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Lettre au surintendant , Œuvres, tome I, 2« partit

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écessité, rapporta de deux à trois mille livres à carron. Sa femme ne demanda rien pour elle, son tre d’épouse lui suffisait, elle se devait toute au feux malade. C’était une rude gêne, un maussade devoir, mais aux yeux du monde, tant était grande ; !on envie de se faire un nom, elle affectait d’y tenir, j omme à un culte. Il est vrai qu’à cela sa vertu trouait une sûreté, et que sa réputation de sagesse s’en augmentait.

Pour tous, épouse recommandable et dévouée, elle enait en respect même les plus libertins du cercle e Scarron. Villarceaux disait : « Je ferais plutôt me proposition impertinente à la reine qu’à cette èmme-là 1 ; » et mademoiselle de Scudéry dans son argon précieux : « L’air qu’on respire autour d’elle emble inspirer la vertu. » Elle faisait encore plus l’impression sur l’esprit des gens vulgaires. Quand Is se trouvaient devant elle, il semblait vraiment qu’elle les dominât de son seul regard et les réduisît iu respect.

1. Une lettre autographe de Ninon, qui se trouve dans a magnifique collection de M. Feuillet de Conches, prê- 1 erait moins d’innocence aux rapports de Mme Scarron ivec Villarceaux : « Scarron étoit mon ami, écrit-elle à Saint-Évremont ; sa femme m’a donné mille plaisirs par !;a conversation, et dans le temps je l’ai trouvée trop

Un maçon du quartier, nommé Barbé, qui, ai dire de Segrais, allait souvent chez Scarron pa familiarité de bon voisinage, la regardait toujour: j avec une révérencieuse admiration. Comme il st mêlait d’astrologie et se disait très habile dans cetti pratique, il ne manquait jamais d’assurer à madamt Scarron qu’elle parviendrait un jour à un haut degr< d’élévation; même qu’elle était née pour être reine1 « — Reine ! répliquait Scarron en riant, je vous pass< votre présage, mon cher Barbé, à condition que 1 roi son époux aura une chaise longue pour trôn et une béquille pour sceptre. » Malgré cette plai

gauche pour Pamour. Quant aux détails, je ne sais rien 1 je n'ai rien vu, mais je lui ai prêté souvent ma chambr «i jaune à elle et à Villarceaux. »

1. Ce n’était pas la première fois que Françoise d’Ai ! bigné se voyait l’objet de ces présages flatteurs. Le P. La guille, racontant par exemple comment elle fut appelée n séjourner à Angouléme, chez M. d’Alens, gentilhomtr r huguenot, ajoute ceci : « C’est chez lui que lui arriva uni petite aventure que l’on a apprise de madame de Gabare » qui la sut immédiatement d'une "vieille servante qui étofe présente à l’aventure. M. d’Alens demeuroit à la canjt pagne, et recevoit souvent compagnie des gentilshommes ses voisins. Entre ceux-ci, il en venoit un de temps el temps qui se mèloit de dire la bonne fortune. Y étant uB jour, il dit à quelques demoiselles ce qu’il jugea à propefe, La petite Francine, curieuse comme les autres, se pr senta pour savoir son aventure. Le gentilhomme, voyait

tnterie, Scarron songea peut-être plus d’une lois à la prophétie du maçon astrologue, et qui •. ait ? c’est peut-être ce qui le détermina à léguer i sa femme, par testament, le droit formel de se remarier.

Pour Barbé et pour tous les croyants en astro-

«logie, c’était en effet lui léguer un trône. Madame deMaintenon, comme on sait, n’eut garde de démentir leurs présages et de laisser tomber le legs en déshérence.

Le temps où le pauvre Scarron dut laisser à sa veuve la pleine liberté de faire valoir ce droit posthume,

J ne se fit guère attendre. Chaque jour, ses maux s’ag- ; gravaient, et leurs douleurs se compliquaient encore d’une insomnie invincible.

