COLLÈGE ET PRISON DES HARICOTS
La discipline du jeûne. — Les Capettes et leurs prem: maîtres. — La règle inflexible. — Le carême to l’année. — Maître Hortensius et ses victimes. — Eras au collège Montaigu. — Ce qu’il y apprend et ce ql y prend. — Opinion de Rabelais sur cette pouillw scholastique. — Une chanson en l’honneur des hario — Transformation du collège en prison. — Une t mologie.
La construction quelque peu pédante de la p bliothèque Sainte-Geneviève fut faite aux dépens I passé. On a démoli pour lui faire place un bien vicl monument; tout le monde s’en souvient. Il éil bâti sur la ruelle grimpante qu’on appelle la rue j Sept- Voies, à l’endroit même où cette rue tortuei et malsaine vient s’ouvrir comme pour prendre Y et respirer enfin sur la place plus salubre du Pa théon.
Cette vieille masure, restée si longtemps debc à l’angle de jonction, et dont les noires muraill
petites fenêtres en meurtrières, les portes rares et oites faisaient si étrangement disparate avec les nches parois, les monumentales ouvertures du ithéon, son gigantesque voisin, était, pour que is le sachiez, l’ancien collège Montaigu, ou, comme disait dans l’argot des écoliers de l’ancienne Uni- ■sité, le collège des haricots .
Ce collège de Montaigu, son surnom vous le nne déjà à supposer sans doute, était le plus miable de tous ceux de Paris. Le but de ses fondais et de ses réformateurs, de Gilles Aiscelin, .hevêque de Rouen, qui l’établit bien infime et n humble en 1314; de Pierre de Montaigu, ^que de Laon, qui l’agrandit en 1388, et enfin du ;ide Jean Standouth qui, vers 1502, rédigea ses stères règlements, n’avait pas été de faire de ce liège une maison de mollesse et de bien-être, loin là, mais bien plutôt une maison de rigoureuse ctrine, de discipline inflexible, de dogmatisme pitoyable, une sorte de séminaire d’ascétiques cteurs rendus forts pour les doubles luttes de sprit et du corps, par l’étude constante et par le me perpétuel. Rien, encore une fois, de ce qui :nt au bien-être, et à ce qu’on appellerait aujourbui le confortable tant vanté, tant promis par les efs d’institution, c’est-à-dire par leurs prospectus;
go
rien de mondain, pas même l’idée tout hygiéniq de la propreté, n’avait préoccupé ces graves et fair liques législateurs. Ce qui leur avait importé, c’ét d’établir un collège bien muni, bien armé de prb lèges, et surtout ne relevant pas du pape; de dres; des élèves, maigres de corps, c’est vrai, pâles visage, malpropres même, mais toujours forts d'r guments, et solides sur leurs thèses; toujours fr. émoulus pour toutes les discussions : de omni scibili et quibusdam al iis.
« Gilles d’Aiscelin, le faible archevêque, •
M. Michelet dans son Histoire de France , le ju terrible des Templiers, fonda ce terrible collège Montaigu, la plus pauvre et la plus démocratiq des maisons universitaires, où l’esprit et les det I étaient également aigus... Là, ajoute-t-il, s’élevait . sous l’inspiration de la famine les pauvres maître qui rendirent illustre le nom de cape t tes; chéti. nourriture, mais amples privilèges; ils ne dépel L daient, pour la confession, ni de l’évêque de Pa ni du pape. »
Si l’on n’avait encore les statuts rédigés par Je. Standouth, et qui furent observés dans toute le rigueur pendant près de trois siècles, on ne pourri' croire jusqu’où l’abstinence et la sévérité étaie poussées dans cette maison. C’était moins un cc
ige qu’un cloître de trappistes, ou même une liaison de correction et de torce. Les parents en
Iigeaient ainsi, car, s’il faut en croire Jacques lubreuil, dans ses Antiquité % de Paris, ceux qui n’y ^voyaient pas leurs enfants pour s’y instruire, les : j faisaient enfermer pour qu’on les corrigeât.
