‹ Paris démoliChapitre 33 sur 108 · SOUS LOUIS XIV · texte numérisé non relu

SOUS LOUIS XIV

Le bureau d’adresses, prévu et demandé par le père de Montaigne. — Une gazette en 1609. — Le premier journal et son enseigne. — Les Cicerone parisiens Herpin, G. Brice, etc. — Abraham du Pradel et son Livre commode des adresses. — Où demeurent les maîtres d’armes en 1691. — Un duel à la, Porte Montmartre . — Les maîtres à danser. — Les maîtres de langues. — Ce que c’était que M. Vigneron, dit Vènèroni. La chambre d'instruction de M. Barême. — Où demeurent Mignard, Rigaud, Perrault, etc. — Largillière, marchand de tableaux. — Les maîtres à chanter. — Il vaut mieux bien jouer du violon que d’avoir fait Cinna. — Un ami I de Molière. — La maison de Lulli et de Lambert. — Les fameux curieux . — M. Jaback, M. de Chanteloup, J M. de Gagnière. — L’amour du bahut en 1692. — Le marchand Malafer. — Boul. — Un mot de son histoire. I — Les marchands de meubles de la rue de Cléry au j xviie siècle. — Fagnani. — Le lit de Coulanges. — La I rue Qjuincampoix, quartier des banquiers. — Le quartier des Bourdonnais. — L’enseigne du Lion d’Argent. — Gaultier le marchand de soie. — Le sieur Fournerat. — J Les marchands de guipures et de rubans. — Le Perdi-J geon des Précieuses. — Les diamants à la rue Thibault-aux- De — L’enseigne de l’Y, son origine. — Les mar-; Chands de perruques. — Une binette , ce que c’était, et ce que c’est. — Martial le parfumeur. — La poudre à la

Maréchale ; qui l’inventa ? — Les baigneurs. — Les hutels garnis, les auberges réglées. — Les fameux (üàtissiers Fagnault, Flechemer, Mignot, etc.; leur histoire. — les maisons de santé de Pincourt. — Les apothicaires et leurs réclames. — Les eaux minérales artificielles du sieur Tillesac. — Conclusion.

Ier Janvier 1850.

Voici venue l’époque où va tomber de tout son poids dans chaque bureau de commerçant, d’industriel, voire de journaliste, l’épais et lourd in-quarto qui nous apporte pour l’an qui commence les adresses de Paris, des départements, que sais-je, même de toute l’Europe, Y Almanach des Adresses enfin, cette annonce du monde entier, près de laquelle la quatrième page des plus grands journaux ne donne que des réclames pygmées ; cette carte de visite multiple, immense, de l’humanité tout entière prise sur le fait de son activité et de son intelligence, dans son centre le plus actif et le plus intelligent : Paris !

S’il est un siècle où l’idée d’un semblable recueil devait naître et être exploitée, c’est sans contredit le nôtre, si curieux de toutes choses, si ardent à tout connaître, à tout fouiller, si intéressé à savoir qui vit et qui meurt, qui paraît et qui disparaît. Eh bien! pourtant cette grande invention, cette belle

ressource de curiosité n’est pas due à ce grand inventeur, à cet infatigable curieux qu’on appelle le dixneuvième siècle. Ses aînés en cela, comme en mille autres choses dont on lui renvoie l’honneur, l’avaient depuis longtemps devancé.

L’idée d’un bureau ou d’un livre où l’on pût , aller s’enquérir des adresses d’une ville était déjà bien vieille quand un habile homme de nos jours la reprit, la fit grandir et s’en fit une fortune 1 ; elle datait de 1533, Pour m°ins> car elle était née en même temps que Montaigne et du même père :

« Feu mon père, dit l’auteur des Essais en son chapitre xxiv du livre Ier, homme, pour n’être aydé que de l’expérience et du naturel, d’un jugement bien net, m’a dit autrefois, qu’il avoit désiré mettre en train qu’il y eût ez villes certain lieu désigné auquel ceulx qui auroient besoing de quelque chose se peussent rendre, et faire enregistrer leur affaire à un officier estably pour cet effect : comme je cherche à vendre des perles, je cherche des perles à vendre ; telle veut compaignie pour aller à Paris; telle s’en-

1. V Almanach des adresses était déjà ressiiscité en 1815.I On peut voir plus d’une plaisanterie sur son mérite et son] exactitude dans le Journal de Paris de cette année-là1 (23 avril) et dans le Nain Jaune (20 février).

quiert d’un serviteur de telle qualité; tel d’un maistre; tel demande un ouvrier; qui cecy, qui cela, chacun selon son besoing, et semble que ce moyen de nous entre-advertir apporteroit non legière commodité au commerce publicque ; car à tous coups il y a des conditions qui s’entre-cherchent, et pour ne s’entr’entendre laissent les hommes en extrême nécessité x. »

Ce projet du père de Montaigne, qui, mis en œuvre, eût réuni la double commodité d’un jour- : nal des petites affiches et d’un bureau d'adresses^ devait demeurer longtemps en friche. Pendant près d’un siècle on lut les Essais sans y voir en passant cette idée excellente formulée en excellent style.

En 1609, pourtant, un rimailleur s’avisa de la faire revivre dans une sorte de galette burlesque qui, renseignée de tous les coins du monde,

Car la gazette multiplie Sans relasche ses postillons Vistes comme les aquilons,

1. Barth. LafFémas, grand utopiste du xvie siècle, eut aussi un projet semblable. « Il voulait, dit M. H. Martin, que le gouvernement établit dans toutes les villes une espèce d’agence d’affaires et de bureau de renseignements à l’usage de tous les citoyens en général. » ( Histoire de France , tome XII, pag. 29.)

eût donné le programme de toutes les choses nouvelles, l’annonce des moindres événements, accidents, etc.,

Sans laisser une seule affaire.

Soit d’édits, soit de missions,

De duels, de commissions.

De pardons pléniers et de bulles.

D’ambassadeurs venus en mules...,

De malheurs, de prospérités,

De larmes en cour, de piaphes.,.

Les marchands ny eussent pas été omis; on y eût trouvé leur annonce au grand complet avec indication de leur spécialité, de leur adresse, même avec la description de leur enseigne. Ceux qui s’occupent des choses de la toilette, les merciers, les î lingères, les dorlotières , modistes du temps, eusseni surtout obtenu une mention particulière et détaillée. On aurait eu, à chaque variation de la mode.1 la liste complète des atours et affiquets nouveaux :

La gazette, en cette rencontre,

Comprend les points plus accomplis,

Les courtes-chausses à gros plis,

Les gauches détours des roupilles,

L’astrolabe des peccadilles,

Dédales et compartimens,

Des boutons et des passemens.

Voilà pour la toilette des hommes; voyons mainte

ant pour celle des femmes ce que nous aurait dit ette Galette des Modes du temps de Henri IV :

Les méthodes,

Les inventions et les modes,

Des cheveux neufs à qui les veut...,

Noeuds argentez, lacets, escharpes,

Bouillons en nageoires de carpes,

Portefraises en entonnoir,

Oreillettes de velours noir,

Doubleures aux masques huilées,

Des mentonnières dentelées.

Des sangles à roidir le buse.

Des endroits où l’on met du musc, etc.

Vlais le gazetier, qui n’avait point la prestesse de >lume de nos chroniqueurs du falbala et de la guimre, désespérant sans doute de lutter de vitesse avec a mode, et de l’atteindre à heure dite dans son vol, âcha bientôt prise. Cette gazette des annonces s’arrêta t la sienne. Comme tant d’autres, elle ne vécut que ians son programme.

Théophraste Renaudot, le même qui créa la Galette ie France , reprit en sous-œuvre l’idée d’un bureau l’adresses et en fit un accessoire de son journal. Enfanter, du même coup le journalisme et l’annonce, le premier-Paris et la quatrième feuille du journal, c’était ingénieux, hardi ; Renaudot y réussit pourtant, et cela sans quitter la profession de médecin, son

premier état. Il logea le tout dans un bouge obscur de la rue de la Calandre sous la même enseigne : Au grand Coq ; puis, menant tout de front, faisant d’unechose une ressource pour l’autre : par la médecine amenant des abonnés à son journal, par le journal des chalands à son bureau d’adresses, il fit trois fortunes pour une.

Quand il fut mort, la Galette de France continuai de prospérer; le journal commençait à devenir une nécessité de l’intelligence ; mais le bureau d’adresses dépérit, le successeur de Renaudot fut même contraint de fermer boutique. Le bureau ne rouvrit u’en 1702 avec espoir, mais non pas avec certitude de ne plus refermer : « La manière dont on y a établi le bon ordre pour la commodité du public, dii le Dictionnaire de Trévoux , fait espérer qu’il réussira. »

Un nommé Herpin s’apprêtait vers ce temps àjj lui faire rude concurrence. « C’est un homme, dit le Novitius de 1721, au mot nomenclator, qui enseigne à Paris les noms et les demeures des personnes de qualité l. » Le Sage connut ce singulier industriel.

