une assurance onéreuse qui, pour 1868,s'estélevéeàla somme de 407,000 francs; mais lorsqu'elle est dépourvue de billets, on emploie pour lui en faire parvenir en toute sécurité un moyen fort ingénieux que le lecteur me pardonnera de ne pas dévoiler.
La Banque ne paye jamais qu'en billets, excepté, bien
S3G U BASQUE DE FRAKCS.
entendu, les appoints au-dessous de 50 francs; mais comme ces billets sont au porteur et qu'on peut immédiatement les convertir en espèces, elle a un bureau de change qui est fort occupé et regorge de monde à toute heure du jour. 11 est très-surveillé, car il ne manque pas de gens à mine douteuse qui viennent y chercher fortune. Toute somme inférieure à i 0,000 francs est changée à ce bureau ; pour les sommes supérieures, on doit s'adresser à la caisse principale. Le maniement des fonds exigé par le change des billets en or a été pendant l'année 1868 de 722,515,000 francs, dont 374,208,000 francs pour la caisse de change et 348,307,000 francs pour la caisse principale. A propos de ce bureau et de toutes les autres caisses de la Banque, il existe dans le public une opinion qu'il convient de rectîGer. On croit généralement et l'on dit volontiers que tout versement fait par la Banque est considéré comme définitif et que si, par distraction, le caissier a payé plus qu'il ne devait, la somme totale est légitimement acquise à celui qui Ta reçue. 11 n'en est rien, et, comme les caissiers sont personnellement responsables de leurs opérations, ils réclament par tous les moyens en usage, et font rentrer les erreurs en trop que la probité la moins chatouilleuse devrait engager à restituer sans délai.
'i outes les affaires d'une nature litigieuse sont transmises à un bureau de contentieux, qui ne mancpie pas d'occupation. La façon de procéder de la Banque, en certaines matières, mérite d'être expliquée. Lorsque la Banque est forcée de poursuivre un débiteur, elle fait sa grosse voix, elle menace beaucoup; mais en réalité elle fait plus de bruit que de besogne, car elle a pour principe de ne jamais pousser les choses à l'extrême et de
*un arriver aux dernières rigueurs. Même dans les ^ èpogoea, en 1848 par exemple, lorsque
tant de gens ont argué de la révolution pour ne pas payer leurs dettes, elle ne s*est jamais montrée créancière implacable. Elle prend ce qu'on appelle en langage de procureur toutes les mesures conservatoires, protêt, dénonciation de protêt (pour sauvegarder le recours contre les endosseurs), saisie-arrêt, inscriptions hypothécaires; mais pas une fois elle n*a provoqué une >'ente mobilière ou immobilière, pas une fois elle n'a requis Temprisonnement, pas une fois elle n*a fait déposer un bilan. Sa mansuétude est inaltérable ; comme un géant qui ne s'abaisse pas à frapper un être faible, elle retient ses coups et se laisse rire au nez par ses dé- Jbiteurs, qui lui disent parfois avec impudence : Je vous défie de me faire mettre en faillite.
Aucune des opérations delafianque, si minime qu'elle soit, fût-ce Tenregistrement d*un effet de 1 fr. 25 cent., ne peut être faite par un seul employé. Toutes les écritures sans exception exigent le concours de plusieurs agents. Cette série de formalités constitue un contrôleperwanent et assure une régularité infaillible, puisqu'elle engage plusieurs responsabilités intéressées à se surveiller mutuellement. Les résultats d'un pareil système sont tels, qu'une erreur est une chose rare à la Banque et que dans le bureau de l'escompte, où il passe annuellement plusieurs millions d'eiîets qui sont examinés un à un, on a, depuis vingt ans, égaré un seul billet, lequel valait vingt francs.
