‹ Paris démoliChapitre 52 sur 108 · LA BUTTE SAINT-ROCH · texte numérisé non relu

LA BUTTE SAINT-ROCH

Comment la butte Saint-Roch est un tumulus gaulois. — Le Champ-Pourry, la Voirie l'Évêque. — Où se trouve le Marché-aux-Pourceaux . — Où et comment on supplicie les faux monnayeurs. — Jeanne d’Arc à la butte Saint-Roch. — Projet de statue pour l’héroïne. — Ravaillac aux Trois-Pigeons. — Histoire d’un couteau de cabaret. — La Fronde à la butte Saint-Roch. — Les petits et les grands frondeurs. — Origine d’un nom de rue. — Le Marchè-aux-Chevaux. — Grand duel du 5 juillet 1652. — Projet de la. place Ducale. — Où Richelieu voulait-il mettre son académie. — Corneille rue d’Argenteuil. — L’auteur du Cid devant le commissaire. — Un procès pour un peu de paille. — Les mauvais lieux de la butte Saint-Roch. — Ce qu’en dit Colletet. — La brèche Saint-Roch. — Ce que c’est. — La butte aplanie. — Les rues nouvelles. — Un mot sur M. Villedot. — Départ des moulins. — Où vont-ils. — Cl. Le Petit ; son apostrophe à la pauvre butte. — Les maisons de Lulli. — Ce qu’elles lui coûtent. — Son feu d’artifice. — Ce qu’il lui rapporte. — Les bureaux d’esprit de la butte Saint-Roch. — Débauches à l’hôtel La Fare. — Le cabaret de la Guerbois. — - Lainez à l’hôtel de Lyonne. — J. -J. Rousseau rue Neuve -des- Petits - Champs. — Thérèse et le cadran de l’hôtel Pontchartrain. — Voltaire rue Traversière. — Le théâtre de son grenier. — Lekain. — Une tragédie grecque au grenier. — Piron rue des Moulins. — La vie qu’il y mène.

— Sa nièce et Capron. — L’abbé de l’Épée dans même rue. — La cabaretière du Port-Mahon. — L Lorettes de la butte Saint-Roch, il y a cent ans. — I corps de ballet rue Sainte-Anne. — Le pain bénit de ! Comédie italienne à Saint-Roch. — Un procès pour u pain bénit. — Louis Racine. — Helvétius rue Saint 1 Anne. — La mansarde de Panard rue du Hasard. — I cordonnier tragédien. — Une émeute en 1750. — I 13 vendémiaire, etc., etc.

Dans le vaste déblaiement qui s’opère à l’heur qu’il est à travers l’ancien Paris, on ne s’en tiendr pas, dit-on^ à perforer d’outre en outre la vieil! ville de Philippe-Auguste, depuis le Louvre jusqu’ la Grève ; à remanier devers les halles jusqu’à la ru du Cadran , le Paris de Louis IX et de Charles V on menace aussi le Paris de Louis XIV, du côté d la butte Saint-Roch. Tout à l’entour de l’église assise, comme on sait, à la base même de cett< butte, on va disposer un square verdoyant qu prendra la place du passage fangeux et des ruelle: malsaines qui forment au saint lieu un si étrange ' voisinage; puis on abaissera la butte voisine, déj; presque aplanie quand, au xvne siècle, on la dé couronna de ses moulins; ensuite la rue Sainte Anne, qui est la longue tangente du double monticule, sera dans tout son parcours, un peu tortueux, redressée et nivelée.

I Ce vaste quartier, dont les principales constructions datent de 1650 environ, n’aura donc subsisté que deux siècles dans toute son intégrité. C’est peu uour la durée, mais c’est déjà beaucoup pour l’his- ;:oire, qui abonde en effet ici en souvenirs de toute ;orte. Consignons en premier lieu ceux des époques intérieures à la construction des rues et de l’église. Parlons de la butte des Moulins et de sa voisine, au cemps où l’on y voyait des moulins.

; D’abord, comment se sont formées ces deux buttes jumelles; sont-elles, comme Montmartre, des monticules naturels , ou bien — c’est l’avis de Delamarre — ne sont-elles , comme la butte ou copeau du Jardin des Plantes, que le produit d’une agglomération successive de boues et de gravois? Enfin, faut-il plutôt en croire Germain Brice qui veut qu’elles aient été formées « de quantité de décombres et de terres rapportées... pendant la captivité du roi François Ier à Madrid , après la fameuse défaite de Pavie? »

De ces trois opinions, la première est soutenable; mais la dernière, qui n’est presque qu’une variante de la seconde , est très certainement erronée, comme nous le ferons voir tout à l’heure. Pour notre compte , nous opterons volontiers pour une quatrième, moins connue, mais beaucoup plus pro-

bable, qui tend à prouver que la butte Saint-Roci n'est qu’un magnifique tumulus gaulois1.