1. Les Romains avaient de pareils guides aux gages de; nouveaux venus dans Rome. (V. les Mélanges de Vigneu Marville, tome II, page 217.)

On peut lire aussi dans le très curieux livre de M. L

Imanach Bottin vivant et marchant, pouvant, au îsoin, vous prendre par la main et vous conduire i-même jusqu’à l’adresse demandée. Aussi, quand fit son Gil Blas , n’eut-il garde de l’omettre. C’est rtainement en pensant à Herpin qu’il fait dire ir Fabrice à son héros : « Je vais de ce pas te confire chez un homme à qui s’adressent la plupart :s laquais qui sont sur le pavé ; il a des grisons fi l’informent de tout ce qui se passe dans les failles. Il sait où l’on a besoin de valets, et il tient

I registre exact non seulement des places vacantes, ais même des bonnes et des mauvaises qualités des aîtres. C’est un homme qui a été frère dans je ne is quel couvent de religieux. Enfin, c’est lui qui ’a placé. »

L’auteur d’une des plus curieuses Descriptions de iris , le vieux Germain Brice, faisait vers le même mps un métier à peu près pareil. Seulement il ne mettait qu’au service des gentilshommes de pronce et des riches étrangers nouveaux arrivés dans tris.

II les renseignait sur les curiosités à voir, leur arquait l’emploi de leur journée de touriste, mme l’a fait de nos jours un fameux journal dans

daborde, le Palais de Ma^arin, page 227, note 247, des tails sur les cicerone de Paris au xvne siècle.

un coin de son immense feuille ; il leur disait à qi hôtel il fallait heurter pour voir de beaux appt tements, de belles galeries de tableaux ; souve : même, pour peu qu’on l’en priât et qu’on le pa}| bien, il servait de guide et traînait après soi, * monument en monument, d’hôtel en hôtel, le tciriste ébahi. Le livre de Brice, cité tout à l’heui, n’est qu’un résumé de ses courses de cicerone b ,i stylé, et pour cela même n’en est que plus rieux.

N’était-ce pas là un excellent type? Un home de bonnes manières, bien instruit des moind*s choses qu’il va vous montrer, faisant aux curirx les honneurs de sa yille, ne laissant rien échap :r de ce qui peut la mettre en renom aux yeux :s étrangers, la révélant dans toutes ses splendeurs .a fouillant avec eux dans ses moindres curiosit ! Quel Parisien enthousiaste ce devait être que :e bon Germain Brice ! Depuis, son pareil ne s’est is retrouvé et ne se retrouvera pas. Que ferait-il c is notre Paris moderne qui a bien encore ses moiments, vus tous en deux heures, mais qui n’a ]p un seul de ces somptueux hôtels, ouverts à t( s, et qui demandaient plus de deux mois de courseet d* admiration pour être visités en détail les uns a è; les autres?

Dans le temps même où ces premiers essais de Bureaux de renseignements , à’ Indicateur parisien et Y Almanach des 25,000 Adresses , étaient tentés à Paris avec plus ou moins de succès, un peu avant Herpin, mais juste à la même époque que Renaudot et que Brice, vivait à Paris un homme qui devait mieux qu’eux tous comprendre et exécuter l’utile pensée si largement exploitée aujourd’hui. Cet homme, d’ailleurs obscur, avait nom Abraham Du Pradel % et ce dont il s’avisa, ce qu’il mit en œuvre avec intelligence pendant deux années de suite, en 1691 et en 1692, n’est autre chose qu’un véritable Almanach des Adresses , un Almanach Boltin en raccourci, ou plutôt à l’état d’embryon : 200 pages in-8° au lieu de 1,800 pages in-40, ce que pourrait être enfin, toutes proportions gardées, le Paris de Louis XIV, auprès du Paris de 1850.

C’est ce livret curieux et rare d’Abraham Du Pradel dont voici le titre exact : Y Almanach ou

1. Selon Camusat, Histoire critique des Journaux , tome 1, pag. 230, 231, et la préface de Y Anti-Menagiana, page 16, ce nom d'Abraham du Pradel serait un pseudonyme de l’apothicaire Blegny dont il est parlé si élogieusement dans le Livre commode , comme on le verra plus loin (p. 70). — Blegny aurait ainsi fait tout un livre pour se faire une réclame; mais cet almanach fut trouvé si détestable, disent les mêmes auteurs, qu’on lui défendit de le continuer.

Livre commode des adresses de Paris , etc. (1691)1 Paris, Ve Denys-Nyon, in-8°, que nous allons ana l lyser ici en éclairant chaque détail obscur de quel que commentaire.

Après nous avoir entretenu d’abord des choses d la cour, des cérémonies royales, des jours où le roi reçoit, touche les écrouelles, etc., etc., comme l’eûj pu faire Y Almanach royal, déjà florissant alors, le pre mier datant, croyons-nous, de 1679, Du Pradel pass< vite aux choses de la ville, car il est avant tout Pari sien et bon bourgeois. Il commence par nous instruis de tout ce qui concerne les nobles exercices pour la bell éducation .

Les maîtres d’armes sont les premiers mentionnés comme si dans ce Paris, toujours batailleur, il étai' dit qu’il faut savoir se battre avant que savoir lire |i « Il y a en différents quartiers des maîtres en fa: d’armes qui tiennent salle chez eux et sont danj l’approbation publique : MM. de Saint-André, qua j des Augustins; Chardon, rue de Bussy; Le Perch| fils, rue Ma^arine; etc. 1 »

Remarquez que les maîtres d’escrime nommés pal

1. Rousseau le jeune, dont le fils et le petit-fils furerll jusqu’à la Révolution maîtres d’armes des Enfants c France, était, en 1727, le plus fameux professeur d’escrim< V. Nemeitz, Séjour de Paris (1727), pages 73-74. Soi]

W)u Pradel demeurent tous au delà des ponts, dans voisinage de l’Université. C’est qu’en effet ils scrutaient par là, dans la gent si turbulente des coliers, leur meilleure clientèle de bretteurs et de spadassins.

Un édit royal du 21 août 1567 avait prévu le i anger d’un pareil voisinage pour les écoles, et l’aait interdit : « La cour fait défense aux escri- 1 leurs et tireurs d’armes de s’établir dans le quartier le l’Université. » Mais vous voyez qu’en 1692 on tenait bien peu de compte de l’ordonnance de 1567.

< Vingt ans après, sous la Régence, on la brava bien lus effrontément encore, ainsi que tous les autres

■ dits prohibant le port des armes et le duel.

En 1721, d’après le livre de J. de Bruye, Y Art \ 1 tirer les armes , publié celte année-là, il y avait

< Paris plus de dix mille bretteurs fréquentant les i îlles d’escrime et, presque tous, logés dans le pays

itin.

Alors on ferraillait en plein soleil et en pleine rue,

^tit-fils avait épousé une sœur de madame Campan .

“ luand vint la Terreur, son titre et ceux de sa famille le ndirent suspect ; il ne put échapper à la mort : « Il fut i is et guillotiné, écrit madame Lebrun ; on m’a dit que,

: ai jugement rendu, un juge avait eu l’atrocité de lui 1er : « Pare celle-ci, Rousseau. » ( Souvenirs , tome I, ijige 182.)

mais surtout sur les boulevards, pour avoir un champ clos plus vaste et de plus nombreux spectateurs. Les bretteurs dégainaient et s’alignaient deux contre deux, quatre contre quatre, les badauds s’assemblaient et faisaient cercle autour du combat, et nos hommes ainsi regardés ne cherchaient plus qu’à se perforer dans les règles, à se pourfendre avec bonne grâce.

Madame Du Noyer nous raconte dans ses Lettre : un de ces grands duels entre spadassins, dont le théâtre fut un coin de boulevard près de la porte Montmartre.

« Il se passa sous les fenêtres de notre chambre dit la spirituelle Bruxelloise, un combat terrible oi Blancrochet et Daubri, les deux plus fameux bret teurs de Paris, furent tués après la plus vigoureus< résistance. C’était à quatre heures après-midi, e; tout le monde les regardoit faire sans se mettre eij état de les séparer, ce qui me surprenoit beaucoup • car dans notre pays on est plus charitable que cela et pour la moindre petite querelle on verroit tout u. quartier en alarmes : mais à Paris, on est plu tranquille et on laisse les gens se tuer quand ils e ont envie... M. de Lubière, d’Orange, M. de Rou coulle et mon oncle Cotton étoient à nos fenêtre lorsque cette scène se passoit, et ils admiroient 1

bravoure de l’un de ces deux bretteurs, qui se défendoit lui seul contre quatre de ses ennemis, dont l’un lui porta enfin un coup par derrière qui le fit tomber à quatre pas de là auprès du corps de son camarade. O11 les porta tous deux chez un chirurgien... »

Le marquis de Souches dans ses Mémoires, sous la date du mois d’avril 1685, nous parle d’un autre combat qui eut lieu après dîner dans le jardin même ! du Palais-Royal, entre quatre bretteurs, le chevalier d’Hamilton qui en désarma un, et le marquis d’Alincourt qui fut bien rossé par les trois autres * à ce jpropos il ajoute sur le mot bretteur : « Ce terme n’étoit pas tout à fait bon françois, mais il étoit fort en usage pour signifier les gens qui font métier et marchandise de mettre l’épée à la main en toutes occasions bonnes et mauvaises, et à proprement parler des filous et des gens de mauvaise vie. »

