‹ Paris dilettante au commencement du siècleChapitre 16 sur 27 · JUSQU A LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

JUSQU A LA REVOLUTION

Voilà déjà plus de deux siècles que l'Opéra existe, puisque le Grand Roi lui donna une consécration officielle par lettres patentes du 28 juin 1669, — anno 1669 , comme le rappelle l'architecte Garnier par une inscription hybride, moitié latine, moitié arabe; — voilà deux siècles passés que l'on chante et que l'on danse à l'Opéra pour le plus grand plaisir des Français et des étrangers, des visiteurs de Paris et de ses habitants; voilà deux siècles que tous les opéras et ballets représentés à l'Académie de musique allaient s'empilant sans ordre, à mesure que l'épreuve du temps ou le caprice du public les faisaient reléguer dans les combles, et jamais l'idée n'était venue à personne de mettre un peu d'ordre dans cet amas de vieux papiers. Toutes ces partitions manuscrites, toutes ces parties d'orchestre, toutes ces copies de rôles représentent pourtant les travaux artistiques de nombreuses générations ; elles forment comme le mémorial de l'Opéra, comme son livre d'or, riche de tant

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de chefs-d'œuvre ; elles font revivre anx yeux de qui les feuillette tout un monde de chanteurs, de musiciens, d'instrumentistes et de danseurs, elles évoquent à la pensée mille souvenirs divers, tristes et glorieux, sévères ou amusants ; elles sont enfin comme le dernier vestige palpable d'un monde détruit, de monuments ruinés et d'artistes morts , d'êtres animés et d'objets inanimés aujourd'hui tous réduits en poussière. Les archives de l'Opéra ne sont pas la bibliothèque, et la bibliothèque dramatique n'est pas la bibliothèque musicale. Cela a l'air d'une vérité de M. de la Palisse, mais cette distinction élémentaire échappe encore à bien des gens. Les archives comprennent les j)apiers d'administration, états d'émargement, registres des recettes, dossiers de lettres, etc., enfin, tous les papiers manuscrits qui ne sont pas de la musique ; quant à la bibliothèque dramatique, elle renferme tous les livres se rattachant à l'histoire de la danse, de la musique, des théâtres en général, et de l'Opéra en jiarticulier, enfin, tout ce qui est imprimé et qui n'est pas de la musique : d'où il résulte que la bibliothèque musicale comprend toute la musique manuscrite ou imprimée, ancienne ou moderne. Le noyau de cette bibliothèque, la partie vraiment attrayante pour le curieux et attachante pour l'historien, est la collection à peu près complète des opéras et ballets qui ont été représentés sur le théâtre de l'Opéra depuis son origine : si elle échappa aux précédents incendies, c'est qu'elle était, comme les archives, répartie entre le mao-asin de la rue Saint-Xicaise et le bu-

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