La comptabilité est excellente, car chaque caissier est teneur de livres ; cependant on ne s en rapporte pas à eux, et, le soir, toutes les écritures de la journée sont transmises au bureau de la balance, qu'on appelle plus communément les livres. Là, des employés spéciaux, qu*on nomme balanciers, prennent ces innombrables paperasses écrites au courant de la plume, les réunissait, repassent tous les chiffres, refont tous les calculs, n. 22
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Autrefois Ll a -m -^it vtk sinu. ^ m -^itstitr t ifi lUait seul, à travers jes •%'iiiri 41 .«s »miiirt luit i?n^ tatire iriolente &r premir» les irf^jsaaunik iiiu: >t:"i^ih«er Anmoîâ de déiiemlir» l^TT. SI. Biiiirm. 'jiusnittr i7;iiir en main on carton ^ui iriuijtflaLC LMM.JMM jnni:^-in billets de banque, au urtur Ik ji zriniie -.inir 'pi 1 -^ui^ obligé de traverser, ôit «*.i:n«7K xan:^ lii ':iiiui*r ■itpjù par deux indhidos «{ui le ^etersit «r Lii -rt v;alunfut lui arracher son portefisuill*. C «e defemixt, AppeU a»
secours, tomba, entraînant ses agresseurs avec lui. Selon une vive expression, d'un rapport de police, ils pataugeaient à travers les billets de banque. Un des malfaiteurs put s*échapper, Tautre fut saisi et conduit chez le commissaire de police, où il se brûla la cervelle. Cette aventure fut un avertissement sévère, et maintenant les caissiers, toujours escortés par un garçon solide, ne se rendent à leur bureau que par les salles T intérieures de Thôtel. Le maximum des sommes qu'un ^ caissier peut donner est limité, et celles qui dépassent 20,000 francs doivent être acquittées par la caisse principale. Tous les jours, lorsque les bureaux sont fermés, les caissiers-adjoints rapportent à la caisse mère \S reliquat de la journée, de sorte que chaque soir tout ^a^ C gent, tous les billeta de la Banque sont centralisés au même endroit, sous la même surveillance, sous la même responsabilité.
Elle est curieuse à visiter, cette caisse principale, où Ton manie les billets de banque avec autant d'indifférence que les pâtissiers manient les petits pâtés : le mouvement y est incessant et considérable ; il devient parfois excessif au moment des fortes liquidations. Dans la journée du 5 décembre 1868, par exemple, il a été de 550,559,509 fr. iS cent. C'est alors un va-et-vient perpétuel, et, sous forme de billets, le Pactole coule par les guichets devant lesquels s'ontasse le public. J'ai vu là, répandus sur de grandes tables, 105 millions que Ton compulsait. J'étonnerai peut-être le lecteur ^n lui avouant qu'un tel spectacle ne produit qu'un effet médiocre. Autant Ton est ébloui par la vue de quelques centaines de mille francs en pièces d'or, scintillantes et sonores, autant on reste calme en présence de ces feuillets de papier.
Un million en billets de banque, épingles et ficelés, ne fait pas grand embarras, comme on dit vulgairement;
[ans la main, c'est fort léger, i ,644 grammes, et à Tœil a figure à peu près le volume d'un gros in-octavo. 11 y
quatre ou cinq ans, un tanneur de Dijon ayant dit que e budget représentait, en billets de banque, la hauteur lu clocher de Saint-Bénigne, fut traduit en police corectionnelle sous Tinculpation de propos séditieux, levant le tribunal, il soutint son opinion avec vigueur t fut acquitté. Les juges ont montré de l'esprit, et, de •lus, ils ont implicitement reconnu que le prévenu ravait pas tort. Mille billets de 1,000 francs, placés à )lat, ont précisément 10 centimètres de haut. En doutant au budget deux milliards en chiffres ronds, les âllets de banque qui le composent, superposés les uns ur les autres, atteindraient une hauteur de 200 mètres; r, d'après Y Annuaire du Bureau des longitudes, la Dur de Saint-Bénigne n'a que 92 mètres 09 centimères ; le tanneur de Dijon était donc bien au dessous de SI vérité.
Quoique la caisse principale soit amplement fournie, e manière à faire face aux nécessités^ inême exceponnelles de chaque jour, il arrive parfois qu'elle se •ouve inopinément dépourvue, et qu'on est obligé 'aller puiser dans la grande réserve qui est déposée ans les caves. Les caves de la fianque ! ce sont là les înq mots magiques qui ouvrent un horizon sur le pays es Mille et une Nuits. On pense involontairement aux ontes de madame d'Aulnoy : « Toc, toc, fit la duchesse rognon, et il sortit du tonneau un millier de pistoles ; »c, toc« et il sort un boisseau de doubles louis d'or ; «, toc, il sort tant de perles et de diamants que la .rre en était toute couverte. » On s'imagine que dans is souterrains, qui devraient, comme le trésor des iebelungen, être gardés par des génies, les pièces d'or t les écus d'argent sont jetés en tas ainsi que l'avoine ans les greniers. 11 n'en est rien et il faut en rabattre.