Après les maîtres du guerroyant exercice, notre anach nous en montre de plus pacifiques et de on moins en faveur : les maîtres à danser : « Pluieurs maîtres de danse, dit Du Pradel, dispersés en lifférents quartiers, sont aussi dune habileté distinguée. M. de Beauchamps, maître des ballets du roi, -st le premier homme de l’Europe pour la compo-

sition, rue Bnilleul ; M. Raynal l’aîné, maître à danser des Enfants de France, ordinairement en cour. » Beauchamps était en effet l’un des beaux danseurs , du temps. Il était surtout couru des femmes, et même l’on glosait fort en cour sur plus d’un tête-à- I tête dont la leçon du maître à danser n’avait été que | le transparent prétexte. Mais quand Du Pradel le recommandait ainsi, il se faisait déjà bien vieux et touchait à sa fin. La Bruyère, qui le malmène sous le nom de Cobus, avait déjà dit de lui en 1675 :

« Voudriez-vous (il s’adresse aux femmes sensibles de la cour), voudriez-vous le sauteur Cobus, qui, jetant ses pieds en avant, tourne une fois en l’air avant de tomber à terre? Ignorez-vous qu’il n’est plus jeune ? »

Cet illustre Beauchamps se croyait de bonne foi l’inventeur de l’art de la chorégraphie, et il avait fait ; légitimer sa prétention par un arrêt du parlement, ; ce qui équivalait à un brevet d’invention x. Personne dans le docte corps, ne s’était souvenu d’un livre qui paru en 1588, avait devancé de près d’un siècle le.1 leçons de Beauchamps, et dans lequel se trouven

1. Ce n’est que plus tard, en 1727, que brilla le fameu> Marcel, le même qui disait : « Que de choses dans ui ! menuet ! » (V. Nemeitz, Séjour de Paris , page 72.)

curieusement ébauchés tous les éléments de sa prétendue découverte ; c’est Y Orchèsographie de Thoinot Arbeau ou plutôt de Jehan Tabourot, pour vendre ici le secret de l’anagramme derrière lequel çc bon chanoine de Langres, un peu confus d’avoir écrit sur la danse, avait cru convenable de se cacher. Nous ne citerons de son livre que sa bizarre conclusion : « Pratiquez les dances honnestement et vous rendez compaignons des planettes, lesquelles dancent naturellement, et de ces nymphes que M. Varron dit avoir veues en Lydie sortir d’un estang, dancer, puis rentrer dedans leur estang ; et quand vous aurez dancé, rentrez dedans le grand estang de vostre estude pour y profiter, comme je prie Dieu qu’il vous en donne la grâce. » C’était conclure en chanoine, pour un livre écrit en danseur.

Les maîtres de langues ne sont pas oubliés par le Livre commode des adresses. Nous avons surtout remarqué dans la liste qu’il en donné le nom d’un homme resté fameux dans la mémoire de ceux qui ont appris l’italien, et que nous avons cru tous d’une époque bien postérieure à l’an 1691 ; c’est Vénéroni, si populaire encore pour la méthode italienne à laquelle son nom est attaché. Voici ce que Du Pradel dit de lui :

« M. Vénéroni, secrétaire interprète du roi,ordi-

nairement nommé dans les tribunaux pour les traductions et interprétations des langues espagnole et italienne, enseigne ces deux langues chez lui, rue du Cœur- Volant. »

Ce Vénéroni était un homme à expédients, digne de vivre à une époque plus avancée en industrie que le siècle de Louis XIV. Il n’était rien moins qu’italien, car il était né à Verdun en Lorraine, et il se nommait Jean Vigneron. L’enseignement de la langue italienne, qui était fort à la mode en ce tempslà, lui parut une ressource, et, pour s’y mieux préparer, il commença par italianiser son nom. Comme ces chanteurs de notre temps qui se croient une voix plus fraîche dès qu’ils ont soudé à leur nom, bas-breton ou tudesque, une désinence toscane ou romaine, il se persuada qu’il savait l’italien, du moment que, sur la foi de son nom travesti, on put le prendre pour un échappé de Florence. Mais il ne s’arrêta point là pour se mettre tout à fait en honneur.

Italien par contrebande, il se fit encore grammairien, grâce à un vil emprunt; lexicographe, grâce à un plagiat. Il happa au passage le fameux Italien Roselli, ce coureur de pays et d’intrigues, ce Casanova anticipé dont les singulières aventures sont le texte d’un roman ; comme il le savait profondément

versé dans sa langue maternelle, il lui persuada de composer une grammaire, puis, comme il ne le savait pas moins misérable, le livre fait, il lui en offrit cent francs, l’obtint et le publia sous son seul nom. Il fit à peu près de même pour son Dictionnaire, seulement au lieu d’un homme c’est un livre, le Dictionnaire italien d’Antoine Oudin, qu’il pilla avec effronterie. La Monnoye le dit positivement dans cette phrase de son Glossaire des Noëls bourguignons, phrase brutale mais juste, et qui est tout un résumé de la vie impudente de Vénéroni : a Le plagiaire qui s’est emparé du Dictionnaire italien d’Oudin et l’a fait imprimer sous le nom de Vénéroni étoit un pédant nommé Vigneron. »

Pour la science des chiffres et du négoce, on avait alors le fameux Barême, qui logeait au bas du Pont- Neuf. C’est là, aussi bien que dans une chambre d’ instruction qu’il avait ouverte rue aux Ours, au coin de la rue Quincampoix, qu’aidé de son fils et de son gendre il tenait ses fameuses conférences sur la tenue des livres en partie double. Colbert était le protecteur de Barême1, et dut visiter souvent son Acadé-

i. Barême se fit poète pour se mettre dans les bonnes 1 grâces de M. de la Reynie. On en a la preuve par sa fameuse pièce, dont nous ne connaissons qu’un exemplaire,

mie, comme notre chiffreur appelait un peu fièrement sa maison. Savary, qui fit le Fameux Négociant , 1 fut celui qui sortit de chez Barême le mieux émoulu en chiffres. •

Du Pradel passe ensuite à une série non moins curieuse, aux noms et aux adresses des artistes qui alors illustraient Paris.

Il commence par les architectes. Nous apprenons de lui que Buland demeurait rue Saint-Louis au Marais , dans le quartier même des beaux hôtels qu'il a construits, et d’Orbay, rue des Poulies, tout près du ' Louvre ; quant à Perrault, que nous voudrions trouver bien plutôt que d’Orbay à l’ombre de son ; admirable colonnade, il loge dans l’immonde place , du Chevalier-du-Guet .

Après viennent les peintres d’histoire. Nous trouvons Mignard, rue Richelieu , dans un hôtel | qu’il partageait avec madame de Feuquières, sa fille, et dont la situation, d’après un plan manuscrit en ! notre possession, correspondait à celle du tassage |

celui que possède M. Leroux de Lincy : « Ode à Mon- ! seigneur de la Reynie , conseiller du Roy en ses conseils d’estat et privé , maistre des requêtes ordinaire de son hostel et lieute - 1 liant général de police de la ville, prévosté et vicomté de Paris, par Barrême, professeur en arithmétique. L’autheur vend à Paris. 1670. Au bout du Pont-Neuf, rue Dauphine.

Saint-Guillaume actuel, presque en face le Théâtre- Français ; excellent voisinage pour le logis d’un imi de Molière ! Jouvenet demeure, lui, dans l’un des pavillons du collège Ma\arin — celui qui touche au quai Conti , — et les Coypel au Louvre.

Les peintres de portraits ont aussi leur curieuse mention. Nous y voyons Rigaud dans une maison de la rue Neuve-des-Petits-Champs , « à l’encoignure de la rue de Louis-le-Grand, » selon Germain Brice, qui complète ici Du Pradel. Petitot, qui peint la mignature (sic) en émail , demeure rue de V Université, dans ce logis modeste où Richelet alla si utilement le consulter pour les termes de peinture de son dictionnaire.

Largillière, le peintre des éclatants velours, des riches satins, logeait, lui, dans la rue Sainte- Avoye, le plus fangeux des quartiers. Il n’y avait pas seulement son atelier d’artiste, mais encore une sorte de boutique où il brocantait les tableaux comme tous ces matois d’Auvergne qui pullulaient alors et qu’on appelait compagnons de la graffignade. Plus d’un honnête homme, du reste, se mêlait de ce trafic d’amateur ; Du Pradel en cite quelques-uns : «M. l’abbé du Plessis, près le Puits d’Amotir ; le sieur d’Alençon, rue du Chapon, et le sieur Paris, près la Jussienne, se plaisent à troquer des tableaux. » Ce fut

aussi plus tard la manie de ce bon abbé Moussino dont Voltaire, comme on sait, commandita le brocantage.

