LES SALLES DE L'OPERA
Conp sur coup et sans que nul l'ait remarqué, le feu a détruit, en trois ans, les trois dernières salles subsistant qui eussent abrité l'Opéra. Au mois de mai 1871, les incendies allumés par la Commune anéantissaient à la fois ce qui restait de la grande salle des Tuileries et le théâtre de la Porte-Saint- Martin. Un effroyable incendie a, depuis, consumé la magnifique salle de la rue Le Peletier. Il ne reste plus debout aucune des salles qui furent l'Opéra de Paris, et dont l'histoire mérite d'être retracée en rappelant quelles catastrophes les firent tour à tour adopter et abandonner.
Lorsque Perriu eut obtenu, le- 28 juin 1669, des lettres patentes de Louis XIV lui donnant permission d'établir à Paris et autres villes du royaume « une académie pour y représenter et chanter en public des opéras et représentations en musique et en vers français », il s'associa Cambert pour la musique, le marquis de Sourdéac pour les machines, et Champeron pour
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les finauces. De cette quadruple association naquit le premier opéra français, Pomone, dont les répétitions se firent à l'hôtel de Nevers, aujourd'hui la Bibliothèque nationale, dont la grande galerie avait été mise à la disposition de Perriu par le marquis de Mauciui.
Pendant ce temps, Guichard, intendant des bâtiments du duc d'Orléans, transformait en salle de spectacle le jeu de paume de la Bouteille, rue Mazarine, vis-à-vis celle de Guénégaud. Le passage du Pont-ISTeuf marque aujourd'hui l'emplacement de la première salle de l'Opéra, inaugurée le 19 mars 1671 par la représentation de Pomone : cet opéra eut un tel succès qu'on le joua pendant huit mois de suite et que Perriu empocha, pour son quart des bénéfices, la s'omme de trente mille livres.
Ces énormes bénéfices excitèrent l'envie de Lulli, qui, doué d'une rare aptitude pour l'intrigue, suscita la discorde parmi les associés, et sut si bien user de la faveur dont il jouissait auprès du roi et de ]^jme (jg Montespan, qu'il sollicita et obtint, en mars 1672, de nouvelles lettres patentes révoquant à son profit celles de 1669. Une lettre du roi au lieutenant de police La Reynie lui ordonna d'arrêter dès le 1"' avril les rei^résentations de l'abbé Perrin.
Lulli se fit bâtir un nouveau théâtre aujeu de paume du Bel-Air, rue de Vaugirard, près ie Luxembourg. Cette salle, construite par le même Guichard, associé de Lulli, et machinée par Vigaraui, gentilhomme de Modène, fut inaugurée le 15 novembre 1672 par la
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première représentation des Fêtes de l'Amour et de Bacchus, de Molière, Benserade , Périgny, Qiiinault, musique de Lulli et Desbrosses. Cependant ce nouveau local menaçant de s'effondrer, l'Académie de musique regagna son premier gîte, au jeu de paume de la Bouteille.
Lulli venait d'y représenter son Cadmua (11 février 1673), lorsque, six jours après, Molière mourut. La discorde se mit bientôt dans la troupe comique, et Tintrigant Italien profita de ces dissensions pour la faire renvoyer du théâtre du Palais-Royal, que Molière et sa troupe tenaient de la protection du roi depuis 1660: l'Académie de musique en prit possession le 15 juin 1673. Cette salle, construite par J. Lemercier, en 1637, d'après les ordres du cardinal de Richelieu, était située adroite en entrant dans la cour du Palais-Royal. A l'extérieur, rien n'indiquait qu'il y eût là une salle de spectacle : elle aviiit été, en effet, érigée pour les divertissements privés du cardinal qui se plaisait à y faire représenter MiramCjl' Europe galante, etc., etl'on y pénétrait alors par la cour d'honneur. Quand elle fut affectée à la troupe de Molière, puis à l'Opéra, le public dut y arriver par une impasse qui changea peu à peu son nom de Court-Or nj contre celui plus significatif de Cul-de-mc de V Oi^éra, passage obscur qui devint, eu 1782, l'extrémité de la rue de Valois.
