Nous empruntons la traduction de Valéry dans son
bien là un anathème de poète et de coloriste i l’italienne !
Nos maisons ne trouvent pas non plus grâce devant lui. Il regarde comme fort mesquines leur; façades de bois et de moellons ; il maudit ces étroite: échelles qu’on y décore du nom d’escaliers; er escaladant leur spirale étranglée, il étouffe, il tré bûche ou la tête lui tourne. Les chambres d’ailleurs selon lui, sont toutes tristes et sombres, et puis défaut non moins grand aux yeux d’un artiste qu vient d’Italie et qui veut partout de l’air, de l’étendue de la perspective, même dans un appartement, elle; ne sont pas de plain-pied, elles ne se suivent pas Pour qu’elles soient tout à fait comme il le vou* drait, il faudra attendre un siècle encore; le systèm( des chambres en enfilade, selon la mode italienne ne datant que de l’hôtel Rambouillet qui fut distribué à la florentine par la grande Arthénice, d’aprè: les conseils de M. de Pisani.
Le Tasse n’aurait pas demandé mieux que d( s’extasier devant nos monuments gothiques, mai si leur masse l’étonnait, en revanche leur architec ture lui semblait barbare, et répugnait à son goû
curieux travail le Tasse en France {Curiosités et anecdote italiennes , Paris, 1842, in-8, page 251).
;élicat. Il admire toutefois les vitraux de nos cathé- ; raies; ceux de Notre-Dame l’émerveillent par :ur étincelant coloris, le dessin môme ne lui en I épiait pas, car peut-être a-t-il trouvé déjà, entre es pieuses images et plus d’une de celles que peignit Raphaël au sortir de l’école du Pérugin, cerune parenté qu’on a constatée depuis ; enfin ce enre de peinture, qu’il n’avait encore vu nulle art se déployer avec cet éclat et cette perfection, ui agrée singulièrement. Elle lui inspire même ette remarque imprévue : En Italie, le verre n’est ravaillé que pour les besoins de la coquetterie, — 1 pensait aux miroirs de Venise, — et pour les >rgies des buveurs; la France, plus pieuse, le conacre à l’ornement des églises et au culte religieux, ^’est là, du reste, tout ce qu’il trouve à admirer ans réserve dans la vieille basilique : elle lui semble n somme fort inférieure au Dôme de Milan. Pour ui cet unique clocher et ces deux tours massives ne 'aient pas, à beaucoup près, les mille clochetons de narbre de la coquette église. Les clochers, en effet, ;ont ce qu’il aime le plus. Rien en France ne lui a >ouri davantage, rien ne lui a semblé d’un effet ffus charmant, si ce n’est pourtant, et l’occasion est bonne pour y revenir, les moulins de Montmartre.
Notre climat changeant faisait grelotter sa mu frileuse et l’indignait, tout enrhumé, contre c journées incertaines, qui, empruntant leur matin< à l’hiver, leur midi à l’été le plus chand, et leur so à l’automne, ne doivent rien à la seule vraie saisoi le printemps. C’est là qu’il trouvait la cause d> éternelles incertitudes qui tiennent flottantes, agitée actives les natures françaises : « Les Français, ditdans le Traité qu’il écrivait plus tard sous le titi de : Discorso intorno alla sedi^ione nata nel regno <, Francia Vanno 1585, etc.1, sont faits de telle sor qu’ils ne sauraient demeurer tranquilles. Ils veulet toujours être en exercice, et dès que l’occasio! leur manque, ils dépérissent aussitôt, comme arrive d’un palefroi habitué à la fatigue et qu’o laisserait oisif à l’écurie, ou des roues d’une horlog qui se rouillent si elles ne marchent plus. » Un seule chose dédommage le Tasse de cette incor stance du vent qui, pour girouette expressive trouve, avant tout, les têtes parisiennes, c’est 1 multitude de ces moulins dont son haleine ei
1. On n’a de ce mémoire qu’un fragment, mentionr par Serassi, publié pour la première fois dans la Biblic theca italiana (mai 1817) et réimprimé à Milan, avec de corrections, d’après un manuscrit de la Bibliothèqu ambroisienne, par l’abbé Pierre Mazzuchelli.
âme, et qui tournent et virent si joliment sur les auteurs de Montmartre. C’est là le spectacle qui (ai plaît davantage; il semble que son farniente de oète n’a jamais été mieux bercé que par ce mouvement des ailes dont il suit le branle aérien au delà •les marais de la Grange- Batelière. C’est assez trange, n’est-ce pas ; mais l’extase d’un ambassadeur vénitien, le révérend Bonaventure Calatagione, devant les broches toujours en mouvement ies rôtisseries de la rue de la Huchette, l’est bien davantage encore : « Ver ameute , disait-il au retour et comme humant encore à ce souvenir, le seul 'qu’il eût gardé de Paris, queste rôtisserie sono cosa mupenda. »
I Au temps où le Tasse visitait Paris, tout l’espace compris entre Montmartre et la porte de la ville qui lui devait son nom, était si vague et si désert; d’un autre côté, cette porte étant située à peu près à la hauteur de la rue du Cadran , qui, alors, s’appelait pour cela rue du Bout du monde, le quartier qui la séparait du Louvre avait si peu d’étendue et était couvert d’habitations si peu élevées, deux étages tout au plus, qu’on pouvait presque du Louvre même, où notre poète allait souvent, voir tourner les moulins de Montmartre. Cela est si vrai qu’un jour de l’année 1559, Ie cr°is> le feu ayant pris
dans le dortoir de l’abbaye qui couronnait le mont cule, le roi Henri II, qui, à ce moment-là, se pro menait dans sa galerie du Louvre, fut un des pre miers à apercevoir l’incendie x. Et ce fut un heureu hasard; grâce à la compagnie de Suisses qu’il envoya aussitôt pour porter secours, le monastèr ne fut pas dévoré entièrement. Aujourd’hui tou Montmartre brûlerait, jusqu’à la dernière maison qu’on n’en verrait rien dans le quartier du Louvre
Quel était donc pourtant l’aspect qu’offrait 1 vaste étendue de terrain dont la porte Montmartre d’un côté, et de l’autre la butte aux célèbres mou lins étaient les limites? C’était, je l’ai dit déjà, ut immense marécage, entrecoupé de cultures ou d< parcs pour les bestiaux. Ici, vers la butte Saint Roch1 2, était le Marché- aux-Poarceaux, espace im monde que les bourreaux seuls disputaient am porchers, quand il y avait à faire quelque exécutiot de faux monnayeurs. — Plus tard, en se rappro chant de la porte Saint-Honoré, et toujours en dehors des murs, sur un terrain que la rue Louis-le- Grand et la rue de la Paix occupent aujourd’hui on trouverait le marché aux chevaux.
1. Cheronnet, Histoire de Montmartre , 1843, in-12, page 114.