Mais revenons à Du Pradel et à sa liste de hommes d’art. Il continue par les sculpteurs, nou montre Girardon au Louvre , taillant froidement e magistralement son marbre en face des cariatides di Sarrazin son maître, sans en imiter les hardiesses I Coysevox aux Gobelins avec ce pauvre Tuby, si célè bre alors, trop ignoré aujourd’hui, comme si s;t réputation avait dû disparaître avec les sculptures di la porte Saint-Bernard, son principal ouvrage ; enûr Desjardins, plus modeste et moins bien renté, vivan en reclus dans sa petite maison du faubourg Mont martre.

Du Pradel clôt la série artistique de son Alma nach par les adresses des musiciens. La liste est nom breuse, car elle comprend toutes les variétés de l’es pèce, depuis les compositeurs jusqu’aux joueurs d guitare.

Nous avons d’abord les maîtres enseignant le cia vecin, cet humble et strident devancier du monoton piano, qui avait au moins le mérite de se faire moin entendre. Ceux qui couraient l’enseigner par la vill étaient : Couperain, prbs S aint-Gervais, le même qu La Fontaine a vanté dans son è pitre à de Nyert

alande, cité avec éloge dans la même pièce, et maame Oves, rue Saint-Denis, prototype d’une variété i îusicale qui pullule de nos jours : la maîtresse de iano *.

La viole, sorte de violon à six cordes d’acier ou e laiton, dont La Fontaine a dit gracieusement :

... La viole, propre aux plus tendres amours,

vait aussi ses adeptes mélomanes, chez lesquels tarais, Sainte-Colombe et Garnier, les habiles j oueurs de ce temps-là, ne dédaignaient pas de couir le cachet.

Mais c’est le téorbe qui était surtout l’instrument la mode Point de concert, point de sérénade ossibles sans cette sorte de grand luth à deux • aanches ; pas même de chanson, de ballade ou . ie triolet sans que son aigre accompagnement ne

i. A. Gantez, qui eut la maîtrise de Saint-Innocent sous ,ouis XIII, nous apprend dans ses Lettres quels avaient été, vant ceux que nous nommons ici, les fameux musiciens le Paris : « Celui, dit-il, que j’ai trouvé, en ce pays, le dus agréable en musique, c’est Veillot, maître de Notre- 3ame, et celui que j’ai trouvé le plus grave en la sienne,

I ’est Feschon, maître de Saint-Germain ; mais Hautcouseaux, maître de la Sainte-Chapelle, fait parfaitement tous ■ es deux. »

fût obligé. Écoutez plutôt ce qu’en dit La For taine :

Le téorbe charmant qu’on ne voulait entendre Que dans une ruelle avec une voix tendre,

Pour suivre et soutenir par des accords touchants De quelques airs choisis les mélodieux chants...

Si l’on voulait se donner le plaisir d’un beau moi ceau de téorbe bien exécuté, il fallait s’adresser, selo Du Pradel, à Dupré, rue des Escouffes, à De la Barre en cour, à Aubin, rue de V Écharpe.

Le violon était aussi fort en estime, grâce à Bap tiste, trop souvent confondu avec Lulli dont il ava le prénom ; grâce aussi à Charpentier, qui logea rue de la Harpe , selon notre almanach. Le plus cèle bre, et celui qui s’enrichit le mieux, de tous ces vie lonistes du xvne siècle, était Le Peintre, le même qi inspira à Richelet cette boutade de son étrange die tionnaire : « Le poète Martial disoit autrefois qu pour faire fortune à Rome il falloit être violor Quand on diroit aujourd’hui la même chose de Pi ris, on diroit peut-être asse% la vérité. Le Peintre l’un des meilleurs joueurs de violon de Paris, gagn plus que Corneille, l’un des plus excellens et d nos plus fameux poètes françois. » Ce qui n’éta qu ’asseç vrai du temps de Richelet l’est tout à fa du nôtre.

Nous finirons, comme Du Pradel, parles compo- :eurs. Ils sont bien clair-semés et peu illustres, alli mort, pas un bon auteur d’opéra n’était resté ;bout. Qu’est-ce que Colasse, qui logeait rue Trarsine? Un pauvre écrivassier en musique, dont tn n’est resté et qui aurait dû continuer toute sa e, comme il avait commencé, de copier de bonne usique plutôt que d’en composer de mauvaise. Qui innaît aujourd’hui Bertet, l’Orphée de Vile Notreame , et Charpentier, dont l’adresse était rue Dauine ? Ce dernier pourtant nous est plus recommanible. Il avait été l’un des bons amis de Molière, c’est à lui, si nous avons bonne mémoire, qu’on )it la musique de la cérémonie du Malade imagilire. A ce titre il mérite sa place ici, dignus, dignus 1 intrare, etc.

Du Pradel nomme aussi, mais simplement pour émoire sans doute, le vieux Lambert, si fameux icore au temps où Boileau fit sa satire du Repas , complètement oublié en 1691. Il habitait rue inte-Anne, au coin de la rue Neuve-des-Petits- 'nmps , cette maison que vous connaissez tous, ec ses chapiteaux corinthiens, ses hautes fenêtres, s masques comiques engagés dans les arcades, et n faisceau d’attributs lyriques couronnant une des Disées. Lulli, qui avait fait bâtir ce somptueux

logis, avait voulu, en mourant, que Lambert, doi il était le gendre, en eût la jouissance viagère.

Une classe de gens dont on omet à tort la curieus catégorie dans nos modernes Almanachs des adresses et dont Du Pradel, plus sensé, fait une série à part! c’est celle des amateurs, bibliophiles, antiquaires collectionneurs de tableaux, etc. Puisqu’on indiqu aux acheteurs en quels lieux se trouve ce qu’ils chei chent, on devrait bien de même dire un peu au marchands où se trouve pour eux une clientèle tout' faite. C’est ce que tente ici notre vieil almanach, ei nous donnant la liste des principaux amateurs d< son temps. Il les appelle les fameux curieux , entendant le mot curiosité dans le sens qu’il avait alors e que lui donne La Bruyère, quand il dit dans sor chapitre de la Mode : « La curiosité n’est pas ur goût pour ce qui est bon ou ce qui est beau, mais pour ce qui est rare, unique, pour ce qu’on a et ce que les autres n’ont point... Ce n’est pas un amusement mais une passion, et souvent si violente, qu’elle ne cède à l’amour et à l’ambition que par la petitesse de son objet1. »

i. Jusqu’en 1789 on dit carieux pour amateur. « On appelait ainsi, dit madame de Genlis, de riches amateurs de tableaux, d’histoire naturelle, de médailles, d’antiquités et de raretés des pays étrangers. Il y avait à Paris, avant

Entre autres curieux donc, Du Pradel nous cite

le duc d’Aumontj-n/g de Jouy ; Saint-Simon, rue raranne : » — pour celui-là, il était, vingt endroits 'e ses Mémoires nous l’apprennent, fort curieux de lortraits, surtout de ceux peints par Rigaud; —

: le duc de Richelieu, place Royale ; les présidents .ambert et Bretonvilliers, Ile Notre-Dame. » — Les opulents magistrats qui firent peindre par Lesueur n par Le Brun les galeries de leurs hôtels méritent bien une place ici. — « Furetière, rue du Roi îe-Sicile; M. de La Planche, rue de la Planche , etc. » Mais trois noms nous ont surtout frappé dans :ette nomenclature d’amateurs : celui de Jaback j l’abord.

C’était un riche banquier de la rue Neuve-Saint- Merri , faisant, comme Du Pradel nous l’apprend ailleurs, toutes les affaires avec les pays du Nord-Est : .’ Allemagne, la Pologne, la Hongrie et la Turquie. Les énormes bénéfices de sa banque étaient tous :onsacrés à satisfaire son goût intelligent pour les trts. Quand la galerie de tableaux, formée à Lon-

a Révolution, une infinité de cabinets de ce genre. Aujourd’hui presque tous les curieux sont transformés en brocanteurs ; ce qui était un goût est devenu, comme tant i’autres choses, une spéculation. » ( Dictionnaire des étiquettes y [, 114. V. aussi Corresp. de Metra, tome XIV, page 162.)

dres par Charles Ier, fut mise à l’encan, il y cou rut, se fit adjuger à prix d’or les plus belles toiles, et revint tout fier parer son hôtel de ce riche butin

Il était surtout ardent collectionneur de dessins Quand, par suite de je ne sais quel caprice ou de j( ne sais quelle vicissitude, il vendit sa galerie, il s’) trouvait 5,542 dessins et tout au plus cent tableaux, mais la plupart du meilleur choix. Le tout se vendit 220,000 francs. C’était pour rien x.

Le cabinet du roi, premier fonds de notre Musée national, s’enrichit plus que tout autre de ces magnifiques dépouilles. Nos plus splendides Van Dyck, nos Holbein les plus authentiques nous viennent de Jaback.