L'Opéra resta là quatre-vingt-dix ans. Le 6 avril 1763, vers onze heures du matin, le feu se déclara sur la scène avec une grande violence. Les écrits du temps gardant un silence prudent sur les causes du sinistre
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demeurées iucounues, C'astil-Blaze a eu le champ libre pour broder uu récit d'une fantaisie toute méridionale. La seule explication plausible, bien qu'un peu compliquée, est celle d'un homme du métier, le machiniste Boullet, qui fut blessé à cet incendie et à celui de 1781. Boullet devint machiniste en chef de l'Opéra sous la Révolution, et fit paraître en 1801 un Essai sur Vart de construire les théâtres, où il raconte le sinistre de 1763. Selon lui, uu balayeur occupé, le matin du 6 avril, dans les J'onds de dessous, abandonna sa tâche et sortit après avoir mis sa chandelle sur le contre-poids du rideau de l'avaut-scène. La lumière brûla la corde du contre-poids qui tomba ; le rideau privé de son contrejjoids s'abaissa et les cordages, servant de guide à la flamme, remontèrent jusqu'aux frises qui s'embrasèrent à leur tour. Les portiers, qui ne devaient jamais sortir, étaient absents. Le feu gagna rapidement tout l'édifice, qui fut détruit en moins de deux heures. Les flammes attaquèrent l'aile du Palais-Royal qui tenait à la salle de spectacle, allèrent jusqu'à l'horloge, dans la cour, et presque jusqu'à la porte du côté de la rue Saint-Honoré.
Le premier soin fut d'enlever les archives et de sauver les magnifiques tableaux du palais... La salle entière s'efl'ondra ; on ne fut maître du feu que vers six heures du soir, grâce au courage des cordeliers, capucins et récollets, accourus les premiers sur le lieu du désastre, selon la règle de ces ordres. Deux des leurs y périrent, et Favart salue leur trépas avec une touchante philosophie : « On dit qu'il est péri quinze
J ti.u-Eaijiiaie Luîi.i , .Mcietairc- au Koy et surLuteinlant de sa musique ; d'après le portrait de Miguard gravé par RouUet.
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personnes dans cet affreux désastre ; cela n'est pas vrai : nous en sommes quittes pour un récollet et un capucin. »
La verve gauloise reprit aussitôt ses droits. On avait manqué d'eau au moment suprême (cela n'a pas changé depuis un siècle) : « C'est tout simple, diton, comment prévoir que le feu prendrait dans une glacière? » Comme on s'occupait ensuite de trouver une place pour l'Académie : « A la barrière de Sèvres, vis-à-vis le combat de taureaux, dit l'abbé Galiani, les grands bruits hors la ville. » Voltaire enfin écrivait à d'Argeutal, le 9 avril : « Vous ne me parlez pas, mes anges, de l'incendie de l'Opéra, c'est une justice de Dieu : on dit que ce spectacle était si mauvais qu'il fallait tôt ou tard que la vengeance divine éclatât. »
Ce sinistre retarda la venue de Gluck en France. Favart, qui attendait alors à Paris le grand musicien sur l'annonce du comte Diu'azzo, reçut, en juillet, une lettre de Vienne, où son ami, le comédien Daucourt, lui disait : « Vous ne verrez point le chevalier Gluck, il est de retour ici. Il mettait le pied dans sa chaise de poste à Boulogne, et partait pour Paris, lorsqu'il a reçu une lettre du comte, qui le rappelait à Vienne, parce qu'ayant appris que l'Opéra était brûlé, le voyage du chevalier devenait inutile selon lui. »
Le duc d'Orléans fit payer les dégâts de l'incendie par la ville de Paris, qui fut condamnée à rebâtir le théâtre qu'elle exploitait. On avait en vue le Carrousel ou les bâtiments inachevés du Louvre, mais le duc
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d'Orléaus demauda an roi qu'il fût reconstrnit au même endroit. Il offrait de donner à la salle plus d'étendue en achetant sept maisons qui séparaient l'impasse de la rue des Bons-Enfants ; le prince en payerait quatre, la ville trois. Pour soutenir la municipalité dans cette dépense, il porterait à cent mille livres le prix de ses loges, rembourserait les sommes payées pour le dégât, et, dans le cas où l'Opéra viendrait à quitter la salle, elle serait dévolue au duc d'Orléaus ou à ses héritiers, moyennant neuf cent soixante mille livres. Ces propositions furent acceptées, et le roi, par lettres patentes du 11 février 1764, ordonna que le théâtre serait reconstruit dans le Palais-Royal : l'architecte Moreau fut chargé de ce travail.
