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dit-elle, et si, ce jour-là, la clef de ma loge m'est remise, je vous promets en échange le cordon de Saint- Michel. »
Les constructions furent menées avec une activité dévorante ; c'était la première fois que Paris voyait d'immenses travaux continués jour et nuit sans interruption : chaque soir, la foule venait contempler ce merveilleux spectacle d'un vaste édifice s'élevant à la luenr des torches. Les travaux ayant commencé le 2 août, la salle fut édifiée, non pas en soixante jours, comme on l'a souvent répété, mais en quatre-vingtsix ; de plus , il faut dire que l'on se servit des bois, des fers et des machines de l'ancien théâtre, qui, se trouvant en magasin, avaient échappé à l'incendie, et qu'on put conserver les gros murs des magasins de l'Opéra, sur l'emplacement desquels on élevait cette salle provisoire. La reine reçut la clef de sa loge cinq jours avant le terme fixé, le 26 octobre. Leuoir eut en récompense de son zèle, outre la décoration promise, le brevet d'une pension de six mille livres. Moreau, l'architecte de la salle détruite, reçut aussi le cordon de Saint-Michel. Les frais de construction s'élevèrent à 1,253,671 livres 9 sous 1 denier.
L'Opéra, abandonnant les Menus- Plaisirs, fit l'ouverture de la nouvelle salle le 27 octobre 1781, par V Adèle de Ponthieu, de Kazins de Saint-Marc, remise en musique par Piccinni. Cette représentation fut offerte rp'atis au peuple, en l'honneur de la naissance du dauphin dont la reine était accouchée le 22 octobre. On doutait de la solidité de cette salle improvisée : elle
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fut éprouvée de manière à rassurer les plus timides. Trois mille spectateurs emportèrent d'assaut les deux mille deux cents places que contenait le théâtre. Cette épreuve, où le hasard avait peut-être plus de part que le calcul, semblait d'un heureux présage pour la durée de cette salle. L'architecte n'en avait en effet répondu que pour trente ans, et elle a duré quatrevingt-dix années, jusqu'en mai 1871 ; bien que le balcon eût un peu fléchi sous le poids du temps, elle subsisterait peut-être encore si la Commune n'y avait mis le feu.
L'Opéra ne resta que treize ans au boulevard Saint- Martin. ]\F^ Montansier, la célèbre directrice de tous les spectacles royaux, qui avait suivi la cour à Paris en octobre 1789, et qui était parvenue à évincer les comédiens dits Beaujolais de la salle du Palais-Royal, se trouvait là trop à l'étroit et venait de faire construire rue Richelieu, en face de la Bibliothèque, un grand théâtre qu'elle nomma Théâtre national, mais qu'on appela d'abord Théâtre de neuf mi II ions j-purceqne le prospectus répandu par elle portait la dépense à cette somme. Ce théâtre, édifié par l'architecte Louis, qui s'était déjà distingué en construisant le théâtre de Bordeaux et le Théâtre-Français à Paris, était le plus vaste et le mieux décoré de la capitale, et, de plus, approprié à tous les genres de spectacle, depuis la tragédie et l'opéra jusqu'à la pantomime : on l'avait inauguré le 15 août 1793. Isolé de toutes parts, pourvu de locaux de service beaucoup plus spacieux que ceux que l'Opéra avait eus jusqu'alors, avec une scène assez vaste et une
La .-(jrtie île l'Opéra (sccouile salle du ralaw-Koyal) ; d'aïuvs Moica
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salle Lien coupée et sonore, ce tliéâtre convenait merveilleusement aux représentations lyriques. L'extérieur du théâtre ne différait aucunement des maisons environnantes, n'était un portique de onze arcades sur tuute l'étendue de la façade, mais la disposition et la décoration intérieures étaient d'une richesse et d'une grandeur extrêmes. Debret les avait exactement reproduites dans la salle de la rue Le Peletier, et M. Garnier les a quelque peu conservées pour le nouvel Opéra. Cette salle magnifique fit envie à la municipalité de Paris, qui guetta une occasion favorable pour se l'approprier et y transporter l'Opéra. L'occasion ne venant pas, on la fit naître ; ce qui était d'ailleurs bien facile en un temps où l'on s'embarrassait si peu de la légalité, surtout envers une ex-royaliste qui s'était créé quantité d'ennemis par ses usurpations et ses orgueilleuses prétentions. Déjà au mois de mars, Duhem avait présenté à la Convention une médaille à l'effigie de Louis XVI avec cette exergue : « Martyrisé le 21 janvier 1793, » en disant qu'un billet lui avait dénoncé M"" Montausier comme la distributrice de cet emblème royaliste. Le 24 brumaire au II, Chaumette prit la parole au conseil de la Commune et dit : « Je dénonce la citoyenne Montansier comme ayant fait bâtir la salle de spectacle, rue de la Loi, i)our mettre le feu à la bibliothèque nationale ; l'argent de l'Angleterre a beaucoup contribué à la construction de cet édifice ; et la ci-devaut reine a fourni cinquante mille écus. Je demande donc que ce spectacle soit fermé, à cause des dangers qui pourraient résulter si le feu y prenait. » A
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quoi Hébert ajouta : « Je dénonce personnellement la demoiselle Montansier ; j'ai des renseignements contre elle , et il m'a été offert nue loge à son nouveau théâtre pour m'engager à me taire. Je requiers que la Montansier soit mise en état d'arrestation comme suspecte. » Puis Chaume tte reprit : « Je demande en outre que les acteurs, actrices et directeurs de Paris passent à la censure du conseil. » Ces trois propositions furent adoptées : le lendemain, le théâtre était fermé, et la Montansier, arrêtée avec son associé. Bourdon de Neuville, était conduite à la petite Force, où elle resta jusqu'à la mort de Robespierre ; on la transféra alors au Plessis.