M. de Chanteloup, « près le Trône , rue du Faubourg- Saint- Antoine » , est l’un des deux autres curieux que

1. L’hôtel Jaback subsista jusque dans ce dernier temps. Il était traversé par un passage qui portait son nom et qui menait du numéro 34 de la rue Saint-Martin à la rue Neuve-Saint-Merri. Pendant le xvin® siècle, il avait servi à divers usages. Le Kain avait commencé la tragédie sur le théâtre bourgeois qu’on y avait établi. Dans sa principale salle s’exposaient et se vendaient des tableaux. (Bachauinont, tome VII, 240-248.) De là, certaine espèce de tableaux à vendre s’appelaient des Jaback. (Diderot, édition Brière, in-8, 1821, tome VI, page 41.) — V. pour de plus amples détails, le Palais Malaria, par M. L. Delaborde, passim.

nous avons surtout aimé à trouver cités par Du i Pradel l. C’est que c’est là un des protecteurs de l’art à cette époque les plus ardents et les plus éclairés. Nous devons à ses munificences les plus belles œu- I vres du Poussin qui, perdu pour nous à Rome, ne i se rattacha longtemps à la France que par un seul | lien, les lettres, les encouragements et les commandes 1 que M. de Chanteloup lui adressait. Le troisième curieux est M. de Gagnière, à Y hôtel de Guise. Un fin bibliophile celui-là, dont le nom brille encore aux plus belles pages du Manuel de Brunet, à la suite des livres les plus dignes de rivaliser dans les ventes avec ceux même de Groslier. La demeure de M. de ■ Gagnière à Thôtel de Guise était bien choisie. Il y trouvait un fort bon voisinage pour sa bibliothèque ;

1 elle s’y adossait aux superbes galeries de tableaux appartenant à madame la duchesse de Nemours, et à ce riche musée de pierres précieuses tant vanté et tant jalousé par Coulanges. « Hélas ! dit-il un jour,

i. L’abbé de Marolles ne l’oublie pas non plus dans la liste de ceux qui possédaient à Paris des cabinets de tableaux \ très exquis. Il nomme aussi beaucoup de curieux en peinture qu’a omis Du Pradel : « M. de Liancourt, M. le marquis de Sourdis, M. le marquis de Villière, M. de Créquy, M. du Houssay, etc. » ( Mémoires de l’abbé de Marolles , in-I2, tome III, page 215.)

songeant au goût ruineux qu’il y avait pris pour ce raretés,

Hélas I c’est toi qui m’as gâté,

Brillant hôtel de Guise ! »

Les riches antiquailles, les vieux meubles étaieq principalement à la mode. On avait, comme d' notre temps, le goût effréné du bahut et de la en I dence. Saint-Amant y fait allusion dans la préface d son Moïse sauvé , quand il dit, pour s’excuser de; termes archaïques qu’il a mêlés aux mots nouveaux - « Une grande et vénérable chaise à l’antique quelquefois très bonne grâce et tient fort bien so: rang dans une chambre parée des meubles les plu ; à la mode et les plus superbes. » Du Pradel nou dit où il fallait aller pour se fournir de ces précieuse vieilleries . Il nous adresse à Raclot, rue du Harïay à Varenne et à son associé Malafer, quai de VHon loge x. Ce dernier était surtout fameux. C’était 1 Monbro du xvne siècle. L’abbé de Villiers, s’indi gnant, dans son poème de Y Amitié, contre cett vogue des vieux meubles, contre tous ceux qui s’}

i. Malafer était un des habitués du café de la Laurent rue Dauphine, et il joua son rôle dans l’affaire des couplet de J. -B. Rousseau.

adonnaient, amateurs et marchands, ne nomme que lui :

Voulez-vous voir chez vous vos salons inutiles Montrer aux curieux mille ornements fragiles,

En antiques tourner et le bronze et le fer,

Et dans un cabinet mettre tout Malafer?...

L’antique n’était par la seule manie des curieux, l’unique spécialité des vendeurs de curiosités. « Ces marchands,' dit notre almanach, vendent des porcelaines, des meubles de la Chine et des terres ciselées en détail. » Encore comme de nos jours! le vieux et l’exotique allant de compagnie ! le bahut moyen âge et le paravent de laque de Chine s’étonnant d’être ensemble! Et, gens du xixe siècle, nous nous targuons de l’originalité de nos goûts ! « Il n’y a de nouveau que ce qui a vieilli ! » Le vieux Chaucer a bien raison de le dire.

Si l’on voulait des meubles à la mode du jour, fabriqués et ornementés dans la bonne manière, il fallait, comme à présent, aller au faubourg Saint- Antoine et dans quelques rues du centre que Du Pradel nous indique ainsi : « Les meubles de placage et de marqueterie se font et se vendent grande rue du faubourg Saint- Antoine, rue Neuve-Saint-Merri, rue G renier -Saint -Lazare, rue du Mail et rue Saint-Victor . »

Puis il ajoute, à propos des meubles plus somptueux, quelques lignes d’autant plus intéressantes que nous y trouvons le nom et l’adresse de l’illustre Boul, l’homme qui sut le mieux façonner en meubles les i bois précieux, le cuivre et le bronze, et qui distribua le plus délicatement en légers filigranes, en gracieuses arabesques, les incrustations d’ivoire et d’écaille.

« Les meubles d’orfèvrerie sont fabriqués avec une i grande perfection par M. de Launay, orfèvre du roi, devant les galeries du Louvre.

« M. Boul, son voisin, fait des ouvrages de marqueterie d’une beauté singulière. »

Quand Du Pradel écrit que de Launay et Boul logeaient devant les galeries du Louvre, il entend dire qu’ils habitaient le palais même. Nous savons en effet par Germain Brice que Boul, jouissant du privilège réservé aux plus grands artistes, y occupait un appartement1.

i. C’était par honneur, sans doute, que Boul logeait au Louvre, mais ç’aurait pu être aussi par nécessité. Ses nombreuses dettes, honorablement contractées pour les besoins de son art, l’avaient en effet forcé d’abord à chercher un asile dans ce palais, où le débiteur était à l’abri du créancier. (V. Depping, Corr. administ. de Louis XIV y tome II, page 843.) 1

Mariette, dans ses NoticeSy nous en a laissé une fort

Une dernière phrase de notre almanach sur la fabrication et le commerce des meubles nous a fait voir toute une population d’ébénistes dans un quartier que les gens de ce métier n’ont pas quitté depuis, c’est-à-dire dans les rues de Cléry et Bourbon-Ville - ; neuve : « Il y a sur la Ville neuve un grand nombre de menuisiers qui travaillent à toutes sortes de meubles non tournés. »

Quelques marchands de meubles tenaient à la fois l’antiquaille et la nouveauté. Ainsi Fanagny 1 , comme

curieuse sur Boul, sur ses malheurs, l’incendie de son cabinet, etc. Elle a été publiée dans le Cabinet de V amateur I et de l’antiquaire , et dans l’excellent recueil artistique de MM. de Chenevière et Anatole de Montaiglon, Archives de l’art français. Tout le monde fera bien de la lire, car il est temps qu’on sache que Boul est un homme et non une chose, comme on a l’air de le croire, même chez les gens du métier qu’il a illustré. Un marchand de meubles | genre Boul f de la rue de Cléry, n’a-t-il pas cru bien faire et remonter à l’étymologie du nom de son art en se donnant cette enseigne : « A la boule décorée ? » ^Passe encore pour les Anglais, chez qui Boul est décidément une boule l i. Ce Fagnani donna matière, par l’une de ses spéculations, à la comédie de Dancourt, la Loterie , en un acte, en prose, jouée au Théâtre-Français en 1697. Voici ce qu’on lit à ce sujet dans les Anecdotes dramatiques , tom. I, pag. 496, 497 : « Un Italien nommé Fagnani, s’était établi à Paris à titre de marchand brocanteur. Au bout de quelques années, cet aventurier obtint la permission de faire une loterie de ses effets, à raison d’un écu par billet.

l’appelle Du Pradel, ou Fagnani comme le nomme Gacon, qui par cette orthographe, la meilleure selon nous, semble révéler l’origine italienne de l’ingénieux marchand. Notre almanach place sa boutique près la descente de la Samaritaine et ne le range que parmi [1 les vendeurs de vieilleries précieuses; mais Gacon, J dans sa satire ix contre ks partisans, nous le donne î comme l’un de ceux chez qui les gens du meilleur goût allaient se faire faire un ameublement neuf ou j à l’antique. Les vers où il en parle sont bons à citer comme description de l’intérieur somptueux d’un I traitant à cette époque :

Le doreur et le peintre

Viennent peindre et dorer ses salons jusqu’au cintre. L’or et la soie en mains, vingt brodeurs occupez Font briller ses fauteuils, ses lits, ses canapez.

Dejans, aux Gobelins, fait ses tapisseries,

Dotel et Fagnani meublent ses galeries.

Et déjà, dans Paris, la splendeur de ses chars Du peuple tout surpris attire les regards.

