LX VIII
INTRODUCTION
grand Bayeux , qui soient devenus des maisons particulières. Ce dernier toutefois , phalanstère malpropre du vice, du bouquin et du bric-à-brac, ne vaut guère mieux que le pire des hôtels garnis. Mais tel qu’il est, comme il s’est suffisamment gardé des réparations, comme sa physionomie antique ne s’est pas effacée, comme sa distribution première lui est restée presque intacte *, et c’est même à cela qu’il doit l’espèce de population qui l’encombre ; comme, enfin, il est le seul qui soit encore un vieux collège, j’aurais un regret réel à le voir mettre à bas. J’en ai tremblé, quand la rue des Ecoles s’est mise à faire son effroyable trouée. Pour peu qu’elle se fût accordé une marge' plus grande, et qui l’en empêchait? c’en était fait du vétéran des écoles. Enfin le danger est passé. C’est bien assez que, tandis qu’auprès de là, à l’angle de la rue de Sorbonne et de celle des Mathurins, tombait une partie de Thotel habité autrefois par Catinat2, on
avons reproduit plus bas un curieux passage relatif à Paris, voit! Mélanges d'une grande Bibliothèque, iv, 68.
1. La communication établie à travers les bâtiments et la cour du collège, de la rue de la Harpe à la rue des Maçons, date de Philippe le Bel. Ce n’est autre chose que la vieille ruelle allant de la rm Saint-Come (c’était alors le nom de cette partie de la rue de 1. Harpe) à la rue des Maçons, et que ce roi avait donnée en 1309 s; ] l’évêque de Bayeux, par lettres patentes datées de Saint-Ouin (sic)
« afin qu’elle pût servir à l’utilité et à l’agrément des écoliers. » j
2. Il datait de la Renaissance, et après avoir été la demeure du
vainqueur de Staffade, il avait été occupé par la célèbre librairh des Barbou. Les Delalain, leurs successeurs, qui en sont encore le: propriétaires et les habitants, ont réparé avec un soin pieux le; dommages causés à cet hôtel historique par l’élargissement de 1; rue des Mathurins. La maison de Catinat y a perdu quelques mètre? de sa cour, mais rien du caractère de ses façades intérieures 01 !
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emportât sans merci, comme d’un seul coup de pioche, un tronçon énorme de la rue des Maçons. Pauvre vieille rue, toute pleine d’histoire, et qui maintenant,
; mutilée et décapitée comme elle l’est, me fait peine à 1 regarder.
D’abord, comme l’indique son nom, elle fut la rue de la Mortellerie de ce quartier ; elle eut pour habitants des maçons , ceux peut-être qui furent mis en ouvrage pour bâtir les grands bâtiments qui sont auprès : par Robert Sorbon, pour son collège ; par les abbés de Cluny, pour leur somptueux hôtel ; enfin par les chevaliers de Saint- Lazare, pour leur vaste commanderie dont la tour, restée debout tant de siècles, vient, moins heureuse que celle de Saint-Jacques, de tomber enfin de toute sa hauteur1.
extérieures, grâce à l’intelligence qui a présidé à sa reconstruction. Sa situation à l’angle des rues des Mathurins et de la Sorbonne, fit donner à cette dernière, pendant la Révolution, le nom de rue Catinat. ( Réimpression du Moniteur , xiv, 250, 317. — Trois maisons du moyen-âge, ayant pignon sur rue et faisant face à l'hôtel Cluny, ont aussi disparu lors des dernières démolitions. Reste, au coin des rues Saint-Jacques et des Mathurins, l’abside défigurée de l’église de ces religieux ; et bien loin de là, dans un quartier plein de tous autres souvenirs, on trouve, près du passage Sandrié, au n° 37 de la rue qui leur doit aussi son nom, une cour immense, débris de la vaste métairie où Jeanne d’Arc, repoussée de la butte Saint-Roch, avait fait porter ses morts et ses blessés, et la même dont la rue de la Ferme des Mathurins, percée sur une partie de son enclos, rappelle si directement le souvenir.