Rien, ni dans la forme de la butte, ni dans la na ture de son terrain, ne dément, que je sache, cett< conjecture sur son origine, tandis qu’au contrain tout contribue à faire accuser d’erreur ceux qui m font remonter qu’au xvie siècle l’époque de sa formation.

Un seul fait montrera combien leur opinion es impossible à défendre. Quand Jeanne d’Arc tent; son assaut contre Paris, c’est de ce côté. Tous le; historiens du temps qui font le récit de cette attaqm parlent de la butte ; quelques-uns même, exagéran son importance, nous la donnent comme une espèce de montagne, et cela, près de cent ans avant l'époqut qui, selon Germain Brice et Félibien — qu'il copie — aurait vu s’élever seulement le monticule artificiel î

La butte alors s’appelait le Marchè-aux-Pourceaux C’était là, en effet, sur ces pentes humides et dan. les bas-fonds marécageux creusés au pied de h double colline, que les porchers, expulsés de Pari

i. (Test l’opinion adoptée par M. Paulin Palis dans ur article sur la Butte Saint-Roch , paru dans le Musée de familles (mars 1835, page 190).

. ar un édit royal de 1360, avaient ordre de faire arquer leur fangeux bétail. Tout l’espace leur était bandonné ; ils pouvaient même laisser errer leurs ores jusque sur les terres voisines, dans ce Champ- ’ourry 1 tout proche des Quinze-Vingts, qui, après voir été le Montfaucon du xive siècle, va devenir u xixe la magnifique place du Carrousel.

Qu’on se figure, d’après cela, l’aspect de la butte jt de ses environs : sur le sommet, quelques maigres boulins, ailes déployées et attendant la brise; sur es versants et dans la plaine avoisinante, des porcs ouillant dans les immondices; du reste, presque >oint de verdure, sinon une végétation parasite, des onces et des orties, qui ont laissé leur nom à l’une es rues jetées sur la pente orientale. Un peu plus Haut, du même côté, quelques vignes aussi, dont le épage assez maigre a été apporté des vignobles de jergeau dans l’Orléanais, et dont la rue du Çlos- Georgeau tient la place et rappelle encore le souvenir. Dn se croirait presque dans un désert. Personne ne

r.La haute voirie, qui était une dépendance de ce Champ- ^ourry, s’étendait sur la butte même, qu’elle tendait à ugmenter par de continuelles agglomérations d’immonüces. Elle appartenait à l’évêché de Paris, aussi la rue qui a remplace prit-elle, au xvne siècle, le nom de rue V Eve- >ue, qu’elle a gardé.

s’aventure dans ces boueux parages, sinon les me niers et leurs mulets.

A certains jours pourtant, la foule sortant p: flots de la porte Saint-Honoré , située alors à pt près à la hauteur du café de la Régence , vient envah les buttes, et s’échelonne sur leurs pentes en groupt pressés et curieux; c’est quand il s’agit de l’exéci tion d’un faux monnayeur. L’espace compris enti les deux monticules est réservé pour ces sortes d supplices. On dresse sur un bûcher une chaudièr énorme remplie d’eau; on met le feu au bûcher, et quand l’eau de la chaudière est bouillante, on plonge le coupable.

En 1459, suivant un des comptes de la prévôté re cueillis par Sauvai, la badauderie cruelle des Pari siens venait encore se repaître de cet horrible spec tacle, à la butte Saint-Roch, près du Marché-aux Pourceaux x. Plus tard, le lieu de ces supplices fu transféré aux halles, comme si l’on eût voulu leu donner plus de publicité. Ainsi, L’Estoile nousparL des faux monnayeurs qu’on y exécuta en janvie 1587, et il ajoute : « Le samedy, dernier du moys

1. En 1503, d’après la Récollection de P. Grognet, un écolier, coupable de sacrilège, fut encore brûlé au Marché aux-pourciaus. (V. Bulletin du Bibliophile (1842), page 402.}

fut bouilly aux halles celuy qui estoit comme le maistre de ces ouvriers d’iniquité x. »

Vous savez maintenant ce qu’était la butte Saint- Roch ou plutôt le Marché- aux- Pourceaux, quand Jeanne d’Arc , menant l’armée royale, vint s’y établir pour battre en brèche les murailles de Paris, et donner l’assaut aux Anglais. Elle arrivait de Montceaux 1 2, comme nous l’apprend Martial d’Auvergne, dans ces lignes rimées :

Le lendemain, grant compagnie De l’ost des François a Monceaulx S’envindrent faire une assaillie Jusques au marché aux pourceaux,

Sous la montagne s’embuchèrent

La position était bonne. Le gros de l’armée s’abritait derrière les buttes, et l’artillerie braquée au

1. Voy. Mém. de V Es toile, édit, de Langlet Du Fresnoy, in-12, tom. II, pag. y. — Au xvme siècle, c’était encore dans les Pays-Bas, le supplice des faux-monnayeurs.