Ce collège, dit Dubreuil, a toujours été bien Jeiglé, et où la verge n’a jamais esté espargnée aux dnéans, lasches à l’estude et prompts à toute desauche. Tellement que, quand il y avoit quelque père u mère à Paris molestez et attediez de leurs enfans Jaal vivans et incorrigibles, on leur conseilloit de es enfermer àMontagu, afin de les ployer, adoucir : iessous la verge d’humilité, et les réduire à la voie : le vertu, de la quelle ils estoient esloignez par 4 iauvaise compagnie et trop grande liberté. »
- Voyons maintenant, d’après la brève analyse : [u’en a donné le même Jacques Dubreuil, quels étaient les plus sévères des douze statuts qui, dressés en 1501, homologués l’année suivante par Georges d’Amboise, et autorisés par le chapitre de Wotre-Damè de Paris, avaient fait de Montaigu une :J>i redoutable maison :
« Le troisiesme, dit Dubreuil, est de refrener sa angue et garder silence, depuis la fin de complies usques au son de la messe du lendemain. Ce qui
est conforme à la reigle sainct-Benoist, chap. 42 Ut post completorium nemo loquatur.
» Le quatriesme est. de la forme et couleur de habits, distinguez en ce que ceux des théologiens prestres et étudians en philosophie doivent estr> noirs, et ceux inférieurs de drap gris brun ou tanné Il leur est enjoint d’avoir des manteaux sans plis, et des chaperons en teste à la façon d’un camail. sinon qu’ils sont cousus devant et derrière, et n’y i j ouverture sinon pour passer la teste : ainsi que le; portent les frères convers de Sainct-Germain de; Prez... »
C’est ce vêtement triste et misérable, « petit manteau à la façon que les portent les jésuites », c’es < cette cape étriquée, leur seul habit pendant l’hivei comme pendant l’été, qui avait fait donner aux écoliers de Montaigu le surnom assez ridicule de Copettes.
« Le cinquième, continue J. Dubreuil, est de l’abstinence si grande, qu’il n’y a maison de religion où elle soit telle : car il leur est défendu de boire vin, et de manger chair, excepté les théologiens et prestres d’avoir une pinte de vin à trois, composée de trois demi-sextiers de vin et d’un demi-sextier d’eau, en considération de leur âge viril et de leur labeur aux études. Pour la pitance, ils auront tous
. l’entrée de table chascun la trentiesme partie l’une livre de beurre, des pommes cuites, des pruneaux ou quelque chose équivalent. Plus, le potage le légumes (qui sont poix, febves et autres semblables grains issus de terre) ou de bonnes herbes. i:>our la portion des jeunes capettes auront chascun la moitié d’un harenc ou un œuf. Les théologiens t prestres auront deux fois autant, c’est sçavoir jleux œufs chascun, ou un harenc; pour le dessert, fan morceau de fourmage ou quelques fruits, si la raison et les moyens y sont. »
1 Pouvait -on faire chère plus misérable? Quel gueux de la cour Jussienne se serait accommodé, je ne dis pas de la portion des écoliers, mais même de |a part meilleure des théologiens et prêtres, mangeurs privilégiés, et vrais gloutons auprès des pauvres capettes? Jean Standouth s’était trop rappelé vraiment que l’établissement de son collège avait eu pour but de recevoir et nourrir les pauvres et de les :aire instruire ès lettres, et en revanche, il ne s’était pas assez souvenu que, pour suppléer aux pensions que ces pauvres écoliers ne pouvaient payer, de Ponnes rentes avaient été constituées à son collège par de riches et puissants personnages, notamment en 1494 « par messire Louis Malet, sieur de Graville... admirai de France », et par Emmanuel, roi
de Portugal. Était-ce de cette maigre façon qu’c devait traiter des écoliers protégés et rentés par i roi? Mais, dans sa rigide sagesse, Standouth < avait jugé ainsi ; au lieu de faire tourner à l’am lioration de la nourriture dans son collège le bie: fait de cette double rente, il avait préféré en en ployer l’argent à a faire bastir le corps d’hostel où était la chapelle. Les pauvres capettes n’eure ainsi, en quoi que ce soit de réellement utile poi leur bien-être, le profit des sommes donné par l’amiral et par le roi Emmanuel. Ils n’en furei pourtant pas moins obligés « de faire dire par ch cune sepmaine deux messes pour le dit Graville sa femme, et tous les moys une pour le roy c Portugal. »
Après le cinquième statut cité tout à l’heure concernant l’abstinence, se trouve celui qui trai des malades, et nous le comprenons de reste, corps ne devant pas, avec un tel régime, se ten longtemps valide et sain ; puis vient celui qui trai des « jeûnes que doivent observer les pauvres g pettes ». Pour celui-là, il nous a semblé vraimei incroyable. Comment s’imaginer en effet qu’on pi surenchérir, par le jeûne, sur la diète infligée coma ordinaire aux misérables capettes? Comment croii que pour ces pauvres diables il pût y avoir un ca
