I. Journal de Collé, mars
Daugny ne s’en inquiétait point; il était en titre,, :t il agissait comme tel, dépensant et se ruinant -j l’une façon royale. Il désirait surtout que son hôtel îe le cédât en rien à ceux du voisinage, et même ,es éclipsât. 11 en fit faire les dessins par le vieux Briseux, le plus habile des architectes qui nous fussent restés du dernier siècle. Il le savait expert dans l’art de bâtir les maisons de ville, comme dans celui de disposer les maisons de campagne 1 ; aussi voulut-il que, véritable Trianon en miniature, son hôtel eût à la fois l’éclat des palais et le charme des demeures agrestes. Briseux, bien payé, fit ce qu’on lui demandait. M. Daugny et mademoiselle Gogo eurent leurs petits appartements. « C’était comme chez le roi. » Ils eurent aussi, dans le vaste enclos qui s’étendait derrière l’hôtel jusqu’au faubourg Montmartre, un manège couvert, des bains de marbre, une basse-cour, une laiterie, etc. C’était toujours comme à Versailles, ou plutôt comme à Trianon.
Pour compléter l’œuvre de Briseux, sa dernière, car le vieil artiste mourut peu après, en 1754, M. Daugny avait fait venir les meilleurs sculpteurs,
1. On a de Briseux deux ouvrages importants : V Architecture moderne , 1728, 2 vol. in-40; et VArt de bâtir les maisons de campagne , 1743, 2 vol. in-40,
les meilleurs peintres. Pineau fit les sculptures d ses salons; les plafonds, les dessus de porte, le trumeaux furent peints par Huilliot, Boucher Pierre et Le Lorrain l.
C’était enfin une véritable demeure de prince ; 1 tête y tourna à mademoiselle Gogo. Une fois sou ces beaux lambris, sous ces belles dorures, ell s’oublia et se mit à avoir des manies de princesse même des passions. Daugny ne fut plus pour ell un homme assez considérable; elle voulut donne dans les amours de marquis ou de duc, non pa tendresse certainement, mais par vanité pure. Eli y perdit tout. L’amant titré qu’elle se donna n’avai pour lui que son blason. Gogo le fit vivre quelqu ; temps en secret aux dépens de Daugny, mais ce belles manœuvres finirent par se découvrir, et furieux d’avoir été dupe, le financier chassa la dam et son guerluchon , — on nommait ainsi ces espèce; de gens. — Cela fit du scandale ; les riches aspirants qu’une ombre d’espoir avait toujours retenus autou de Gogo, se retirèrent à la file 2. Elle resta seul avec son malencontreux amant.
Il n’avait rien que des dettes; un jour ses créan