‹ Paris démoliChapitre 93 sur 108 · LES LOGIS DE SCARRON · texte numérisé non relu

LES LOGIS DE SCARRON

J’ai beau quitter place pour place,

Je ne quitte pas mes douleurs,

Partout je me souhaite ailleurs ;

Et quand j’y suis, au bout d’une heure Je songe à changer de demeure.

(Scarron, Épître burlesque d madame de Hatitefort.)

Deux mots sur la jeunesse de Scarron. — Sa famille. — Procès que lui lègue son père. — Comment il devient pauvre et infirme. — Il loge rue des Douze-Portes. — Scarron et Crébillon sous le même toit à deux siècles de distance. — Les douze couvents de la rue des Douze- Portes. — Un neveu à la mode du Marais. — Scarron et son marquisat de Quinet. — Il va loger rue des Saints- Pères, à l’hôtel de Troyes. — Comment il connaît Françoise d’Aubigné. — Le ménage de Scarron, rue de la Tixeranderie. — Ses meubles, ses tableaux. — Repas de pièces rapportées. — Une histoire pour un plat. — Mort de Scarron. — Saisie de ses meubles. — Ce que devient madame Scarron.

Je ne vous dirai pas dans quelle rue de Paris Paul Scarron, le burlesque, vint au monde; on l’ignore, bien qu’on sache beaucoup de choses sur

1 famille qui était parisienne, et toute dans les rfaires ou dans la robe. Sa première jeunesse Lissée au milieu de cette bourgeoisie n’a pas non us laissé de trace. La mort de sa mère, le second lariage de son père et les tracasseries quotidiennes une marâtre avide et criarde en sont les seuls /énements. Tant qu’il vécut dans la maison richelent rentée de son père — le conseiller Scarron ’avait pas moins de vingt mille livret de revenu - le jeune Paul se garda bien de rien faire ou de ien écrire; il est donc juste qu’il soit resté inconnu.

Pourvu du petit collet, sans pourtant s’être jalais engagé régulièrement dans les ordres T, il l’aurait été toute sa vie qu’un de ces galants abbés ,ue l’on commençait à voir se produire dans les uelles; un fringant coureur d’aventures, dépensant es belles années sans profit pour aucune sorte l’avenir, sans ambition pour aucune espèce de etiommée; un voyage qu’il fit à Rome, où son >ère fournit encore à la dépense du grand train et le la joyeuse vie qu’il y mena, ne l’aurait pas mis lavantage en évidence aux yeux de son siècle et mx nôtres; enfin il serait peut-être entièrement

1. On l’appelait toutefois l’abbé Scarron, mais c’est, dit-il, par grand mensonge ( Épître à Mmc de Haute fort).

perdu pour la littérature et pour l’histoire à laque ; i il appartient de tant de manières, si, foudroyé • une double disgrâce, il ne fût tout d’un coup • venu pauvre et infirme

Son père était mort et sa fortune, qu’il devait i grande partie à son titre de conseiller, s’était é L nouie presque toute avec lui ; le pauvre Scarr< , en outre d’un procès qu’il dut faire à sa belle-mè|. « Anne de Plaix, la plus plaidoyante dame i monde, » comme il l’appelle, n’avait hérité que c ; charges d’une paternité fort difficile. Il avait de: soeurs, en effet, plus jeunes que lui, fort gaillard , on le verra, et desquelles, quoique abbé, il avait i se constituer le protecteur et le père. Il s’y cônfj niait d’assez bonne grâce, quand ce premier malhcl vint se compliquer de l’autre et s’en aggraver d’i » façon désespérante. Scarron tomba malade et | souffrances en souffrances, de crises en crises, J vint le pauvre infirme que vous savez. Nous j chercherons point les causes de cet étrange et dép rable écloppement ; commentant l’anecdote de I • baumelle 1 et les propos de tous les faiseurs d 9 A , nous n’examinerons point si ce sont les drogues < ; charlatans 2 ou l’eau fraîche de la Sarthe qui fîr t

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