Le roi avait décidé que les appointements et pensions seraient payés pendant ce relâche forcé. L'Opéra alla donner des représentations à Rouen; les danseurs figurèrent à la Comédie Française, dans un ballet ajouté à r Anglais à Bordeaux ; ou organisa des « concerts français » aux Tuileries, dans la salle du pavillon de Flore, qui avait déjà servi pour le Concert Spirituel. c( Tout cela, disait un plaisant, c'est de l'onguent pour la brûlure. »
Pendant ce temps, Soufflot, architecte du Panthéon, construisait une salle provisoire aux Tuileries, sur l'emplacement de l'ancienne salle des Machines, qui avait servi jadis aux représentations à^Ercole amante, de la Psyché de Molière, Quinault, Corneille et Lulli, et qui avait ensuite été prêtée à Servandonipour y installer ses grands spectacles à machines. Ce local était tellement
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vaste que Soufflot put construire sa salle et sa scène sur le seul emplacement de l'immense scène des Machines, dont la salle fut conservée et séparée de l'Opéra par un mur provisoire. Les frais de construction, d"abord évalués à2o0,000 livres, montèrent à 409,555.
L'ouverture eut lieu le 5 janvier 1764 par une reprise luxueuse du chef-d'œuvre de Rameau, Castor et Follux, à laquelle le maître, alors âgé de quatre-vingtun ans, put encore assister quelques mois avant sa mort. L'empressement du public était tel que tont était retenu d'avance pour plusieurs mois. Bien que cette salle reproduisît à peu près les dispositions de celle du Palais-Royal (on avait tenu à ce que le nombre des loges fût le même pour éviter toute difficulté avec les abonnés), on -lui trouva de grands défauts : le parterre était trop élevé, les loges avançaient trop, etc. Pendant la clôture annuelle, ou fit divers changements, sans beaucoup l'améliorer, sans lui donner plus de sonorité. « Cette salle est bien sourde, disait un spectateur. — Qu'elle est heureuse! » riposte l'abbé Galiani.
La nouvelle salle du Palais-Royal ne fat terminée qu'en 1770. Elle avait une façade sur la rue Saint- Honoré, mais qui se confondait dans la décoration générale du Palais. Elle n'occupait pas seulement l'emplacement de la précédente, elle s'étendait sur le côté, à l'endroit où débouche aujourd'hui la rue de Valois, et se prolongeait non i)as jusqu'à celle des Bous-Enfants, mais jusqu'à la maison qui porte actuellement le numéro 200 dans la rue Saint-Honoré. Les der-
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rières allaient jusqu'à la cour des Fontaines, dite alors cour des Bons-Enfants.
Cette salle comptait quatre rangs de loges, quatre colonnes décoraient l'avant-scène, enfin la scène avait trente-six pieds d'ouverture et une grande profondeur. L'inauguration eut lieu le 2G janvier 1770, par Zoroastre, au milieu d'une afSueuce énorme. L'opéra ennuya fort le public, mais les danseuses, qui portaient des costumes très légers, furent très applaudies, et la salle obtint des suffrages unanimes. La ville de Paris donna en récompense à l'architecte Moreau une gratification de 50,000 livres.
