I. Confessions , liv. xi
PAklS DÉMOLI
mânes et romanesques, est venu se loger tout ès. Il a nom Antoine Gauthier de Montd’orge, il ,t maître de la chambre aux deniers du Roi, et ans ses loisirs, il a déjà commis maintes œuvres Tiques d'une désespérante platitude. Une seule, les 'êtes d’Hèbé , a pu survivre, grâce à Rameau, qui 1 a fait la musique. Il s'était bien vanté de mettre 1 partition l’algèbre ou la grammaire latine ! Réusr avec des vers de Montd’orge n’était peut-être as d’une difficulté moindre. Un jour pourtant, otre trésorier fausse compagnie à l’Opéra; il se ‘tte dans le roman, et fait paraître, en deux ou :ois volumes, les Lettres dit chevalier de Luqaincourt une jeune veuve. Le pauvre livre n’est lancé que our tomber de tout son poids, sans un lecteur qui ; ramasse. Les précédents ouvrages de Montd’orge vaient mis en défiance. Quelqu’un, plus ami de 'auteur, se hasarde pourtant et lit les premières iages, puis les suivantes, puis le reste, jusqu’au iernier volume, qu’il referme en disant : « C’est ;harmant ! c’est délicieux ! » L’éloge se répète, se iropage; on lit l’ouvrage, et tout le monde reste l’accord que c’est en effet un fort joli roman. Marnontel est des premiers à le proclamer; Grimm, entraîné, lit comme les autres, et, comme les autres, avec beaucoup moins d’enthousiasme pour-
tant, il convient que le livre est agréable 1. Mc d'où vient, se demande-t-il, que ce soit là l’ouvra^ de ce Montd’orge, dont il a vu, hélas! tant de ma vaises pièces, qu’il a connu si lourd et si apople* tique? Le temps se chargea d’apporter une répon à la question défiante.
Dans un appartement de l'hôtel d’Étioles, hab taient, chaque fois qu’elles venaient à Paris, ur dame de Moulins, madame de Belvo et ses dei filles ; les relations d'amitié, les mauvaises langue disaient un autre mot, qui existaient entre M. I Normand et madame Ducrest de Saint-Aubin, coi sine de madame de Belvo, avaient fait accorder c petit avantage à nos trois provinciales. Elles étaier du meilleur ton ; les deux filles avaient même ét faites chanoinesses, et elles avaient de nombreu admirateurs, quand, le soir, elles allaient se prome ner aux Tuileries avec leur cordon bleu. Montd’org les vit comme tout le monde et s’éprit très fort d l’une d’elles. Il vint donc tout exprès, quittant so hôtel de la rue de Richelieu, -au coin de la ru Neuve-Saint-Augustin, s’établir à la Grange-Bate lière auprès de Le Normand d’Étioles.
1 . Correspondance de Grimm, etc., édit. Taschereau I Tome VI, page 152.
Il fut très assidu chez son voisin, le fermier généi, chaque fois que les trois dames séjournaient à ris. Elles finirent par y rester. On avait compris ■ intentions de Montd’orge ; elles étaient honnêtes, était fort riche, on l’agréa. C’est la plus vive, la us spirituelle des deux que notre apoplectique >ousa, et le roman de tout à l’heure parut peu de mps après le mariage.
Montd’orge avait épousé la demoiselle et ses uvres complètes h
i. Montd’orge mourut à la fin d’octobre 1768, laissant 3a femme un usufruit de cent mille livres de rente. Elle 1 était digne; sa conduite d’épouse trouve grâce même îvant les Mémoires secrets : « Quoiqu’elle n’eût trouvé icun agrément dans l’hymen de M. de Montd’orge, isolument hypothéqué, paralysé sur tous les sens, elle est ménagé avec lui, avec toute la noblesse, toute la 3connoissance qu’il avoit plus de droit que de raison d’en tendre. Elle ne l’a point quitté dans toutes ses infirmités, le ne s’est montrée nulle part, n’a participé à aucun aisir, et, dans la plus grande jeunesse, s’est conduite /ec la prudence de la femme la plus raisonnable. » Tome IV, page 146-147.)
