V. plus haut le chapitre sur ce quartier
Vers l’hôtel de Bretagne, dans le voisinage des Luinze-Vingts, dont la rue de Rohan a pris la )lace, au lieu même où la place du Carrousel se répare à étaler son immensité et ses magnificences, :tait une voirie, le Champ-pourry, comme on l’appeait, parce qu’en effet, c’est là seulement qu’il était )ermis aux maquignons d’abattre leurs chevaux naïades, aux chirurgiens et aux barbiers de venir rider leur palette. Enfin, d’espace en espace, on /oyait, depuis le Louvre jusqu’à Chaillot, depuis la 3orte Saint-Honoré jusqu’au Roule, de vastes parcs le volailles. Les marchands d’oies n’avaient pas l’autres marchés. « Que nul, est-il dit dans le Livre des métiers d’Étienne Boileau, n’achate oez pe en la place et ez champs qui sont entre le pon- :eau du Roule, le' pont de Chailloueau, jusques aus ■auxbourgs de Paris, aus costés d’entre Saint-Honoré st le Louvre. »
Voilà, j’en conviens, une banlieue d’un aspect issez peu noble; ici des bandes de porcs, là des :hevaux à vendre, plus loin des chevaux à tuer, çà st là des parcs d’oisons. Paris, quel qu’il fût alors, méritait mieux que de tels voisinage. La Grange- Batelière et ses frais environs le dédommageaient un peu.
Cette Grange ou plutôt cette métairie formait,
avec ses vastes dépendances, une partie de l’in mense culture dont l’enclos de la Ville-l’Èvêqi était le principal centre, et qui, comme ce nom donne à penser, avait pour seigneurs les évêques c Paris. Quand je dis seigneurs, je ne dis pas propri* taires. L’épiscopat parisien n’avait, en effet, sur Grange-Batelière que le droit de suzeraineté, no pas celui de propriété. Ce dernier appartenait au chanoines de Sainte-Opportune, qui, une fois l’hoir mage rendu, l’impôt payé à l’évêque de Paris, étaier vraiment seuls maîtres dans ce domaine. De qui il tenaient-ils? je ne sais. Peut-être n’étaient-ils posse: seurs qu’en vertu de ce droit du premier occupan que s’arrogeaient volontiers les chapitres sur toute terres vagues dépendant de leur paroisse, et dont i faisaient les pâtis de leur bétail. Le fait est que, no seulement depuis la Grange-Batelière jusqu’au Champeaux, aujourd’hui l’emplacement des halle: et la propriété la plus voisine du chapitre; ma: encore depuis Chaillot jusqu’au faubourg de Saint Antoine, tout le terrain, inculte ou cultivé, appar tenait aux opulents chanoines de Sainte-Opportune C’eût été trop pour le propriétaire le plus actiî pour l’agriculteur le plus ardent au défrichemer des terres, au dessèchement des marais; à plus fort raison pour ces prêtres, toujours désireux de la pre
PARIS DÉMOU
' iété, jamais du travail ; toujours se prélassant dans jouissance d’être riches, et ne s’occupant jamais j es ressources à tirer de leurs richesses. Les rois 1 visèrent heureusement à les débarrasser de l’excès iu’ils en avaient ici. Invitation leur fut faite par jouis le Jeune, puis par Philippe-Auguste, pour ju’ils. eussent à vendre par lots une partie de ces istes terrains. Les chanoines n’attendirent pas que invitation devînt un ordre : de 1153 à 1176, les erres désignées furent partagées, morcelées, venues, et les acheteurs, car c’était encore là un désir ,oyal, s’engagèrent à ne les prendre qu’à la condion de bien cultiver les parties arables, de dessécher t d’assainir les parties marécageuses. N’y avait-il dans cette dernière clause, que l’invitation du oi forçait les chanoines de formuler eux-mêmes, un eproche direct à leur paresse et à leur négligence e propriétaires?
Au lieu d’être un seul domaine, l’immense terrain entrecoupa donc de mille petits héritages. Il ne orma plus, pour qui le regardait du haut des buttes )u du rempart, qu’un vaste réseau de petites culures, un damier de petits enclos. Tout bourgeois usé y voulait sa courtille , comme on disait en ce emps-là, sa maison de bouteille , Comme on devait lire plus tard, avec son potager derrière la haie
d’épine ou la verte claire-voie, et tout auprès petite vigne, plantureuse en feuilles et maigre ( fruits, d’une belle montre enfin et de peu de rappot comme était toute vigne de courtille, selon i proverbe qui courait alors dans Paris et dans banlieue.
Nous savons par Sauvai1 le nom de quelques-m des petits propriétaires qui s’étaient abattus pt milliers sur ce sol mis en morceaux; ici, p; exemple, c’était Adam Cochetar, nommé dans u acte en 1240; ailleurs, devers Saint-Laurent, c’éta Raoul Farcy, qu’un autre acte mentionne sous 1 date de 12522.
Au même temps, mais cette fois sans le secoui de Sauvai, nous pouvons vous faire connaître en core un autre de ces humbles possesseurs. Il s nomme Geoffroy, il vit avec sa femme Marie d peu qu’il a pu amasser, en travaillant bien fort et d