Mémoires, Coll. Petitot, 2e série, tome XLVII page
étoit rempli dès lors que de couvents et n’avoit ’un petit endroit peuplé. » Les droits de censive devaient pas être assez considérables pour qu’on dût envier la perception au seigneur de la Grange, a lui en laissait donc volontiers le maigre bénéfice, ais ce fut bien différent quand, le rempart ayant * rejeté dans les terres en marais, la marge des *rains à bâtir se fut considérablement étendue, et fut aussi couverte bientôt de beaux et vastes •tels, payant, pour chaque arpent de superficie, le as alors considérable de onze livres cinq sols, était le moment ou jamais de se montrer et de damer sa part dans cette dîme. L’archevêque de .ris n’y manqua pas.
C’est en 1718, le cardinal de Noailles occupant siège, que la première réclamation semble avoir
I tentée. M. Bourgoing se faisait vieux, et partant, était plus dans l’âge de la résistance, il céda. La rt qu’il fit à l’archevêché fut assez belle; ayant abli l’état exact des censives et rentes qu’il perceit, il paya d’abord un droit de relief, puis aban- >nna tout le casuel d’une année. Le prélat satisfait i donna quittance, sans prétendre en rien à la uissance du revenu des portions aliénées.
II ne s’éleva pas de nouveau conflit jusqu’à l’an- :e 1730; mais alors les réclamations éclatèrent de
plus belle. Le siège de Paris était occupé par M. de Vintimille, et, depuis quelques années, M. Bourgoing étant mort, la Grange-Batelière avait pour seigneur M. Pinon, dans la famille duquel elle i devait rester désormais. C’est du chef de sa femme, Henriette Bourgoing, fille de celui que nous connaissons déjà, qu’il tenait cet héritage. M. Pinon, était de robe ; de père en fils on était fort émoulu ! aux affaires dans sa famille, et lui-même devint plus ! tard président au parlement x. L’archevêque de Paris trouvait donc à parler à forte partie, et i n’avait qu’à se bien tenir.
Le procès s’engagea par une sommation faite i M. Pinon, pour qu’il eût à dresser, par « aveu ei dénombrement », l’état de son fief; ce que M. Pinor fit en effet de bonne grâce. Il déclara humblemen u que tous lesdits héritages, marais, hôtel, maisons emplacements et autres bâtiments, circonstance et dépendances, pouvoient valoir aux seigneur avouants, par chacun an, la quantité de vingt-deu septiers douze litrons et demi de seigle, et de cen quatre-vingt-huit livres cinq sols trois deniers ei
i. On cultivait aussi les lettres françaises et latines dar la famille Pinon. La Monnoye cite avec éloge, connr bon poète, un Jacques Pinon, conseiller au parlement, père sans doute de celui dont nous parlons, et un aut
rgent. » Par cette piteuse déclaration de pauvreté, I. Pinon, en matois de haute cour, croyait se auver. Que demander à si pauvre homme, qui tire maigre profit de quatorze pauvres arpents soixante t douze perches de terre, seuls et derniers débris u grand héritage féodal? C’est justement à ce hiffre de quatorze arpents que l’attendaient les égistes de l’archevêché. Qu’est-ce que lui et ceux uxquels il succède ont fait du reste ? Ils l’ont endu, et il en est résulté « des censives et rentes oncières qu’il se sont réservées. » Là est le mal. Æais, réplique M. Pinon, ces aliénations n’ont pas té volontaires, « elles ont été faites en vertu d’orjlres supérieurs et pour des causes d’utilité publique.» Cette réponse ne convainc et surtout ne satisfait personne à l’archevêché. M. de Vintimille fait donc lignifier à M. Pinon « un blâme formel », soutei%nt que les seigneurs ont excédé de beaucoup, par eurs aliénations, le jeu de fief que permet la couume, et conséquemment, autant par châtiment )Our eux que par indemnité pour le prélat, les porions aliénées doivent dès lors « être déclarées de la
acques Pinon, « abbé de Condé, grand théologien, prédicaeur, mathématicien, humaniste, qui aimoit aussi la )oésie. » Œuvres choisies de feu monsieur de La Monnaye, etc., 770, in-8°, tome III, page 509.