Le tapissier Bon, que le Livre commode ne nomme

Pour engager le public à y mettre, il annonça que cha- > cun de ces billets porterait un lot : cette promesse captieuse eut tout l’effet que Fagnani s’en était promis et la loterie fut remplie en fort peu de temps. Il tint parole à la vérité; mais les trois quarts et demi de ses lots étaient de pures bagatelles, et les gros lots tombèrent à des inconnus, ou.

pas, et nous le regrettons, comptait aussi alors parmi ■ les meilleurs. C’est lui qui travaillait pour Coulanges, et sans doute aussi pour madame de Sévigné. Le noble chansonnier, qui aimait les vieilles mœurs et les vieux meubles, lui reproche de donner dans la mode des lits nouveaux, grands à tenir deux familles, et dont le dernier modèle est le lit de Louis XIV à Versailles. Combien Coulanges préférait la vieille couchette de damas vert retrouvée dans les grabats de Susy ! mais, dit-il :

Autant de modes que d’années.

Aujourd’hui le tapissier Bon 1 A si bien fait par ses journées Qu’un lit tient toute une maison.

Nous allons maintenant faire hâter le pas à notre Abraham Du Pradel pour qu’il nous guide au plus vite en des quartiers non moins curieux, mais où

pour mieux dire, Fagüani les partagea avec eux. Ce fut sur cet événement que Dancourt bâtit sa comédie de la Loterie où Fagnani, sous le nom de Sbrigani, n’est pas épargné. Cette pièce eut un grand succès; car la plupart des spectateurs se divertissaient à voir représenter une aventure dont ils avaient payé les dépens. »

1. V. pour la renommée du tapissier Bon et de son frère, comme constructeurs de lits, le Mercure galant (ie année), tom. III, page 300.

nous pourrons le laisser parler sans avoir besoin de l’interrompre aussi souvent de nos commentaires* bavards.

Il nous mènera d’abord vers le quartier des ban-l quiers, presque tous logés dans les rues Saitit-Merri, de Venise, et surtout dans* la rue Quincampoix , qui semble ainsi prédestinée à devenir, quelque vingt- 1 cinq ans après, le siège de la banque de Law. Nous y trouvons en 1691 : Marcel, banquier pour Normandie, Champagne, etc.; puis MM. Rigioli et de | Hemand, qui, ne trouvant pas qu’on déroge à la ' banque en se faisant marchands, « font, dit Du | Pradel, commerce d’étoffes d’Italie, or, argent, ve- I lours et autres. »

De là nous passons au quartier de la draperie, : que Dufresny, dans ses Lettres siamoises , appelle le riche pays des Bourdonnais , qualification qui pourrait encore lui convenir aujourd’hui. « C’est là, dit-il, que le luxe vous conduit dans des Pérou en magasin, où les lingots d’or et d’argent se mesurent à l’aune; et telle femme, après y avoir voyagé avec quelque étranger libéral, porte sur elle plus que son mari ne gagne, et traîne à sa queue tout le bien d’un créancier. »

Du Pradel est moins brillant mais plus précis : « Les dentelles et les galandsd’or, dit-il, se vendent rue des

‘ourdonnais et rue Saint-Honoré, entre la place aux ■bats et les Piliers des Halles. » Il ajoute dans un dtre endroit : oc Le bureau des marchands drapiers st dans la rue des Décbargeurs.

» Enfin les marchands drapiers qui ont de gros nids et qui font de grandes fournitures, sont dans i rue Saint-Honoré :

» M. de Vins au Grand-Louis ; les frères Berny au bâteau couronné; Faré et Paris au Grand-Monarque ; toucher au Lion d'argent . » Cette dernière maison ûste encore rue Saint-Honoré, au coin de la rue des ; rouvaires, avec son ouvroir antique à peine modifié, t son écusson en guise d’enseigne, portant lion d’arjent sur champ d’azur et cette devise orthographiée l’antique : AV LION D’ARGENT.

Entre autres forts marchands de la rue des Bouronnais, Du Pradel nous nomme encore MM. Gauler et Régnault, par qui, dit-il, « les étoffes de soie k d’argent sont commercées. » Le premier nous ait déjà connu, c’est le même chez lequel La ;ruyère nous avait montré les jeunes fiancés de son ‘mps, se ruinant pour leurs accordées en nippes et liffons précieux, a L’utile et la louable pratique e perdre en frais de noces le tiers de la dot ju’une femme apporte ! de commencer par s’apauvrir de concert par l’amas et l’entassement de

choses superflues, et de prendre déjà sur ses font de quoi payer Gaultier, les meubles et la toilette!

Du quartier de la riche draperie à celui de la fr perie il n’y avait qu’un pas, pas plus loin que du gale d’or au haillon. Du Pradel nous y mène sans désen parer. Mais d’abord laissons parler encore le spir tuel Dufresny : « D’un côté tout opposé, le bc marché vous mène dans une contrée où le hasa: vous habille. Là, quantité d’importuns officiel appellent le passant, l’arrêtent, le tiraillent et lui d<| durent un habit neuf pour l'accommoder d’un vieux j L’almanach nous donne des détails plus positii il nous montre, entre autres originaux trafiqua sous les piliers, un certain Fournerat chez qui l’i pouvait s’entretenir d’habits par abonnement annue « Le sieur Fournerat, marchand fripier sous les pilit des halles, entretient bourgeoisement et honnêtemc d’habits pour quatre pistoles par an1, i

Ce n’est certainement pas cher, surtout quand songe à quel prix étaient alors les moindres obj d’une toilette honnête ; les souliers par exemple, s tout les patins des femmes, pour peu qu’ils fuss< d’un bon faiseur, coûtaient plus de douze francs

i. Un poète besoigneux de ce temps-là, nommé Bla' donne, dans une requête rimée adressée au prince |

■e : « Le sieur Desnoyers, cordonnier, nie Saint eie, est renommé pour des souliers de femme qu’il d un louis d’or. 1 »

.e luxe et la cherté des habits avaient été poussi loin que Louis X-IV, par décri somptuaire 2 7 novembre 1660, avait dû défendre les brode - , cannetilles, paillettes, guipures, etc., ce qui avait î mis en joie les gens moroses que la toilette sque, et les maris jaloux qui voient un danger r eux dans la toilette de leur femme. « Oh ! dit narelle :

Oh ! trois et quatre fois béni soit cet édit.

Par qui des vêtements le luxe est interdit !

Les peines des maris ne seront pas si grandes,

Et les femmes auront un frein à leurs demandes.

Oh 1 que je sais bon gré au roi de ces décris,

Et que, pour le repos de ces mêmes maris,

Je voudrais bien qu’on fit de la coquetterie Comme de la guipure et de la broderie, »

rnne et que Monteil possédait manuscrite, quelques ils sur les endroits où se vendaient les vieilles nippes :

Je chercherai des nippes de hasard A l’avenant de ma petite banque.

Sur le Pont-Neuf s’il se trouve un Girard

A bon marché, au Châtelet un feutre Castor tout neuf est trop cher pour un pleutre.

Une ordonnance de décembre 1689, avait porté le

En 1691 pourtant, en dépit de l’édit du roi e . la barbe de Sganarelle, on vendait toujours à P^; force guipures et force broderies :

« Les points et dentelles se vendent en plusiei, boutiques et magasins de la rue Bèthisy , de la rue ; Bourdonnais et de la rue Saint-Denis ....

» Les dentelles, guipures et galands de soie t vendent sur le Petit-Pont et rue aux Febvres, où 1 1 vend aussi des galands de livrée x... »

» Les marchands qui font des garnitures de rubiîj ont leurs boutiques dans les cours, salles et galet s du palais...

» Il y a aussi plusieurs boutiques de lingères < 1 vendent des dentelles et garnitures de tête, 1

louis d’or à 12 livres 10 sols. (V. Journal de Dangeau , tion complète, tome III, pag. 39.) — Il monta au tr s moins de trente ans après. En 1718, il valait 36 livi . ( Nouv . lettres de madame la duchesse d’ Orléans, etc., publ s par G. Brunet. Paris, 1853, in-12, pag. 150.)

1. Les rubans se vendaient sur le Pont-au-Chart Charles Chevillet, qui sous le nom de Champmeslé t comédien , auteur , et mari de la fameuse tragédie e aimée de Racine, avait fait ce commerce avant d’abordt a scène. Le Noble, reprochant à un poète ami de ce co dien ventru les défectuosités qu’il avait trouvées dans s vers, lui dit :

Tu les as mesurés sans doute à l’aune antique Dont jadis ton Pansa mesuroit ses rubans.

alais et sous les charniers du cimetière des Saints-Inno nts... »

Ce qui m’étonne, c’est que Du Pradel oublie de dus indiquer la fameuse boutique du mercier Pergeon qui, depuis le temps des Précieuses où Made- >n se récriait sur le ruban furieusement bien choisi 2 Mascarille qui était « du Perdigeon tout pur », avait pourtant rien perdu de sa renommée. En 392, l’année même de l’un de ces almanachs, Pala- :at devait encore en parler dans un passage de son rlequin Phaéton. Du Pradel n’avait peut-être rien :çu pour la réclame !