Les fortifications en 1536. — Les Fossés jaunes . — Les rains de la Grange pris et non payés. — Un procès 1 restitution. — Les frères Vivien. — Le parrain de a rue Vivienne. — Ce qu’elle était pendant la Fronde e jour des Barricades. — Le président seigneur et le pr t suzerain. — Procès gagné par M. Pinon. — Un voye de long cours du Marais à la Grange-Batelière. — a rue Pinon. — L’hôtel Laborde et Lhôtel Choiseul. - Disgrâce et ruine d’un ministre. — Trois rues et 1 théâtre pour un hôtel. — Origine des rues de Prover , d’Artois, le Pelletier, etc. — Grimod de la Reynièi i l’hôtel Choiseul. — Le ministre déchu à la Gran - Batelière. — La noblesse et la finance dans ce quart . — La révolution à l’hôtel Choiseul. — Le tripot ; l’hôtel Daugny. — L’Empire, — Louis-Philipp i l’hôtel garni de la Grange-Batelière, etc.
Pendant que tout se métamorphosait, se bâtisse prenait forme de ville dans ses alentours, que de • nait notre vieille Grange, menacée, au train de : tout marchait pour l’envahir, de n’être bientôt p ; qu’une ferme oubliée au coin d’une rue, une n-
! rie intra muros ? Elle avait fait contre fortune bon 3ur et s’était, ma foi! accommodée de son mieux ces bouleversements. Ses propriétaires mêmes aient tâché d’en tirer profit. Ils n’avaient pas rdé à s’apercevoir que la grande ville leur voisine, ndant à s’étendre et à toujours envahir, surtout leur côté, il y aurait pour eux tout avantage à i céder, moyennant un bon prix, les parties de rre qui lui étaient mitoyennes et qui rentraient ir là dans le cadre de ses plus immédiats agranssements. Ne valait-il pas mieux lui laisser prendre ;s terrains sur lesquels elle allait faire pousser ute une ville nouvelle, que de les ensemencer et s féconder à grand’peine, en vue d’une maigre ■coite de fruits et de laitues? C’était sage de ne , as lui faire résistance; d’ailleurs, il faut le dire, était nécessaire aussi, et il eût été inutile, impruent même de vouloir en agir autrement avec elle, a ville eût pris de force ce qu’on n’eût pas voulu i céder de bon gré.
C’est même un peu par la violence qu’on prokla d’abord, en son nom, avec les seigneurs de otre fief qui, dès lors, se trouvant avertis, se gareront bien à l’avenir de ne pas prendre l’avance our la cession des terrains enviés par l’impérieuse oisine.
Dans l’année 1536, l’un des moments critiques 1 règne de François Ier, l’ennemi menaçant d’arr: r jusqu’à Paris en faisant une trouée à travers a Champagne, on se hâte d’improviser une défens à la pauvre ville ouverte de toutes parts. Dans te e la partie qui peut donner prise à un coup de m; , c’est-à-dire celle qui s’étend vers le nord, de la pc e Saint- Antoine à la porte Saint-Honoré, on cre e des fossés, on élève des remparts de terre. Les t rains de la Grange-Batelière se trouvaient su a ligne tracée ; sans dire gare, on en prend vingt s arpents, et l’on passe outre, sans payer même d 1 grand merci le propriétaire stupéfait. On n’était s accoutumé encore aux expropriations pour ca e d’utilité publique.
En creusant, à la place du vërdoyant potager e la Grange, ces fossés qui, Dieu merci ! ne servir t à rien, on avait mis à découvert un sable légè ment bistré, qui contrastait avec la teinte craye e des terrains gypseux qui montaient vers Momartre. On les appela les Fossés jaunes , nom qi s gardèrent jusque vers la fin du xvne siècle, époce où on les combla pour reporter l’enceinte à quelq s cents toises au delà. Quand ce terrain ainsi api i eut repris sa face première et fut devenu tout à t propre à la construction de quelques-unes des be s
meures qu’on bâtissait alors sur toute cette ligne, s’éleva, au sujet de sa propriété, un assez vif dé-
• t. Les entrepreneurs de la nouvelle enceinte souriaient que les vieux fossés leur appartenaient.
i était bien le moins, disaient-ils, qu’on les payât ir cette propriété de la peine qu’ils avaient prise our tout combler, tout aplanir et mettre enfin tte surface bouleversée en bon état.
