SUR LE CHEMIN DE PARIS
Il fait réellement très-beau.- Le ciel est plein d’étoiles, le vent tiède, la nuit claire comme le plein jour. Jenny est d’une gaieté folle. Sa grande joie est de courir après es sauterelles qu’elle rencontre le long du chemin, de les prendre, d’en remplir ses poches.
— Je veux en avoir plein ma chambre, demain.
Ça m'amusera de les voir sauter sur les meubles.
Au bout d’une demi-heure , nous rencontrons une vieille mendiante, accroupie sur le bord de la route.
— As-tu de la monnaie, mon Auguste?
— Voyons... Non, pas un liardi J’ai donné au garçon mon dernier décime.
— Attends, j’ai une idée, moi.
Jenny tire de sa poche sa provision de sucre et la donne à la mendiante.
— C’est ça qui lui fera plaisir. Elles aiment toutes le sucre, les vieilles femmes; c’est absolument comme les petites filles.
On se remet en route. Jenny commence à se sentir fatiguée. Son idée serait maintenant de revenir à Paris dans une tapissière, voire sur une charrette; mais elle a beau interpeller à grands cris tous les voituriers, tous les maraîchers, toutes les blanchisseuses qui passent; on se contente de rire, et l’on répond qu’on n’a plus de place. Heureusement Jenny est le courage en personne; elle a vite pris son parti. Elle, qui était si fatiguée tout à l’heure,
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UNE JOURNÉE AVEC JENNY
me propose (le courir maintenant; il faut voir lequel des deux distancera 'l'autre. Elle part comme un trait, revient, me prend par la tête, m’embrasse et repart: le tout sous les yeux des passants, qu’elle plonge dans l’ébaliissement.
Enfin, nous voilà arrivés ! Ce n’est pas malheureux.