Zii LE BA.NQLE DE FRANCE.
Nul endroit n'est plus triste, plus terne, moins fait pour tenter. Les doubles portes qui en protègent Tentrèe sont formidables, et nulle forteresse n'est année de telles murailles de fer, de si gros verrous, de si puissantes serrures. On y descend par un escalier en vrille, tout en pierres de taille assemblées au ciment romain, défiant le pic et la pioche ; on Ta volontairement rendu si étroit, que deux personnes n*y peuvent passer de front. Quatre portes de fer munies chacune de trois serrures se pré. sentent ensuite. Pour les ouvrir, il faut le concours forcé du caissier principal et du contrôleur général. Lorsque tous ces obstacles sont franchis, on pénètre en plein mystère.
On s'attend à se trouver dans le domaine des éblouissements, à voir les masses d'or et d'argent briller à la lueur des bougies en étincelles éclatantes, et l'on se trouve en présence de hautes caisses de plomb, qui cachent hermétiquement ce qu'elles renferment, ne le laissant soupçonner que par l'étiquette écrite à la main qu'on a collée dessus. C'est l'argent qui est là, monnayé et enfermé dans de grands sacs qui tous, invariablement, contiennent 10,000 francs. Ceux de nos lecteurs qui, visitant un navire de guerre, sont descendus dans la soute à l'eau, peuvent se faire une idée très-exacte de l'aspect général de ces caves, à cette différence près que les caisses, au lieu d'être en fer boulonné et rivé, sonten plomb. Les sacs d'or, d'une valeur de 10,000 francs aussi, sont gerbes les uns sur les autres, comme des Èûches dans un chantier, par larges tas grisâtres, sans caractère et sans originalité. Lorsqu'on les remue un peu vivement, ils rendent un petit son aigrelet qui rappelle le métal.
Les lingots appartenant aux banquiers et aux changeurs, qui les ont déposés à la Banque contre avances, sont symétriquement rangés, et, sauf leur couleur d'un
blanc verdâtre, ont Tair de briques empilées. Seuls les lingots d*or, jetant des lueurs fauves quand on les éclaire, semblent des carrés de feu immobilisés et représentent bien la matière précieuse. En somme, Taspect est décevant et la dernière des vitrines de la galerie d'Apollon, au Louvre, montrant des buires en cristal de roche et des statuettes en sardoine, produit une impression bien plus profonde et bien plus durable. 11 faut une certaine réflexion pour comprendre que ces caisses de plomb, ces tas de sacs au milieu desquels on se promène, constituent une fortune sans pareille. Lorsque je les ai visitées, les caves contenaient 726,275,666 fr. 68 c. Il ne faut point en faire fi, c'est une belle somme ; mais si les caves de la Banque de France sont le séjour du veau d*or, il faut avouer que ce dieu médiocre est singulièrement mal logé.
Quels sont les moyens que la Banque tient en réserve pour interdire l'accès de ses caves, ou pour y neutraliser les intentions mauvaises de ceux qui seraient parvenus à s*y introduire? Il est difficile de le dire, car elle n'est point bavarde à cet égard. Je n'affirmerais pas qu'elle ne puisse noyer, asphyxier ou brûler les visiteurs trop indiscrets ; les tuyaux de gaz et les conduites d'eau peuvent être, à un moment donné, de redoutables auxiliaires ; de plus, on peut, en un laps de temps très-court, ensabler complètement l'escalier. Il n'y a pas d'autre issue pour entrer dans les caves, ni pour en sortir ; si elle est oblitérée, l'accès en est impossible.