M. Bourgoing, alors propriétaire de la Grange, utenait le contraire.
Quand les remparts avaient été élevés, au détrient du fief entamé dans le plus vif de ses terres, ux qui en étaient seigneurs alors n’avaient pris
• aucune récompense » de la cession qu’ils avaient é contraints défaire, et pourtant c’étaient vingt-six >ns arpents qu’ils avaient perdus là, réduction :>rcée qui avait limité l’étendue des terrains de la range à cent soixante-huit arpents soixante-six îrcbes et demie, ainsi qu’il résultait d’un aveu fait,
28 juillet 1575, par Pierre-Louis et Michel Vieil, co-propriétaires du fief avec Anne Vivien, ur sœur. Cent soixante-huit arpents, etc.!... iétait sans doute encore un assez joli lot de terre, . Bourgoing en convenait; mais enfin, puisque partie aliénée par force, au profit du roi et de la fense de la ville, redevenait bonne à prendre, il
était juste qu’elle fût reprise par celui-là seulem qui représentait, comme successeur, les droits < , propriétaires dépossédés en 1536. Voilà ce que sait M. Bourgoing, et il parlait si bien qu’on donna raison. Les entrepreneurs durent s’en te aux très gros profits qu’ils tiraient de leurs trava . d’enceinte, et le seigneur de la Grange-Batelière \ ; dès lors rattacher, sans conteste, aux terres les p ; proches de son fief, celles qu’avait absorbées construction du premier rempart et celles aussi qi i n’avait pas cessé de posséder par delà. Il ne lui coûta qu’une concession nouvelle, qu’il fit en i6l|, de quatre arpents et demi « pour les remparts : cours entre les portes Saint-Honoré et Montmartre Ce procès en contestation de propriété ne fut j ; le seul que les seigneurs de la Grange-Bateli< : eurent à soutenir dans les dernières siècles. Un p ; important encore, et qui roulait sur une questi . de code féodal très difficile à élucider, leur fut intei : par l’archevêque de Paris. Il était suzerain, seigne * dominant du fief, et à ce titre il croyait avoir le dr de s’immiscer dans toutes les aliénations de terre q: pouvait faire le seigneur de la Grange, et si ; ventes successives devenaient trop fréquentes, ti » considérables et tendaient par là à trop morcelet : droit de suzeraineté, il pensait qu’il pouvait
■ mander compte au seigneur. Or, en effet, ces orcellements avaient été nombreux et considébles.
Du temps que les frères Vivien et leur sœur aient propriétaires, une grande partie des terres ^pendantes du fief en avaient été détachées. Nous ons dit déjà que les six arpents sur lesquels avait é établi le couvent des Petits-Pères n’avaient pas îe autre origine; mais ce n’était là qu’un très ible morcellement, et d’ailleurs, pour cette cession ite à des moines, l’archevêque avait dû donner m assentiment. En 1622, Louis Vivien, sommé e faire « un nouvel aveu et dénombrement » des :rres cédées et données à cens , déclare que le total en élève à trente et un arpents environ. C’était ^aucoup , mais je ne sais pourquoi on ne s’en neut pas encore à l’archevêché ; on approuve ième en ne disant rien. Louis Vivien enhardi ne mtinue que de plus belle ses aliénations.
En 1631, comme la ville tend plus que jamais à agrandir, il cède d’un seul lot la plus grande partie es terres qui lui restent au delà des fossés jaunes. Il tire de là non seulement de fort belles sommes, tais aussi beaucoup d’honneur. Une des rues que an bâtit sur l’espace laissé disponible entre le alais-Cardinal et le nouveau couvent des Filles—
Saint-Thomas prend en souvenir de lui le nom d rue Vivien L Depuis, comme s’il était nécessaire qu le nom d’une rue fût toujours du féminin, non avons dit et nous disons encore rue Vivienne 2.
On ne s’émeut toujours pas à l’archevêché d Paris ; il est vrai que lorsque tout cela se menait bonne fin et s’achevait, on commençait à être e; pleine Fronde, et qu’au palais archiépiscopal o: ; avait par conséquent à se préoccuper de toute autr chose que de revendication de suzeraineté. Je n sache qu’une occasion où l’abbé de Gondi, le guer royant coadjuteur, dut penser alors à la rue Vivien c’est en 1652, lorsqu’il s’agit d’y construire, aj coin de l’hôtel de Bouillon, l’une des trois barri | cades qui devaient serrer de près le Palais-Royal.
Pendant près d’un siècle encore, tout en surveii lant les actes des seigneurs de la Grange-Batelièn l’archevêché 11e prit pas d’initiative pour les inquié ter. L’état des quartiers bâtis sur les terrains qu’i avaient cédés 11’était pas très prospère. « Le quai tier Saint-Honoré et Vivienne , dit le P. Berthod