ême autre que celui qui durait pour eux toute année, et qui depuis la Circoncision jusqu’à la ! iaint-Sylvestre les mettait au régime forcé de la rentième partie d’une livre de beurre, des pois et les fèves? Pour faire pareil prodige de ladrerie,
1 n’y avait que maître Standouth, ou .à son défaut 'Harpagon de Molière, ou bien encore certain péiant tenant pension à Paris au temps de Louis XIII, :t dont N. de Moulinet, qui le nomme Hortensius, nous a conté la cbicheté habile et pleine de ressources au livre III de Y Histoire comique de Franciort : « Hé Dieu ! s’écrie de Moulinet par l’organe de son héros, quelle piteuse chère au prix de celle que aisoient seulement les porchers de notre village ! mcore disoit-on que nous étions des gourmands, et alloit-il mettre sa main dans le plat l’un après 'autre. Notre pédant faisoit ses mignons de ceux }ui ne mangeoient guère, et se contentoient d’une
ort petite portion qu’il leur donnoit Il faisoit
oujours à table un petit sermon sur l’abstinence, lui s’adressoit particulièrement à moy : il alléguoit Cicéron, qui dit qu’il ne faut manger que pour dvre, non pas vivre pour manger. Là-dessus il ap- Dortoit des exemples de la sobriété des anciens, et l’oublioit pas l’histoire de ce capitaine qui fut trouvé aisant rôtir des raves à son feu pour son repas ; de
surplus, il nous remontroit que l’esprit ne peut fa ses fonctions quand le corps est par trop chargé viandes, et disoit que nous avions esté mis chez 1 pour étudier, non pas pour manger hors de saisc et que pour ce sujet, nous devions plutôt songei l’un qu’à l’autre... A déjeuner et à goûter, ne, étions à la miséricorde d’un méchant cuistre q pour ne nous point donner notre pitance, s’en ail : promener par le commandement de son maître Au reste, jamais l’on ne nous présentoit de raves, : salade, de moutarde ni de vinaigre, craignant c: nous n’eussions trop d’appétit. Hortensius étoit ceux qui estimoient les sentences que l’on trouv : écrites au temple d'Apollon, et principalement l estimoit celle : Ne quid riimis, laquelle il av: écrite au-dessus de la porte de sa cuisine, pour v • qu’il n’entendoit pas que l’on mist rien de trop a :
banquets que l’on y appresteroit J’appris al<>
à mon grand regret que toutes les paroles qui exj • ment les malheurs qui arrivent aux écoliers se co mencent par un P, avec une fatalité très -remquable, car il y a pédant , peine , punition, pi'isi pauvreté, petite portion, poux, puces et punaises, : encore bien d’autres; pour chercher lesquelles faudroit avoir un dictionnaire et bien du loisir. » Pour que vous vous fassiez une idée complète
la vie qu’on menait à Montaigu, sachez que là mieux qu’ailleurs la série de misères comprises dans la lettre maudite était chaque jour parcourue et ! épuisée, et je n’en excepte pas, bien loin de là, ce qui, dans cette liste, concerne les insectes parasites i et malfaisants, nommés par de Moulinet dans son i langage sans vergogne. Ce fut là l’une des plus I grandes misères de ce pauvre Erasme,, lorsque,
, attiré par la renommée des excellentes études qu’on i faisait à Montaigu, il se hasarda sans peur dans l’enceinte du terrible collège et s’y enrôla comme écolier. L’aspect froid et sévère, l’apparence claustrale de cette grande maison l’effraya bien un peu d’abord, car- « les murailles mêmes, comme il l’a écrit, étaient théologiennes ; » mais ce fut bien pis quand il fallut que lui, habitué de longue main aux mollesses et à la gourmandise du palais épiscopal de Cambrai, qu’il quittait pour ce mauvais gîte et pour cette mauvaise table, il se soumît au régime des œufs pourris et du poisson gâté. Soigneux et propre comme le sont les Hollandais, il souffrit plus encore, si c’est possible, de la malpropreté et de la puanteur de la cellule qu’on Lui avait donnée, et des insectes de toutes sortes qui y fourmillaient. De tous les fléaux de Montaigu, qui égalaient au moins en nombre les sept plaies d’Égypte, c’est à celui-là
qu’il garda la plus longue rancune. Il en parle dans ses Lettres de façon à vous horripiler et à vous donner des démangeaisons. Dans ses Colloques il en parle encore :
— Undè podis (D’où viens-tu) ? fait-il dire à l’un de ses interlocuteurs.
— • E collegio Montis Acuti (du collège de Montaigu).
— Ergo odes nobis onustus litteris (tu nous reviens donc chargé de littérature)?