La Banque fait bien d'être en mesure de protéger son encaisse métallique, qui est la fortune d'autrui bien plus que la sienne, et qui est la garantie des billets en circulation. Dans les circonstances ordinaires, elle est bien gardée et suffisamment défendue, par une compagnie de soldats d'abord, et aussi par un poste permanent de pompiers. Chaque nuit des garçons de recette dé&i-
gnés sont de garde, veillent près du vestibule de la caisse principale, que des hommes de confiance ne quittent jnmais. D'heure en heure les garçons font une ronde qui embrasse les cours, les écuries, les jardins^ les couloirs, les combles. Partout ils ont à constater leur passage réglementaire en remontant des cadrans qu*on a placés dans des endroits écartés les uns des autres. Ils doivent, à chaque ronde, tirer une sonnette qui correspond au poste des pompiers conune pour leur dire : Nous veillons, veillez-vous? En outre, par un guichet semblable à la bouche d'une boite à lettres, ils jettent un marron, sorte de plaque en zinc carrée, qui glisse jusque dans la chambre de l'officier de service au poste des soldats. J'ai fait cette ronde, car il est curieux de revoir, dans le sommeil de la nuit, les lieux qu'on a visités pendant le jour, lorsqu'ils étaient animés par le travail et par la fouie. Dans les galeries, dans les couloirs, dans les vastes salles désertes, plane une odeur fade et neutre qui est celle de la poussière ; les pas retentissent sur les parquets de bois el éveillent des échos sonores ; le gaz tremble devant les fenêtres entr'ou vertes; parfois derrière une croisée on aperçoit une ombre noire qui se promène régulièrement : c'est un planton qui, toute la nuit, arpente une terrasse par où l'on jiDurrait peut-être s'introduire dans l'hôtel. Des chats effarés passent à travers les jambes, et au bruit des portes qu'on ouvre, des araignées glissent lestement le lonç des murs pour aller se cacher derrière leurs toiles tissées à l'angle des plafonds.
C'est en parcourant ce grand désert silencieux, en montant dans les greniers où souffle l'aigre bise de la nuit, qu'on peut apprécier les précautions que la Banque a accumulées pour se défendre contre l'incendie. Dans chaque salle, des pompes sont gréées ; partout où il y a des pans de bois, des haches sont appendues aux
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murailles; deis conduites d*eau rampent comme des serpents le long des poteaux de pierre, et aboutissent à des robinets dont chacun a un numéro d'ordre; vingtquatre réservoirs contiennent 72,000 litres d'eau : ils sont toujours pleins et prêts à toute éventualité. Ce n'est pas assez ; à chacun des angles du quadrilatère de la Banque, une prise est directement branchée sur la conduite d'eau de la ville, et la pression y est suffisante pour qu'au besoin le jet liquida dépassât la partie la plus élevée des constructions. Tout cela est fort bien et peut, dans un moment donné, être très-utile ; mais ce qui vaut mieux encore, c'est la surveillance journalière, ce sont les soins assidus, la prudence que rien ne met en défaut et qui est telle que l'on n'a pas gardé, A la Banque, le souvenir d'un commencement d'incendie. Si jamais il s'en manifestait un, il est probable qu'il serait vite comprimé, et que le zèle des employés suffirait.
Les employés sont profondément dévoués à l'institution qu'ils servent, et c'est justice, car elle est pour eux pleine de prévoyance et très-maternelle. Elle n'admet pas cette mesure égoïste du surnumérariat, par laquelle les grandes administrations ne craignent pas d'accepter un travail sans compensation. La Banque exige un service régulier, fatigant, souvent excessif dans les heures de presse, mais elle sait le reconnaître à sa juste valeur, et les agents qu'elle emploie entrent dans les bureaux avec un minimum fixe de 2,000 francs. Une caisse de retraite parfaitement organisée permet de donner une situation acceptable à de vieux serviteurs, et il est rare, pour ne pas dire sans exemple, que le conseil n'ajoute pas à la pension une somme annuelle arbitrairement fixée, selon la durée et l'importance des services rendus. L'avancement y est normal, et les hauts employés, ceux qui aujourd'hui remplissent les fonctions les plus im-
portantes, — le secrétaire général, le caissier principal et d^autres, — sont entrés jadis comme petits commis aux écritures et ont fait leur chemin, un chemin brillant et fort envié, à travers les bureaux où ils ont gravi successivement tous les degrés de la hiérarchie.
