Felibien, Preuves, tome II, pages
L’État n’eût pas mieux demandé que de fair droit à cette requête, il n’en connaissait que tro bien la justesse, et même il avait prouvé à l’occa sion combien l’assainissement de ce quartier li tenait au cœur; seulement de nouvelles dépense l’effrayaient. Pour les folies et les débauches de favorites, le trésor ne s’épuisait jamais; pour le entreprises d’utilité ou bien mieux encore, de salu brité publique, il était toujours à sec. Et il fallait 1 beaucoup d’argent. Ne pouvant en trouver dans le coffres royaux, on s’avisa de recourir, d’une faço tout indirecte, à la fortune de quelque financier.
Bouret de Vezelay, de fils de laquais deven commis, et de commis fermier général, était aloi le plus riche et le plus prodigue des traitants. O était en grandes affaires avec lui : un jour, à 1 couclusion d’un marché, comme pour lui faire un agréable gratification à titre de pot de vin, on li concéda d’un seul coup : « la superficie du gran égout en toute sa largeur, depuis le ponceau de ] Chaussée-d’Antin et la partie déjà voûtée du fai bourg Montmartre1 ».
Bouret crut le cadeau superbe, et il ne rêva plt
i. Ce sont les termes de l’ordonnance du 15 décemb 1770 qui rappelle cette concession.
e marais à dessécher, hôtel à bâtir ; etc ; ce fut sa lanie pour deux ou trois mois, comme celle du neux pavillon de Croix-Fontaine devait l’être las tard pour deux ou trois ans. Bouret aurait pu | ruiner tout aussi bien à la Grange-Batelière, qu’ij ; ruina à Croix-Fontaine : point du tout, il était i veine alors, il faillit s’y enrichir encore. On se oquait volontiers de lui, on le mangeait, c’est le ot, plus volontiers encore, eh bien, malgré cela, était à la mode : c’était un ridicule, mais tout taré et bon homme. Partout où il se trouvait, il ttirait ; bien mieux, il attachait. Dès qu’il fut dans .‘S parages de la Grange-Batelière, tout le monde y suivit. Nul n’avait voulu de ces terrains, alors u’ils appartenaient à l’État; c’est à qui en voudra Maintenant qu’ils sont à Bouret; et le bonhomme, )ut en riant à cœur joie de cette fortune imprévue, ont le pauvre quartier lui doit le bienfait, laisse 'rendre à toutes mains plutôt qu’il ne vend. En Iffet, un homme qu’il avait secouru, et qui, chose are, savait s’en souvenir, Marmontel l’a dit : « Il tait reconnu pour le plus obligeant des hommes et : plus magnifique, on ne parlait que de la grâce u’il savait mettre dans sa manière d’obliger. » Mettre le quartier à la mode, donner pour rien, tais à gens toutefois bien capables de s’y ruiner en
belles constructions, la meilleure partie des terrain enviés; voilà, du reste, tout ce que fit Bouret à 1 Grange-Batelière. Il n’avait pas tardé à s’en dégoûte pour cette autre manie dont nous parlions, et qu devait mettre sa fortune tout à fait à néant : i s’était lancé dans les fabuleuses prodigalités de réceptions préparées pour Louis XV, dans son rui neux Croix-Fontaine. Jeté à bas sans un écu, laiss à la merci , presque à l’aumône de ses créanciers, se releva pourtant une dernière fois aussi magni fique, plus prodigue qu’auparavant.
La folie des constructions le reprend, on peu croire qu’il va revenir à la Grange-Batelière; noul ce sont les Champs-Elysées qui ont ses préférence? il croit flatter par là Mme de Pompadour, logét comme on sait, à Fhôtel d’Évreux, aujourd’hi l’Élysée, et dont les maisons qu’il veut bâtir voi embellir le voisinage; il fait encore de cette faço sa cour au frère de la favorite, à M. de Marigm qui, lui aussi, a fort à cœur l’embellissement d< Champs-Elysées. Bouret bâtit cinq ou six maisoi à la fois, tout ce qu’il a regagné de fortune s épuise, il va retomber dans son néant, mais compte sur le roi, qui lui a promis aide et secou et qui doit tenir sa parole. Il attend quelqu années, se faisant un dernier crédit de la promes
oyale; le roi meurt. Que fait Bouret, ainsi mis à ■out d’espérance? Il se tue. Marmontel du moins roit à son suicide, et consacre alors à Bouret cette hrase d’oraison funèbre : a II fut. pour son iaalheur, imprudent jusqu’à la folie, il ne fut jamais malhonnête x. » L'épitaphe, en somme, est fort •elle pour un fermier général.
De tous les créanciers, à la merci desquels Bouret l’était trouvé tout à l'heure, La Borde était le plus 'abile. Il était collègue de Bouret dans les fermes, t il lui avait fait de fortes avances, sachant bien où, 1 l'occasion, il pouvait prendre son gage. Cette Occasion, c’est-à-dire la ruine de Bouret, ne s’étant )as fait attendre, il mit la main sur tout ce que le raitant déconfit avait de biens au soleil. Il se paya linsi, paya même les autres, et, avec le reste, fit à louret une pension de 15,000 livres1 2; chétive porion congrue, direz-vous, et vrai pain sec de repen i:ance pour un pareil millionnaire l Aussi, comme )u l’a vu, Bouret ne s’en contenta-t-il pas.
Pendant qu’il refaisait à bas bruit sa fortune, pour la dilapider ensuite à grands fracas, La Borde, subrogé dans la propriété de toutes les terres qui
1 1. Mémoires de Marmontel, liv. ix.