Les jours de cette salle étaient comptés. Le 8 juin 1781, on jouait Orphée et l'acte à'AjjoUonet Coronis. Vers la fin du long ballet de cette pièce , le danseur Dauberval, s'étant aperçu qu'une toile brûlait, eut la présence d'esprit de faire baisser le rideau sans attendre que le divertissement ffit achevé. Le ^niblic trouva bien ce dénoùment un peu précipité, mais il sortit tranquillement. S'il avait réclamé, c'en était fait de l'assemblée entière.
La toile enflammée était une frise. On demande de l'eau, il n'y en avait pas; ou crie de couper les cordes auxquelles la toile était suspendue, on ne le fait que d'un côté ; la toile penchant alors perpendiculairement donne plus d'aliment à la flamme qui embrase la toile du fond, gagne le centre et se communique à toutes les frises avec une incro^'able rapidité : en un clin d'œil tout le théâtre est eu feu. Les chanteurs et choristes avaient quitté le théâtre sitôt
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leur tâche terminée ; il ue restait doue que les danseurs, l'orcbestre et les gens de service. Les danseurs et danseuses qui se déshabillaient dans les loges du haut veulent fuir, mais l'escalier est en feu et les flammes coupent la retraite à quiconque n'est pas déjà sur le théâtre. Le danseur Dangui, trois tailleurs et six ouvriers machinistes sont brûlés vifs, le danseur Beaupré saute du troisième étage et se tue , un de ses camarades saute après lui et se casse la cuisse. Huard, danseur, veut gagner le toit d'une boutique voisine, glisse et tombe dans la cour en se blessant grièvement, tandis que son domestique, un garçon de quinze ans, est brûlé dans la loge.
La charpente de l'édifice ne s'écroula que vers neuf heures et demie, elle écrasa dix personnes et redoubla encore la violence de l'incendie. 11 pleuvait, par bonheur, et le vent était assez faible : bien que le feu se fût communiqué à plusieurs reprises aux combles des bâtiments de la cour des Fontaines et à ceux du grand escalier du Palais-Royal , les pompes parvinrent à l'éteindre. On trouva sous les décombres vingt et un cadavres; trois cordeliers avaient péri victimes de leur dévouement. Si le nombre des morts ne fut pas plus considérable , ce fut grâce au courage des cordeliers et des capucins, des gardes françaises et suisses, qui, guidés par Lebrun, liuspecteur du Palais-Royal, parvinrent à sauver bien des personnes, parmi lesquelles plusieurs danseuses.
Au moment où le toit de la salle tomba avec un éjiouvantable fracas, Augustin Lefebvre, le biblio-
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thécaire de TOpéra, était sons le théâtre et vidait les armoires pour sauver les ouvrages dn répertoire conraut ; malgré le feu qui brûlait an-dessns de lui, Lefebvre ne quitta la place que lorsque le dernier manuscrit fut mis en lieu sûr. Pendant ce temps , Rey, le chef d'orchestre , courait aifolé en criant aux garçons qui déposaient les partitions sur le pavé : « Sauvez mon enfant, sauvez Coronis! » Dès qu'il aperçut sa chère partition, Rey s'en saisit et se sauva, donnant au feu licence de consumer tout le reste. Des quatre bustes qui ornaient le grand foyer, ceux de Rameau et de Quinault furent brisés, ceux de Lulli et de Gluck (ce dernier était un chef-d'œuvre de Houdon) restèrent debout ; ils ont été anéantis dans l'incendie de 1873.
