‹ Paris démoliChapitre 97 sur 108 · C’est du moins ce que raconte Tallemant · texte numérisé non relu

C’est du moins ce que raconte Tallemant

Ce n’était pas la première velléité de Scarron pour le mariage. Il avait failli épouser une certaine Céleste Palaiseau qu’il avait aimée autrefois. « Il la logea, dit Tallemant, jusqu’à ce qu’elle se fut retirée dans un couvent. » 11 lui fit encore avoir le prieuré d’Argenteuil.

2. « Madame Scarron a dit à ceux qui lui demandoient pourquoi elle avoit pris cet homme : « J’ai mieux aimé « l’épouser qu’un couvent. » Tallemant, Hüt ., page 126.

3 . Le mariage fut retardé à cause des parents de Scarron, et tenu secret en raison des obstacles qu’ils auraient pu faire naître. En attendant, selon le P. Laguille, on mit mademoiselle d’Aubigné en pension chez les religieuses

d’Aubigné devint madame Scarron. On était en 16491. Le poète malade avait quarante et un am passésr et sa très jeune femme en avait quinze à il peine. On prétend que lorsqu’il fut question de dresser le contrat, Scarron fit cette déclaration bur-

Ursulines de la rue Saint-Jacques : « Elle pouvait, écrit-il. . avoir quinze ou seize ans, m’ont dit quelques-unes de celles I qui l’ont vue dans ce monastère, entre autres la mère Le I Pilleur, de laquelle j’ai appris ce qui précède et en particulier ce qui suit : C’est que ladite demoiselle ayan1 obtenu permission de sortir de temps en temps, elle ne put si bien cacher les visites qu’elle rendoit au sieui, Scarron, qu’on n’en eut connoissance dans le monastère, et du mariage qui se pratiquoit. Sur tout cela les religieuses résolurent de la mettre hors de leur maison, ne , leur convenant pas de garder une fille dans ces circonstances. On l’auroit en effet chassée si un Père jésuite, fort connu dans la maison, auquel on donna connoissancel de ce qui se passoit de la part de la demoiselle, n’eûiB empêché l’affront qu’on étoit sur le point de lui faire, assu-î* rant que la demoiselle étoit sage et qu’on n’avoit rien craindre. » — C’est après cela que se fit le mariage.

1. Le P. Laguille dit positivement : « Le mariage fu conclu et déclaré environ l'an 1649 et ^S0* »

Si le mariage eut lieu de 1649 à 1650, il faut que 1< projet de Scarron d’aller en Amérique l’ait suivi et noi pas précédé, comme je l’ai fait entendre à tort pages 405 406, puisqu’en effet l'expédition dont il devait faire parti»: > n’avorta qu’en 1651. Du reste, son mariage avec une jeun' tJ fille qui connaissait l’Amérique, et qui sans doute désirai !; y retourner, pouvait être lui-même pour Scarron une raisoil déterminante de ce voyage. 11 parla beaucoup de l'intentioi

jesque : ce Je reconnais à l’accordée deux grands yeux ort mutins, un très beau corsage, une paire de oelles mains et beaucoup d’esprit. — Mais quel douaire lui assurez-vous? ajouta le notaire. — L’immortalité, reprit Scarron, pourvu, ajouta-t-il sans doute, qu’elle soit de communauté et que nous la partagions ensemble. »

C’est vers le temps de son mariage, plutôt aupa- , ravant qu’après, que Scarron dut quitter la rue des Saints-Pères où il n’était que campé, et venir prendre un gîte définitif dans la maison de la rue de la Tixeranderie, où il devait mourir.

Elle était encore debout, il y a quelques mois, à deux pas de la poterne qui donnait ouverture dans

I l’infecte rue des Deux-Portes, disparue tout entière ;

qu'il avait de le faire, ne cacha rien de ses préparatifs, et j par là prêta fort à rire aux moqueurs. La 32e Epigramme de Furetières n’a pas d'autre objet :

Donc ce fameux paralytique Qui ne marchoit qu’avec ahan,

Va voyager en Amérique Comme Vespuce ou Magellan.

Il veut faire des découvertes De mers et de plaines désertes Et va peupler de nouveaux ports Avec marchands, gueux et manoeuvres.

Je meurs s’il ne fait pas alors La plus burlesque de ses oeuvres.

(Note de la 2e édition.)

tout près de la rue du Coq, et non loin de cet hôtel des Coquilles1, qu’habitait le président Jacques Louvet en 1519, et que le tracé de la rue de Rivoli a fait démolir comme le reste du quartier2. La maison où logea Scarron portait le n° 27. En

1. On a eu le bon esprit de rétablir sur la façade de la maison neuve qui a remplacé l’ancienne, au coin de la rue du Temple et de la rue de la Tixeranderie, les coquilles auxquelles ce logis du xvi® siècle devait son nom.

2. En revenant habiter cette rue pleine de tisserands malingreux et comme tels rangés pour la plupart dans la race maudite des cagots (V. Francisque Michel, Histoire des Races maudites , tome I, pages 12, 84, 108, m), Scarron l’infirme se donnait un digne voisinage. Il logeait justement tout près de cette grande maison de tisseranderîe, qui, selon Sauvai (liv. vhi, page 149) : « régnait depuis la rue des Deux-Portes jnsqu’à la rue Violette (le cul-de-sac Saint- Farron). » C’est à cette maison et à l’industrie qu’on y exerçait que la rue devait son nom. La maison elle-même, dépendance de l’hôtel d’Anjou, s’appelait hôtel de la Maque. Il en est parlé dans le vieux roman de Francion (liv. vii, édit, de Rouen, 1635, in-8°, pages 442. 443). Il paraît, d’après ce que dit encore Sauvai (tome II, page 76), qu’en outre des tisserands, il s’y trouvait des ateliers de soieries et de fil d’or, vers 1603 (Fr. Michel, Recherches sur le commerce j la fabrication, etc., des étoffes de soie , t. II, pages 291, 292, note). — D’un autre côté, Scarron, le trop réel cul-de-jatte, avait pour voisine toute la population de faux infirmes qui pullulait des rues du Martroy et des Mauvais-Garçons , jusqu’à celle du Pet-au- Diable; et dont tout près de là encore, la cour Gentien, rue des Coquilles, et la cour Brisset , rue de la Mortellerie, étaient les infectes fourmilières.

j dépit du badigeon, elle conservait 'encore le caractère de l’époque où elle avait été construite. Sous la couche blafarde, on devinait la brique et les cordons de pierres saillantes qui l’encadraient, à la manière des façades de la place Royale. Sur la porte aux < lourdes ferrures, se voyaient quelques fleurs de lis, insignes sans doute involontaires, souvenirs certai- : nement fortuits du séjour que l’épouse future de Louis XIV avait fait dans cette demeure. La cour I était étroite; l’escalier était éclairé, à la hauteur du premier palier, par une de ces hautes fenêtres sans appui que le marquis de Pisani avait mises à la i mode en France, vers le milieu du règne de Louis XIII, lors de la construction de son hôtel de la rue Saint-Thomas- du -Louvre. Vingt-quatre : marches séparaient le rez-de-chaussée du second | étage où habitait Scarron. Quand nous avons visité cette maison, il y a dix ans à peu près, l’appartement du poète, bien qu’encombré par la marchandise d’un marchand de lanternes qui en avait fait son magasin, se retrouvait entier, et tout à fait, quant à la distribution, tel que Sainte-Foix, renseigné lui-même par la tradition, l’a décrit dans ses Essais sur Paris I.

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