Pour le commerce et l’étalage des garnitures de îrles et de diamants, on n’avait point alors les galees du Palais-Royal et les passages ; toutefois, on autit pu les loger mieux qu’à la rue Thibault-aux-De a Du Pradel nous les montre en vente : « Les arnitures de perles et de pierres fines sont corner des par les sieurs Alvarez et Maçon, rut Thibaultix-De

« Les garnitures de pierres fausses se vendent au

lartier du Temple » C’est de là qu’est venue

locution de diamants du Temple pour pierres usses.

Les merciers abondaient dans les quartiers où urs boutiques se trouvent encore : « Les aiguilles et

épingles se vendent en gros près de la croix du 1 J voir a la Coupe d’or, et rue. de la Huchette à l'Y. I Cette dernière enseigne, que quelques merciers ga dent encore et sous l’invocation de laquelle on ver toujours les meilleures aiguilles, a besoin d’êt expliquée. C’est une légende-rébus dont peu de gei ont le mot. Autrefois on appelait le haut de chauss g règnes, à cause de sa ressemblance avec les court et larges culottes des Grecs. Le nœud de ruban qi les merciers vendaient pour l’attacher au pourpol se nommait lie-grègues. Or, c’est de ce mot un p( modifié que vient notre enseigne. De lie-grègue, « forçant légèrement la prononciation, on eut l’Y; la fameuse lettre fut ainsi acquise aux merciers. E a d’ailleurs assez bien la forme d’une culotte 1 jambes en l’air, et par là, convient d’autant mieu comme armes parlantes, à ces marchands de culoti et de caleçons.

Les perruques étaient une grande affaire en 16 et comptaient pour beaucoup dans les frais de toile pour les hommes. Nous n’avons donc pas été si pris de trouver dans l’almanach de Du Pradel article spécial pour les ouvrages et marchandises cheveux :

« Entre ceux qui sont renommés pour faire perruques du bon air, sont MM. Pascal, quay de Ne:

t lé, rue Saint’ André ; Vincent, quay des Augustins ; .• : tx-ci font aussi commerce de cheveux en gros et î détail... »

Dans un autre endroit, il nous parle d'un accesj. re indispensable pour ces chevelures postiches : h On fait des calottes de toile jaune et de serge liuettre sous les perruques, chez un calottier qui fcjsa boutique sous la porte de la cour neuve du j ais. »

{ Le premier de tous les entrepreneurs en cheveux it l’illustre M. Binet : « M. Binet, qui fait les ytuques du roy, demeure rue des Petits-Champs x. » irtes, ce devait être là un homme de conséquence.

! irtiste qui fabriquait la perruque royale 1 cette

I . Salgues, dans son livre De Paris, etc., paru en 1813, onsacré un chapitre aux perruques. 11 n’y oublie pas les du temps de Louis XIV, ni, par conséquent, Binet : « Les perruques, dit-il, page 352, s’établirent toutes les têtes. Louis XIV et toute sa cour en por- :nt qui pesaient plusieurs livres, et coûtaient jusqu’à lie écus; les tresses descendaient sur les hanches, et le pet dominait sur le front à une hauteur de cinq à six < ices. L’histoire nous a conservé le nom de l’artiste énieux qui inventa cette coiffure, il se nommait Binet, ntôt les magistrats, les médecins, les docteurs s’aperent qu’une binette donnait de la dignité, indiquait la : mce et imposait à la multitude. Dès lors, le rasoir des biers fut mis en réquisition, et suffit à peine à émonder tes les têtes ; plus la binette était large, plus le respect

perruque in-folio qui fut la véritable couronne ) Louis XIV, cette perruque sans laquelle on ne jamais vu, qu’il mettait lui-même derrière les ridea de son lit, afin d’apparaître déjà radieux aux coi tisans du petit lever, le soleil ne se levant pas s; ; ses rayons ! ! Quel homme c’était pour Louis X r que ce bon M. Binet, le faiseur de perruques 1 11 i dut, tout le temps de son règne, les trois quarts 8 sa majesté. Mais cette tâche de perruquier ro i exigeait un art infini et des soins sans nombre, sijtout en* ce qui regardait le choix des cheveu:. Nous en jugeons du moins par ce que nous dit* marquis de Louville, des précautions prises poui i fabrication des perruques de Philippe V, roid’Espapî et petit-fils du grand roi : « Il y a une difficié pour les perruques, à quoi il faut faire attend- , écrivait-il au ministre de France; c’est qu’on prétd que les cheveux avec lesquels on les fera doivent t e de cavaliers ou de demoiselles, et M. le comte e Beuavente n’entend point raillerie sur cela. Il v t

du peuple croissait. » Aujourd’hui, aürait pu ajouter lgues, l’oubli de la chose a bien fait perdre le respect mot. Quand, chez le peuple, on veut parler d’une £ ridicule on dit : « Quelle binette ! »

r. Paris fournissait de perruques l’Europe entit. (Liger, Voyageur fidèle dans Paris, chap. Perruquiers.)

(ussi que ce soient des gens connus, parce qu’il dit lu’on peut faire beaucoup de sortilèges avec des chejeux, et qu’il est arrivé de grands accidents. Vous (oyez que l’affaire^ est de conséquence et qu’il n’y j ut rien négliger. »

| Les parfumeurs chez qui se vendaient les cosméj ques, les pommades et les odeurs propres aux per- |tques étaient alors en nombre à Paris. Jamais la

Iiode des parfums n’y avait été poussée plus loin ; 'était une contagion qui venait de Louis XIV, le joi le plus doux fleurant qui se soit vu. C’est Martial, i fameux par un plaisant passage de la Comtesse d’Es- ■ urbagnas qui lui fabriquait ses parfums, le plus soujent en sa présence; car le grand roi était défiant et |> souvenait sans doute des gants de senteur sortis e la boutique de René, et dont les vénéneuses exlia- . tisons avaient causé la mort de la reine de Navarre. ,e Parjumeur françoys, etc., livre fort curiçux de ette époque, nous fait voir dans son avertissement ouis XIV chez Martial, et il ajoute à ce sujet de récieux détails sur quelques parfums et parfumeurs e la même époque : « Le plus grand des monarues qui ait jamais été sur le trône s’est plu à voir juvent le sieur Martial composer dans son cabinet iîs odeurs qu’il portoit sur sa personne. M. le prince e Condé, dont la mémoire sera toujours en véné-

IO

ration à la France, faisoit parfumer devant lui, pa le sieur Charles, le tabac et plusieurs choses de cett nature dont il se servoit. Le nom de Poudre à la Me réchale n’a été donné que parce que madame la du chesse d’Aumont se divertissoit* à la faire. » L Livre commode des Adresses nous instruit de ceu qui rivalisaient avec ces fameux parfumeurs : « L sieur Bailly, rue du Petit-Lion , près la rue Pavée ; vend des savonnettes légères qu’il dit être de crème d savon et meilleures que les savonnettes ordinaires, i

La réclame est encore bien modeste, bien crain i tive, elle n’a pas encore son franc parler ; elle sup pose, elle croit, elle n’affirme pas.

a Le sieur Adam, courrier du cabinet du roi pot l’Italie, apporte souvent des essences fines de Rome j

i. C’est en effet de Rome que venaient les meilleu parfums et les plus beaux gants de senteur. On le sa par une lettre du Poussin à M. de Chanteloup, du 7 octc i bre 1646. Il a tout fait pour bien exécuter la commissioil qu’il lui a donnée. Il y a employé un sien ami « connai seur en matière de gants. » Du tout il a fait un paque « il y en a une douzaine, la moitié pour les hommes et moitié pour les femmes. Ils ont coûté une demi-pistole ' 4 paire, ce qui fait dix-huit écus pour le tout. » Dans ue I autre lettre du 18 octobre 1649, ayant fait commissio i pareille, il en instruit encore M. de Chanteloup. Cette fo t ce sont de bons gants à la frangipane qu’il a achetés ( f c’est la signora Maddalena, « femme fameuse pour le 1 parfums », qui les lui a vendus.

jle Gênes et de Nice. Il demeure chez M. Grevon, jnarchand devant la barrière Saint-Honoré.

» M. Guilleri, rue de la Tabletterie, fait venir de Portugal la véritable eau de Cordoue. »

: Par cette dernière phrase, ce bon Du Pradel, qui ,ious enseigne tant de choses, nous apprend, par surroît, qu’il n’était pas très savant sur la géographie le la Péninsule.

Au xviie siècle, la propreté passait avant le luxe, d’usage des bains, transmis par les étuvistes du moyen lige et qui ne se perdit que dans la seconde moitié lu XVIIIe siècle, était encore en pleine vigueur ; nous rouvons dans notre almanach une mention spéciale ;)Our les baigneurs en renom.

! « Les barbiers-baigneurs qui tiennent des bains, îles étuves et des dépilatoires pour la propreté du ;orps humain sont MM. Dupont et Mercier, rue de Richelieu ; Jordanis, rue d! Orléans ; Du Bois, rue Saint indré ...

» Les dames sont lavées chez M. Du Bois par nademoiselle sa femme.» Les bourgeoises, comme on ■ait, n’osaient pas alors prendre le titre de madame.

