‹ Paris démoliChapitre 54 sur 108 · Corneille mourut en effet dans cette maison. Il fut · texte numérisé non relu

Corneille mourut en effet dans cette maison. Il fut

L’occasion serait bonne de rebâtir, avec sa ph sionomie du xvne siècle, cette maison aujourd’h dépourvue de tout caractère, et, sauf un buste ( plâtre, au fond de la cour étroite, et une inscriptio: à moitié effacée, au-dessus de la porte, n’ayant rit qui rappelle encore l’auteur de Cinna : oui, le m ment serait bien pris pour lui donner, en dépit ( son prosaïsme actuel, prosaïsme de plâtre et de b digeon, la vie de l’histoire que son passé lui mérite mais cela nous mènerait trop loin, à travers trop c redites et de choses déjà connues : il nous faudra refaire en prose, à propos du ménage patriarcal d deux Corneille, certaine épître charmante de Duciî les Deux bonnes Femmes ; retrouver un à un tous h détails de cet intérieur plus bourgeois que poétique décrire pièce à pièce tous les meubles, pauvres < vieux, sur l’un desquels, le secrétaire, aussi boîteu. aussi vermoulu que les autres, on lisait, écrit ;

enterré à Saint-Roch, où son médaillon de marbre se vc encore . Bon paroissien, il avait composé, pour un table; de cette église, quatre vers que nous n’avons trouvés qi dans l’ouvrage de P. Villiers : Manuel du voyageur Paris. Paris, 1807, in-12, page 261 :

Pécheur, tu vois ici le Dieu qui t’a fait naître,

Sa mort est ton ouvrage et devient ton appui.

Dans cet excès d’amour, tu dois au moins connaître Que s’il est mort pour toi, tu dois vivre pour lui.

* milieu du principal tiroir : argent de Cinna . Il faudrait enfin tout faire revivre, tout ranimer dans sa vraie couleur, et nous reculons non seulement devant les longueurs où cela nous jetterait, mais aussi ' devant les difficultés de la tâche.

Nous nous en tiendrons, pour cette vie intime de P. Corneille, à un fait moins connu que tout le reste, presque inédit même, et de plus, ce qui n’àrrive pas toujours aux inédits, tout à fait intéressant.

1 II s’agit d’une citation faite au grand Corneille pour qu’il eût à comparoir devant le commissaire de son quartier, afin de répondre de certain amas de paille laissé devant sa porte. L’histoire de la citation et de l’audience, même l’histoire de la paille, se trouvent au long dans la Galette rimèe de Robinet, et comme elles y sont agréablement contées, nons nous garderons bien d’en refaire le récit :

Vous connaissez assez l’aîné des deux Corneilles ; Qui, pour vos chers plaisirs, produit tant de merveilles. Eh bien I cet homme-là, malgré son Apollon,

Fut naguère cité devant cette police Ainsi qu’un petit violon.

Et réduit, en un mot, à se trouver en lice,

Pour quelques pailles seulement Qu’un trop vigilant commissaire Rencontra fortuitement Tout devant sa porte cochère.

Or, jugez un peu quel affront !

Corneille et son cothurne étoient au double mont Quand il fut cité de la sorte :

Et de peur qu’une amende honnît tous ses lauriers, Prenant sa muse pour escorte,

Il vint, comme le vent, au lieu des plaidoyers.

Mais il plaida si bien sa cause,

Soit en beaux vers, ou franche prose,

Qu’en termes gracieux, la police lui dit :

« La paille tourne à votre gloire,

Allez, grand Corneille, il suffit. »

Mais de la paille il faut vous raconter l’histoire,

Afin que vous sachiez comment Elle étoit à sa gloire, en cet événement.

Sachez donc qu’un des fils de ce grand personnage,

Se mêla, comme lui, de cueillir des lauriers.

Mais de ceux qu’aiment les guerriers,

Et qu’on va moissonner au milieu du carnage.

Or, ce jeune cadet, à Douai faisant voir

Qu’il sait au mieux remplir son belliqueux devoir,

D’un mousquet espagnol au talon reçut niche,

Et niche qui le fit aller à cloche-pié ;

Si bien qu’à ce moment, étant estropié,

Il fallut, quoi qu’il dît, sur ce cas cent fois briche Toute sa bravoure cesser,

Et venir à Paris pour se faire panser.

Or, ce fut un brancard qui, dans cette aventure.

Lui servit de voiture De paille bien garni :

Et, comme il entra chez son père,

Il s’en fit un peu de litière.

Voilà tout le récit fini.

Le commissaire de la rue d’Argenteuil, si promp à la citation, devait avoir rude besogne dans c

! quartier de la butte Saint-Roch. C’était l’un des ; plus mal famés de Paris. La population plus que galante qui ne l’a pas encore déserté avait envahi déjà jusqu’à ses moindres ruelles; joignez-y les 'bandes de mendiants et de voleurs qui achevaient Je peupler ce labyrinthe d’échoppes et dont le principal repaire, vraie cour des miracles, était sur Remplacement occupé aujourd’hui par le passage du Marché-Saint-Honoré, et vous conviendrez que la {contravention commise par ce pauvre Corneille était le moindre des délits dont la police eût à y faire justice.