2. Un chemin conduisait directement de la butte à Monceaux. Il fut remplacé par une rue qui d’abord, en 1635, prit le nom de rue de Monceau (sic), comme sa voisine avait pris le nom ày Argent euil. à cause du village où conduisait l’ancien chemin dont elle prenait la place. C’est cette même rue de Monceau qui, soit à cause d’une enseigne, soit par suite d’une simple altération dans son premier nom, s’appela plus tard rue des Moineaux.

sommet pouvait jeter force boulets dans la villt

En dépit de ces dispositions , l’attaque ne réuss t pas; après plusieurs jours d’assauts inutiles, dand l’un desquels Jeanne fut grièvement blessée, le troupes royales durent se retirer.

Mais laissons parler un témoin dont Buchon a re cueilli l’intéressante chronique *.

Il vient de nous nommer Jehanne la Pucclle e quelques-uns de ses plus hardis compagnons : 1 duc d’Alençon, le duc de Bourbon, le comte d Vendôme, le comte de Laval, et il ajoute : u ... Vin drent lesdits seigneurs aux champs, vers la portât Saint-Honoré, sur une manière de butte ou de mon tagne qu’on nommoit le Marché-aux-Pourceaux, ejt firent assortir plusieurs canons et couleuvrines pou 4 jeter dedans la ville de Paris, dont il y eut plusieur I coups de jetés...

» Les François , sur ces entrefaites , eurent ima | gination et crainte que les Anglois ne vinssent pa j la porte Saint-Denys frapper sur eux, parquoy le|

i. Documents ajoutés à la Jennnt d’Arc de M. A. Du! mas, par Buchon, pag. 320. — Dulaure doute que 1*1 butte Saint-Roch ait été le Marchc-aux-Pourccaux. Ces 4 qu’il n’avait pas lu ce passage d’Alain Chartier, où le lieil occupé par l’armée assiégeante est ainsi désigné : «c Un>| grande butte qu’on nomme le marche aux pourciaus. *

lues d’Alençon et de Bourbon avoient assemblé eurs gens et s’étoient mis, comme par manière l’embuscade, derrière ladite butte ou montagne; et îe pouvoient bonnement approcher de plus près, jour doubte des coups de canon, vuglaires et cou- 'euvrines, qui venoient de laditte ville et qu’on tiroit sans cesse. La susdite Jehanne dit là-dessus qu’elle vrouloit assaillir la ville; mais elle n’estoit pas bien informée de la grande eau qui estoit ès-fossés...

. Neantmoins elle vint à grande puissance de gens d’armes , entre lesquels estoit le seigneur de Rays, maréchal de France; et descendirent en l'arrièrefossé avec grand nombre de gens de guerre; puis,

id’où elle tenta et sonda l’eau , qui estoit bien profonde; quov faisant, elle eust d’un trait les deux cuisses percées, ou au moins l’une ; mais ce nonobstant, elle ne vouloit en partir, et faisoit toute diligence de faire apporter et jeter des fagots et du bois en l’autre fossé, dans l’espoir de pouvoir passer jusques au mur, laquelle chose n’étoit possible, veu la grande eau qui y estoit... Fallut que le duc d’Alençon ballast quérir, et la ramenast lui-même. Puis toute la susdite compagnie se retira audit lieu de la Chapélle-Saint-Denys, où ils avoient logé la nuit du devant. »

C’est en souvenir de cet assaut, héroïque queue infructueux, que, vers 1835, je crois, un archit< e, M. Gauthier, proposa d’élever une statue à Je; ae d’Arc, sur l’emplacement même de cette rue lu Rempart , dont le nom rappelle la muraille assoie par la Pucelle : or, aujourd’hui, l’occasion est ès favorable à la reprise de ce projet, puisque, pur compléter les plans d’embellissement mentiOiés tout à l’heure , il s’agit de faire table rase du ds pâté de maisons jeté entre la rue de Richelieu eja rue Jeannisson. Celle-ci, le passage Saint-Guillaine et la rue du Rempart disparaîtraient complètem t, et l’on aurait, en face du Théâtre-Français, un : icieux sq uare triangulaire, au centre duquel la sLie de l’héroïne ferait certes bonne figure. Ceci soiiit en passant, et surtout pour qu’à l’occasion on £ ;e honneur de l’idée à celui qui l’eut le premier.