— I mo pediculis (bien plutôt de...); pour le mot à mettre ici, nous vous renvoyons à celui qui est cité le huitième dans la liste donnée tout à l’heure par de Moulinet.
Si Erasme n’eût eu à consulter que son amour de s’instruire, il eût ri volontiers de ces petites calamités corporelles; il eût tenu bon quand même. Les études, qui étaient excellentes, je le répète, l’eussent dédommagé du reste. Mais il lui fallut bientôt compter avec sa complexion qui était délicate, et qui, ne pouvant s’accommoder du maigre et du jeûne, devait lui faire dire plus tard à propos des grandes querelles de Luther et de l’Église : « J’ai la conscience catholique et l’estomac luthérien. » Sa santé ne tarda pas à s’altérer, et il finit par être pris d’une fièvre quarte des plus opiniâtres. Par bonheur il
vait pour voisine la bonne patronne des écoliers, ainte Geneviève, dont l’intercession le guérit. Une Dis remis sur pied, il ne prit que le temps de omposer un petit poème latin en l'honneur de la ainte qui l’avait sauvé des griffes de la fièvre, uis il plia bagage et repartit pour la Flandre. Il evait encore revenir à Paris, mais cette seconde Dis la peste l’en chassa. Il jouait de malheur avec ous. Affronta-t-il de nouveau le redoutable collège t les risques de son régime? J’en doute. Peut-être ourtant s’en fût-il mieux trouvé. Depuis 1513 la ie y était devenue plus supportable. Cette année-là, Joël Beda, docteur en théologie et successeur de tandouth, avait obtenu du pape Léon X modération es statuts dressés par le dur instituteur. Mais ce ’avait été, à ce qu’il paraît, qu’un bien faible alléement de misère. Dubreuil, en effet, dit à ce proos: « Quelle ait esté cette modération, je ne le puis omprendre, si (comme dessus) il leur est défendu e boire vin et manger chair sans exception de împs et de lieux. » Il semblerait surtout que la îalpropreté n’avait pas été comprise dans la ré- Drme; car vers cette même année 1513, Rabelais a faisait encore le principal objet de cette rude îvective jetée comme digression au commenceîent du chapitre 37 du livre Ier de son Gargantua:
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a La vérité feut que Gargantua se rafraischissan d’habillement et se testonnant de son pigne (qu estoyt grand de cent cannes, appoincté de grande: dents d’éléphant toutes entières), faisoit tomber ; < chascun coup plus de sept balles de boullets qui luy j estoyent demourez entre ses cheveulx à la démolition de boys de Vede. Ce que voyant Grandgousie) son père pensoyt que fussent poulx, et lui dist Dea, mon bon filz, nous as-tu apporté jusques icy des esparviers de Montagu ? Je n’entendoys que l;j l tu feisses résidence. Adoncques Ponocrates respon j dit : Seigneur, ne pensez que je l’aye mis au colliègt ; de pouillerie qu’on nomme Montagu : mieulx l’eusse : ] voulu mettre entre les guenaulx de saint Innocent ; i pouf l’énorme cruaulté et villenieque j’y ai congnu car trop mieulx sont traictez les forcez entre Maure: i et Tartares, les meurtriers en la prison criminelle j voire certes les chiens en vostre maison, que ne sont ces malautruz audict colliège. Et si j’estoys ro' de Paris, le diable m’emporte si je ne mettroys 1 feu dedans et feroys brusler et principal et régens qu endurent ceste inhumanité devant leurs yeux estr exercée. »
Pour jeter de si beaux cris et faire de pareils sou haits contre lïnflexible collège, il fallait de nécessit que Rabelais en eût longtemps subi toutes les priva
PARIS DÉMOLI ioi
dons et toutes les rigueurs. Selon moi, il ne faut pas douter après cela qu’il n’y ait fait une partie de ses études. Il y a en effet plus que de l’indignation à froid, plus que de la colère de convention dans sa diatribe; il y a de l’amère rancune, et comme un souvenir cuisant des jeûnes subis, et peut-être aussi le certains coups de férule dont la justice distributive des cuistres de Montaigu ne devait pas se montrer avare pour les écoliers d’humeur turbulente et mutine. Or, que vous en semble, le futur curé de Meudon ne devait-il pas être du nombre des plus ndociles et des mieux punis, lui qui paraît avoir dessiné d’après lui-même la fine et malicieuse figure du sublime gamin qui a nom Panurge ?