Par suite d'une combinaison ingénieuse, tout fonctionnaire, depuis le gouverneur jusqu'au dernier garçon de recette, est soumis à un cautionnement qui, selon la situation administrative des individus, est représenté par un plus ou moins grand nombre d'actions de la Banque, Les employés, étant propriétaires dans l'établissement qu'ils servent, ayant une part du fonds sodal, ont un intérêt direct et permanent à ne pas négliger un travail qui peut avoir une certaine influence sur leur propre fortune. Aujourd'hui, le personnel attaché à la Banque possède 9,i75 actions, représentant au cours actuel 27,973,750 francs. La Banque ne dédaigne pas d'entrer dans les petits détails, et elle a fait établir dans lès sous-sols un restaurant dont la carte, fixée à l'avance, permet aux employés de trouver, pour un prix relativement minime, une nourriture qui ne parait pas à dédaigner*.
Si j'ai réussi à faire comprendre les multiples opérations que la Banque met en mouvement, on conviendra qu'à une largeur de vues qu'on ne peut nier elle ajoute une prudence à toute épreuve. Bien des financiers de l'école moderne, école qui souvent a montré une hardiesse qui dépassait les limites, trouvent que la vieille, c'est ainsi qu'ils appellent la Banque, devrait sortir de son cercle d'action habituel et entrer sans hésitation dans le mouvement des affaires. En la pressant, fort
* Les garçons de recette, en dehors des droits qu'ils ont à une pension de retraite, ont fondé, le 1" avril 1823, une caisse de secours qui lear permet de donner 10 francs par année de service, avec réversibilité sur la veuve et les orphelins, à ceux qui en font partie.
heureusement en vain, de soutenir des opérations d'intérêt général touchant à Tagriculture et au commerce, ils obéissaient à l'ancienne idée latine, catholique, essentiellement française, en vertu de laquelle on a toujours recours à l'ingérence du gouvernement, qui tue l'initiative individuelle.
JjSl Banque a résisté, et elle a bien fait. Mole sua staL Elle veut simplement, mais elle veut avec une inébranlable fermeté, que son billet soit bien réellement de l'or non-seulement pour elle, mais pour tout le monde. Ce résultat, qui pourrait nier qu'elle ne l'ait toujours obtenu? Le jour où ce vieux monument se laisserait envahir par les plantes parasites, il ne tarderait pas à être couché dans la poussière. C'est pour avoir voulu trop généraliser ses opérations que Law a jeté la France dans une banqueroute formidable. L'argent de la Banque n'appartient pas à la Banque ; elle en est le dépositaire, parce qu'on le lui a confié et parce qu'il est la garantie de sa monnaie fiduciaire. Si elle répudiait ce principe, elle entrerait dans la vie d'aventures qui mène au port quelquefois et le plus souvent au naufrage.
En dehors des conseillers trop intéressés pour être écoutés et qui veulent forcer la Banque à rompre brusquement avec ses sages traditions, elle a des ennemis qui verraient volontiers dans sa ruine le commencement de la félicité publique. De ceux-là il faut sourire, car ils ne sont point dangereux. Un agitateur célèbre, montrant du doigt l'hôtel de la rue de la Vrillière, a dit : « C'est là qu'il faut faire la prochaine révolution! » Niaiserie d'un écrivain qui s'emporte à son propre lyrisme et d'un niveleur envieux ! La Banque est le cœur même de la vitalité commerciale et industrielle de la France ; c'est la bourse toujours ouverte où les petites gens' vont puiser : elle est à la fois le phare, le refuge et le port de ravitaillement; tout succomberait
Si8 Li BASQUE OB FilAliCE.
avec die si on la brisait violeniiiieiit, et les auteurs d'un loi crime seraient les premiers à mourir de faim sur les nnnes qnlls auraient faites.
n n*y a rien de semblable i craindre, et en admettant qu'une révolution soit encore possible, elle n'atteindrait pas plus la Banque que 1830 ou 1848 ne Font atteinte; die est et elle restera l'exemple d'un établissement qui a pu traverser sans përil des crises que Ton croyait mortelles, que le cours forcé de ses billes a popularisé, et qui, par la moralité, par la prudence avec laquelle il est conduit, par l'excellent mécaaisme du gouvernement constitutionnel qui dirige ses destinées, est devenu pour le crédit public un organe d'une puissance unique au monde.