Elle resta dix mois en prison. Pendant qu'elle rédigeait sa demande à la Convention de sept millions d'indemnité (elle obtint au bout de douze ans, par décret daté de Moscou, la somme illusoire de trois cent mille francs), la Commune permettait d'abord à ses acteurs constitués en société d'exploiter ce théâtre sous le nom de Théâtre de la Montagne, puis, le 27 germinal an II (14 avril 1794), le Comité de salut public rendait un arrêté ainsi conçu :
L'Opéra national sera transféré sans délai au Théâtre national, rue de la Loi ; le spectacle qui occupait ce théâtre sera transféré sans délai à celui du faubourg Saint-Germain ; des commissaires seront nommés pour régler les frais nécessaires à la translation et aux indemnités légitimes, ainsi que pour préparer au Comité le travail sur la liquidation des propriétaires et des créanciers de ces deux théâtres.
N'y avait-il déjà plus de danger d'incendie pour la
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Bibliothèque? Le 20 thermidor (7 août ITO-l), TOpéra prenait possession de son nouveau domaine et changeait son nom contre celui de Théâtre des Arts , pour éviter toute confusion entre Opéra national et Théâtre national. On représenta le premier soir la Rcunion du 10 août, sans-culottide en cinq actes, de Moline et Bouquier, musique de Porta, qui jouissait alors de la faveur du public , avec un prologue et des hymnes composés par les mêmes pour la circonstance. C'est à dater de ce jour qu'on put s'asseoir au parterre de l'Opéra, ho. Décade 2)JnlosopJ(ique cèlhhxe en termes pompeux cette heureuse innovation, c Ce changement était commandé par le bon sens et le respect que Ton devait au peuple. On ne conçoit pas comment, depuis la Révolution, il existait encore des théâtres où l'on eût l'insolence d'entasser des citoyens français debout, à la gêne, dans un bas-fond, le tout pour les amuser! »
Le 13 février 1820, dernier dimanche de carnaval, l'affiche annonçait le ballet du Carnaval de Venise, l'insipide opéra du Rossir/nol et le ballet des Noces de Gamache. Il était près de onze heures, le premier acte des Xoces était fini, la duchesse de Berry se lève et regagne sa voiture. Au moment où son mari, qui allait rentrer au théâtre, lui faisait ses adieux à la portière, un homme se glisse auprès de lui, l'étreint par derrière et le frappe d'un violent coup de poignard. « On me frappe ! » s'écrie le duc de Berry en tombant dans les bras de ses gens. On le transporte dans le cabinet du régisseur où Blancheton, chirurgien de l'O-
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péra, le saigne à chaque bras ; le priuce retire luimême l'arme de sa iioitrine et dit qu'il sent que la blessure est mortelle. Tous les membres de la famille royale, prévenus à la liàte, accourent auprès du duc, et chaque fois que la porte s'ouvre , on entend les airs joyeux du ballet et les bravos du public qui ne se doute pas encore de l'affreux malheur. A six heures et demie du matin , le prince rendait le dernier soupir entre les bras du roi.
L'archevêque de Paris, Hyacinthe de Quélen. avait exigé la promesse que le théâtre dans lequel il avait apporté les derniers sacrements au moribond serait démoli. L'Opéra n'avait donc plus de salle; il ne reprit ses représentations que le 1 9 avril , à la salle Favart , par Œdipe à Colorie et Nina. Mais ce théâtre provisoire était beaucoup trop étroit et l'Opéra se trouva réduit aux mêmes extrémités que naguère, lorsqu'il avait cherché asile dans la salle de la rue Bergère. Il fallut réduire le nombre des musiciens, choristes et danseurs pour les faire manœuvrer sans trop de gêne sur une scène aussi resserrée ; on dut aussi choisir dans le répertoire les ouvrages qui demandaient le moins de déploiement de mise en scène et auxquels les plus simples décors suffisaient : le Decin du village et le Rossignol durent à ces exigences un regain de succès. Petite salle, petits opéras, petits ballets, petit orchestre, petits quadrilles, j^etits chœurs : l'Opéra de la salle Favart était un Opéra eu miniature comme avait été celui des Menus-Plaisirs.
Il en fut de même à la salle de la rue de Louvois,
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située sur l'emplacement actuel de la maison n" 8, où l'Académie de musique se transporta le 11 mai 1821 et où elle ne put donner que quelques concerts et seulement deux représentations.
Cet exil forcé dura en tout le long espace de seize mois.