‹ Paris démoliChapitre 56 sur 108 · Réimpression du Moniteur, tome XIV, pages · texte numérisé non relu

Réimpression du Moniteur, tome XIV, pages

iffensée le moins par l’exemple de leur conduite luotidienne. Piron avec sa vie patriarcale vous l’a trouvé déjà, Helvétius aussi; Panard, ce chaste juteur de vers légèrement débauchés, achèvera de jous convaincre. Il est de notre sujet puisqu’il habiait au bas de notre butte, dans une maison de la 'ue du Hazard. Un certain abbé Pinchenot, qui avait connu, nous a fait de son genre de vie le ableau le plus fidèle. Nous en reproduirons les 1 raits les plus vifs d’après la lettre écrite par l’abbé, lans l’hiver de 1808, au directeur des Saisons du ^amasse : « ... J’allai le voir, dit-il, rue du Hazard, :hez M. de Lorme, receveur des finances, à ce que l,e crois, qui le logeait sous le toit de sa maison, ogement digne d’un poète. En effet, il consistait en une petite chambre vitrée sur un corridor, sans :heminée, mais près de la cuisine où le bonhomme )ouvait se chauffer et causer avec une vieille domestique qui se permettait de le gronder quand il venait tard. Pour tout ameublement un lit sans rideaux, deux chaises, une méchante table, et une espèce de coffre où il renfermait ses manuscrits. Des livres, il n’en avait point, son génie y suppléait. Quant à sa garde-robe, comme il la portait tout entière le jour, ses deux chaises étaient plus que suffisantes pour la soutenir la nuit. Ce trou satisfaisait notre moderne

Anacréon. Il y dormait sans inquiétude; rien lui manquait du nécessaire, grâce au soin de M. Lorme et de M. Le Magnant, ses bons amis, qui donnaient des habits et du linge, qu’il ne se ser pas donné lui-même...

» Panard, après avoir passé la nuit dans son g] nier, en sortait le matin, sans entrer chez M. Lorme. Il le voyait peu et mangeait peu chez h quoiqu'il y pût manger tous les jours. M. de Lorr ne s’en offensait point : il le laissait entièreme libre, et ne le recevait pas moins bien quand il ! voyait.

» Où allait Panard ? au cabaret, déjeuner avec i demi-setier de vin, et un petit pain qu’il achetai Ce déjeuner se faisait sur le comptoir pendant qu s’entretenait avec le cabaretier. . .

» Du caractère dont j’ai connu Panard, j’affi merais volontiers qu’il n’a jamais eu de maîtresse ; n’était pas capable de se donner les soins qu’il fa pour en avoir. »

Voilà bien des souvenirs évoqués, à propos de butte Saint-Roch, les uns sacrés, les autres profane: nous finirons par un dernier, qui tient des deuxge res, et qui, de plus, est assez comique. C’est l’hi toire d’un cordonnier enrichi dans ce quartier oi grâce aux comédiens et aux filles entretenues, exce

: nte clientèle, les gens de métier et de menu comerce faisaient assez vite leur fortune. Nous avons iirlédans le chapitre de Y Almanach des adresses , d’un leur Desnoyers qui, en 1692, Vendait, rue Saintenne, des souliers de femme à un louis d’or la jiire. Il avait dû à ce prix-là s’enrichir en peu de mps. Carpentier fit comme lui, soixante ans plus krd; mais quand il se fut gagné un bel avoir en Haussant les jolis pieds des comédiennes, il lui prit ae envie singulière. Il voulut faire comme ses illusjes pratiques, devenir comédien* D’abord il s’en nt aux scènes bourgeoises, qui pullulaient alors uns les arrière-boutiques, aussi bien que dans les nions des nobles et dans les greniers des poètes, liais de là, notre cordonnier se fût sans doute nancipé jusqu’aux scènes publiques, si la petite i/enture qu’il nous reste à vous conter ne fût venue temps, et 11c lui eût fait comprendre, par un arguîent ad hominem , toute la justesse de l’adage latin, e sutor ultra crepidam. M. de Crespy le Prince dans )n aimable ouvrage, Chroniques sur les cours de 'rance, s’est amusé, comme nous, de sa déconvenue, jt voici comment il la raconte, dans une nôte, d’après lis mémoires du temps :