Toute juste et sincère qu’elle fût dans ses malédictions et ses souhaits, la colère de notre ex-capette ne fut pourtant pas entendue. Le feu qui purifie tout ne passa point par cette geôle malsaine qu’on appelait le collège Montaigu. Il resta toujours ce qu’il avait été du temps d’Erasme et de Rabelais. Le parlement eut beau, vers 1744, s’en préoccuper pour tâcher de l’améliorer, il ne réussit, par un arrêt rendu cette même année, qu’à faire dispenser les élèves du jeûne et à leur accorder pour toute faveur le gras à dîner, le maigre à souper; mais il m’obtint rien contre la malpropreté proverbiale de la
maison. Aussi l’un des derniers commentateurs d Pantagruel , M. Eloi Johanneau, qui, vers la fin d xvme siècle, pouvait encore juger de la vérité d passage cité tout à l’heure, a-t-il écrit en toute jus tice, comme commentaire de ce nom, collège de pouil lerie , et de la malpropreté qu’il accuse : « C’est u défaut dont le collège ne s’est pas même corrig après ce lardon bien mérité, et qu’il a justifié jus qu’à notre temps. »
Le surnom créé par Rabelais ne lui était pourtan pas resté. C’est celui de collège des Haricots , s’adres sont à sa mauvaise nourriture comme l’autre à s malpropreté, qui avait prévalu. Dans l’Université, 1 maison de Montaigu n’était pas autrement nommée On s’y moquait, c’était l’usage, des pauvres élève du collège des Haricots pour leur mine hâve et famé lique, pour leurs coudes percés, pour leurs soulier troués; mais il faut le dire aussi, quand venait 1 temps des concours, on ne les redoutait pas moin pour la variété et la sûreté de leur savoir. La trad: tion de la science et des bonnes études s’y était per pétuée comme celle du jeûne et des haillons. Toute les couronnes revenaient de droit à ces écoliers tan raillés, si maigres et si mal vêtus. Il y avait un jou dans l’année, celui de la distribution du grand con cours, où ils prenaient hardiment le pas sur le
>ufflus du collège d’Harcourt, sur les freluquets du )llège de Narbonne. Ce jour-là, on était en joie ins la pauvre maison, on ne s’y repentait plus avoir fait si maigre chère et l’on y allait même squ’à chanter les haricots quotidiens.
Quelques couplets en sont restés qui ne déplairont lis ici. Us sont sans doute d’un rhétoricien qui avait 1 Panard pgr anticipation, et qui s’en souvenait, en rosant ses rimes du nectar de la Saint-Charleîagne.
Dans les festins où l’abondance Prodigue les mets délicats,
On n’a jamais vanté, je pense,
La frugalité des repas:
A l’usage, ici, je déroge.
Bien assuré, bien convaincu Qu’on peut citer avec éloge Les haricots de Montaigu.
Qu’importe qu’on ait à la ronde Ri de nos banquets I Je soutiens Qu’il n’est pas donné dans le monde D’avoir à la fois tous les biens :
Si le corps faisait abstinence L’esprit avait du superflu...
Honneur, gloire et reconnaissance Aux haricots de Montaigu 1
La Révolution supprima le pauvre collège. Son rrent y passa comme le fleuve Alphée à travers
les étables d’Augias ; elle l’assainit en le dépeupla . Pour la première fois ses portes furent ouvert , ses fenêtres cessèrent d’être closes, il prit Faj mais c’était pour se refermer bientôt, sans presc : s’être transformé. En 1792, il était devenu une p. son militaire. On n’avait pu rien faire de mieux ; cette noire enceinte aux mornes et froides murailL Il n’y eut rien de changé que le nom, qui se mod 1 un peu : au lieu de collège, on dit la prison 1 Haricots . Vous voyez par là que le régime était rel le même. On nourrissait les prisonniers comme 1 avait nourri les collégiens. On y renfermait surt< t les conscrits réfractaires, selon Prud’homme d.$ son Miroir historique de Paris ; et, de plus, corne les bâtiments étaient immenses, ce qui avait péris d’adjoindre déjà à la prison un hôpital militaire, 1 y enfermait aussi les gardes nationaux condam s par le conseil de discipline. Quand on eut fait ie maison de détention à part pour ces indociles dta garde citoyenne, pour ces soldats-écoliers rebeller J sergent-major, cette seconde prison garda le n 1 de Haricots qu’avait porté la première. Seulemt , ce nom s’ennoblit un peu par respect pour l’h< :1 Bazancourt, dans lequel on installait cette pris*. On dit dès lors hôtel des Haricots , locution qu e répète partout sans qu’on sache d’où elle vient t
ijui survivra longtemps au pauvre et terrible collège, (lont la dernière muraille est tombée dernièrement ous le marteau.