‹ Paris dansantChapitre 18 sur 78 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Au b.il. — Le grand escalier tapisfé de rouge qui descend des premières loges au milieu du parterre.

(-N Mti.MCiPAL. — Voyons, messieurs, on ne s’arrête pas ici. Descendez ou rentrez dans le couloir, sapristi !

UN JEUNE HOMME, à un ami qui lui donne le bras. — 11 est

encore bon, le municipal! Je suis si serré, que je ne , sais seulement pas retirer mon mouchoir de ma poche.

l’ami. — Quelle chaleur ! mes habits me collent au corps. Vois-tu des tètes de connaissance?

LE JEUNE HOMME. — Tu dis ?. . . Ticns, Maria la Provençale ! Descendons, 'fu vas savoir maintenant seulement ce que c’est que la dansé !

(Un quadrille où figurent seulement quatre couples. — Autour des danseurs, un attroupement compacte et impénétrable de curieux.)

Oigilizf

LE BAL DE L’OPÉRA

VOIX dans ratiwipement. — Vivc l’Écossaise I

üN GROS MONSIEUR. — Moi, jo suis pour Louise! Une vilaine bouche, mais quel jarret !

UN HOMME DE LETTRES. — Dis donc, Véiiard ! n’estce pas ça le bébé que j’ai embrassé tout à l'heure?

vÉNARD. — Elle-même. Est-elle jolie, la gueuse I La femme comme je la rêve ; svelte et potelée, mignonne et robuste I Regarde-moi ce coin de bouche ironique, avec ces yeux ivres et indolents. Tout ça lui fait-il une petite coquine de physionomie assez mordante! Ça n’a pas dix-scpl ans; mais je te donne mon billet que ça a du vice. Une de ces filles qu’on adore à genoux pendant cinq minutes, — et qu’on assommerait volontiers à coup de talon de botte la minute d’après.

UNE FEMME. — Ils sont toqiiés. Les v’ià-t-il pas

qui portent Louise en triomphe, maintenant ! |

(Une dus estrades placées aux deux côtés de l’or- j

cheslrc. — Dominos roides et silencieux, avec dus (

hommes très-rouges, au regard très-effaré ; provin- ,1

ciaux et provinciales.) J

UN DOMINO, d'une voix très-basse. — • Non, On ne Croi- j

rait jamais que des femmes pui.ssgit être aussi elfroiilées. J’en rougis pour elles. Que je me reproche d’être venue !

SON VOISIN, non moins bas. — Je te l’avais bien dit, madame Ducrochet !

AUTRE PROVINCIAL. — Croyez-vous , monsieur Ducrochet, qu'il y ait bien trois mille personnes?

M. DUCROCHET. — Jc le présume. .Mon Guide porte que le théâtre contient 1811 places; mais il ne faut pas perdre de vue que la scène a été réunie à la salle, et qu’il y a un monde fou jusque dans les couloirs et dans le foyer.

MADAME DUCROCHET. — Eticore , monsicur Ducrochet, si vous aviez apporté quelques pastilles à la groseille ! Mais rien, pas même une orange de vingtcinq centimes !

M. DUCROCHET. — Mais, ma femme...

MADA.ME DUCROCHET. — SurtQut nc quittez plus voire place, comme vous avez fait tout à l’heure, qu’un de ces vilains masques est venu s’y vautrer.

LE DAL DE L’OPERA

Il ne me manquerait plus que d’être assise à côté

des femmes perdues!

(L’orchestre vient de terminer le quadrille A’Orphée. — Cris parmi les danseurs : Bis 1 bis I — Clameurs assourdissantes, miaulcoicnts, rugissements, jappements, sifUets, etc.)

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