(1 Le cordonnier Carpentier avait été milicien dans 1 s dragons, et en avait conservé le casque, qu’il

ornait, outre mesure, quand il jouait Achille. 1 . jour qu’il avait emprunté à son ami le bedeau t Saint-Roch, plusieurs plumes et une aigrette du d ; de cette église, le curé s’en aperçut, et voulant c ; ce sacrilège profitât aux pauvres de la paroisse, il : rendit, le lendemain de la représentation, cl: Y amant d’ Iphigénie ; il était accompagné du comir. • saire du quartier. Ces messieurs se firent présen : le casque, encore tout empanaché. On verbalisa, f parla de prison, on feignit que l’archevêque et: lieutenant de police voulaient un exemple pour : scandale; madame Carpentier vint tout en pieu faire ses adieux à son mari, et dans un négligu peu gazé que le curé détourna la tête, et demar i dans cette posture ioo francs, en assurant qil arrangerait l'affaire. La somme fut comptée surchamp par le comédien amateur. Les plumes i dais furent reportées à la sacristie. — Cette anecd* : défraya le petit lever du roi. »

Il nous coûte d’en finir avec ces aventures boi • geoises, qu’on pourrait multiplier à l’infini, maiï î bruit qui se fait dans une autre région plus turl • lente de la butte Saint-Roch, nous appelle et va nc> distraire malgré nous.

Nous sommes en mai 1750, et il vient d’écla: dans ces quartiers la plus terrible émeute qui c

ité Paris depuis la Fronde. Le bruit a couru qu’on i levait des enfants dans les rues, pour les envoyer Ix îles; la populace s'est émue. Un enfant a dis- Iru, rue de la Calandre, et c’est là que les troubles (latent d’abord ; à quelques jours de là, ils ont gagné ! centre, les environs du Palais-Royal : « Samedi 23 , lons-nous dans le Journal de Barbier , la sédition a <é plus forte. L’affaire a commencé à la butte Saint- Dch, où l’on dit que l’on a voulu prendre un liant. » La populace y est accourue et s’est rasmblée en grand nombre. Un exempt est aperçu, !i le poursuit jusque chez le commissaire qui logeait iie Saint-Honoré, en face Saint-Roch x. La maison It assiégée. Un archer qui était en sentinelle met i:pée à la main et éventre un homme. L’agitation t à son comble, toutes les vitres de la maison sont Usées et la porte enfin enfoncée. L’exempt, qui appelait Parisien, est saisi et assommé. On le traîne lar les pieds, la tête dans le ruisseau, jusqu’à la uaison du lieutenant de police Berryer, qui habitait |n peu plus loin, à peu près à la hauteur de la rue 1 Alger actuelle. On brise ses vitres, on menace de iii faire subir le même sort qu’à l’exempt ; il par-

1. On peut voir dans le Journal de Collé, tome I, liges 210-2 18, d’autres détails sur cette émeute.

vient heureusement à se sauver. Plusieurs brigai ; du guet à pied et à cheval arrivent enfin, et dis • pent l’émeute. Barbier, après un récit que ne : avons dû beaucoup abréger, conclut par cette phr, . qui paraîtra bien étonnante : « Cet événement : d’autant plus singulier, que le peuple de Paris en gê ■ ral est doux et asse % tranquille , et l’on convient q : depuis quarante ans, on n’a pas vu de pareille sét tion x. » C’est, en 1750, il y a un peu plus d’ . siècle, que cela était écrit à propos du peuple Paris. Quantum mutatus ! mais il n’avait pas fa attendre si longtemps pour en arriver à cette exc mation. Entre cette émeute et le temps où ne. sommes, est venue la Révolution 1 2, tourmente bi.

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