‹ Paris démoliChapitre 24 sur 108 · LX II · texte numérisé non relu

LX II

INTRODUCTION

peste l 2. Que dirait lami de Pétrarque, Philippe dtj Vitry, lui qui l’admirait tant déjà, courbé, boueux encombré, comme il était de son temps5, s’il pouvait le voir avec sa seule arche bien cambrée, droit et uni. commode au marcher, facile au charriage? Peut-être pourtant, en pédant qu’il était, ce bon prélat de Meau> regretterait-il le temps où les martinets et les régent* des collèges venaient s’y prendre de rude parole avec les harengères qui y tenaient leur étal3 4; le bon temp* surtout où maître Adam le Scholastique établissait 1 sur le pont même, dans une de ses masures, une école rivale de celle d’Abailard, et lui devait d’être appelé ' Adam du Petit-Pont? Car c’était ainsi alors : de même que nous avons vu l’industrie ne pas se trouver satisfaite du vaste espace qui lui était ouvert sur la rive

1. « L’incendie du Petit-Pont, en 1718, dit Marmontel, consume quatre maisons qui n’ont pas été rebâties. Cet espace libre donne un courant d’air à l’Hôtcl-Dicu, et depuis cette époque, on s remarque que le nombre des malades étant le meme, il eu est mort par an, quatre cents de moins. Ainsi, en cinquante-quatre ans, ci courant d’air à sauvé la vie à plus de vingt-mille citoyens. Des personnes dignes de foi tiennent ce fait de M. l’abbé d’Agoult, doyer du chapire de Notre-Dame, lequel, en cette qualité, était à la tct< de la direction spirituelle de l’Hôtel-Dicu • [La vais des Pauvres epitre au roi sur l'incendie de l' Hôtel-Dieu , Paris, 1773, iu-8. pag. 8 note 1.)

2. « L’aspect du Petit-Pont [parvus pons ), avec son arche en do de tortue, exerce sur toi une fascination par trop grande, et 1> murmure de la Seine qui coule au dessous a pour tes oreilles ui charme exagéré. » (Pétrarque, ÊpistoU, pag $80, 870, cité pal

M. Rathery dans son remarquable travail, Injluence de l’Italie sut les lettres françaises, 1855, in-8, pag. 34.)

4. V. Bonavent. Desperriers, Contes et joyeux Df\>is, nouvelle

lxv, du Regent qui combattit une harengère du P.til-Pont d belle injures.

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droite, et déborder, pour prendre mieux ses aises, sur les ponts au Change et de Notre-Dame qu’elle remplit de marchands et d’orfèvres ; de même l’ardente I doctrine, comme si elle était à l’étroit dans les innom- ; brables collèges qui couvrent les pentes de la pédantesque colline, dans les grandes salles de la rue du Feurre et de la rue de la Bûcherie, d’autant plus peuplées d’écoliers, qu’elles sont moins remplies de meubles, envahit tout ce qui l’environne : ici les maisons bâties sur la rivière, plus loin, de l’autre côté, les vignes et les champs où s’ébattent ses écoles buissonnières.

Quelle belle échappée nous pourrions faire iei dans le vif de l’histoire pédante et des chroniques scolaires, pour peu qu’il nous plût de visiter au passage, en escaladant ces pentes, tous les lieux où s’évertua la scolastique, et d’où sa pénombre sillonnée de lueurs s’étendit sur le moyen âge ; mais sans nous arrêter même aux écoles le plus récemment disparues, à ce collège du Cardinal Lemoine t par exemple, dont une rue, dégageant les abords du pont rebâti de la Tournelle, a balayé les derniers restes, cinquante ans après la mort de Lhomond, son dernier professeur ; nous nous hâterons vers le sommet, entrevu tout à l’heure, pour en redescendre aussitôt, par la large brèche qu’a faite dans le pays des Ecoles la rue qui les efface et qui pourtant leur devra son nom.

Les souvenirs abondent ici, et il semble que nous ne sommes montés plus haut que pour les voir se grouper plus pressés autour de nous. Là, dans la rue Saint-Jacques, au sortir de la rue du Cimetière Saint-Benoît ou de Froidmanteau , comme on l’appelait,

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peut-être par allusion au glacial vêtement que tout défunt allait revêtir dans la nécropole vers laquelle elle conduisait; derrière les bâtiments de cette Sorbonne qui avait tout d’abord été si hospitalière à l’imprimerie, se trouvait l’atelier de Guering1, le premier typographe dont les presses travaillèrent à Paris. C’est là, sous l’enseigne du Soleil d' Or , que sortirent de ses mains tant de précieux incunables ; c’est de là que, lassé de son labeur, mais joyeux du travail des autres qui naissait des exemples du sien 2, il s’en alla dans la rue de Sorbonne où fut son dernier gîte, où il mourut en l’an 1504, laissant une part de ses biens au vieux collège de Robert Sorbon, et l’autre à la jeune et rigide école des Capettes de Montaigu dont maître Grognet3 avait dernièrement inauguré la fondation par ces rimes :

J’ai vu Standon qui les poures fonda A Montaigu et les recommanda,

Qui chaque jour prient pour les trépassez Et pour nous tous, quand nous serons passés.

1. V. Aug. Bernard, De l’origine et des débuts de r imprimerie en Europe, 11, 324-326. — M. Didot, dans son excellent travail sur l’histoire de la Typographie ( Encyclop-die moderne , xxvi, pag. 738), dit aussi que cette imprimerie se trouvait rue Saint- Jacques, « k côté de l’église Saint-Benoit qui est devenue le petit théâtre du Panthéon. »

2. « Avant de mourir, dit M. Auguste Bernard, loc. citât., pag. 339» ù eut la gloire de voir plus vingt ateliers typographiques fonctionner dans Paris, où il avait exercé lui-mème pendant quarante ans. »

3. Récollection des merveilleuses choses et nouvelles advenues au noble royaume de France, depuis l’an de grâce 1480. — V. plus loin, notre chapitre sur le collège Moutaiçu.

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