‹ Paris dansantChapitre 19 sur 78 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Au foyer. — Deux jeunes gens causent dans l’embrasure d’une des portes d'entrée. Ils s’interrompent de temps en temps pour prendre par la taille les femmes qui passent dans le couloir. — Figures du café Anglais et de Tortoni. — Favoris en côtelettes, cols carcans, habits affectant la coupe anglaise.

LE PREMIER. — Jc UC t’ai pas vu hier dans ton avant-scène. Qu’as-tu fait de ta journée?

LE SECOND. — Comme à l’ordinaire. Un tour de bois à midi; mais décidément cela me faligue, le cheval. Après cela, je suis passé chez Gàtcchair, où je n’ai rien fait qui vaille. Sous préle.\te que je me rouille, il m’a mis à tirer le mur et à faire des contre; c’était assommant; j’ai proposé un assaut à un

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élève qui n’avait que trois mois de salle ; j'ai reçu un gilet épouvantable. A sept heures, nous dînions chez Bignon, Raoul et moi. A neuf nous montions dans une américaine. Nous ne nous en sommes pas repentis. Figure-toi que nous rencontrons, aux Champs-Elysées, une assez jolie fille qui regardait notre voiture d’un air de convoitise. Nous lui offrons de la reconduire; elle accepte d’emblée, elle nichait rue Fontaine-Saint-Georges. Sais-tu où nous sommes allés la descendre? A Vaugirard! Vers minuit et demi!... La voiture est repartie ventre à terre, malgré ses cris. Nous avons bien ri I

LE PREMIER. — Oui ; c’est drôle.

(Près du bustç de Lully.)

UN DOMINO, arrêtant un monsieur. — C’est VOUS? QuC

ça me fait plaisir devons voir! Vous ne me remettez pas?... C’est moi, llenriclte. (Elle lève son masque.) Comment vont messieurs Henri, Guillaume, tous nos amis de la table d'hôte?...

(Ils vont s’asseoir sur la banquette et se mettent à causer.)

LE MONSIEUR. — Vous faites toujours bon ménage avec le banquier?

LE BAL DE I/OPÉRA

LE DOMINO. — Avec Edmond?... toujours. Il gagne beaucoup d’argent. Je me range un peu ; je mets de côté ; je songe à l’avenir de mon pauvre petit Jules.

LE MOASiEüB. — Quel âge a*l-il maintenant, votre petit garçon ?

LE DOMINO. — Il a sept ans. Un amour!

LE MONSIEUR. — Y a-t-il longtemps que vous ne l’avez vu ?

LE DOMINO, cherchant. — La nourrice me l’a amené au mois de juin. Il y a donc six ou sept mois.

LE MONSIEUR. — Tant que Ç.1 ? Mauvaise mère! ,

LE DOMINO. — Oui, je sais bien... C’est mal!... (Ses yeux se mouillent.) Mais je ne fais pas ce que je veux non plus, mon ami. Son père m’espionne toujours; il me le reprendrait. D’ailleurs dans un an ou deux je le mettrai en pension ici, et alors je pourrai le voir tous les jours.

LE MONSIEUR. — Il demcurc donc maintenant à Paris, votre mari?

LE DOMINO.— Oui... il est placier pour le compte d’une maison de commerce; il fait beaucoup d’affaires. C’est pour cela que j’en ai peur, vous comprenez. Il dit qu’il a maintenant de quoi nourrir sa femme et son fils : il veut nous reprendre, et les tribunaux se mettraient de son côté.

(La banquette d'en face. — Une femme au domino bordé de trois rangs de dentelles vient de se démasquer au passage d’un grand gaillard débraillé, à fortes moustaches.]

LA FEMME. — Eli bien 1 . .. On ne dit donc plus bonjour aux amis?

l’homme amoustaches. — Tiens, c’est toi, Joséfal... comme t’es nipéel T’es'donc plus dans la dèclie?... J’irai te voir.

LA FEMME, lui faisant place. — C’cst ça. Viens, mOll petit. Nous jabotterons un peu.

l’homme A MOUSTACHES. — Ton adresse?... C’est toujours le garni de la rue Coquenard?

LA FEMME. — Ruc Coquenard ! Ab bien, merci ! on a fait sa peloltc, mon bibi. Maintenant ruc de Calais,

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un logement chic. Viens seulement. Tu verras comme c’est lapél

l’homme a moustaches, — Et tu réponds maintenant au petit nom?...

LA FEMME. — Madame deGéranville... au premier. Ne l’arrête pas à la loge. Les pipelets cancaneraient. Faut de la prudence. Si je le perdais, lui, c’est pas toi qui mettrais du beurre dans mes épinards, hein, mon seul amour?...

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