‹ Paris dansantChapitre 45 sur 78 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Au fond de la salle, quatre demoiselles causent ^ mi-voix, dans un petit coin.

ZOÉ. — Gomment I M. Benjamin me fait la cour? Pcut-on dire des bélises pareilles !

puLCHÉau:. — C’est facile à voir : il a toujours

les yeux braqués sur toi. Enfin, voyons, qu’est-ce qu’il l’a dit?

LES AUTRES. — Oui ! qu’esl-C6 qu’il t’a dit, Zoé?

7-oÉ. — Est-ce que je sais ? Que j’ai une belle main, ou de beaux cheveux, ou de belles dénis ; que je suis ‘gentille. C’est la même chose chaque Ibis. Je n’écoute plus.

PULCHÉRIE. — Comment I II te dit chaque fois que lu CS gentille, et tu ne vois pas qu’il te fait la cour ? Est-elle innocente, celle pauvre Zoé I

ZOÉ. — Ah I c’est ça faire la cour? Eh bien 1 ce n’est pas amusant.

PÉLAGIE. — Moi, M. Chantrot m’a donné une romance qu’il a faite exprès pour moi. Il m’y appelle son paradis. Voilà un jeune homme qui a de l’esprit !

pi’LCHÉniE. — Parce qu’il t’appelle son paradis ? (Riant.) Mais c’csl bêle comme tout I

PÉLAGIE, piquée. — Vous dilcs ça papcc que vous

UN PETIT BAL HONNÊTE

êtes jalouse. C’est papa qui lui trouve de l’esprit; papa s’y connaît bien, peut-être! Ensuite, vous saurez que M. Chantrot est un prix du Conservatoire.

puLCHÉRiE. — Qu’est-ce que ça prouve?... Et toi, ma pauvre Madeleine ! As-tu fait les fiais de ta robe fond blanc ? As-lu vu ton M. Lebargy ?

MADELEINE. — Qu’cst-cc qu6 voulcz dire, mademoiselle?

PÉLAGIE. — Tu n’y es pas, Pulchérie. Elle préfère M. Maurice.

MADELEINE. M. Maurice? Ah bien, merci! je vous le laisse, mesdemoiselles. L’autre jour il était à la maison, ce grand freluquet. On donnait un grand dîner. Maman avait fait mettre une galette au four chez le boulanger. Elle me dit d’aller la chercher, et voilà tout de suite M. Maurice qui veut m’accompagner ; je vous demande si c’est bete ! il n’y a que trois pas à faire. — Mademoiselle, me dit-il à la porte, voilà la première fois que nous sortons ensemble ; j’cspèic que ce ne sera pas la

dernière. — Mais, monsieur, dis-je, vous vous trompez ; maman ne fait pas cuire des galettes tous les jours t

ZOÉ. — C’est bien fait. Je le déteste aussi, ce faiseur d’embarras.

PULCHÉIUE. — Prends garde, Zoé, tu t’oublies ici. Ton petit Anatole t’attend.

ZOÉ. — Mon petit Anatole! Parce qu’il n’a que quatorze ans?... Ça ne l’empêche pas d’avoir plus d’esprit que tous vos messieurs , mesdemoiselles. Anatole fait déjà la vente dans des magasins de blanc, sachez ça. Son patron lui coqfie de grosses sommes. Il fera sa fortune, Anatole, et il m'a dit (avec importance) qu’il viendrait la déposer à mes pieds. — Justement le voilà.

(Un petit garçon en casquette vient offrir cérémonieusement son bras à Zoé, qui s’éloigne avec lui en sautillant.) ..

PüLCHÊME. — Si ça ne fait pas pitié! Uir petit bonhomme qu’on rencontre encore dans les rues avec un grand cerf-volant au dos !

UN PETIT BAL HONNETE

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