‹ Paris dansantChapitre 26 sur 78 · PERSONNAGES · texte numérisé non relu

PERSONNAGES

1* Edmond, bon jeune homme; — \ingl-dcux ans;

2° Clémence, — dlx-sept ans, — remaniuahlcmcnt jolie; — l\ vraie fille de Paris; — unissant la force du lion à la souplesse du serpent. Petit visage pâle encadré de grosses boucles de cheveux châtains. Délicieux chapeau en crêpe lilas d’une fr-dcheur parfaite. Mauvais châle de mérinos noir, usé, fane et taché par places.

La scène se pa.sse par une belle soirée — un peu froide — du commencement d’avril. Clémence et Edmond viennent de monter dans une aniéricai ne découverte. Le cocher demande où il faut aller. Edmond répond ; — Au bois de Boulogne, — et Clémence : — Aux Champs-Élysées.

La voiture roule sur le boulevartl des Capueines.

EDMOND. — Est-ce que les caliots ne tefont pas mal, mon amour? ,

CLÉMENCE, bâillant. — Non.

EDMOND. — Laisse-moi te passer mon bras derrière le dos. Ça te soutiendra.

CLÉMENCE. — Non, te dis-je; laisse-moi. Tu me gênes.

EDMOND. — Es-tu assez, mauvaise, mon cœur!

CLÉMENCE. — Recule donc ton coude. Tu vas m’écraser mon chapeau.

EDMOND. — Et ton mal de gorge? Ne fait-il pas un peu trop de vent pour toi?

CLÉMENCE. — Mais non, puisque ça me rafraîchit.

EDMOND. — Tu ne prends pas assez de précautions,

Dk. : ; H hv Googic

LA PROMENADE

non plus. Tiens; tu as le cou tout découvert. Ramène donc ton châle...; plus haut que ça, ma petile chérie...; attends, je vais attacher l’épingle... Là, c’est fait... Te trouves-tu bien?

CLÉMENCE. — Mais ne me fais donc pas parler comme ça, puisque tu àais que ça me fatigue!

On traverse le rond-point des Cbamps>Ély8ées.

EDMOND. — En voilà une belle soirée, qui s’est levée exprès pour ma petite Clémence! Regarde le ciel. Pas un nuage.

CLÉMENCE. — Oui, mais il fait une poussière atroce.

EDMOND. — Tu devrais baisser ton voile. Veux tu que je le baisse?

CLÉMENCE. — Mon Dieu, que cet homme-là est agaçant avec scs petits soins ! Tu ne vas pas bientôt me laisser tranquille?

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EDMOND. — Comme tu voudras.

CLÉMENCE. — Boni Voilà le vent qui va m’enlever ma voilette ! Tu ne peux donc pas me la tenir deux secondes?

EDMOND. — Si, ma chérie, je te la tiendrai, la voilette I C’est justement ce que je te demandais. Ma main se trouve joliment contente, près de ton petit menton à fossettes !

CLÉMENCE. — Mon Dieu ! que je suis malheureuse de n’avoir pas d’épingles!

A l'Arc-de-Triomphc.

CLÉMENCE. — Comme nous allons lentement! Dis donc au cocher d’aller plus vite.

(Edmond transmet l’ordre au coclier.)

CLÉMENCE. — Mais non! c’est trop vile, ça! Dis-lui de mettre son cheval au pas.

(Edmond la regarde avec bcbêlemcnl. Ellesc iiicl à rire aux éclats.)

Digili. ; by Goo,<^lt4|

LA PROMENADE

EDMOND, — Que tu es gentille!... (D’un ion suppliant : ) Nous voilà à l’arc de triomphe. Est-ce que nous n’allons pas au bois!... Allons-y, je t’en prie. Fais cela pour ton petit Edmond!

CLÉMENCE. — Tu pcux te flatter d’être joliment tannant.

EDMOND, avec enthousiasme. — Tu consens?... Cocher, au bois de Boulogne !

Dans le bois.

EDMOND. — Il fait bon, ici. Sens-lu la fraîche odeur du feuillage?

CLÉMENCE. — Es-tu bête! puisque je suis enrhumée.

EDMOND. — Pauvre chat!

CLÉMENCE. — Qu’est-ce que cette maison, avec tout plein de lumières, là-bas, entre les arbres?

ED.MOND. — Je ne sais pas, mon cœur.

CLÉMENCE. — Demande au cocher, alors.

EDMOND. — Je crois que c’est un restaurant.

CLÉMENCE. — Sapristi, ils ne doivent pas faire beaucoup d’argent à cette saison-ci !

EDMOND. — Comme c’est beau, ce reflet de la lune dans la rivière !

(Déèlamant.)

L’étang mystérieux, suaire aux blanches moires, Frissonne ; au fond des bob, la clairière apparaît I Les arbres sont profonds et les branches sont noires; Avez-vous vu Vénus i travers la fo.....

CLÉMENCE. — Quand est-ce, l’ouverture de Mabille?

(La voiture fait lentement le tour du lac. L’air s'est attiédi. Clémence essaye de dormir. Elle s’est blottie dans un coin de l’américaine, après avoir baissé sa voilette, dont elle tient le bout entre ses dents. Sous ce voile et au clair de lune, son mignon profil apparaît pâle et vague comme une vision ; Edmond la regarde avec une adoration respectueuse; il touche de temps en temps son châle pour s’assurer qu’il n’a pas près de lui une ombre prèle à s’évanouir.)