— Cediapitreaéléécritaaiiioîs de janvier 1860 41 rien, malgré la guerre, malgré la Commune, n'est venu démentir nos prcvisMiqs. Que sont les événements de 1830 et de 1848 en comparaison de ceux qui ont assailli la Banque ? Elle existe cependant et jamais ses opérations n'ont été plus multiples ni plus larges, fille est restée inébranlable au milieu de nos désastres, et elle ^ elle seule — a sauvé le crédit de la France. Sans fausser l'esprit de sa constitution, elle est Tenue au secours du pays avec un dévouement et uno générosité dont chacun doit être reconnaissant. Parlant de ce principe qu elle fait l'escompte des effets offrant de sérieuses garanties, elle a simplement escompté le papier de l'État; loin de s'eflarer et de fermer ses coffres, elle les a tenus tous grands ouveiis ; la France appauvrie, devenue suspecte à force d'infortune, y a trouvé les ressources qui lui étaient indispensables et y a puisé 1,610 millions. Le cours forcé des billets décrété aussitôt après la déclaration de guerre, loin d'amoindrir son influence, a prouvé, une fois de plus, l'ampleur et la solidité de cette admirable institution.
Lorsque, api^ès le 18 Mars, le gouvernement eut quitté Paris et se fut réfugié à Versailles, il fouilla dans sa bourse et y trouva dix millions; une pareille somme était misérable, en présence des éventualités tenibles qui se dressaient de toutes parts ?Xe gouverneur de la Banque — grftce au ciel — était aussi à Yersailles, et l'on s'adressa à lui. On ne devait pa? songer à l'administration
centrale, cernée et guettée par l'insurrection : tout transport de fonds eût été immédiatement interdit par la violence ; les succursales de province étaient heureusement libres pour la plupart et Ton put, de la fin de mars à la fin de mai, en tirer 135 millions qui permirent de rapatrier, d'organiser, d'équiper, de faire vivre nos troupes. Si Paris a été reconquis sur les hommes de la Commune, c'est d*abord à la Banque de France qu'on le doit, car sans elle, sans l'argeiit qu'elle offrait à deux mains, il eût été singullèremoit difficile de réunir une armée suffisante. Non-seulement le gouverneur avait accepté de faire face aux éventualités qui s'imposaient, mais il avait entrepris de sauver l'encaisse métallique des succursales placées dans des villes où les théories de la Commune trouvaient de nombreux adhérents. Cela n'était point aisé ; une partie du territoire était occupée par les armées allemandes et tout le Midi était travaillé par l'esprit de révolte ; où trouver un refuge assuré? 84 millions en or se promenaient dans les wagons des chemins de fer et, après de nombreuses péripéties, allèrent s'abriter dans un endroit fort bien choisi que l'on me permettra de ne point désigner.
Pendant que le gouverneur de la Banque continuait patriotiquement son œuvre de salut à Versailles, l'hôtel de la rue de la Yrillière, comme la foiteresse du crédit et du droit, restait imprenable, sinon impassible, au milieu di; Paris d'alors, d'un Paris atteint d'aliénation mentale et ne sachant qu'imaginer pour être encore plus bête que féroce. Tous les employés de la Banque, armés, gardaient l'hôtel et faisaient bonne contenance ; à toute réquisition de la Commune, on discutait, on gagnait du temps ; on s'appuyait sur le bon vouloir et la probité du délégué Beslay et l'on finit par s'en tirer à bon marché, car on ne versa aux gens de l'Hôtel de Ville que la somme de 16,765,202 fr. 23 c. : cela ne fait même pas 300,000 francs par jour. L'histoire de la Banque de France pendant la guerre et pendant l'insurrection communaliste serait à écrire : elle renferme bien des faits curieux sur lesquels l'opinion publique a été égarée et bien des enseignements ({u'il serait bon de mettre en lumière.
Tous ces événements, loin de paralyser faction bienfaisante de la Banque, ont semblé, au contraire, lui donner une force nouvelle. Ses opérations n'ont fait que s'accroître . elles portaient en 1809 sur une somme totale de 8,499,185,000 francs, et, en 1873, elles se sont élevées au chiffre de 16,715,331,000 francs, \yoir Pièces justificatives, 7.)