Avant ces baigneurs de 1691, on en avait eu de dus fameux ; La Vienne, chez qui le roi, dans le emps de ses premières amours, allait se baigner et e parfumer, et dont par la suite il fit son premier

valet de chambre; Prudhomme, en la maison duquel madame de Sévigné ne trouvait pas trop mauvais que Bussy allât loger pour une nuit, a Comme je ne suis pas une femme de cérémonie, lui écritelle, je suis trop raisonnable pour trouver étrange que la veille d’un départ on couche chez le baigneur. Je suis d’une grande commodité pour la liberté publique ; et pourvu que les bains ne soient pas che; moi, je suis contente : mon zèle ne me porte pas i trouver mauvais qu’il y en ait dans la ville. » Il 3 a, toutefois, de la malice dans cette lettre de madame de Sévigné ; on y voit qu’elle n’était pas dupe de L soi-disant innocence d’une nuit de Bussy chez 1< baigneur, dans un logis public, qui tenait le miliei entre l’hôtel garni et des maisons pires.

Quant aux hôtels garnis proprement dits, ils on aussi leur place dans l’almanach de Du Pradel. Oi les y trouve cités avec toutes leurs appartenances e dépendances : tables d’hôte, couvert à tout venant etc. « Le sieur De Lamotte, à l’hôtel de Mantout rue Montmartre, tient une fort bonne table de qua rante sols par repas, et fournit même une second table aux intervenants. » C’est notre restaurant deux francs, compliqué d’une table d’hôte. Ensuit viennent d’autres détails pour quelques autres mai sons où l’on mangeait. « On trouve des auberge

réglées dans tous les quartiers de Paris, où Ton mange plus ou moins somptueusement, selon la dépense que l’on y fait. Dans quelques-unes on ne paye que dix sols par repas ; mais il y en a d’autres à quinze, à vingt, à trente et même à quarante

sols... l.

» On mange à dix sols par repas au Heaulme , rue du Foin; au Paon , rue Bourg-l’Abbé...

» A quinze sols rue de Savoie, à V Hôtel couronné; rue du Petit-Bourbon, à la belle Image; rue de la Rose, à la Samaritaine ...

» Il y a quelques auberges où se trouvent trois tables différentes : à quinze, à vingt et à trente sols par repas...

» Les personnes qui ne peuvent faire qu'une médiocre dépense trouvent d’ailleurs dans tous les quartiers de Paris de petites auberges où Ton a de la soupe, de la viande, du pain et de la bière à suffisance pour cinq sols. » La gastronomie à bon marché n’est donc pas une invention de nos gargotiers.

1. L’abbé de Marolles ne dédaigne pas de consacrer une mention flatteuse aux fameux traiteurs et cuisiniers de son temps, ne fussent-ils que cabaretiers comme Coiffïer et 1 Cormier, qu’il cite en même temps que Gribou, La Basoche, Guille et La Varenne « qui, dit-il, en a même fait un livre exprès. » ( Mémoires , III, page 214.)

Un dîner pour cinq sous, ils n’en sont pas encore revenus là !

Puisque Du Pradel en est à l’endroit où son précieux petit livre devient un véritable Almanach de: Gourmands , n’oublions pas plus que lui les pâtissiers dont il donne une liste assez détaillée. C’est d’abord M. Fagnault à la fois pâtissier et traiteur et, qui plus est, fricoteur titré et presque noble. « Écuyer de cuisine de monseigneur le Prince, il er fait de très excellente qu’il vend à personnes de connoissance.

» Ainsi en est-il, ajoute encore notre cicerone du sieur Flechemer, rue Saint -Antoine, au coir Saint-Paul. Celui-ci fait un grand débit de fines brioches que les dames prennent chez lui en allant au cours de Vincennes. »

Pour celui-ci, Du Pradel n’aurait pas dû s’en tenii là, il aurait dû ajouter qu’il était pâtissier en titre de la fabrique de Saint-Paul, et qu’en cette qualité il figura dans le petit poème burlesque de Marigny. le Pain bénit .

S’indignant contre les marguilliers gourmands qui ne se contentent, à grand’peine, que :

D’un pain bien large et bien épais,

Bien étoffé de beurre frais. . .

rimeur comique ajoute :

Encor ne pouvez-vous souffrir Que le pain que l’on doit offrir S’achète ailleurs qu’en la boutique De Flecbemer qui, pour l’argent.

Afin d’avoir votre pratique,

Se qualifie effrontément De pâtissier de la fabrique.

Que son pain soit grand ou petit,

I II est selon votre appétit ;

S’il vous donne une parafante Et s’il fait bien boire Régnault,

Votre fabrique est bien contente,

L’offrande est faite comme il faut.

Voilà des marguilliers et un pâtissier bien accommodés ! Un autre faiseur de brioches de ce tempslà ne le fut pas d’une façon moins réjouissante dans une satire de Boileau : c’est Mignot, que Du Pradel n’oublie pas non plus de nous nommer.

« Le sieur Mignot, dit-il, rue de la Harpe , n’a pas seulement beaucoup de réputation pour la pâtisserie, mais encore pour toute espèce de ragoûts, étant pâtissier-traiteur. »

Ici la réclame donne un démenti à la satire ; par elle, l} empoisonneur que le poète a fustigé devient le plus fin artiste en gourmandise, mais elle a beau faire, on l’a oubliée elle-même pour ne se souvenir

que du terrible vers. Le pauvre Mignot est aujou i d’hui immortellement ridicule. C’est au point qi , Voltaire s’indigna tout rouge de ce qu’on le donna pour grand-père à son propre neveu l’abbé Mignoi \ Le 30 décembre 1774 il écrivit fort et bien à d’A gental pour démentir la sottise généalogique qu Clément avait publiée là-dessus, et que « MM. In auteurs des œufs rouges » avaient répétée. Malhei reux Mignot, renié même par les siens 1 Poui quoi diable aussi s’avisait-il de prendre fait et caus pour Cotin, et de populariser sa satire contre Des préaux, en donnant cette feuille volante pour enve loppe à ses biscuits? Le satirique le paya de ce toui par un bon et solide ridicule, « pilule amère | mâcher, » comme disait Molière.

Mais c’est nous occuper trop longtemps de métiers opérant pour les gens bien portants, parloc un peu de ceux qui exploitaient la mauvaise santé« du pâtissier passons au médecin ; des pensions étaj blies pour les mangeurs de tout grade passons celles qu’on avait établies pour les malades, et qu disons-le vite, étaient, ou peu s’en faut, semblable à ces maisons de santé que notre siècle philanthroj pique se glorifie tant d’avoir inventées. C’est dan le quartier Popincourt ou plutôt de P incourt, comm on disait alors, que Du Pradel nous fait voir un d

es hospices bourgeois. « Cette pension, dit-il, est . blacée à Pincourt, c’est-à-dire dans une grande et >elle rue qui était naguère un hameau, qui fait parie des faubourgs de Paris et qui se trouve entre la >orte Saint-Louis et la porte Saint-Antoine... En el temps et à telle heure qu’on y puisse arriver, on U/ est reçu et on y trouve une chambre prête en oayant par avance la pension de huit jours; et on jst même assuré d’y trouver le médecin tous les natins, au moins jusqu’à dix heures ; et tous les soirs, depuis six heures jusqu’au temps du coucher. »

Puisque cela nous amène à parler des choses de a médecine, nous allons citer ce que dit Du Pradel des apothicaires de son temps; aussi bien c’est peut-être le plus curieux passage de son curieux ouvrage. On croira souvent relire une scène de Molière :

i « Les marchands épiciers qui s’attachent particulièrement à la droguerie médicinale sont, pour la plupart, dans la rue des Lombards.

» Les apothicaires et les épiciers, qui ne composent ensemble qu’un même corps, ont leur bureau au petit cloître Sainte-Opportune.

I » M. Rouvière, apothicaire ordinaire du roi et des camps et armées de Sa Majesté, qui n’est pas moins

curieux dans sa profession et qui a fait deux prép rations publiques de la thériaque d’Andromachi» avec un applaudissement général, vend d’aillei une eau vulnéraire qui est d’un très grand efi dans les plaies d’arquebusade, rue Saint-Honoré, pi Saint-Roch, où il a une boutique d’une propre extraordinaire1.

» M. de Blegny fils, apothicaire ordinaire roi, sur le quay de N este , au coin de la rue Guet \ gauà 2.

» C’est le seul artiste à qui les descendants <| signor Hieronimo de Ferranti, inventeur de l’c viétan, ayent communiqué le secret original.

» 11 dispense aussi tous les remèdes achetés i: publiés par ordre du roi, une conserve et u1 liqueur pour la guérison des phthisiques et des p moniques, une ptizane philtrée pour purger doue ment et agréablement la bile, la pituite et génér lement toutes les superfluités.

» Une eau vulnéraire qui guérit le scorbut et

1. Messieurs de rapothicairerie tranchaient du médec Marolles, qui cite les plus fameux, Gaman, Tartar. Naudin, etc., dit que lui et ses amis ont tiré d’eux des jr mèdes souverains, ¥ non seulement par les conseils des rf decins... mais encore parleurs propres. » ( Mémoires , m, 2x jl

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