‹ Paris dansantChapitre 12 sur 78 · AU RESTAURANT · texte numérisé non relu

AU RESTAURANT

Encore un jardin avec des tonnelles. Jenny aurait eu bonne envie d’y faire servir le dîner ; c’est si amusant, en plein air, par une belle soirée ! Mais les tables sont sales, et d’ailleurs le jardin est envahi par une bande d’ouvriers en blouse. On ‘nous donne un cabinet d’où l’on a vue sur la rivière; Jenny se console. Des noms d’hommes et de femmes sont écrits au crayon sur le mur. Le papier — qui est de deux époques et de deux couleurs — est agrémenté de dessins obscènes.

Jenny a retrouvé son magnifique appétit du matin. Nous dînons beaucoup.

Tout à coup on entend des cris : — Au secours ! à l’caul — Nous courons aux fenêtres. C’est un canot à

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voile qui chavire. Sept jeunes gens sont restes accrochés au bateau, qui est sur le flanc. Jennj descend en courant. Il y a déjà foule sur le rivage. Les hommes vont et viennent, les femmes poussent des cris, un .sergent de ville est arrivé; il n’y a pas jusqu’aux chions qui ne s’émeuvent, aboyant, bondissant, sc jetant à l’eau sur un signe, et revenant plus vite qu’ils ne sont partis. Des embarcations sc sont dirigées, à force de rames, vers les gens du canot ; enfin! les voilà sauvés! On voit quelques chapeaux do paille flotter çà et là sur la rivière ; l’endroit où le canot a sombré est marqué par sa grande voile blanche, que le flot n’a pas encore couverte; ce sont les seules traces qui restent de la catastrophe. On débarque les naufragés, tous fort pâles, n’ayant pour tout vêtement que des caleçons de bains, et des paletots ou des vareuses qu’on leur a jetés à la hâte sur les épaules. Le plus beau, c’est que, à peine sur lo rivage, ils cherchent dispute à leurs sauveurs. II paraît que la moitié de ces petits bonshommes sont ivres.

Où diable est donc Jenny?... Âh! la voilà. Elle

UNE JOURNEE AVEC JENNY

échange dos poignées de main avec deux des baigneurs ressuscités. — Jenny, Jenny, ma (ille, tu as trop d’amis ! Ça n’ira pas.

Elle resterait à causer des éternités, si je ne la rappelais par la fcncire. Elle revient, achevé son dîner, demande le café, prend le pousse café, met un kilo de sucre dans scs poches.

— Est-tu prête, à présent? Voilà la nuit. Il est temps de s’en retourner.

— Dis donc, mon petit, si nous revenions à pattes? Il fait si beau!

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