‹ Paris dilettante au commencement du siècleChapitre 3 sur 27 · LE MONDE ET LE THEATRE · texte numérisé non relu

LE MONDE ET LE THEATRE

magnifique salle de théâtre où l'Académie de musique a séjourné pendant un demi-siècle ; installation provisoire, à ce qu'on disait toujours, et qu'un désastre irréparable a seul pu terminer. Cette inauguration s'était faite avec moins d'apparat que ne se fit, cinquante ans plus tard, celle de la salle actuelle ; mais les regrets que laisse une salle de spectacle ou de concert ne se mesurent pas au plus ou moins de réclame et de bruit dont on salua sa naissance, et nul Opéra ne sera jamais plus regretté que celui de la rue Le Peletier. Debret avait fait du premier coup un chef-d'œuvre, et cela sans écrire aucun livre : il ne croyait pas qu'il en fût besoin pour démontrer Texcellence d'une salle et il avait pleinement raison.

Les difi'érents chapitres qui suivent tendent à retracer les goûts et préférences de la société parisienne au commencement du siècle en prenant tour à tour pour pivot un des faits considérables de cette période dans l'histoire, tantôt du théâtre, tantôt de la société même : soit l'arrivée etles tâtonnements de Spontini jusqu'à son triomphe définitif, soit le passage de Weber et celui de Rossini à travers la France, ou bien les ambitions caressées et les réformes rêvées par un grand peintre ; ou encore les critiques téméraires et les jugements ironiques d'un maître railleur, sans oublier le répertoire même de l'Académie de musique à cette époque et l'historique de la salle où le monde des dilettantes tenait alors ses assises.

Mais tout se tient dans l'histoire des arts et il était bien difiicile d'isoler certains faits sans expliquer d'où

sous L EMPIRE ET LA EESTAUEATIOX. O

ils découlaient. Il aurait été insuffisant, par exemple, de raconter la venue et les progrès de Spoutini en France en négligeant les opéras d'un autre grand compositeur, de Mozart, qui avaient été représentés peu auparavant pour la première fois chez nous et qui, sans avoir eu de succès, n'en avaient pas moins ménagé la transition entre Gluck et Spontini et préparé le i)ublic à la venue de celui-ci. De même, comment parler, même anecdotic^uement, du répertoire de l'Académie de musique à telle époque précise sans dire au moins ce qu'il avait été auparavant, ce qu'il fut depuis? comment rappeler les beaux jours d'une salle à jamais regrettable et regrettée sans dire quelles salles elle remplaçait et quelle autre la remplaça?

Toutes les parties de ce livre, et celles-là même où l'auteur paraît faire un peu l'école buissonnière, ont un but déterminé qui est de peindre les goûts artistiques, les tendances musicales de la société parisienne à une époque où notre premier théâtre de musique était presque tout à ses yeux , dans un temps où cette société était bien maîtresse en son domaine, n'étant mélangée d'aucun élément externe et voyageur. Il serait téméraire d'entreprendre un pareil travail pour l'époque actuelle où le monde, parisien d'origine, est comme noyé dans cette foule d'étrangers qui prennent droit de cité si vite au milieu de nous, et l'époque choisie, le premier tiers du siècle à peu près, outre qu'elle était déterminée exactement par les faits, est bien la dernière sur laquelle on puisse essayer un travail de ce genre. A partir des chemins de fer et du second Empire — date extrême —

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