Au xvie siècle , la butte Saint-Roch change; e rôle. Nous venons de voir qu’elle servit de retr chement aux Français assiégeant Paris, devenu e anglaise; sous François Ier, au contraire, elle li servira de défense x. On songera à en faire e

1. V. pour ces fortifications de Paris du côté de la Picar Félibien, tome II, page 350, et le Journal d’un Bourgs de Paris , sous le règne de François Ier, publié par M. Luc . Lalanne, page 179. Ce furent des rebelles amenés s

rte de bastion avancé. C’est même ce qui a jeté l'îlibien et Germain Brice dans l’erreur que nous ir reprochions en commençant. Parce qu’on eut iée de tirer parti de la position de la butte, ils se nt imaginé qu’elle fut alors formée tout entière. '1 sait maintenant combien ils se trompaient. Ce ’ajoute Germain Brice sur le projet de fortification la butte Saint-Roch, en 1525, n’en est pas moins <js bon à savoir : « On avoit, dit-il, dessein d’y hcer de l’artillerie, en cas que les ennemis appelassent pour surprendre la première et la plus imitante place du royaume, dans ces temps de buble et de consternation générale ; ce qui n’arriva Js par bonheur. »

A cette époque-là, les environs du monticule aient un peu changé d’aspect. Peu à peu, ils taient assainis, des maisons s’y étaient élevées; fin, au lieu d’un désert x, on avait eu un fau-

oyes, qui, « prins comme vagabonds... enchesnez deux leux, » durent curer et nettoyer « les fossez de la Portent-Honoré, par ordonnance de la cour. » Ibid., page 200. 1. Il y avait en 1618 affluence de populaire à la butte Saintcil, et par conséquent fréquentes occasions de tromperie ir les charlatans. Dans une pièce très curieuse publiée te année-là, le Tocsin des filles d’ Amour, in-8°, page 9, trouve racontée l’aventure d’un marchand affronté par charlatan, « un frippon d’advocat, » au marché aux lirceaux.

bourg assez peuplé qui se serait fort mal trouvé ; l’invasion étrangère, contre laquelle on se préi nissait en érigeant la butte en bastion. Il fallait g église pour cette banlieue nouvelle, car les deux L tites chapelles de Sainte-Su%anne-de-Gaillon et ; Cinq-Plaies , dont l’une, construite au xive siè , était due à la dévotion d’un riche marchand t porcs, ne pouvaient plus suffire. En 1582, on ; remplaça par une véritable église, qui fut mise t : d’abord sous l’invocation de Saint-Roch, mais i était loin de ressembler à celle que nous connaisse aujourd’hui.

Les paroissiens se recrutaient dans une popu • tion assez triviale de marchands de porcs res i fidèles à ces quartiers, de maraîchers , d’aubergh ; et surtout de cabaretiers. La butte Saint-Roch, er. ; peuplant, était avant tout devenue une sorte ; Courtille.

Parmi ces tavernes agrestes se remarquait et i des Trois- Pigeons, qui faisait face au portail de ] • glise. Peu de jours avant son horrible attentat, 1 • vaillac y vint loger. Il avait vainement cherché i gîte dans la ville, tout obstruée alors par la fo : des étrangers qu’attiraient les fêtes du sacre de t reine. De guerre lasse, il s’était mis à errer, ch ■ chant toujours , des environs de la porte Sai •

cques jusqu’aux environs de la porte Saint-Hopré. Près des Quinze-Vingts, il entra dans une ptellerie, où l’on ne put le recevoir encore. Un ul couteau à lame large et pointue était sur la ble; il s’en saisit, au moment où la servante qui :nait de lui parler se retournait, et il sortit. Plus jrd, son crime étant commis avec le même couteau,

■ avoua cyniquement qu’il l’avait volé, « non pour 1: venger du refus qu’on lui faisait, mais qü’il lui

I'/ait semblé tout à fait propre à tuer le roi. » Presint l’arme homicide sous son vêtement, il avait mtinué son chemin à travers le faubourg ; arrivé levant Saint-Roch, il avait heurté aux Trois- Pigeons ; 11 l’y avait reçu, et le 14 mai au matin il en sortait Dur aller se poster rue de la Ferronnerie. On sait : reste x.