« L'Opéra brûle! ma foi, tant mieux; il y a si longtemps qu'il était là! » dit un plaisant en apprenant cette catastrophe. Telle fut l'oraison funèbre inspirée à un Parisien, ami du changement, par ce sinistre qui avait causé la mort de vingt et une personnes, sans compter les blessés. Et dire qu'on aurait pu conjurer cet énorDie désastre si les prescriptions préventives avaient été observées ! « Le plus extraordinaire, disent les Mémoires secrets, c'est qu'il n'y avait pas une goutte d'eau dans le réservoir de l'Opéra, et que si l'on avait pu jeter sur-le-champ quelques seaux d'eau, on aurait prévenu cette catastrophe. »
Comme en 1763, les artistes reçurent avis que leurs appointements seraient payés pendant la va-
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caDce, avec défense de s'éloigner de Paris : le 14 août, rOpéra débutait par le Devin du village et Myrtll et Licoris dans la petite salle des Menus-Plaisirs du roi.
Dès le lendemain de l'incendie, la reine s'était prononcée pour la reconstruction immédiate du théâtre, afin que l'Opéra ne chômât pas l'hiver suivant, ce qui aurait de beaucoup aggravé la situation des personnes atteintes par le sinistre. On décida donc de construire une salle provisoire, mais les embarras commencèrent quand il fallut choisir l'emplacement de ce théâtre. Il y avait tant d'intérêts contraires en jeu, tant de prétentions soulevées par les gens qui voyaient là un moyen de faire fortune, que les ministres furent assez longs à se décider.
On avait tour à tour proposé un terrain vague près du Colisée, la grande cour du Louvre, le jardin de l'Infante et un terrain appartenant au roi, situé rue Poissonnière, près le magasin des Menus, lorsque La Ferté indiqua le terrain occupé par l'ancien magasin de la ville, près la porte Saint- Martin. Ou était alors au 11 juin; le ministre de la maison du roi, Amelot, eut à ce propos une longue conférence avec MM. de Maurepas et Joly de Fleury, qui adoptèrent en principe cette proposition ; mais ils ne voulaient prendre une décision que sur des données très fixes et après avoir élucidé tous les points de détail.
Le duc de Chartres, de son côté, réclamait énergiquement que l'Opéra fût maintenu au Palais-Royal.
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Il offrait d'abord cent mille livres pour contribuer à la reconstruction ; il réclama ensuite une indemnité de quinze cent mille livres, si l'on transportait l'Opéra ailleurs; il offrit enfin au roi de se charger de la réédifîcation entière, moyennant quinze cent mille livres ; mais toutes ses offres et prétentions furent repoussées. Un mois entier fut employé en rapports, contre-rapports, réclamations, répliques, lettres secrètes ; et l'on arriva ainsi au 20 juillet (1). Les ministres étant enfin tombés d'accord, Ame lot rédigea un rapport qu'il soumit à l'approbation du roi et qui décidait la construction d'une salle provisoire au boulevard Saint-Martin. Le roi approuva. L'architecte choisi était un élève de Blondel, Samson-Nicolas Lenoir, qui signait quelquefois Romain- Lenoir, parce qu'il avait obtenu un des premiers le prix de Rome, fondé, sur la demande de son professeur, par le marquis de Marigny, intendant des bâtiments. Le 21 juillet, Lenoir signait entre les mains du ministre une soumission par laquelle il s'engageait, sous dédit de vingt-quatre mille livres, à livrer la salle prête à recevoir le matériel et le personnel le 30 octobre, dételle sorte qu'on pût l'ouvrir le jour même : on devait lui payer, pour le tout, la somme de deux cent mille livres. Marie-Antoinette le fit mander pour entendre de sa bouche l'engagement qu'il osait prendre et qu'elle regardait comme bien téméraire : c< Je vous donne jusqu'au 31, lui
(1) Toutes ces pièces sont aux Archives nationales : Ancien rêfjime, 0',640.
Coupe, sur toute la hauteur et largeur, du théâtre de l'Opéra construit au Palais-Royal par Moreau. — D'après les dessins de Radel, machiniste de l'Opéra.