En 1873, l'escompte, à Paris, a accepté 3,293,125 effets, représentant la somme de 4,370,187,751 fr. 75 c, et en a rejeté 18,369, dont 6,691 pour simples irrégularités qui, rectifiées, ont permis une présentation nouvelle ; les avances sur effets publics ont été de 562,906,700 francs ; le maximum de la circulation des billets a éi^
attânl le 5t octobre par S,O7i,OiS,90O firancs; à la fin de 1875, le •erfioe des dépôU compUit i,7S0,713 titres appartenant à 987 nleurs difEârentes et re^^sentant unoTaleiir de 901,260,193 francs. La caisse principales parfois des journées d'un labeur excessif; le moaiement du 5 février 1875, par exemple, s été de 907,970,598fr. 14 c, dont 500.076,507 fir. 77 c de recette et 401,894,000 fr. S7 c de dépense. Aujourd'hui (1** arril 1875) l'encaisse métallique est de 1,596,100.000 francs : 801,300,000 francs à Paris et 634,800,600 francs dans les succursales. Cet accroîssement des opérations a entraîné raugroentation dn personnel des garçons de recette, fpi sont maintenant an nombre de S48; 39 sont employés aux caisses comme garçons de comptoir et S09 font les recettes dans la lille. L'absence de monnaie métalUqœ • fweé la monnaie fiduciaire i •efiractionner, et la Banque de France, pour répondre aux exigences du publie, a fait des coupures de S5, deSO et de 5 firancs. Les nécessités qui avaient amené la création de ces billets minimes ayant disparu, ceuxrd ont été retirés de la drculition et, en présence de la masse énorme qu'ils fbrmaient, on s'est aperçu que le système de destruction par mode d'incinération était lent et défiectueux. A l'ancien réchaud qui fonctionnait dans la cour du gouverneur, oo a substitué une chaudière cylindrique dans laquelle les billets oblitérés sont empilés et réduits en pâte par un liquide caustique chaufTé à l'aide de la vapeur d'eau. Ce {nrocédé est plus rapide, plus économique, moins désagréable que l'ancien. Il fonctionne régulièrement depuis le 1*' décembre 1874.
fVt ou SECOND VOLUIIF.
nUMÉRO 1
Impôts du vin
n est intéressant de Toii% en regard des impôts anciens et abolis, le releTé des impôts que le vin paye aujourd'hui. On lit dans le Moniteur universel du 13 septembre 1869 :
« Le Progrès de Lyon a fait un curieux relevé de ce que paye d'impôt le vin. Le voici :
« 1 . Impôt au profit de l'État, sous le titre de contribution foncière ;
« 2. Impôt au profit de l'État, sous le titre de passavant, exigible chaque fois qu'un propriétaire fait transporter du vin d'une de ses caves dans une autre;
c 3. Impôt au profit de l'État, sous le titre d'acquit-à-caution, chaque fois que du vin est transporté dans un entrepôt;
a 4. Impôt au profit de l'État, sous le titre de droit de congé, chaque fois que du vin est vendu à un particulier pour la consommation de sa maison;
< 5. Impôt au profit de l'État, sous le titre de droit de détail, quand le vin est vendu par les débitants ;
a 6. Impôt au profit de l'État, sous le nom de licence, payable par le marchand en gros, qui a droit d'entrepôt;
c 7. Impôt au profit de l'État, sous le nom de licence, payable par les débitants, pour droit d'entrepôt ;
S5S PIECtS JDSTlFlCiTlVES.
