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! Prudhomme dit un « hôtel garni », et, en effet, pauvre vieux manoir n’était plus autre chose, '’abord, dans la première joie de la possession, le premier occupant de la famille Pinon était venu habiter avec grand fracas. C’était un jeune et frinant robin qui, se trouvant là dans le monde futile t brillant des financiers et des filles de l’Opéra, vait suivi l’élan donné et oublié sur cette pente jsqu’à sa femme, la future présidente. Il avait, lui, i l’on en croit ces médisantes Nouvelles à la main , Large de président... à l’Opéra, en attendant ’autre présidence. Elle lui vient, et aussitôt il se 3rend au sérieux ; afin de le prouver, il échange 30ur un logement grave son habitation du quartier îeuf. Il va s’enfouir dans une triste maison de la ne Culture-Sainte-Catherine, où il meurt, vers 1782, en pleine contrition de ses fautes à la Grange- Batelière. Quelquefois il revenait vers cette terre de perdition, mais en famille, avec madame la présidente et ses enfants, et ainsi, par conséquent, bien gardé contre lui-même. Ces jours-là, nous disait avec autant d’esprit que d’obligeance M. G. de Louvigny, on attelait la vieille carriole, on dînait une heure plus tôt, et l’on se préparait enfin comme pour un voyage de long cours; on aurait presque fait son testament. Le rempart, qu’il fallait suivre
depuis les Filles-du-Calvaire jusqu’à la porte Riche lieu, était, il est vrai, une route assez peu sûr< très fangeuse du reste, et pleine de raboteux. I nuit, on ne s’en serait pas tiré; aussi la passait-O' à la Grange, dont on ne repartait que le mati après s’être rafraîchi et parfumé du laitage oblig Aux lieux mêmes où d’autres, et je dis des pli illustres, étaient heureux d’avoir leurs maisons c ville, M. Pinon, lui, n’avait que sa maison d< champs, sa métairie. Son fils rompit avec cette trs dition trop patriarcale. Il prit à rebours les habitud' paternelles ; c’est de la maison du Marais qu’il fit * maison des champs, sa solitude x, et c’est à il Grange-Batelière qu’il vint habiter. Il y vivait, j y menait grand train du produit de ses redevance féodales, quand, en 1784, Louis XVI lui fit un hor
1. Au xvme siècle, on considérait déjà le Marais comn une province, plutôt que comme un quartier de Pari Dans le dernier couplet d’une chanson qu’ils firent ensemb sous ce titre : Mauvaise plaisanterie sur le quartier du Marai Collé et Sedaine ont dit :
On n’est plus de Paris quand on est du Marais,
Mais aussi n’est-on pas de Vienne.
La critique a beau dire, on y vient sans relais,
Il faut même que l’on convienne Qu’on n’en sauroit être plus près.
Vive, vive le quartier du Marais!
; ar pareil à celui que Louis Vivien avait obtenu de uis XIV. L’étroite impasse qui longeait l’enclos aré de la Grange s’étant transformé en une rue mmode, par les soins d’un sieur Thévenin, qui lui ivrit sur son terrain une issue vers la rue d’Artois, roi voulut que cette voie nouvelle prît le nom du odal président L
C’était un honneur, je le répète, et très grand ême, car le quartier, dont une longue rue allait voir notre président pour parrain, s’embellissait tous :S jours alors de beaux hôtels, s’illustrait de noms ouveaux.
A la façade de la plus apparente de ces seigneuiales demeures, on lisait en lettres d’or, sur une plaque le marbre noir, ces mots : Hôtel Choiseul ; et c’est !n effet là qu’habitait celui qui avait porté le plus paut ce nom de Choiseul, auquel on pourrait même [lire qu’il avait créé une gloire, sinon tout à fait une noblesse et une considération. De toutes les demeures habitées par le célèbre ministre, à Paris ou à Versailles, celle-ci n’était pas la plus magnifique, mais c’était la plus noble, et celle où l’on devait venir le visiter avec le plus de hâte et de vénération, car c’était, comme Chanteloup, le refuge
i. Ordonnance du 2 janvier 1784.
de sa disgrâce. Il n’y était venu qu’après chute, ruiné,, mais toujours magnifique; en déf, veur flagrante près du roi et de la favorite, m, plus en crédit que jamais près de la noblesse et peuple.