C’est inutilement qu’il se couche tard, à minuit sonné, heure fort indue à cette époque :

Tous mes valets se vont fâcher Et plus d’un au diable se donne D’être si tard à me coucher :

J’entends déjà minuit qui sonne Et non-seulement aux cloches De Saint-Gervais, mais à bien d’autres;...

sa main, fait l’étonné, il la considère une seconde fois, et plus il la considère, plus il admire ce qu’il prétend voir. On le presse de parler. Voilà, dit-il, des signes d’une grande fortune, je n’ose dire qu’elle approchera de la couronne . On en rit et ce fut tout. »

vainement aussi il se bourre d’opium, au risque de se perdure l’esprit comme le corps :

L’opium m’a hébété,

Dont j’use l’hiver et l’été Afin que dessus ma carcasse Le sommeil parfois séjour fasse ;

rien ne lui réussit, le sommeil ne vient pas. Pour qu il repose, le pauvre infirme, il lui faut la mort : son épitaphe, charmante et fameuse, n’est en cela que trop vraie :

Celuy qui cy maintenant dort Fist plus de pitié que d’envie Et souffrit mille fois la mort Avant que de perdre la vie.

Passants, ne faites aucun bruit Et gardez bien qu’il ne s’éveille.

Car voicy la première nuit Que le pauvre Scarron sommeille.

Au commencement de l’automne de 1660 — il était marié depuis plus de dix ans — il fut pris d’un violent hoquet, qui acheva d’ébranler par ses secousses son pauvre corps endolori. « Si jamais je reviens de ce hoquet, dit-il toujours riant, je ferai une belle satire contre lui. „ Il n’en revint pas, le

l0quet intercepta menace et satire et emporta le

11 Cete mort, qui vient en riant encore et qui met qG à tant de longues souffrances, n’est pas ce qu ü y a de plus triste dans la vie de Scarron*. Ce qui la

suivit le fut davantage. .

De tout temps, malgré les ressources que lui créait sa plume et en dépit des secours que lut avait fait obtenir sa femme, Scarron avau ete dans la gêne. Il en était quelquefois à manquer du necessaire. Sa garde-robe, par exemple, était des p us dénuées. On connaît le sonnet qu’il adressa a son pourpoint troué par le coude, ce n’était pas une fiction

i. Scarron ne mourut pas rue ^e^?aJ^Xdit Sainte. comme on l’a toujours cr , P ^ d;re moi-même,

Foix, et comme , ai t0 misse Saint-Gervais, dont

pag. 4X3- Les registres <le un M. J- Ravenel a eu 1 °“lg,£“ L - février i66o, qu’il extrait, font foi, s°uf la - d te dans la petite

mourut rue Neuve-Saint-Louis, sa à ^ t découvrir maison où nos recherches no ‘ plus loin, pag. 441,

que sa veuve logeait encore en 1667. V • P ’ ‘rheure .

Iqa, note r. Voici lirait dans l’église

« 7 octobre 3660. Le ci. j Mrèdê en sa maison

deffunct messin Paul Scarron, c eva ^ , de ja

rue neufve Saint-Louis, marats du Temple. t

26 af 'iîoret annonce la mort de Scarron dans son n° du 16 octobre 1660.

poétique ; une autre fois, en effet, dans une lettr fort sérieuse à M. de Nublé, il lui dit : « J’ay un extrême envie de vous voir, mais je ne puis sortir faulte d’un habit d’été x. »

Quand il fut mort, on alla bien mieux encore ai fond de cette détresse réelle qu’une aisance factic< et flottante n’avait fait que pallier par instant Madame Scarron devait tout avoir d’après les dispo- i sitions testamentaires de son mari : « L’on dit. écrit l’une des sœurs du défunt1 2 3, que tout ira en déconfiture, et par conséquent tout à la veuve. Mais les créanciers arrivèrent, et ce tout ne fut rien. Il Il fallut mettre en vente les meubles du pauvre homme, dont pas un ne put être gardé K Segrais, 1 qui avait suivi la cour pour le mariage du roi, s’était trouvé loin de Paris, lors de la mort de Scarron, et n’en avait rien su. De retour, sa première visite fut pour le pauvre homme ; c’est ce jour-là qu’on ven- . dait ses meubles. « Quand j’arrivai devant sa porte, 1 dit-il, je vis qu’on emportoit de chez lui la chaise »

1. Biblioth. Imp. de Vienne, Mss. Hobendorf, 135, 2, lettre 303, et Matter, Lettres et pièces rares ou inédites , K 1846, in-8°, page 330.

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