1 . Cette tour était pour la belle Commanderie, domaine des Hospitaliers d’abord, en 1171 ; des Templier! ensuite, puis des chevaliers de Malte, à partir de 1312, ce qu’était pour l’enclos du Temple le haut donjon, rendu si fameux par la captivité de Louis XVI. Elle le dominait même, car la Commanderie de Saint-Jean-de-Latran avait le pas sur celle du Temple, a titre de chef-lieu du grand
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Le quartier s’étant ainsi embelli et ennobli, les ma çons en émigrèrent, laissant la place aux savants e aux prêtres. Il n’y eut plus, dans tous ces parages sco lastiques de rues consacrées au travail manuel qu< celle de Saint-Jean-de-Beauvais, qui, participant au? privilèges de la commanderie sa voisine, fut, commt l’enclos de Saint-Jean, lieu de franchise pour les arti sans jusqu’à l’époque de la Révolution1 et aussi, ur peu plus bas, celle de la Par cheminer ie. Encore, comim on l’a vu pour l’une, et comme on le devine poui
prieuré de France. Le terrain qu’elle occupait était très vaste. Ei outre de l’enclos dernièrement disparu, elle s’étendait jusqu’i l’hôtel qui est devenu le Collège de France. L’évêque de Cambray qui en était le propriétaire, avait donné son nom à la place si fameuse dans l’histoire de ce quartier, dont les chevaliers firent leu; cimetière, jusqu’au commencement du xvne siècle. L’église, d'ur bon style du xive siècle, où se voyait le tombeau de Jacques d( Souvré sculpté par l’aîné des Anguier, fut dénaturée sinon détruite à la Révolution. Elle perdit son abside, ses chapelles, mais gard{ sa nef qui, distribuée en étages, eut une écurie au rez-de-chaussée une école primaire au premier, etc. La Tour qui avait servi à loge les pèlerins malades fut moins profanée. Avec Bichat, qui en fît 1 sanctuaire de ses travaux d’anatomie, la science la plus ardemmen philanthropique s’y installa. Le grand homme y mourut le 22 juille 1802. La plaque de marbre où on lisait en lettres d’or : cc Toui Bichat » a disparu avec le vieux donjon qui lui devait son demie titre de noblesse. — - On y a trouvé, dans les combles, une grand' quantité de vieux titres se rapportant sans doute à l’histoire de 1 Commanderie. Ils ont été portés à l'Hôtel-de-Ville.
1. On pouvait y travailler sans maîtrise. (Prud’homme, Miroi historique de Paris , ni, 123 ; Journal de Barbier, 111, 129.) C’étai donc un refuge pour les pauvres ouvriers, à qui l’argent manquai pour acheter ce droit au travail. De là vient sans doute que le petits métiers, aux ressources et aux procédés les plus incroyables abondent encore de ce côté. V. Paris anecdote , par Privât d’ Angle mont, Paris, P. Jannet, 1854, in- 12, pag. 7, 33, etc.
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l’autre, le labeur matériel en œuvre dans ces deux i rues, ayant le livre à imprimer ou à relier, pour seul , objet, tout y tournait aussi à l’intérêt delà science.
Homme d’étude ou de doctrine, à moins qu’on ne ! fût maître dans les collèges avoisinants, on n’allait dans ces rues que pour se fournir de parchemins, ou de livres, comme Corneille, un soir que nous le trouvons par hasard dans la Parcheminerie 1 ; comme Charron aussi sans doute, le jour qu’il tomba mort subitement dans la rue Saint-Jean-de- Beauvais 2: mais voulait-on prendre gîte, cherchait-on de ce côté quelque lieu propre au recueillement des sérieuses études, c’est rue de Sorbonne ou rue des Maçons qu’on allait se loger. Les Jansénistes, comme s’ils eussent flairé, près de là,
1. Peut-être aussi ce grand poète y vint-il pour cacher la honte de sa misère. C'était en 1679, il avait soixante-treize ans, et vous allez voir quelle fortune lui avaient faite ses chefs-d’œuvre : cc J’ay vu hier nostre parent et amy, écrit un Rouennais qui fut son compagnon dans cette promenade. Il se porte assez bien pour son âge. Nous sommes sortis ensemble après dysner, et en passant par la rue de la Parcheminerie , il est entré dans une boutique pour faire raccommoder sa chaussure qui estoit décousue. Il s’est assis sur une planche et moy auprès de luy; a donné trois pièces qu'il avoit dans sa poche. Lorsque nous fûmes rentrés, je luy ai offert ma bourse, mais il n’a point voulu la recevoir ni la partager. J'ai pleuré qu’un si grand génie fût à cet excès de misère. » [Précis des travaux de l’Acad. de Rouen , 1834.) — Diderot prit son premier logement dans la même rue. [Corresp., édit. Paulin, 11, p. 107.)
2. « Le 16 de ce mois, sur les onze heures du matin, tomba mort en la rue Saint-Jean-de-Beauvais, à Paris, M. Charron, homme d’église et docte, comme ses écrits en font foi. A l’instant qu’il se sentit mal, il se jeta à genoux, dans la rue, pour prier Dieu ; mais il ne fut sitôt agenouillé, que, se tournant de l’autre côté, il rendit l’âme à son créateur. » [Journal de l’Estoille, nov. 1603.)