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dans la rue des Poirêes , l’humble auberge d’où les Provinciales étaient sorties tout armées affluèrent plus qu’aucuns dans cette rue des Maçons, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle 2. — Soit par esprit de secte, et en digne échappé du Port-Royal, ou bien seulement par amour du calme, qu’il y trouvait complet, Racine y prit aussi une maison. 11 y vint en 1686, quittant la rue Saint-André-des-Arcs, et il y resta jusqu’en 1693 3,
1. Il est de tradition que Pascal écrivit ses Petites Lettres (les Provinciales), dans une auberge de la rue des Poirées, vis-à-vis la maison des Jésuites, aujourd’hui le collège Louis-le-Grand. Il logeait avec un de ses neveux nouvellement arrivé d’Auvergne, et qui avait un ami chez les pères de la société, c’est-à-dire dans le camp ennemi. Ils en eurent la visite. Pascal était absent, le neveu fut bientôt pressé par le jésuite, au sujet des Petites Lettres. « On les dit de votre oncle. » Le neveu nia, comme vous pensez, et si bien que l’ami s’en alla convaincu. Pourtant, pendant ce débat, il y avait sur le lit quinze exemplaires d’une des Petites Lettres qui sortaient de la presse et étaient encore tout mouillés.
2. Journal de Barbier (1739;, tom* ir> Pag- 231-232. — Tout ce quartier, y compris les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marcel, tenait pour le Jansénisme, Port-Royal-des-Champs était ainsi serré de près par tout la parti dont il devait devenir le centre. Pascal finit par aller loger et mourir rue Xeuve-Sa int-Étienne ; Arnault persécuté chercha un asile d’abord chez madame de Longueville, puis dans le faubourg Saint-Jacques , où il resta plus longtemps; Nicole logeait plus loin, dans le quartier Saint-Marcel, et comme il était très poltron, il disait à chaque bruit de guerre un peu inquiétant pour nos frontières : « Les ennemis qui menacent Paris entreront par la porte Saint-Martin, et ils seront obligés de traverser tout Paris avant de venir chez moi. » Enfin Philippe de Champaigne, qui tenait de si près à Port-Royal, habitait aussi dans le faubourg Saint-Marceau, une maison reproduite, d’après un vieux dessin appartenant à M. Bonnardot, par le Magasin Pittoresque de 1850, pag. 217.
3. C'est rue Saint-André-des-Arcs qu’il s’était marié en 1677.
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époque où il s’en alla rue des Marais-Saint-Germain, dans la maison encore debout qui l’a vu mourir et dont nous nous promettons de faire un jour l’histoire. Quand il arriva rue des Maçons, l’activité de sa veine était un peu calmée. Ce n’était plus le temps où il faisait une tragédie par année ; presque tous ses chefs-d’œuvre avaient vu le jour et couraient le monde. Restaient les deux derniers à faire, Esther et Athalie ; et c’est ici que son génie, sollicité par les flatteuses prières de madame de Maintenon, se réveilla pour les enfanter. L’un est de 1689, l’autre de deux ans après, s’il faut établir la date où ils furent écrits d'après celle où ils furent publiés. Quand Racine quitta cette rue, quand il délogea de cette modeste et tranquille demeure qui convenait si bien au calme de son ménage patriarcal et bourgeois *, sa gloire était donc faite : rue des Marais il n’avait plus qu’à finir de vivre glorieux et paisible, en prêtant l’oreille au retentissement de ses succès.
Dans le testament qu’il y fit, il légua 500 livres aux pauvres de Saint-André. Arrivé rue des Maçons, il raya le nom de cette église et mit à la place celui de Saint-Séverin sa nouvelle paroisse. Enfin, comme il mourut dans la rue des Marais, grâce à une nouvelle modification de son testament, ce sont les pauvres de Saint-Sulpice qui profitèrent du legs. — Quand nous ferons l’histoire de cette dernière demeure de Racine, nous n’oublierons pas tout ce qu’a de curieux, au point de vue des protestants, l’histoire de cette rue, « la petite Genève, » comme l’appelle d’Aubigné, et nous donnerons la mention qui lui convient à la bizarre maison qu’y possédait des Yvetaux. (V. la notice sur lui et ses œuvres dans l’édition donnée par M. Blanchemain, Paris, Aug. Aubry, 1854, gr. in-8. V. aussi l’excellent travail de M. J. Pichon.)
