Lettre à Brossette, 15 mai
avec la même distinction, les mêmes soins er pressés, l’humble La Bruyère comme Lamoignon Pontchartrain. Pour lui, le talent valait la nobles' Quand madame Racine venait à Auteuil avec s enfants, il ne se souvenait plus de son âge; il ail; s’ébattre avec eux dans les bois, et, au retour, il faisait encore leur camarade de jeux. Le grave pot jouait aux quilles ! ce Et il y excelloit, dit Loi Racine; je Y ai vu souvent abattre les neuf quill d’un seul coup. — Il faut avouer, disoit-il aloi que j’ai deux grands talents aussi utiles l’un q l’autre à la société, l’un de bien jouer aux quille l’autre de bien faire des vers. » La partie fini venait la collation, dont les fameuses pêches d’A teuil, le laitage préparé par Babet, faisaient le pl souvent tous les frais. Parfois aussi les délicie jambons de Lyon et les excellents fromages, prése de l’ami Brossette, donnaient à ces repas improvis un certain air de succulence. Boileau en renvoy< tout l’honneur au bon Lyonnais : « Balzac sei monsieur, lui écrivait-il un jour, pourroit égaler grosseur de vos fromages par la hauteur de s hyperboles. Il vous auroit dit que ces fromag avoient été faits du lait de la chèvre céleste ou * celui de la vache Io ; que votre jambon étoit i membre détaché du sanglier d’Erymanthe
insi, Boileau savait encore être gai en action, en iroles et en écrits. L’air d’Auteuil lui était si saluire ! S’il ne ranimait pas son corps, il ravivait au loins son esprit et en entretenait la verdeur \ Le 'jour de Paris le tuait au contraire.
Il fallut pourtant y revenir ; ses infirmités l’y forèrent. Pour suivre les consultations d’Helvétius, le èdecin hollandais , pour se livrer aux expériences un art douteux, Boileau quitta l’air qui seul faisait i vie. Cette fois au moins il n’alla pas s’établir chez >ongois. La vie rustique l’avait déshabitué de toute
i. « Il est heureux comme un roi, disait Racine, dans solitude ou plutôt dans son hôtellerie d’Auteuil. Je ippelle ainsi, parce qu’il n’y a point de jour où il n’y t quelque nouvel écot, et souvent deux ou trois qui ne commissent pas trop les uns les autres. Il est heureux ; s’accommoder ainsi de tout le monde; pour moi, j’auis cent fois vendu la maison. »
Boileau s’étonnait que tout le monde n’aimàt pas comme i son Auteuil. On le voit encore par le fragment d’une ttre qui n’a pas été recueillie dans ses œuvres. Gail n’en donné que ce qui suit dans le Philologue : « Il s’est Duvé parmi les capucins un de ces amateurs qui a fait :s vers à ma louange. J’admire ce que c’est que des )mmes, vanitas et ornnia vanitas. Cette sentence ne m’a mais paru si vraie qu’en fréquentant ces bons et crasseux res. Je suis bien fasché que vous ne soyez pas encore bitué à Auteuil, où ipsi te fonte, ipsa hœc arbustes vocant, c’est-à-dire où mes deux puits et mes abricotiers >us appeloient. » (Le Philologue , tome VI, page 116.)
servitude domestique. Il fit ménage à part. Voula rester libre comme à Auteuil, il s’établit chez l’abl Lenoir, son confesseur, dans ce même cloître Notr Dame qui avait remplacé dans ses préférences cas. nières sa chère cour du Palais1 2. C’était d’ailleu l’un des lieux les mieux habités de Paris. PI d’un poète, plus d’un savant y venait chercher 1 calmes loisirs de la vie canoniale à l’ombre de grande cathédrale. Ménage y avait tenu longtem ses conférences d’érudit 3, l’abbé Maury et Marmont devaient y venir loger plus tard, et, selon Sain1 Simon, l’un des châteaux en Espagne de M. de Pon chartrain était d’y avoir une maison. Maintenant plupart de ces asiles sont détruits. On a fait tat rase de leurs ruines, pour élargir la rue du Cloîtr et aérer, grâce à un quai triste et désert, les entou de la vieille église, à qui ce cadre de vieilles maiso convenait si bien pourtant >. Le souvenir qu