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LA PROMENADE

EDMOND, i Toix basse. — Comme tu es jolie, mon amour !

CLÉMENCE. — Recule donc, je te dis, ton cigarem'asphyxie.

EDMOND. — Si nous faisions encore un tour du lac? Il fait si beau !

CLÉMENCE. — Merci, j'en ai assez comme ça. Retournons.

(On revient à Paris. — Dans l’avenue de l’Impératrice, la voiture s’arrête brusquement.)

CLÉMENCE. — Qu’est-ce que c’est donc?

EDMOND. — Une petite fille qui s’est égarée ; elle demande son chemin.

CLÉMENCE. — Eh bien! que le cocher le lui dise.

(La voiture repart.)

CLÉMENCE, au bout de deux minutes. — Cette pauvre petite ! si elle allait se reperdre I

EDMOND. — Dame I il s’en perd tant comme cela à Paris 1

CLÉMENCE. — C’est bête, ce que tu dis là. Nous aurions bien pu .la reconduire chez elle , cette enfant. Puisque aussi bien nous soir.raes à flâner.

EDMOND. — Pourquoi ne l’as-tu pas demande tout à l’heure?

CLÉMENCE. — Je n’ai pas osé, mon chéri. J’ai craint qu elle ne te gênât. Pourtant, je l’aurais prise sur mes genoux.

EDMOND. — Vrai?

CLÉMENCE. — Pourquoi pas? Elle n’aurait pas tenu grand’place dans la voiture, sois tranquille.

ED.MOND. — Eh bien , attends. Je vais dire au cocher de retourner. Nous la retrouverons peutêtre.

(Le eoclicr rebrousse chemin ; la petite fille ne se retrouve pus.)

CLÉMENCE. — Je n’ai pas de chance, moi. Rien ne me réussit.

EDMOND. — Je l’embrasserai tout de même.

LA PROMENADi:.

CLÉMENCE. — Qu’esl-ce qu’il te prend?

EDMOND. — Si tu savais comme tu m’as fait plaisir, avec ton idée de reconduire cette petite fille! .le t’aime dix mille fois plus, depuis cinq minutes. C'est donc vrai que tu as bon cœur, ma petite Clémence?

CLÉMENCE. — C’est parce que je fais un peu ma tête de temps en temps, que tu me dis ça? Oh! je vaux mieux que je n’en ai l’air, va !... Je me rappelle encore le temps où j’étais petite. Ma mère se demandait toujours pourquoi ses provisions diminuaient, C’était moi qui portais des pommes de terre, du beurre, je ne sais tout quoi à de pauvres gens. Malheureusement je ne pouvais pas porter beaucoup à la fois dans mon petit tablier, si bien que je faisais cinquante voyages par jour.

EDMOND, l’embrassant. , — Ma bonne petite Clémence !

CLÉMENCE. — Je n’ai jamais pu voir soufirir le pauvre monde, d'abord! Tu sais, quand je suis

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restée huit jours couchée, sans sortir? c’était parce que je n’avais pas de robe à me mettre sur le dos. J'avais donné les miennes à une pauvre femme en couches, qui demeurait au sixième de notre garni, rue Papillon; Anna te racontera ça... Mais en voilà une, Anna, que son bon cœur n’étoulTe pas!...

J’étais tellement sans le sou le mois passé, que je suis restée deux jours sans manger. J'allais voir Anna à son restaurant. Elle ne m’olTrait seulement pas de partager son potage. Je ne disais rien, je suis trop fière; mais j’aurais bien pleuré. Comme j’avais le cœur gros!...

EDMOND. — Je t’ai toujours dit qu’Anna est une drolesse. Pourquoi la fréquentes-tu?

CLÉMENCE. — Est-ce quc tu vas encore me bassiner, avec les conseils?

La Toiture et«t rerenue an boulevard.

CLÉMENCE. — Je crève de faim.

LA promenade. m

KOMo^D. — C'est en passant devant Vachette que lu l’en aperçois? Eh bien, allons-y.

CLÉME^cE. — El si je le demandais de me payer à souper à la Maison d’or?

EDMOND. — Va pour la Maison d’or. Cela m’est égal.

CLÉMENCE, réfléchissant. — Non... Achète-moi pour quatre sous de galette.

On approche dn domicile d'Edmond.

CLÉMENCE.— Y a-t-il du monde dans les rues !

EDMOND. — Oui; mais il n’y a personne, parmi tous ces gens-là, qui ail clé ce soir aussi heureux que moi!

CLÉMENCE, un peu émue. — Ta parole d’honneur?...

(Elle se jclle à son toa cl l'cmbcasse.)

(On est à la porte «I H Imoml. Clémence est redevenue maussade et silencieuse depuis cinq minutes. Au moment d'entrer, elle quitte brusquement le bras d’Edmond et court au café if'cn face. Clémence y va clicrcber des nouvelles d'Anna.

On n’a pas vu Anna. Clémence revient. Edmond respire.

Elle se ravise encore, rentre dans le café, elciifrageune longue conversation avec un jeune homme qui achève un grog américain au comptoir. Edmond se ronge les poings en attendant qu’ils aient fini. Le bruit de leurs éclats de rire lui arrive par la porte entr’ ouverte. 11 est hors de lui. Enfin Clémence se décide à le rejoindre.)

..LÉMENOE, montant l’escalier d’Edmond.' — Oll ! qUC C est

liaut, chez toi I... On est éreintée... Je ne viendrai pas souvent.

LE CHATEAU DES FLEURS

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