1. Quand sa charge d’historiographe le força de suivre l’armée, il ne se fit pas faute de regrets pour son petit logis : « j’étois si las,
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D’autres qu’on célébrera moins, mais dont pourtant on ne perdra pas de sitôt la mémoire, ont aussi laissé , leur trace dans cette rue : Marmontel, qui, frais débarqué d’Auvergne, y fit son premier apprentissage de pauvreté et de littérature 1 ; le libraire Cazin, qui, avant d’aller mourir si misérablement à la butte Saint-Roch, mit au jour, dans une boutique obscure de cette rue, les fines et pimpantes éditions qui ont gardé son nom ; le législateur Treilhard qui s’y reposa, en composant le Code pénal, de ses grandeurs du Directoire, de ses succès de diplomate et des cahots de ses ambassades ; enfin Dulaure, l’historien pamphlétaire dont la vie a fait si peu de bruit, dont les livres en font trop encore.
A chaque pas, dans ce quartier, en continuant à suivre le sillon ouvert, nous pourrions rencontrer de pareils souvenirs, surtout dans l’un des coins les plus impitoyablement saccagés, dans cette rue Sainte-Hya-
écrit-il du camp de Gevriès, le 21 mai 1693, si ébloui de voir briller des épées et des mousquets, si étourdi d’entendre des tara- bours et des trompettes et des timballes, qu’en vérité, je me laissai* conduire par mon cheval sans plus avoir d’attention à rien, et j’eusse voulu de tout mon coeur que tous les gens que je voyois eussent été chacun dans leur chaumière ou dans leur maison, avec leur femme et leurs enfants, et moi dans ma rue des Maçons, avec ma famille. »
1. «J’allai me loger à neuf francs par mois, près de la Sorbonne, dans la rue des Maçons, chez un traiteur qui pour mes dix-huit sous me donnait un assez bon dîner. J’en réservais une partie pour, mon souper, et j’étais assez bien nourri. » ( Mémoires , in-8e, tom. 1, pag. 187.) — En 1789, devenu secrétaire perpétuel de l’Académie française, il logeait dans le passage des Feuillants , dont il sera parlé plus loin.
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cinthe, dont la rue Soufflot 1 a fait deux tronçons au : passage, et où chaque pierre qui tombe efface une
; ; trace du passé, non seulement dans la chronique litté-
i. En se frayant passage de la rue Saint-Jacques à la rue d’ Enfer, ' | la rue Soufflot a fait mettre à jour, dans les fouilles, les restes i d’un vaste édifice romain qui aurait, à ce qu’il paraît, occupé l’esj pace compris entre ces deux anciennes voies romaines. L’enceinte ! de Philippe-Auguste le coupa diagonalement. Une partie, dont on a découvert les restes au coin de la rue Sainte-Hyacinthe, puis au 1 . delà, dans les rues d’Enfer et Sainte-Catherine, se trouva en dehors
de la ville du xme siècle, l’autre fut enclavée dans le couvent des , Jacobins. Selon M. Alb. Lenoir [Rapport du mois d’août 1853), il faudrait reconnaître là les traces du camp situé au midi de Lutèce, dont a parlé Ammicn-Marcellin. — Le couvent des Jacobins gardait de précieux débris du moyen âge au-dessus de ces ruines romaines. A son extrémité vers le midi, près d’une tour de l’enceinte de Philippe Auguste, conservée encore en partie au coin de la nouvelle rue de Cluny, et l’une de celles sans doute que Louis X : avait données aux religieux, se voyait une vaste construction « por-
tant, dit M. Alb. Lenoir dans le même Rapport, les caractères du commencement du xiv® siècle. Elle s’appuyait contre le mur d’enceinte de la ville, en dehors, et formait une grande salle divisée en deux nefs par des colonnes ; une immense cheminée occupait l’extrémité de chaque nef, au midi. Cette construction, ajoute M. Lenoir, épargnée seule en 1358, lorsqu’on creusa un fossé autour de l’enceinte méridionale, ne serait-elle pas, pour cette raison, l’ancien Parloir aux Bourgeois, mentionné dans les lettres du roi Jean, en 1350, et donné en 1504, par Louis XII, aux Jacobins? — La rue des Francs-Bourgeois, qui y conduisait, existe encore en partie, et, comme cet édifice, elle était en dehors de l’enceinte de Philippe-Auguste. On aurait retrouvé là l’ancienne et première salle destinée aux assemblées des officiers municipaux. » Rien ne dément cette opinion. Les vestiges de la vaste salle qui se trouvaient encore dernièrement dans un jardin de la rue Sainte -Hyacinthe se rapportaient au mieux avec la description que Sauvai a laissée de l’ancien Parloir aux Bourgeois. On peut consulter sur ce premier Hôtel-de-Ville de Paris, un mémoire de Y Académie des Inscriptions, ancienne série xxi, pag. 178, et le Paris municipe de M. Alex, de
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raire du dernier siècle 11 mais, ce qui n’importe pas moins, dans l’histoire la plus primitive du vieux Paris.
