‹ Paris dansantChapitre 49 sur 78 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Iæ fumoir, petit cabinet mal éclairé,

UN MONSIEUR, grosses moustaches; l’air aviné. — Cet animal, qui me dit de me donner de l’air, pour un pauvre cancan que je pinçais en douceur! Minute, on est susceptible de se revoir. Je le repigerai, le bonhomme. C’est moi qui te le vas mouchera la première occasion I

UNE GRANDE FILLE qui fume une cigarette. ——Que veUXtu, mon bibi, ça ne sait dire quepapa et maman, ces petites filles-là ; c’est des sauvages !

LE MONSIEUR. — Tu crois ça, toi? Tu coupes dans leurs petits airs en-dessous? Pas si sauvages! Ça s’apprivoise bien!

(Hilarité chez la grande fille.)

SCÈiNE IX

Dans le jardin atle iant an bal. — Il fait froid. Le jardin est désert — Un je.iiie homme s’y promène en fumant. — Une jeune fille arrive, regarde autour d’elle et court è lui.

LA JEUNE FILLE. — C’cst toi? Tu 3s passé tout à riieurc devant moi, et tu n’as seulement pas fait semblant de me voir, méchant 1

LE JEUNE HO.\iME. — Ta mère m’a regardé d’un air singulier. Est-ce qu’elle sc doute de quelque chose?

LA JEUNE FILLE. — Maman? mais elle sait tout.

LEJEUNE HOMME. — Qui douc le lui a dit?

UN PETIT BAL HONNÊTE

La JEUNE FILLE. — Jloi, lîion ami. Est-ce que cela le fâche ?

LE JEÜNF. tfOMME. — Et pourquoi lui avez-vous nai lé? A quel propos?

LA JEUNE FILLE. — Mais c’cst venu lotit natiircllemeiit. Elle m’a demandé de quoi nous avions causé à la promenade. Je lui ai raconté que lu voulais m'épouser. Tu ne m’avais pas dit de me taire, et je n’ai jamais rien eu de caché pour maman.

LEJEUNE HOMME. — Vous auriez pu au moins faire une réflexion : c’est que, si je voulais qu’elle le sût, j’aurais su le lui dire moi-même.

LA JEUNE FILLE, interdite. — Mais elle s’attend aussi à ce que tu lui parles. Est-ce que tu ne vas pas lui denTander ma main?

LE JEUNE HOMME. — Ail! Vraiment? c’est là votre pen.sée? Vous avez calculé, en prévenant voire mère, que vous me fo ceriez à me déclarer? Yo as clés d’nnc hahilelé au-ilesstis de voire âge, mademoi-sclle ; mais vous saurez qu’on ne me mène p;t.s.

LA JEUNE FILLE, les larmes aux yeux. — ComiTIfi tU nie

parles!... J’ai calculé, moi?... Si l’on peut dire !... Je ne savais seulement pas 'que cela vous ferait de la peine.

(Elle pleure.)

LE JEUNE HOMME, froidement. — Quand OU aime bien quelqu’un, on ne fait rien sans le consulter.

LA JEUNE FU.LE, sanglotant. — Mais, mon ami, si je t’ai blessé... je t’en demande... pardon !...

LE JEUNE HOMME, l’embrassant. — Voyons, CalmC-toi. (Regardant à la fenêtre du bal.) Il me semble que ta mère te cherche. Essuie tes yeux, qu’elle nevoie pas que ^tu as pleuré.

LA JEUNE FILLE, souriant à travers ses larmes. — Laissemoi t’embrasser encore, mon chéri. Je croyais t’avoir bien embrassé l’autre fois; et le soir pourtant, en réfléchissant, il me semblait que j’avais été froide.

lÆ JEUNEHO.MME. — Va Vite. Je l’écrirai. Mais ne dis plus I ien à ta mère.

LA JEU.NE FILLE, rcnlr.int dans le bal. — (A part.) El ma-

UN PETIT BAL HONNÊTE

man qui croyait qu’il ferait sa demande ce soir ! Je vais encore être battue en rentrant, c’est sûr. (Peu- ^ive.) Mais il m’aime !...

Page 1