Il y a toujours quelque chose de sinistre et de san-

1. Voy. Mèm. de Pontchartrain , Coll. Petitot, 2e série, )m. XVI, pag. 412; Mèm. de Richelieu , ibid, tom. XXI jîs, pag. 47, etc. — L’espèce de coutelas à manche noir iu’on montre au musée d’artillerie, sous le n* 859, comme [tant le couteau de Ravaillac, est loin d’être authentique, lîalherbe en effet, dans sa lettre à Peiresc du 19 mai 1610, lécrit ainsi le véritable : « Son couteau étoit une espèce e baïonnette qu’il dit avoir pris dans un cabaret, le manche en est blanc, il n’a qu’environ deux doigts de dos, le leste est tranchant des deux côtés. »

glant dans les souvenirs de ce quartier. Ainsi, , troubles de la Fronde vont éclater bientôt, et d; i aucun endroit de Paris ils n’auront de plus étrarç ; péripéties.

D’abord, de qui les Frondeurs tenaient-ils le nom, qui n’est pas la moindre singularité de le histoire? Ils le tenaient des petits garçons de Pa qui venaient par bandes s’exercer à la fronde da les fossés de la ville, au bas de la butte Saint-Roc' et qui ont laissé une autre trace de leur jeu dans nom d’une rue bien connue de ce quartier.

Les gens de la police poursuivaient à outran ces petits frondeurs; aussi à peine apercevait-» sur la butte l’ombre d’un archer ou d’un serger que toutes les bandes disparaissaient comme d volées d’hirondelles. L’homme de police une f( éloigné, les troupes se reformaient et frondaient plus belle.

Or, c’était le temps où la brouille commença entre Mazarin et le Parlement. Chaque fois q l’illustre corps tenait ses assemblées, on n’y ma chandait pas les plus amères satires au n nistre détesté. La présence d’un prince pouv; seule arrêter dans leur verve les magistrats mécoi tents. Un jour le duc d’Orléans assistait aux délibrations, et les plaintes contre Mazarin en avaie:

ris un ton moins vif et moins amer. Tout le monde menait les traits si librement décochés d’ordinaire, -achaumont, fils du président Le Coigncux, et l’un es plus jeunes conseillers, le remarqua : cette reteue des parlementaires, si disposés au silence par la mie présence d’un prince, le fit penser alors à ces andes de petits frondeurs rendus si prompts à la îite par la seule apparition d’un sergent. Songeant ussi à la belle tempête d’invectives qui éclaterait ussitôt après le départ du prince, et qui compléteait pour lui la comparaison entre messieurs du arlement et les gamins redevenus téméraires après : départ de l’archer, il se mit, riant sous cape, à ire à son voisin : « On se tait à présent; mais uand il sera parti, on frondera de plus belle. »

La phrase circula, et fit fortune; du parlement, lie se répandit dans la ville, et la grande émeute, ont ces bavardages amers étaient le prélude, la ronde, qui éclata bientôt, y trouva son baptême. Elle avait commencé par un jeu à la butte Saintloch, elle y finit par un bien triste combat.

Au pied du versant occidental, dans un espace de ^rrain occupé aujourd’hui par les rues d’Antin et e Gaillon, et par une partie des rues Neuve-desetits-Champs et de Louis-le-Grand, on avait transorté, vers 1605, le marché aux chevaux. Il se trou-

vait auparavant sur le terrain laissé vide par la molition du grand palais des Tournelles, mais i construction de la place Royale en ce même endi t avait nécessité son déplacement. Il resta dans i quartier dont nous parlons de 1605 à 1687, s’ét<r dant du pied de la butte Saint-Roch jusque derri î le grand hôtel de Vendôme. C’était un endroit f t désert, et, partant, un champ clos fort comme ; pour les duels si nombreux en ce temps-là. Le c : de Nemours et le duc de Beaufort n’en voulur< : point d’autre pour le combat de cinq contre ci [ dont la cause fut une rixe au cabaret de Rena , dans le jardin des Tuileries, et dont M. de Nemo ; tomba la victime.

Ce fut le 30 juillet 1652 : « Chacun, lisons-nc; dans les Mémoires de Conrart I, chacun alla de si côté vers l’hôtel de Vendôme, et ils se battin : cinq contre cinq : le duc de Nemours, Villars : trois gentilshommes; le comte de Bury, fils marquis de Rostaing et trois gentilshommes. Le d : de Nemours avoit fait porter dans son carosse de . pistolets chargés de cinq balles chacun. Il en don un au duc de Beaufort, et retint l’autre qu’il t d'abord avec précipitation. Il donna dans les ch

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