‹ Paris dansantChapitre 40 sur 78 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Enlrcnt M. De&rosiers, quincaillier de la rue Popincourt, madame Desrosiers, la mère Bailly et la jeune Victorine Bailly.

M. DESROSiEBS. — En voilà du monde 1 excusez! •Donnez-moi le bras, maman Bailly ; nous allons faire une trouée. Et loi, ma femme, suis-nous en serrefile avec mademoiselle Viclorine.

(La société Desrosiers finit par trouver une table et s’installe.)

M. DESROSIERS. — Nous voilà casés. Qu’allez-vous prendre, maman Bailly?

LA MÈRE BAILLY — Ma foi, je boirais bien un doigt de vin, sans vous commander

MADAME DESROSIERS. — Moi aussi. Celte rue Ménil-

UN PETIT BAL HONNÊTE

montant est d’un long ! J’ai les jambes que je ne les sens plus. Et toi, ma petite Victorine?

V1CT0RI.NE. — Pas moi I j’étais un petit peu lasse à la barrière, mais c’est fini. C’est moi qui vas joliment danser I

(Elle accroche son chapeau et son mantelet.)

LA MÈRE BAiLLï. — Tu ne doutes de rien, toi. Encore faut-il que les messieurs te trouvent à leur poût, petite morveuse.

M. DESROSIERS. — Elle? Victorine? une brave petite demoiselle comme elle, bien gentille, bien modeste, bien tout ? Merci I Ce n’est pas elle qui chômera jamais d’amoureux, je vous le promets.

LA HÈRE BAILLY. — Taisez-vous doDC, VOUS me la gâterez avec vos compliments qui n’en finissent pas. Embrasse-moi, fillette et n’écoute pas ces hommes. Le meilleur ne vaut rien, c’est moi qui te le dis.

H. DESROSIERS. — Comme vous voudrez , mais je l’adore c’t’ enfant, — avec ta permission, madame

Dusrusicrs I Je parie qu’elle n’est pas cinq minutes sans qu’on l’invite pour la contredanse.

vicTORiNE. — Ah! mon Dieu I voilà justement ce monsieur qui m’a fuit danser toute la soirée, le dimanche de Noël ! Il vient par ici. Je ne peux pas danser toute ma vie avec lui, pourtant!

LA MÈRE BAU.LY. — Attends, maNinetle. Je m’en vas lui faire entendre qu’il nous ennuie, moi ; je m’en charge.

VICTORINE. — Non, encore cette contredanse; mais je lui dirai bien que c’est la dernière.

(Le monsieur se présente et emmène Viclorine, avec la permission de la mère Dailly.)

M. DESROSIERS. — Voycz-vous, maman Bailly, il n’y a pas de danger ici. L’entrée ne coûte que dix centimes, mais c’est très comme il faut, pas moins! Remarquez ce gros là-bas, avec ses cheveux gris ; c’est le maître de l’établissement. Il a des é|)uules deux fois comme moi ; il tomberait un fort de lu halle - eh bien ! c'est rare i^u’il ait un ivrogne

UN PETIT BAL HONNÊTE

OU un polit^son à mettre à la porte ; je le tiens de lui-tnème. D'ailleurs cherchez; vous ne verrez pas un sergent de ville ; preuve qu'on n’en a jamais besoin, aux Barreaux Verts.

LA MÈr.E BAILLY. — Pardi ! l’homme qui toucherait à ma Viclorine d’abord, je le saignerais comme un poulet. Où est-elle donc'? (Criant.) Victorine!,(Viciorlne revient.) Ne l’écarte pas trop, ma mignonne. Tâche de danser toujours vis-à-vis de notre table.

(Un garçon apporte du vin chaud.)

MADAME DESROSIEBS. — Ça me rajeunit, de voir sauter ces petites filles. Ne laissez pas refroidir votre vm, madame Bailly.

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