‹ Paris dansantChapitre 20 sur 78 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Une loge aux troisièmes. — Quatre messieurs irréprocliablument gantés et cravatés.

PREMIER MONSIEUR. — Tenez, regardez sous le premier lustre. Voyez-vous ce Titi tout débraillé qui danse sur les mains? Eh Lien ! vous me croirez si vous voulez, mais ce Titi est monsieur le comte.

DEUXIÈME MONSIEUR. — C’est pas.Dieu, possible! Eh

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bien, c’est des choses dont mes bourgeois seraient incapables, bien qu’ils aient gagné leurs millions dans les denrées coloniales. Ça regarde à l’argent ; c’est crasseux; mais ça se respecte.

TROISIÈME MONSIEUR. — Jc peux VOUS moutrcr quelque chose de plus drôle que ça, moi. Vous savez bien, la petite Arlhémise?

QUATRIÈME MONSIEUR. — Quelle Arthémise? L’ancienne femme de chambre à la duchesse?

TROISIÈME MONSIEUR. — Justement. Eh bien je viens de la retrouver dans une loge des premières de face.

PREMIER MONSIEUR. — Elle était donc perdue, votre Arthémise, père Antoine?

TROISIÈME MONSIEUR. — Ah, oui ! VOUS ne connaisscz pas cette histoire-là, vous, Joseph. Je vais vous la raconter. Pour lors, vous saurez que cette Arthémise avait été placée chez madame la duchesse par la femme de charge. Ses parents, de braves paysans, la lui avait recommandée. Elle veillait sur la petite avec le plus grand soin, fout le dire ! Jamais elle ne la

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LE BAL DE L’OPERA

laissait sortir seule, jamais causer avec les autres domestiques. Seulement, il y avait là M. Gaston, le fils de madame, qui allait sur ses vingt ans, et qui commençait à la lorgner. Madame la duchesse, elle, s’en doutait bien un brin! — Petit! petit! disait -elle (comme elle appelait toujours M. Gaston), vous ne devez pas rester là quand Arthémise me coiffe. — Petit, petit n’avait pas l’air de comprendre. Tant y a qu’un beau jour, comme madame la duchesse avait fait dire à M. Gaston de descendre dîner, on a eu beau chercher petit, petit comme une épingle. Pas plus de M. Gaston que d’Arthémise. Us s’étaient entendus ; ils avaient fait leurs malles; et ils étaient partis, avec leurs passeports bien en règle, pour l’Ilalie.

QUATRIÈME MONSIEUR. — Un joli voyage, ça! M. le

vicomte m’a bien promis que nous loferions ensemble au printemps prochain.

TROISIÈME MONSIEUR. — Maintenant voilà mon Arthémise revenue et M. Gaston toujours avec elle.

Quand on pense que ça se fait peut-être appeler madame la duchessel Ça fait suer.

QUATitiÈME MO.NsiEua. — J’eii scrs une comme ça moi, de duchesse à camélias; eh bien ! vrai, autant ça qu’autre chose! Elle a donné son grand bal samedi ; c’était pas mal monté. Des fleurs depuis la loge du portier jusqu’au cinquième. Maître d’hôtel et valet de pied en grand uniforme comme dans les bonnes maisons. Femme de chambre préposée aux corsets, sorties de bal, raccrocs, etc. Quant au monde, rien que des biches, et des artisses. En a-t-on consommé, du champagne, du château-léoville, du madère, du punch, sans compter le filet de bœuf, le jambon d’York et la galantine ! A trois heures du matin tout le monde se tutoyait; ces dames nous embrassaient; j’ai joliment ri !

PREMIER MONSIEUR. — Déjà deux heurcs ! je me sauve. Faut que je sois là pour la rentrée de M. le

comte.

LE BAL DE L’OPÉRA

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