( 8. InpAt au proBt de l'ËUC, soiu la nom de lieeoM, pajablo p«r le propriétaire qui veut tendre son Tin en déUil ;
t 9. Impùt au proQt de l'ËUi, Boua le nom de licence, payable par lemarchsDd dJEtllliteur ;
■ 10. Imptt au profit de l'État, mus le nom de licence, payable jv le propriétaire qui veut mettra dans ion vin une (piantiti d'eau-de-iie pour ccmpoier des rogonmies ;
■ 11. ImpAt au proBt de l'Ëtat, sous te tilre de droit d'enlrëe, . payable pour le lio qu'on introduit dans les villes;
( 13. ImpAt au profit de l'État, sous le titre de nafigatioD, lorsque le Tin est transporté sur des riiières, ntéme lorsqu'elle! ae sont narigables qu'au momeut de la fonte des neiges ;
■ iZ. Imj^ au prâflt de l'Étst, sous le mém» lilri:. droit rie navigation sur les canaiu où le TÎn est laid plus hiiul qu'auuune auli'e Mpéce de marcbandises;
f 14. Impét au pniBt de l'Étal, sous le titre de décime de guerre, qui «ecrolt d'un (Ûiième la plus grande partie des ircite impMs piéeédeiitt;
t IS. ImpAi au profit des villes, sous le titre d'octroi;
■ 16. Imptl au pttlQt des habitanla de ceilaineG villes qui, j des perceptions i leurs barrières, sur les vins, s'alli-iinchîsseal ta totaLté ou en partie de leurs eontribntioiv personnelles el moiiî-
PIËGBS JUSTIFICATIVES. 353
nUMERO t
ix éa Mti«r de tronmat oonvaré à U vatoar ta mare
^•TfMit par.
Setier
Piix du marc
de froment.
d'argent pur.
90 Découverte de rAniérii|uc
47 Décadence de Louis XIV.
1 travail de M. Montveran : Tableau (le» variations du selier Cs \t depuis i^i^ ju$qu*en 1835.
554 PIÈCES JCSTIFICATIYBS.
NUMÉRO S Lm k«]l«s «a VMtpnièaM slèoto.
Ce joyeui séjour des plus agréables diirertissements ofbre, en de trèî^grandes montres pleines de trésors inestimables, toutes les espèces les plus diverses de joyaux réunis dans la mafson dite les Halles des (hampeaux. Là, si vous en avez le désir et les moyeDS, TOUS poniTez acheter tous les genres d'ornements que l'industrie la plus exercée, l'esprit le plus inventif se bâtent d'imaginer pour combler tous vos désirs. Vouloir décrire, dans leurs détails, toutes les spécialités que renferment ces genres, ce serait allonger cet ouvrage et lui donner une longueur telle, qu'elle ferait naître renmi dans Iftme du lecteur, et lui montrerait combien l'auteur soublie quand il cherche des choses impossibles. Je ne veux pas toutefois omettre entièrement de dire que, dans quelques endroits des pai*ties inférieures de ce marché, et pour ainsi dire sous des amas, des monceaux d'autres marchandises, se trouvent des draps plus beaux les uns que les autres ; dans d'autres, de superbes pelisses, les unes laites de peaux de bêtes, les autres d'étoffes de soie, d'autres enfin composée» de matières délicates et étrangères, dont j'avoue ne pas connaître les noms latins. Dans la partie supérieure de Tédifice, qui forme comme une rue d une étonnante longueur, sont exposés tous les objets qui servent à parer les différentes parties du corps humain : pour la tête, des couronnes, des tresses, des bonnets; des peignes d'i oire pour les cheveux, des miroirs pour se regarder, des ceintures pour les reins, des bourses pour suspendre au côté, des gants po ir les mains, des colliers pour la poitrine, et autres choses de ce penrc, que je ne puis citer, plutôt à cause de la pénurie des mots la' ins que faute de les avoir bien vues. Mais, pour que les splendeurs sans nombre de ces brillants objets, dont les variétés et le nombre infini s'opposent à une description complète et d taillée, puissent du moins être efDeurées dans un ensemble superliciel, laissez-moi vous parler ainsi : dans ces lieux u'exposition, les regards des promeneurs voient sourire à leurs yeux tant de décorations pour les divertissements des noces et pour les grandes fêtes, qu'aprè< avoir parcouru à demi une rangée, un désir impétueux les porte vers l'autre, et qu'après avoir traversé toute la longueur, une insatiable ardeur de renouveler ce plaisir, non pas une fois ni deux, mais comme indéHniment, en reprenant au connu encement, leur ferait recommencer l'excursion, s'ils voulaient en croire leur désir.
Jkax de Jeanlun; extrait du Traclatiis de laudibus jwris'nis.
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