Antiquités de Paris , liv. 1, page
2. Nous savons aussi par le Cartulaire de Notre-Dame tome III, page 58, que le 12 janvier 1309, Ymbert } feurnier et Adeline sa femme, demeurant à Paris, hors 1 porte Saint-Denis, devant la Trinité, prirent à cens d Guillaume, évêque de Paris, 30 arpents de terre labou rable, en une pièce, sis entre Paris et le Roule, au terroi de la Villette-rÈvêque ; tenant d’une part au chemin di Roule à Paris, de l’autre aux terres de la Grange-Bataillèe
ngues années de son métier de sueur ( sutor ) ou mturier en cuir . Le meilleur de son petit avoir, est une pièce de terre d’une contenance de huit 'pents environ, qu’il a acquise de ses deniers. Elle >t justement située tout près de la porte Montîartre, et en face de cette Grange -Batelière dont ous voulons vous faire ici l'histoire et dont Durtant nous tardons toujours à vous parler. Quoique laborieusement cultivés, les huit arpents 2 ce petit héritage suffisent à peine à faire vivre de :urs produits le ménage du pauvre sueur ; d’ail- :iirs, Geoffroy se fait vieux, et, peu à peu, il en ient à se dire qu’il vaudrait mieux pour sa femme ; pour lui avoir leur subsistance assurée, comme de bons pauvres, par l’Hôtel-Dieu de Paris, que 2 la demander toujours à un sol souvent rebelle, fne donation du peu qu’ils possèdent, ce qu’ils euvent faire en toute liberté, puisqu’ils n’ont as d’enfants, serait le seul moyen d’obtenir cette ourriture viagère et cet asile qu’ils désirent, e pauvre ménage, bien qu’il doive lui en coûter 'abandonner son petit domaine, finit pourtant ar s’y résoudre; la donation est faite1, et par
1. Elle consistait, dit l’acte, en « une pièce de terre de . contenance de 8 arpents, située en face de la Grange,
acte du ier août 1260, les frères de l’Hôtel-Dieu d Paris l’acceptent à la condition, ce sont les terme textuels du contrat, « de donner et fournir... auxd Geoffroy et Marie, pendant leur vie et au survivan d’eux, tout ce qui leur sera nécessaire en vêtemen et nourriture à l’usage desdits frères et soeurs, de h même manière et suivant le même régime que lesd frères et sœurs ont l’habitude de se vêtir et nour rir. » Comme autre charge de son acceptation. l’Hôtel-Dieu s’engageait à payer huit livres parish de sursens annuel dont la terre était grevée1.
Nous ignorons combien de temps vécurent ainsi Geoffroy et Marie sous le toit morne de l’hospice, sous ses grossiers habits et de son pain amer; nous savons seulement que la rente des huit livres de
dite Grange de la Bataille, hors des murs de Paris, près de la porte du Mont-des-Martyrs. »
1. L’Hôtel-Dieu acceptait d’autant plus volontiers qu’il possédait d’autres biens dans ces parages, entre autres une grande ferme, à laquelle conduisait la longue voie nommée aujourd’hui Chaussèe-d’ Antin, et qu’on appelait alors chemin de V Hôtel-Dieu. En 1841, les hospices vendirent encore pour 1,250,000 francs un reste des terres de cette ferme. C’était un terrain portant le n° 45 de la rue de la Chaussée-d’Antin, et qui pendant longtemps, à partir de 1767, avait été loué, moyennant 400 livres tournois, à M. François Sandrié, le même qui a donné son nom au passage, et qui, charpentier du roi et de la ville, avait établi là ses chantiers. (V. le Moniteur, 31 août 1841.)
sursens ne fut pas payée par les frères pendant plus de vingt ans. En 1280, une demoiselle de Meulant, qui en était propriétaire, leur en fit la remise. Ainsi, à calculer les sommes payées selon notre monnaie actuelle, c’est, en sus de l’entretien viager du pauvre vieux ménage, quatre mille francs environ que l’Hôtel-Dieu aurait donnés pour l’acquisition de huit arpents. Or, savez-vous, grâce aux accroissements de la grande ville, flot toujours montant, toujours envahissant, ce qu’est devenu l’humble et maigre terrain, si humblement offert, si pauvrement payé au xme siècle? Il est devenu ce vaste terrain de la Boule-Rouge, que les hospices de Paris, restés ses propriétaires, ont vendu, le 30 septembre 1840, aux sieurs Pêne et Maufra pour la somme énorme de trois millions soixante-quinze mille six cents francs1. Pauvre Geoffroy! pauvre Marie! que diraient-ils de cette belle moisson, poussée dans leurs maigres guérets ? Mais il avait fallu plus de cinq siècles pour cela, et les incessants besoins de s’agrandir dont est possédée la grande ville. En 1260, elle n’était que l’ambitieuse voisine de la petite métairie; maintenant celle-ci, avec ses huit arpents, se perd inaperçue dans une des mille alvéoles