‹ Paris démoliChapitre 79 sur 108 · Le Colporteur, page · texte numérisé non relu

Le Colporteur, page

fiers le firent arrêter, et Gogo, pour le faire sortir, dut sacrifier ses dernières ressources. Elle tenait bon; au théâtre, on la criblait d’épigrammes; elle demanda sa retraite, l’obtint sans pension, et ne se retira pas moins x. Si un amour vrai eût soutenu ce dépit, il eût pu durer longtemps ; mais il n’y avait dans tout cela que vanité et colère. Mademoiselle Baumenard ne bouda donc pas longtemps contre le théâtre. Elle finit par quitter son marquis, et c’est par la porte du mariage qu’elle rentra à la Comédie-Française. Elle épousa son camarade Bellecourt 1 2. C’était pour être, la malheureuse, en butte à des ennuis d’une autre sorte. Après deux ou trois ans de vie commune, Bellecourt quitta sa femme

1. Sa résolution semblait si irrévocable que Favart, resté de ses amis, écrivait, le 4 juillet 1760, à M. de Durazzo : « Hile paroît avoir renoncé au théâtre pour toujours, puisqu’elle a résisté à toutes les sollicitations que l’on a employées pour la faire rentrer aux François. »

2. Chevrier, dans son Almanach des gens d’esprit, etc., 1762, petit livre beaucoup plus rare encore que le Colporteur, s’explique ainsi (p. 3 5) sur Gogo mariée : « Mademoiselle Baumenard, retirée sans pension pour afficher la tendresse en s’attachant avec obstination à un homme de nom qu’elle n’aimoit pas ; ayant repris depuis le train de son état, mariée à Bellecourt... et rentrée enfin au théâtre, où elle a joué avec beaucoup de gaieté le rôle de Zerbinette dans les Fourberies de Scapin, et de Nicole dans le Bourgeois gentilhomme. »

pour sa fille de chambre. Il est vrai que cette fill de chambre était la propre soeur de Gogo. Eli prenait ainsi vengeance de l’abjection où l’orgueil leuse l’avait tenue jusque-là. Peu s’en fallut mêm que, de par les mépris de Bellecourt, Gogo n devînt à son tour la servante de cette sœur ; mai elle était femme de tête, elle sut s’y prendre à temps Elle se sépara avec éclat, en sachant mettre tout 1 monde du côté de sa douleur. Le scandale alla s loin, que la Comédie indignée donna congé à Bel lecourt. C’était en 1769, l’époque de la premier vogue de Molé; Bellecourt ne tarda donc point ; être éclipsé, qui pis est, oublié : « Il perd à la fois dit Bachaumont, sa femme, son opulence et s; gloire. » Fut-il remplacé auprès de Gogo commJ dans ses rôles? Nous pourrions le croire, sans tro de méchanceté; et, pourtant, nous devons dir qu’en 1780 elle habitait, assez triste et assez soli taire, un petit logis de la rue de Bellefonds x. Eli était devenue vieille, et si elle recherchait les quar tiers éloignés, c’était plutôt en recluse qu’en femm de plaisir.

Le dépit avait aussi mené Daugny au mariage! Pour jouer un meilleur tour à Gogo, et, s’il étai

Page 1