mouvance féodale et immédiate de rarchevêché. seigneur dominant. »
La proie était belle à saisir, et c’est ce qui rendait l’archevêque si âpre dans sa logique. Dans ur coin de son factum, dont nous devons l’obligeante! communication à M. le vicomte Gascon de Louvigny, arrière-petit-fils de M. Pinon, il laisse perce] le motif de son action, son désir de percevoir l’impôt sur ces riches propriétés. S’il poursuit M. Pinon « c’est que, dit-il, presque tout le terrain du fief es couvert de maisons situées dans le meilleur quartie* de Paris, dans les rues de Richelieu, Montmartre Notre-Dame-des-Victoires, Feydeau, Saint-Marc des Filles-Saint-Thomas, Colbert et Vivienne, dan: la rue des Petits-Pères, dans la place des Victoires ! la rue Neuve-des-Petits-Champs , la rue Neuve Saint- Augustin , etc. » La transformation de ce terres assez maigres en rues magnifiques est certe des plus heureuses, il l’avoue; mais il s’en plain pourtant, parce qu’elle a été faite sans son aveu, lui, seigneur dominant. C’est bien là un raisonne ment de suzerain.
Il semble pourtant que l’affaire finit par s’arrange à la satisfaction des parties. En 1774, en effet, nou trouvons M. Pinon d’accord avec l’archevêché. Il recueilli, en 1770, l’héritage de sa tante Mme d’Or|
asson du Cherray, qui l’a fait son légataire unirsel, et par là, il a été mis en possession d’une *ande partie du fief qui n’était pas encore dans ses ains x. Sauf quelques lots de terre qui appartiennent la famille du marquis de Vatan, la seigneurie est aintenant à lui tout entière. Il doit, pour ses nouilles terres, foi et hommage à l’archevêché, et il y soumet de bonne grâce. Subissant toutes les bligations que la loi féodale impose, il offre de ayer comme droit de relief le revenu d’un an de i portion dont il vient d’hériter, ou bien de donner .ne somme de 10,000 francs, le tout « au choix et l’élection de l’archevêque. » Je ne sais ce qui fut iccepté, mais le fait est que, jusqu’à la Révolution, tf. Pinon ou les siens continuèrent de toucher les Iroits de censive que l’archevêché leur avait si verraient contestés. C’était toujours le plus clair du
j 1. La famille Pinon ne dut jamais en avoir la propriété entière, si j’en crois une note que me communique M. de iLouvigny sur les divers possesseurs des terrains de la (Grange en 1747. C’étaient : i° M. Anne-Louis Pinon, seigneur de Quincy et autres lieux; 20 M. Paul Lefebvre d’Ormesson; 30 M. Maximilien Bertin ; 40 M. Joachim Le Mairat; 50 les enfants mineurs du marquis de Vatan et de la dame Marie Le Mairat, son épouse. Ainsi, même la part des d’Ormesson étant jointe à celle de M. Pinon par suite du legs de 1770, il n’en reste pas moins quatre autres indivises, hors de ses mains.
revenu du fief, surtout depuis qu’il s’était accru c cens perçu sur les maisons qui peu à peu s’élevaie de chaque côté du boulevard avoisinant. Cet source de richesse pour le président Pinon ét connue de tout le monde. On savait que son dre féodal lui rapportait plus que ses récoltes. Pr dhomme lui-même en parle dans son Miroir his. rique de Paris I. « Originairement, dit-il, le fief la Grange-Batelière n’était pas d’un très grand ra port ; mais toutes les maisons qui ont été construit sur le boulevard Italien ont produit une redevan considérable au président Pinon. »
Quand vint la Révolution, le fils du présider président lui-même et héritier de la seigneurie la Grange, se vit enlever tous ses avantages féodau: plus de fief, donc plus de redevances, plus de ce sives, etc. Le sol pourtant lui resta, et c’était enco quelque chose; il était en effet d’une vaste étendu et les bâtiments qui en couvraient une partie étaie en fort bon état. « Les bâtiments et le jardin, c encore Prudhomme, sont immenses, les appart ments de l’hôtel sont vastes et beaux. C’est, ajout t-il, un hôtel garni fait pour loger des souverains q auraient des suites de deux ou trois cents valets.