Toujours attiré par les ruines, si nous poussons plus loin encore, après avoir franchi ce merveilleux jardin du Luxembourg à qui ne manquaient que des issues pour se faire voir et visiter; soit que nous entrions dans la région voisine, dernière dépendance du monde universitaire, dans ce Pre-aux-Cîercs , bâti monumentalement sous Louis XIII et sous Louis XIV, et auquel la rue Bonaparte vient de rendre un peu d’air, en le trouant dans ses œuvres vives ; soit que nous nous arrêtions seulement à la fameuse abbaye de Saint- Germain qui disputait ce vaste espace aux jeunes gens de la science et en faisait le champ-clos des rixes de ses moines avec les écoliers ; partout nous trouverions à faire récolte de curieux souvenirs. Il n’y aurait qu’à remuer les décombres, que dans ces temps derniers on est parvenu à entasser sur ceux qu’avait accumulés la Révolution. Et ce ne sont pas seulement de studieuses ou pieuses chroniques que nous irions réveiller, comme
la Borde, Paris 1833, in-8, pag. 12-14. Selon lui, ce parloir (locutorium ) aurait fait donner à la montagne Sainte-Geneviève, « par de là laquelle il fallait passer pour s’y rendre, son nom de Mous Locutorium. » C’est Lucotitius , je crois, qu’il fallait dire.
1. C’est là, dans une mansarde, que Diderot trouva ce copiste philosophe qu’il appelle son « Épictète de la rue Sainte-Hyacinthe. » (Lettres, $ août 1762.) — Gardeilh, dont il a dénudé, avec tant dt verve, l’âm'< égoïste et glacée, dans ce chef-d’œuvre de vingt page^ qui s’appelle « Ceci n’est pas un conte , » logeait aussi près de là « à cette grande maison neuve, la seule qu’il y ait à droite, dam la rue Sainte-Hyacinthe en entrant par la place Saint-Michel, v ( Œuvres de Diderot, édit. Brière; vu, pag. 368.)
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on pourrait le croire en songeant à ce qu’étaient cette abbaye de Saint-Germain et les infatigables Bénédictins, ses habitants 1 ; en se rappelant ce qu’étaient
i. A la Révolution, l’abbaye perdit son cloître, sa chapelle de la Vierge, l’un des bijoux de Pierre de Montreuil ; sa belle salle du chapitre, son magnifique réfectoire qui, transformé en magasin de salpêtre, fit explosion au mois d’août 1794, lors de l’incendie qui détruisit la magnifique Bibliothèque. (Y. sui cet incendie, G. Duval, Souv. Thermidoriens , 1, 271, et sur la Bibliothèque, Rev. de Bibliogr., 11, 34.) Le palais abbatial, la prison et l’église furent seuls conservés, encore celle-ci perdit-elle, en 1822 et 1823, ses deux tours latérales. Une tourelle quadrangulaire, en encorbellement, à l’angle de la rue Saint-Benoît, et l’un des derniers restes de l’enclos du monastère dont les murailles avaient dix-huit pieds d’epaisseur, a été détruite en 1845 environ. Aujourd’hui, chose moins à regretter, une partie de la prison disparaît avec la rue Childebert, percée, dès 1715, sur un fragment de l’enclos abbatial. Ce qu'on aurait dû conserver le mieux et ce qui a le plus tôt disparu, ce sont ces cellules de moines littérateurs, dont l’abbaye de Saint-Germain possédait douze, pour sa part, et dans lesquelles s’accomplit presque tout entière l’œuvre des Bénédictins de Saint-Maur. Chaque religieux employé à ces travaux avait une chambre séparée, mais si modeste, si dénuée que l’un des continuateurs du Gallia christiana , D. Taschereau, fut contraint de demander à ce qu’en vertu des privilèges accordés, en 1764, par le chapitre aux religieux littérateurs, o%lui donnât une chambre à feu, à la place du logement étroit qu’il occupait et où il était impossible d’établir une cheminée ; tout ce qu’on lui permit fut de faire accommoder un galetas, au-dessus de l’escalier de l’infirmerie. 11 y avait seize ans que D. Taschereau travaillait au Gallia christiana, quand on lui fit cette grâce. (V. Guérard, Fragment sur les religieux de Saint - Germain-des-Près , Annuaire historique de l’Hist. de France, 1844, p. 249.) C’est dans une de ces cellules qu’en 1733, Jordan rendit visite au P. Montfaucon. Il le trouva « enfoncé dans la lecture de vieux manuscrits grecs nouvellement arrivez. C’est, dit-il, un vieillard octogénaire , plein de politesse et d’honnêteté, d’une humeur douce et gaie... » ( Hist . d'un voyage litt. fait en 1 733, en France , in-8, p. 60.) Il dit un peu plus loin : « Il n’est pas, dans Paris, de couvent ou les étran-