Almanach des spectacles , 1780, page
bossible, lui faire verser quelques pleurs de regrets, j;’est parmi ses pareilles, parmi ses rivales, qu’il lavait voulu prendre sa femme. Il avait épousé la | petite Liacourt, enfant naturel de la petite Duval de l’Opéra. C’était une fille avisée, et qui sut porter haut sa nouvelle fortune. Elle en imposa aux plus j iins qui n’étaient point dans le secret de son origine. 'L’abbé Morellet, qui la connut, la prit bonnement pour une femme de naissance et la donne comme j telle dans ses Mémoires. Daugny se mit de son côté la avoir des goûts de grand seigneur, presque d’arliste. Il se fit amateur. Il eut un cabinet d’histoire (naturelle, un médailler *, une galerie de tableaux,
I et grâce à tout cela, grâce surtout aux grands airs de sa femme, il put se faire passer pour un homme de qualité.
On est donc, de ce côté de la Grange-Batelière, tout à fait rentré dans le calme plat de la vie casanière. Le voisinage n’est pas beaucoup plus en gaieté et en humeur d’aventures. Nous avons tout près de là M. de Blaire, un homme grave, conseiller au parlement et père de l’intendant de Strasbourg. Il
i. La collection Daugny est très célèbre pour les médailles, les émaux, les pierres gravées; il en est parlé dans le Dutensiana, page 174, et M. L. de Laborde la cite souvent dans son Catalogue des émaux du Louvre ,
mène une vie austère, et ne lit que des œuvres s rieuses sur lesquelles il prononce des jugements sai appel, comme s’il siégeait encore. Il fut un d premiers qui lut YÈmile , et cette fois il jugea biei Il tenait de Mathas, ami de J. -J. Rousseau, un d( rares exemplaires qu’on avait fait circuler avant mise en vente : il donna toute son attention à d livre considérable, puis, le rendant à celui qui le li avait prêté : r Monsieur Mathas, lui dit-il, voilà uj fort beau livre, mais dont il sera parlé dans pei beaucoup plus qu’il ne serait à désirer pour l’ai teur. » Rousseau, à qui Mathas rapporta les paroi» de M. de Blaire, ne fit que rire de cette condan nation préventive. « Je n’y vis, écrit-il lui-mêm< que l’importance d’un homme de robe qui met c mystère à tout 1 ». Il sut trop tôt qui avait raisc de lui ou de M. de Blaire.
Si dans ce coin de la Grange-Batelière, on faisa avec tant de profondeur et de sagacité la lecture c YEmile, on était d’un autre côté en état de con menter tout aussi finement la Nouvelle Héloïse. C’e dans le voisinage de l’hôtel où nous avons lais M. Le Normand d’Étioles avec mademoiselle Raim sa nouvelle épouse. Un financier, aux instincts m