Il était descendu du pouvoir tête haute, et ce q; l’honorait surtout, il avait dû, sa fortune minisi rielle étant ainsi détruite, se hâter, pour vivre digr. ment, de s'en créer une autre. Il ne sortait de to ses opulents emplois qu’avec des dettes immense qui avaient déjà dévoré la plus belle part de sej patrimoine et entamé une portion considérable celui de sa femme, cette héritière enviée qu’ii jour il avait prise, avec sa grâce charmante et richesses, dans la famille insolemment opulente d Crozat.
Il lui restait une fort belle galerie de tableaux1, la vendit. Sa femme avait un écrin d’impératrice, le fit vendre de même, mettant une certaine fier à étaler ainsi ses dépouilles et à les jeter aux ei chères de ceux qui, pendant sa faveur, avaient ] crier à l’avidité et à la corruption. Cela fait, il par pour Chanteloup, s’en allant vivre au jour le jo
1. Sur la vente des tableaux du duc de Choiseï: V. Lettres de madame du Défiant, tome II, page 246.
s ressources de prodigue qu’il venait de s’improser, et se confiant à Laborde du soin de lui en éer d’autres.
Laborde était de tous les fermiers généraux l’un bs plus intelligents et des plus honnêtes. Ses goûts t lettré et d’artiste, bien qu’il les poussât jusqu’à la anie, disons mieux, jusqu’au ridicule, avaient aidé le maintenir dans cette voie de probe intelligence, ntre autres qualités, il avait encore celle de la fidété pour ceux qui l’avaient protégé, et celle aussi une imperturbable mémoire pour les bienfaits reçus. )u temps de sa faveur, M. de Choiseul l’en avait omblé 1 ; c’est dire que Laborde avait hâte de les ui rendre en bons offices. Tant que son bienfaiteur ivait été ministre, il avait donc tout fait pour lui itre utile; mais c’était de la reconnaissance en pure ierte. La disgrâce de M. de Choiseul lui donna plus ieau jeu. Ce fut alors que Laborde et ses offres de services furent les bienvenus. On le savait dévoué, on l’accueillit à bras ouverts; on le savait habile, on se remit sur lui de toutes les embarrassantes affaires dont on allait fuir l’ennui dans les loisirs de Chanteloup.
1. Marmontel dit positivement, dans ses Mémoires (liv. ix), que Laborde devait sa fortune à M. de Choiseul.
C’était, on le sait, en 1770; or, justement ce année-là, Laborde se trouvait, pour son compte, d; , une assez grande gêne. Il n’y avait pas plus d’un qu’il avait pris en main les affaires très obérées Bouret, et déjà, s’empêtrant lui-même dans ce c da'le financier où le vertige, comme par contagicj prenait le plus habile, il se voyait presque perdu. P. tout on criait à sa ruine, et, symptôme plus fâche et plus significatif que les autres, sa danseuse, Guimard, le quittait. « M. de la Borde est ruiné, 1 on dans les Mémoires secrets et ne peut plus cont buer aux amusements de cette nymphe que par s| goût et sa musique. »
Laborde ne prit point d’ennui de cet abandon, j voulut même y voir sa délivrance. En homme to > a fait dégagé des préoccupations futiles, il se mit reconstruire du même coup la fortune de son pr< tecteur et la sienne.
Un magnifique hôtel restait à M. de Choiseu c’était celui dont nous avons déjà parlé, et qui, p son immense façade, couvrait tout un côté de la ri de Richelieu, depuis la rue Saint-Marc jusquY rempart, tandis que, par sa profondeur, il alla toucher aux maisons, alors nouvelles, de la ri