Dans ses Tracas de Paris f épopée burlesque que M. Ch. Asselineau a, depuis peu, très finement analysée, Fr. Colletet nous a peint ces scandales avec des couleurs vraies jusqu’à la crudité. M. Ch. Asselineau 11’a osé rien en citer, et nous n’aurons aas plus de hardiesse. Nous ne nous égarerons donc oas davantage, à la suite de Colletet, dans ce dédale d’ordures et d’infamies; nous le laisserons guettant, au coin de la rue du Clos-Georgeau, le endez-vous d’une belle qui soupire à la fenêtre et jd’un galant qui tousse à la porte ; et nous nous hâerons vite vers les parties plus recommandables de :e quartier de la butte Saint-Roch.

! Nous 11’aurons pour cela qu’à descendre la longue

rue dont on a commencé le percement vers 163 et qui, après avoir eu quelque temps pour limite 1, même coin de la rue du Clos-Georgeau , a enfin é prolongée jusqu’à la rue Neuve-des-Petits-Champs , pu jusqu’à la rue N euve-Saint- Augustin, et même ju qu’à cette partie du rempart que la couleur du te rain de ses fossés avait fait appeler le boulevai Jaune . D’abord, avant d’avoir été ainsi prolongé'! cette rue s’était nommée rue du Terrain -aux-Moi lins, puis on l’appela rue Sainte- Anne, du nom de patronne de la reine Anne d’Autriche. Elle aboi tissait sur le rempart Jaune, à une tranchée pratiqu» dans la muraille même de la ville, et dont on e longtemps l’intention de faire une nouvelle por qu’on aurait nommée porte Sainte- Anne ; ce proj n’eut pas de suite. Au commencement de la Frond la tranchée, que le petit peuple appelait la brèc; Saint-Roch, était pourtant encore béante, et Me sieurs de l’hôtel de ville s’inquiétaient fort de manière dont on pourrait la garder. On prit le me leur parti, ce fut de la combler : « L’on se plaigni lisons-nous dans le Registre de V Hôtel de Ville 1, soi

1. Tome I, page 47. — C’est plus loin (page 71), so la date du 7 janvier 1649, <lue cette ouverture est appel ; la Brèche Saint-Roch. M. de Tubœuf, colonel du quartk ' s’y tient avec deux compagnies.

la date du 24 septembre 1648, de ce que la ville estoit tout ouverte à l’endroit où l’on avoit résolu de faire la porte Sainte-Anne ; que ce monument estoit demeuré imparfait : c’est pourquoy il seroit à propos d’en fermer tout à fait la venue, afin d’empescher qu’on ne pust aller ni venir par l’endroict où ladite porte doit estre bastie. »

C’est de ce côté, sur le versant septentrional des deux buttes, et, mieux encore, sur cette lisière assez étendue de jardins et de potagers, qu’on appelait les Petits-Champs , que les belles demeures commencèrent à s’élever à partir du xvne siècle. On laissa la population déshonnête, dont nous avons tout à l’heure signalé les désordres, s’établir dans les ruelles qui serpentaient sur les autres pentes, et, peu inquiet d’un dangereux voisinage, on ne songea qu’à bâtir un quartier tout seigneurial auprès de ce cloaque de vices et de misères.

Voyant que la mode des riches constructions était de ce côté, les entrepreneurs y accoururent, achetèrent des terrains et bâtirent jusqu’à des rues entières L M. Villedot, l’un des plus riches maçons

1. Un des premiers venus fut un certain Langlade, gros marchand de cartes du quartier Saint-Jacques-la-Boucherie, qui, en 1639, acheta auprès du champ delà Voierie- V Évêque, encore mal nettoyé, et sur la ruelle du Chemin

de ce temps-là, ne fit pas moins : sans compt beaucoup de maisons qu’il possédait rue Richeli( et rue Traversière, il était propriétaire en totalité < la rue qui a gardé son nom. Nous vous ferons peu être un jour l’histoire de ce parvenu de la bâtisse de M. Chariot, son émule. Pour aujourd’hui noi devons être tout à la butte Saint-Roch.

Dès 1667, quatre grands entrepreneurs de terra sements et de constructions s’en étaient emparés • la travaillaient en tous sens. Leur premier soin ava été de la découronner et de l’aplanir. Un arrêt dj conseil en date du 15 septembre leur en avait oc troyé la permission, mais il fallut dix ans pot que cette grande besogne d’aplanissement et c construction fût menée à sa fin : « L’ouvrage, d Félibien, ne fut achevé qu’en 1677, et il a dont douze nouvelles rues au quartier Saint-Honor* L’abbé de Saint-Victor aliéna une partie des font qu’il avoit au mesme lieu où l’on bâtit des hôte assez magnifiques pour le temps x. »

Gilbert , un petit vignoble avec courtille et maison de loi teille. Il n’en jouit pas longtemps. En 1645, on lui av0 déjà pris son terrain pour joindre ensemble la rue Sainte Anne et celle des Moulins, qui commençaient à se coi struire parallèlement le long de la butte. Le nom de Lai glade est resté à la petite rue servant de trait d’union.

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